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3 1
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in 2010 with funding from
University of Toronto
http://www.archive.org/details/lemnestrel83pari
4419. ■ 83" Année. - N° I.
Paraît tous les Vendredis.
Vendredi 7 Janvier 1921.
FONDÉ -EN- 1833
LE-MENESTREL
MUSI QUE -ET- THEA TRES
IRECTEUR JACQUES ■ HEUGEL
DIRECTEUR,
DE1833À1883
J.L. HEUGEL
DIRECTEUR-,
DEI883À1914-
HENRIHEUGEL
SOMMAIRE
Charles Gounod LOUIS VUILLEMIN
La Semaine dramatique :
Comédie-Française :
Maman Colibri P. SAEGEL
Les Grands Concerts :
Concerts-Colonne RENÉ 8RANC0UR
Concens-Lamoureux PAUL BERTRAND
Concerts-Pasdeloup P,de LAPOMMERAVE
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Etranger :
Espagne RAOUL LAPARRA
Hollande J, CHANTAVOINE
Italie G-L. GARNIER
Roumanie A. A.
États-Unis JOSEPH DE VALDOR
Canada LOUIS MICH1ELS
Argentine J.SOLERVILARDEBO
Échos et Nouvelles.
♦
SUPPLÉMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnés à la mustaue)
MUSIQUE DE PlflflO
Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro :
RÉVÉRENCES, de Félix Fourdrain.
Suivra immédiatement : Air du Guet, thème provençal attribué au Roi René (1409- 1480), de Henri Maréchal
MUSIQUE DE CHANT
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant :
Semper Eadem, de G. Guérande, poésie de Charles Baudelaire.
Suivra immédiatement : Les Feuilles tombent, c'est l'Automne, de Louis Maingueneau, Extrait de Ninon de
Lenclos, drame lyrique en quatre actes, dont un prologue, paroles de Louis Blanpain de Saint-Mars et
«C
Henri Aucher.
(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couverture)
Le Numéro :
,r 75
J
BUREAUX:RUE VIV1ENTSE 2biiPAR1S(Q?)
TELEPHONE: OUTENBERC : 35-32
ADRESSE TELÉGRAPHIOUE: M ENESTRELPARIS
Le Numéro
texte seul)
75
Lftext,
LE MENESTREL
- JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THÉÂTRES
..... Bureaux : 3 b,, # rue Vivîenne, Paris (a e ) ....
CONDITIONS D'ABONNEMENT
a l'année seulement
Pour Paris et les Départements :
f TEXTE SEUL 25 fr -
>• TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (a6 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au r" janvier) 50 fr.
3« TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au 1" janvier) 50 fr.
4« TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (52 morceaux, un chaque semaine, et grande prime au f janvier). 73 fr.
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 tr.; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ;
Abonnement complet, 6 fr. 50. 1
Frais d'envoi de Ut Prime au 1" Janvier (Province et Étranger) : 2" et 3" modes : chaque, 1 tr. 50; 4- mode : 3 francs.
Les Abonnements partent du 1" de chaque mois.
En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique
ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal.
PRIMES 1921 OFFERTES aux ABONNÉS avec MUSIQUE
Tout Abonné aux 2 e , 3 e et 4 Modes, inscrit aottnt le / cr janvier 1921 , a droit gratuitement à l'une des primes suivantes
PIANO
(Abonnement 2 e Mode : Texte et Musique de Piano)
UN DES QUATRE GROUPES CI-DESSOUS, AU CHOIX :
I. PHILIPP
PASTELS
Recueil in -4" pour piano
(Huit ,
J. MASSENET
SCÈNES DE BAL
Recueil in-4 pour piano seul,
Transcription parG. BizETfScplnumét
1
Henry FÉVRIER
LA DAMNATION
DE BLANCHEFLEUR
Miracle en deux actes
Poème de Maurice LENA
Henry FÉVRIER
APHRODITE
J. Guy ROPARTZ
CINQ PIÈCES BRÈVES
Recueil in-4 pour Piano
Ch.-M. WIDOR
LA KORRIGANE
Ballet Fantastique
Partition în-8° pour Piano seul
J. MASSENET
ARIANE.- Ballet
Pour Piano à quatre mains
Théodore DUBOIS
SUITE VILLAGEOISE
Pour Piano à quatre mains
Recueil in-4" (Trois numéros)
CHANT
(Abonnement 3 e Mode : Texte et Musique de Chant)
UN DES QUATRE GROUPES CI-DESSOUS, AU CHOIX
i Chant et Piano in-8»
ECHOS D'AUTREFOIS
Romances et Chansons en vogue
au temps de la crinoline
I. Le Cahier de la Grand'Mère
II. Le Cahier du Grand-Père
Deux volumes avec accomp 1 de piano
Gabriel DUPONT
POÈMES D'AUTOMNE
Recueil in-4" (Huit numéros)
Reynaldo HAHN
RONDELS
Recueil in-4" (Douze numér
J. MASSENET
POÈME D'HIVER
Recueil in-8°
Alexis de CASTILLON
SIX POÉSIES
Recueil in-8°
G* IRAN DE S PRIMES
(Abonnement complet 4 e Mode : Texte et Musique de Piano et de Chant)
UNE DES DEUX PARTITIONS CI-DESSOUS, AU CHOIX :
' 2
Ernest MORET J. MASSENET
LORENZACCIO CENDRILLON
Drame lyrique en quatre actes et onze tableaux Conte de Fées en quatre actes et six tableaux
d après Alfred de MUSSET (d'après PERRA UL T) par Henri CAIN
Partition Chant et Piano in-4" raisin. Partition Chant et Piano in-8°
Ces primes sont délivrées gratuitement dans nos Bureaux, ibis, rue Vivienne, sur présen-
tation de la quittance, ou justification de l'abonnement.
Pour obtenir l'envoi des primes par la poste, joindre au prix de l'abonnement un supplément de
i fr. 50 pour la prime PIANO ou pour la prime CHANT et de 3 francs pour la GRANDE PRIME.
Les abonnés au Piano peuvent prendre la prime Chant et vice versa. Seuls, ceux au Piano et au Chant
(4 e mode) ont droit à l'une des grandes primes, ou à deux primes à choisir dans les deux premières catégories.
Les abonnés au Texte seul (i er mode) n'ont droit à aucune prime.
TABLE 1921
DU
JOURNAL " LE MENESTREL
TEXTE ET MUSIQUE
M" I. — 7 janvier 1921 (pages 1 à 8).
Charles Gounod, Louis Vuillemin. — La Semaine drama-
tique : Comédie-Française : Maman Colibri, P. Saegel. —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musi-
cal en Province et à l'Étranger.
Piano. — Félix FOURDRA1N : Révérences.
H' 2. — 14 janvier 1921 (pages g a 20).
Charles Gounod (fin), Louis Vuillemin. — La Semaine
dramatique : Odéon : Notre Passion, P. Saegel; Théâtre des
Arts : Bonheur, Galathée, Pierre cTOuvray. — Comptes rendus
des Concerts. — Le Mouvement musical en Province et
à l'Étranger.
Chant. — G. GUÉRANDE : Sempcr eadem.
N° 3. — 2E janvier 1921 (pages 21 à 32).
Massenet, Maurice Lena. — La Semaine musicale:
Théâtre des Champs-Elysées : Le Chœur National Ukrainien,
Georges Hûe. — La Semaine dramatique: Théàtre-Monccy :
Le Bourgmestre de Stilmonde ; Théâtre-Antoine : La Cigale ayant
aimé, P. Saegel ; Théâtre-Sarah-Bernhardt : Los Grognards ;
Potiniére : La Huitième Femme de Barbe-Bleue, Pierre d'OuvRAY.
— Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musi-
cal en Province et à l'Étranger.
Piano. — Henri MARÉCHAL : Air du Guet.
N° 4. — 28 janvier 1921 (pages 33 à 40).
Massenet (suite), Maurice Lena. — La Semaine drama-
tique : Théâtre-Edouard-VII : Le Comédien, Jacques Heucel. —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musi-
cal en Province et à l'Étranger.
Chant. — Alfredo BARBIROLU : Et pi,
is... mourir
W 5. — 4 février 1921 (pages 41 i 52).
Massenet (suite',, Maurice Lena. — La Semaine dramati-
que : Le Vieux-Colombier : Le Pauvre sous l'Escalier, Jacques
ÏIeucel. — Comptes rendus des Concerts. — L'Enseigne-
ment obligatoire de la Musique (Interview de M. André
Gedalge). — Le Mouvement musical en Province et a l'É-
tranger.
Piano. —Alfredo BARBIROLLI : Tà-Tà.
N* 6. — Il février 1921 (pages 53 à 04).
Massenet (fin), Mauiice Lena. — La Semaine dramatique
Théâtre des Champs-Elysées : Les Porte-Glaives, Louis Payer
Comédie-Montaigne : La Mégère apprivoisée, Léon Morris
Théâtre-Michel : Une Femme de Luxe, Pierre d'OuvRAY. —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musical
en Province et à l'Étranger.
Chant. — Louis MAiNGUENEAU :
Les Feuilles tombent, c'est l'automne (Ninon de Lenclos).
W 7. — !8 février 1921 (pages G5 i 76).
Edouard Lalo, Henry Malherbe. — La Semaine musicale :
Opéra-Comique : Forfaiture, Paul Bertrand; Trianon-Lyrique :
Philémon etBaucis; La Chanson de Fortunio (reprises), J.-H.Mo-
reno. — La Semaine dramatique : Théâtre des Arts: Lapointe
et Ropiteau; Quand vous voudrez; — Le Temps est un songe
(reprise), Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts.
— Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger.
Piano. — Louis MAINGUENEAU :
Sarabande (Ninon de Lenclos).
!*• 8. — 25 février 1921 (pages 77 â 88).
Edouard Lalo (fin), Henry Malherbe. — La Semaine mu-
sicale : Gaité-Lyrique : Nelly ; Théâtre des Champs-Elysées:
Ballets Suédois, Paul Bertrand; Théâtre-Mogador : La Petite
Mariée, P. de Lapommeraye. — La Semaine dramatique :
Odéon: La Paix; Nouveau-Théâtre, Les Deux-Masques: Spec-
tacles d'inauguration, Pierre d'OuvRAY ; Marigny : J'avais une
marraine, Jacques Heucel. — Comptes rendus des Concerts.
— Le Mouvement Musical en Province et à l'Étranger.
Chant. — Reynaldo HAHN : La Douce Paix.
N° 9. — 4 Mars 1921 (pages 89 à 100).
La Réalisation de la basse chiffrée dans les œuvres de
J.-S. Bach, Alexandre Cellier. — La Semaine dramatique:
La Puissance des Ténèbres, Jacques Heugel; Capucines : Si que
je s'rais roi, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts.
— Le Mouvement musical en Province et à l'Etranger.
Piano. — Paul-Silva HÉRARD : Madrigal.
H' IO. — Il mars 1921 (payes 101 à 112).
La Critique, ses devoirs, ses droits... et ses ennuis, P. de
Lapommeraye. — La Semaine musicale : Théâtre des Champs-
Elysées : La Loïe Fuller et son école de Danse ; Théâtre des
Marionnettes: Cendrillon, Paul Bertrand; Armen Ohanian, la
danseuse persane, Léandre Vaillat. — La Semaine drama-
tique : Vaudeville : La Tendresse; Théâtre de Paris : Cœur de
Lilas, Jacques Heugel. — Comptes rendus des Concerts. —
Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger.
Chant. — Théodore DUBOIS : Matin d'Octobre.
LE • MENESTREL
W- II. — 18 mars S92I (pages u3 i 124).
Gabriel Dupont, Souvenirs, Maurice Lena. — La Se-
maine musicale : Opéra : Antar, Henri Collet; Théâtre des
Champs-Elysées: Concert de Danses; 'Chand d'Habits; Le Chauf-
feur, J.-H. Moreno. — La Semaine dramatique : Apollo :
Arlequin, P. Saegel. — Comptes rendus des-Concerts. — Le
Mouvement musical en Province et à l'Etranger.
Piano. — Gabriel DUPONT : Danse des Roses (Antar).
N° 12. — 25 mars 1921 (pages 125 à i36).
Camille Saint-Saëns, J. Chantavoine. — La Semaine dra-
matique : Théâtre des Arts : La Comédie du Génie, .lacques
Heugel ; Comédie-Montaigne : Les Amants puérils; Cluny :
Oscar, tu le seras, Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à l'É-
tranger.
Chant. — Gabriel DUPONT :
O Nuit, pareille à moi... (Antar).
U' 13.
■ avril !92l (pages
.48).
Camille Saint-Saëns (Suite), J. Chantavoine. — La Se-
maine musicale : Théâtre-Mogador : Le Petit Duc, Paul Ber-
trand. — La Semaine dramatique : Vieux-Colombier : La
Mort de Sparte, P. Saegel; Théâtre-Antoine : La Bataille; Gym-
nase : Le Scandale ; Théâtre Moncey : Celui qui reçoit des gifles,
Pierre d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Les
Sakharoff, danseurs, Léandre Vaillat. — Le Mouvement
musical en Province et à l'Etranger.
Piano. -— Maurice PESSE : Au temps des Pastorales.
N° 14. — 8 avril 1921 (pages 149 ù 160).
Camille Saint-Saëns (suite), J. Chantavoine. — La Semaine
musicale : Trianon-Lyriquc : Mam'zelle Nitouche (reprise),
P. de Lapommeraye. — La semaine dramatique : Comédie-
Montaigne : Le Héros et le Soldat, P. Saegel; Renaissance : Le
Divan noir, Pierre d'OuvaAY. — Comptes rendus des Con-
certs. — Le Mouvement musical en Province et à l'É-
tranger.
Chant. — Gabriel DUPONT :
Tout enfant, un soir, je l'ai cueilli... (Anlar).
M° 15. — 15 avril 1921 (pages 161 a 16S).
Camille Saint-Saëns (lin), J. Chantavoine. — La Semaine
musicale : Tristan et îsolde ; Les Sakharoff ; Une Partition iné-
dite de G. Auric, Paul Bertrand. — La Semaine dramatique :
Théâtre Populaire (Trocadéro) : Tamyris, G.-L. Garnies. —
Comptes rendus des Goncorts. — Le Mouvement musi-
cal en Province et à l'Étranger.
Piano. — Georges BRUN : Tendresse.
W" 16. — 22 avril 192] (pages 169 à 180).
Georges Bizet, Henry Malherbe. — La Semaine musicale :
Théâtre des Champs-Elysées : Tristan et Isolde : P. de Lapomme-
raye. — La Semaine dramatique : Théâtre Édouard-VII : Le
Grand-Duc, P. Saegel; Théâtre des Champs-Elysées : La Rose
do Roseim, Pierre d'OuvaAY. — Comptes rendus des Con-
certs.— La Musique et le Théâtre au Salon de la Société
Nationale, Camille Le Senne. — Le Mouvement musical
en Province et à l'Étranger.
Chant. — Ernest MORET : Vers tout ce qui fut toi.
M° 17. — 29 avril 1921 (pages 181 à 192).
Georges Bizet (fin), Henry Malherbe. — La Semaine mu-
sioale : Opéra : lïaïmouna, Paul Bertrand. — La Semaine
dramatique : Comédie-Française : Le Passé (reprise) ; Maison
de l'Œuvre : Le Pêcheur d'Ombres ; Nouveau-Théâtre : La Sou-
riante Madame Beudet, Pierre d'OuvRAY; Théâtre-Michel : Quand
le Diable y serait, P. Saecel.— Comptes rendus des Concerts.
— Le Mouvement musical en Province et à l'Étranger.
Piano. — Gabriel DUPONT : Nocturne (Antar).
W 18.
1921 (pages 193 à 200).
Camille Erlanger, Jane Catulle-Mendès. ■ — La Semaine
dramatique: Un Ange passa, Pierre d'OuvRAY; Comédie-Mon-
taigne : L'Annonce faite à Marie, P. Saegel. — Comptes ren-
dus des Concerts. — La Musique et le Théâtre au Salon
des Artistes Français, Camille Le Senne. — Le Mouvement
musical en Province et à l'Étranger.
Chant. — Reynaldo HAHN : Che Pecà ! (Quel dommage !).
N° 19. — 13 mai 1921 (pages 201 à 212).
Camille Erlanger (fin), Jane Catulle-Mendès. — La Se-
maine dramatique : Théâtre des Arts : Les Droits du Père,
Jacques Heugel; Bouffes-Parisiens : La Dame en Rose, Pierre
d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — La Musique
et le Théâtre au Salon des Artistes Français (fin), Camille
Le Senne. — Le Mouvement musical en Province et à
l'Étranger.
Piano. — Paul-Silva HÉRARD : Minuetto.
N" 20. — 20 mal 1921 (pages 2i3 à 220).
Le Cinquantenaire de la mort d'Auber, René Brancour.
— La Semaine musicale : Opéra : Spectacle de Danses,
.Paul Bertrand ; Théâtre-Mogador : La Petite Fonctionnaire,
René Brancour. — La Semaine dramatique : Odéon : Trois
Bons Amis; Les Vestales. Pierre d'OuvRAY; Théâtre de Paris:
Chérubin; Vieux-Colombier: La Dauphine, Jacques Heugel. —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musical
en Province et à l'Étranger.
Chant. — Gabriel DUPONT :
Tout mon passé d'amour (Antar).
U° 21. — 27 mai 1921 (pages 221 à 232).
Gabriel Fauré, Charles Kcechlin. — La Semaine musi-
cale : Gaîtc-Lyrique : Ballets russes, Léandre Vaellat. — La
Semaine dramatique : Comédie-Française : Cléopâtre, Pierre
d'OuvRAY. — Comptes rendus des Concerts. — Le Mou-
vement musical à l'Étranger.
Piano. — Gabriel DUPONT :
Danse générale et Cortège de noces (Antar).
N° 22. — 3 juin 1921 (pages 233 à 240).
Gabriel Fauré (fin), Charles Kcechlin. — La Semaine
musicale : Comédie -Montaigne : Armen Obanian, Léandre
Vaillat. — Comptes rendus des Concerts. — La. Classe
d'orgue du Conservatoire, Ch.-M. Widor. — Le Mouvement
musical à l'Étranger.
Chant. — Henry FÉVRIER :
La Paix du Cloître (Gismonda).
N» 23. — 10 juin 1921 (pages 241 à 248).
Musique pure et Musique dramatique, Paul Bertrand. —
La Semaine dramatique : Gymnase: Le Caducée, P. Saegel ;
Théâtre des Arts : Le Remous, Pierre d'OuvRAY. — Comptes
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro-
vince et à l'Étranger.
Piano. — Georges BRUN : Les Tambourinaires.
M* 24. — 17 juin 1921 (pages 249 â 260).
Musique pure et Musique dramatique (fin), Paul Ber-
trand. — La Semaine musicale : Opéra: Les Troyens, J.-H. Mo-
reno ; Théâtre des Champs-Elysées : L'Homme et son désir,
P. de Lapommeraye; Trocadéro : Séances de danses d'Anna
Pavlova, Léandre Vaillat. — La Semaine dramatique : Renais-
sance : La Maîtresse imaginaire; Comédie-Montaigne : Le
Bonheur à cinq sous, Pierre d'OuvRAY ; Théâtre de l'Oasis : Spec-
tacle d'ouverture, P. Saecel. — Comptes rendus des Concerts.
— Le Mouvement musical en Province et à l'Etranger.
Chant. — G. GUÉRANDE : La Cloche fêlée.
LE • MENESTREL
W° 25. — 24 juin 1921 (pages 261 à 268).
Emmanuel Chabrier, Edouard Schneider. — La Semaine
musicale : Opéra : La Péri; Daphnis et Chloé, P. de Lapom-
meraye; Théâtre des Champs-Elysées : Les Mariés de a Tour
Eiffel, J.-H. More.no. — La Semaine dramatique : Comédie-
Française : Un Ennemi du Peuple, P. Saegel. — Comptes rendus
des Concerts. — Concours du Conservatoire. — Le Mou-
vement musical en Province et à l'Etranger.
Piano. — Henry FÉVRIER :
Le Couvent de Daphni (Gismonda).
M' 2S. — !" juiiiet 1928 (pages 269 à 280).
Emmanuel Ghabrier (Suite), Edouard Schneider. — La
Semaine dramatique : Odéon : Le Sursaut; la Pie borgne,
Pierre d'OuvRAY ; Théâtre de Paris : Ça va !.. ., Jacques Heugel. —
Concours du Conservatoire, René Brancour. — Comptes
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en
Province et à l'Etranger.
Chant. — André QA1LHARD : Le Géant.
H» 27. — 8 juillet J921 (pages 281 à 288).
Emmanuel Ghabrier (fin), Edouard Schneider. — Concours
de Rome, Paul Bertrand. — Concours du Conservatoire,
René Brancour. — Comptes rendus des Concerts. — Le
Mouvement musical à. l'Etranger.
Piano. — Ernest MORET :
Berceuse pour la fui d'un beau jour.
M" 28. — 15 juillet 1921. — (pages 289 à 3oo).
A propos de certaines Êtrangetès de FArt contem-
porain, Jacques Heugel. — La Semaine dramatique :
Théâtre des Champs Élysées : Asmotiée à Paris, Jacques Heugel.
— Concours du Conservatoire, René Brancour. — Comptes
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro-
vinoe et à l'Etranger.
Chant. — Reynaldo HAHN : A nos Morts ignorés.
N- 29. — 22 juillet 1921 (pages 3oi à 3o8).
Vincent d'Indy, Paul LeFlek. — Sur la Musique (Discours
lu à l'inauguration de l'École des Hautes Études Musicales à
Fontainebleau, le 26 juin 1921), C. Saint-Saëns. — Conser-
vatoire de Musique, R. lï. — Le Mouvement musical en
Province et à l'Etranger.
Piano. — Maurice PESSE : A l'Aurore de la Vie.
M' 30. — 29 juillet 1921 (pages 309 à 3i6).
Vincent d'Indy (fin), Paul Le Flem. — La Semaine théâ-
trale: Oasis; Moulin-Bleu; LaPetite Bonne d'Abraham {reprise);
Gaité-Lyrique : Mam'zelle Nitouche (reprise), P. de Lapohmeraye.
— Style et Esprit nouveau, E. Jaques-Dalcroze. — Le Mou-
vement musical en Province et à l'Étranger.
Chant. — Ernest MORET : Je parerai tes bras...
N° 31. — 5 août 1921 (pages 317 à 324).
Georges Hue, Raoul Brunel. — La Semaine dramatique :
Comédie-Française : Circé, Pierre d'OuvRAY. — Claudio Monte-
verdi, P. de L. — A propos de Samson et Dalila. — Le Mou-
vement musical en Province et à l'Etranger.
Piano. — Alîredo BARBIROL.L! : Los Misterios.
N- 32. — 12 août 1921. — (pages 325 à 33=).
Georges Hue (fin), Raoul Brunel. — Arthur Pougin. —
Nouveau Régloment du Conservatoire. — Le Mouvement
musical en Province et à l'Étranger.
Chant. — Emile PALAD1LHE : Joli Berger.
W° 33. — 19 août 1921 (pages 333 à 340).
Alfred Bruneau, Charles Kœchlin. — La Semaine drama-
tique : Odéon : La Prisonnière, P. Saegel. — A propos du
Chant grégorien. — Nouveau Règlement du Conserva-
toire (suite). — Le Mouvement musical en Provinoe et
à lÉtranger.
Piano. — A. PERILHOU : Sicilienne.
W° 34. — 28 août 192! (pages 341 à 348).
Alfred Bruneau (fin), Charles Kœchlin. — L'Étude scien-
tifique du Chant, Henri Frossard. — Nouveau Règlement
du Conservatoire (fin). — Le Mouvement musical en
Province et à l'Étranger.
Chant. — César CU! : Berceuse.
W° 35. — 2 septembre 192! (pages 349 à 356).
Gustave Charpentier, Camille Mauclair. — La Réforme
de l'Enseignement musical, Gabriel Pierné. — A propos du
Nouveau Règlement du Conservatoire. — Le Mouvement
musical en Province et à l'Étranger.
Piano. — Rodolphe BEROER : Joue à joue.
Sfi" 36. — 9 septembre E921 (paaes 357 à 364).
Gustave Charpentier (fin), Cami lie Mauclair. — La Semaine
dramatique : Vaudeville : Peg de mon Cœur ; Nouveautés :
Mon Bébé (reprise), Pierre d'OuvRAY; Femina : La Brune et la
Blonde, P. Saegel. — Souvenirs do Louis Diérner, René
Brancour. — Le Mouvement musical en Province et à
l'Étranger.
Chant. — Théodore DUBOIS : Les Flambeaux.
H» 37. — 18 septembre 1921 (pages 365 à 372).
Lettres et Souvenirs (1876), Henri Maréchal. — La
Semaine Musicale: Gaîté-Lyrique : Le Coq a chanté; Théâtre-
Mogador : La Poupée (reprise), P. de Lapommeraye. — La
Semaine dramatique: Théâtre-Michel : La Danseuse éperdue
(reprise), Pierre d'OuvRAY. — Études artistiques et philoso-
phiques : V. Les Artistes, les Intellectuels, les Critiques d'Art et
le Public, Paul Rougnon. — Le Mouvement musical en Pro-
vince et à l'Étranger.
Piano. — Alfredo BARBIROLLI : L'Admirable.
K" 38. — 23 septembre 1921 (pages 373 à 38o).
Lettres et Souvenirs (1376) (Suite), Henri Maréchal. — La
Semaine dramatique : Odéon : L'Ëternel Amour, Pierre d'Ou-
vRAY; Theâtre-Édouard-VII : Le Cœur dispose, P. Saegel; Olym-
pia, Pierre d'OuvRAY. — Le Mouvement musical en Pro-
vince et à l'Étranger.
Chant. — Philippe QAUBERT : Chanson de Flûte.
W- 39. — 30 septembre 1921 (pages 3Si à 388).
Lettres et Souvenirs (1S76) (Suite), Henri Maréchal. — La
Semaine dramatique : Théâtre de Paris : La Passante ; Varié-
tés : Kiki (reprise); Moulin-Bleu : La Revue du Bouif, P. Saegel;
La Potinicre : Alain, 3a Mère et sa Maîtresse, Pierre cTOuvray. —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musical
en Province et à l'Étranger.
Piano. — Félix FOURDRAIN : Valse Romantique.
M- 40. — 7 octobre 1921 (pages 3S9 à 39G).
Le vrai et le faux a Orphée », Henri de Curzon. — La
Semaine dramatique : Théâtre des Arts : La Demoiselle de
Magasin; La Cigale : Tu peux y aller !, P. Saegel. — Lettres et
Souvenirs (1876) (fin), Henri Maréchal. — Le Mouvement
musical en Province et à l'Étranger. — Le Répertoire
de nos grands Concerts.
Chant. — Charles SILVER : Le Romarin.
LE • MÉNESTREL
N° 41. — 14 octobre !92l (pages 397 à 404).
Prélude à la Saison Musicale, Adolphe Boschot. — La
Semaine musicale : Opéra-Comique : Orphée, Camille, Paul
Bertrand. — La Semaine dramatique : Théâtre-Antoine :
La Dolorès; Daisy, Pierre d'OuvRAY ; Théâtre des Mathurins :
Les Deux «Monsieur » de Madame, P. Saegel. — Comptes ren-
dus des Concerts. — - Le Mouvement musical en Province
et à l'Étranger.
Piano. — Jan BLOCKX : Gavotte et Musette.
N° 42. — 21 octobre 1921 (pages 40S à 416).
Berlioz, Camille Saint-Saëns — La Semaine musicale :
Gaîté-Lyrique : Boccace, Paul Bertrand; Trianon-Lyrique : Le
Huron, P. de Lapommeraye. — La Semaine dramatique: Vieux-
Colombier : La Fraude; Au Petit Bonheur, P. Saegel; Nouveau-
Théâtre: Spectacles divers, Pierre d'OuvRAY.— Comptes rendus
des Concerts. — L'Éducation Musicale de demain, E. Ja-
ques-Dalcroze. — Le Mouvement musical en Province et
à l'Étranger.
Chant. — Emile PALADILHE : Douce Forêt.
N° 43. — 28 octobre 192! (pages 417 à 42S).
Un peu d'Esthétique, Raoul Brunel. — La Semaine dra-
matique : Théâtre-Femina : Sin, Jacques Heugel ; Théâtre
Sarah-Bernhardt : La Gloire; Théâtre-Michel : Vogue, P. Saegel;
L'Œuvre : La Danse de Mort; Apollo : La Belle de Paris, Pierre
d'OuvRAY. — Com rites rendus des Concerts. — Le Mouve-
ment musical en Province et à l'Étranger.
Piano. — Maurice PESSE :
Quand fleurissent les Pâquerettes.
N" 44. — 4 novembre 1921 (pages 429 à .j36).
Sin et le Théâtre Chinois, Louis Laloy. — La Semaine
musicale : Théâtre-Mogador : La Petite Bohème, Paul Bertrand;
Théâtre desChamps-Élysées: Le Chœur russe, P. de Lapommeraye.
— La Semaine dramatique : Théâtre-Antoine: Le dieu d'Ar-
gile; Gymnase: Amants; Deux-Masques: Nouveau spectacle,
P. Saegel ; Marigny : Qu'en mariage seulement, Pierre d'OuvRAY.
— Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement mu-
sical en Province et à l'Étranger.
Chant. — César CUI : Les Songeants.
N' 45. — il novembre 1921 (pages 437 à 448).
Mozart et V Enlèvement au Serait, Henri de Curzon. — La
Semaine musicale : Opéra : Un Enlèvement au Sérail, Paul
Bertrand. — La Semaine dramatique : Théàtre-Édouard-VII:
Jacqueline ; Faisons un rêve, P. Saegel; Porte-Saint-Martin :
Robert Macaire ; Déjazet : Ernest et son Loupiot, Pierre d'Ou-
vRAY. — Comptes rendus des Concerts. — La Musique
et le Théâtre au Salon d'automne, Camille Le Senne. — Le
Mouvement musical en Province et à l'Étranger.
Piano. — Georges BRUN : Causerie.
N' 46. — 18 novembre 1921 (pages 449 ù 460).
L'Art et les Sociétés de Musique, E. Jaques-Dalc
La Semaine Musicale : Opéra : Ascanio, Paul Be
La Semaine dramatique : Vaudeville : Le Chemin de Damas ;
Mathurins : Le Verbe aimer; Nouveau-Théâtre : Spectacle nou-
veau; Moulin-Bleu : A coups dégriffés, Pierre J'Ouvray ; Bouffes-
Parisiens : Dédé, P. Saegel. — Comptes rendus des Con-
certs. — Le Mouvement musical en Province et à l'É-
tranger.
Chant. — Max d'OLLONE : Chanson de Page.
N° 47. — 25 novembre 1921 (pages 461 â 472).
La Restauration du Chant grégorien, Louis Laloy. — La
Semaine dramatique : Odéon : Louis XI, curieux homme ;
Nouveautés : Comédienne, Pierre d'OuvRAY; Théâtre-Antoine :
La Maison de l'Homme, Léon Morris. — Comptes rendus des
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à
l'Étranger.
Piano. — Paul ROUQNON : Elégie.
N" 48 2 décembre 1921 (pages 473 à 4S4).
Le Public et les Programmes de Concerts, Charles
Kœchlin. — La Semaine dramatique : Variétés : La Revue
des Variétés; Athénée: Le Paradis fermé, Jacques Heucel ;
Théâtre des Arts : Le Cousin de Valparaiso, P. Saegel.— Comptes
rendus des Concerts. — Le Mouvement musical en Pro-
vince et à l'Étranger.
Chant. — Ernest MORET :
Musique et silence de l'heure!...
N° 49. — 9 décembre 1921 (pages 485 à 496).
La Musique et la Société, Charles Kœchlin. — La Semaine
musicale : Opéra-Comique : Dans l'Ombre de la Cathédrale :
Dame Libellule, Raoul Laparra. — La Semaine dramatique ;
Comédie-Française: Aimer, P v Saegel; Renaissance: La Dan-
seuse rouge ; Théâtre des Champs-Elysées : Pelléas et Mélisande :
Nouveau -Théâtre : Spectacle nouveau, Pierre d'OuvRAY. —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musical
en Province et à l'Étranger.
Piano. — Georges HUE :
Menuet de la Vierge (Dans l'Ombre de la Cathédrale .
M" 50. — 18 décembre 1921 (pages 497 à 5o8).
Georges Hûe et Dans l'Ombre rie la Cutlwdrale, Raoul Bru.\::l.
— La Semaine musicale: Opéra : L'Heure espagnole; La
Fête chez Thérèse, P. de Lapommeraye. — La Semaine dra-
matique : Vaudeville : Papa (reprise), Pierre d'OuvRAY. . —
Comptes rendus des Concerts. — Le Mouvement musical
en Province et à l'Étranger.
Chant. — Paul VIDAL :
Berceuse de la Sainte Vierge (Noël).
N- 51. — 23 décembre 1921 (pages 5og à 020).
L'Éducation Musicale de la Nation, Charles KœcHLi.v. —
La Semaine musicale : Gaîté-Lyrique: Les Brigands (reprise).
P. de Lapommeraye. — La Semaine dramatique : Théâtre-
Michel : Chéri; Châtelet: Jean-qui-rit, P. Saegel; Gymnase:
Lorsqu'on aime, R. D. ; Potinière : L'Enfant gâtée, Pierre d'Ou-
vRAY. — Camille Saint-Saëns. — Comptes rendus des
Concerts. — Le Mouvement musical en Province et à
l'Étranger.
Piano. — Franz LISZT : Les Bergers à la Crèche.
ti° 52. — 30 décembre 1921 (pages 52i à 332).
Le Monument de Massenet, Jacques Heugel. — La Se-
maine dramatique : Théâtre de Paris : La Possession ; Théâtre-
Antoine : L'Homme aux dix Femmes, Pierre d'OuvRAY ; Théâtre-
Caumartin : The Bcggar's Opéra ; Edcn : La Chasto Suzanne.
P. Saegel. — Comptes rendus des Concerts. — Les Funé-
railles de Saint-Saëns. — Le Mouvement Musical en
Province et à l'Étranger.
Chant. — Georges HUE :
Prière de Sagrario (Dans l'Ombre de la Cathédrale).
LE MENESTREL
Vendredi 7 Janvier 1921.
Charles GOUNOD
- 1810-1893 -
Conférence lue aux Concerts-Pasdeloup (Opéra, 16 décembre 1920).
Ïa série actuelle de ces « Concerts historiques »
étant spécialement consacrée à la musique
dramatique, nous n'étudierons aujourd'hui,
en Gounod, que le compositeur de théâtre.
Il est grand, on le sait. Il est illustre. Mais
sait-on si bien que cela pourquoi il est aussi
grand? aussi illustre? On répondra dans le public — et
on aura déjà raison — : parce qu'il nous touche, parce
qu'il nous émeut, parce qu'il est inspiré. C'est vrai! Ce
n'est pas suffisant cependant. Nous pourrions citer
d'autres noms d'autres musiciens qui, eux aussi, ont tou-
ché et ému le public; qui, eux aussi, ont été « inspirés ».
Or, en dépit de l'admiration d'abord totale de ce public,
voici que la popularité de ces musiciens-là diminue.
Halévy et Meyerbeer, par exemple, pâlissent. Pourquoi?
Parce que — et c'est ce qu'hésitent à comprendre tant
de gens de parfaite bonne foi, mais peu enclins à rai-
sonner quand ils ont accoutumé d'admirer — parce que
les musiciens dont il s'agit n'ont rien donné de nouveau
à la musique. Ils ont très bien su leur métier. Ils ont
très bien — trop bien — compris la mode. Ils ont bril-
lamment improvisé des « airs », des «duos », des trios »
et des chœurs. Mais ils ont malheureusement méconnu,
par défaut de dons ou pusillanimité, cette sorte de
« transfusion du sang » dramatique ou symphonique
dont la musique a toujours éprouvé périodiquement le
besoin ; un besoin tel qu'elle sut à l'occasion se montrer
indulgente envers des musiciens incomplets, des musi-
ciens moins habiles, mais plus neufs, des musiciens peu
virtuoses dans l'art d'écrire, mais merveilleusement
inventeurs, — des génies. Deux noms encore? Gluck et
Berlioz. Dès lors, quelle place peut réserver la musique
à celui qui, maître absolu en son art, ouvrier habile et
raffiné, a reçu en sus le don génial? Celui qui, nourri
des grands maîtres ses prédécesseurs, vient leur ajouter
quelque chose que leurs âges respectifs n'avaient point
connu? Celui dans l'œuvre duquel des maîtres succes-
seurs — ceux désignés sous le nom de modernes —
trouveront des points de départ et des affinités; trouve-
ront surtout, et c'est là le meilleur, de vrais prétextes à
s'émouvoir par de la beauté, à s'étonner pour une
virtuosité annonciatrice, à s'instruire, à vénérer? Une
place de choix, à coup sûr; l'une des premières : celle
que la musique a gardée et gardera longtemps encore à
notre grand musicien français Charles Gounod!
Peut-être quelques auditeurs s'étonneront-ils? Et,
parmi eux, des musiciens, des musiciens jeunes.
Grand musicien, Gounod? Certes! Mais novateur...
Eh! oui, novateur par son originaliié, par sa per-
sonnalité même. Novateur par la pureté et les con-
tours spéciaux de sa mélodie, au théâtre où dominait
encore le mauvais goût à l'italienne; novateur par la
pureté aussi — c'était neut — de son expression harmo-
nique. Novateur par le fini d'une instrumentation
« symphonique ». Tellement bien novateur, enfin, qu'il
nous faut aujourd'hui trouver en Gounod — et c'est ce
qu'on n'a pas assez dit jusqu'ici — l'un des pères de la
sensibilité harmonique contemporaine, l'un des pères
du « modernisme », de cette éclosion actuelle de notre
art musical, éclosion en vertu de laquelle la musique
ne consistera plus seulement en un chant pour soprano
ou ténor, voire les deux à la fois, pourvu d'un « accom-
pagnement » de guitare. Non! Elle sera autour de ce
chant, de cette mélodie, bijou précieux, comme un écrin
de riche velours, subtil et douillet; elle sera non plus
un chant tout simplement « accompagné », mais, dès
qu'il le faudra, un ensemble chantant, un tout expressif
où « l'accord » inspiré lui aussi et non pas mécanique-
ment « boulonné » en série, suivant les procédés
immuables des ingénieurs théoriciens, perdra sa rigidité
d'accessoire. Il sera le vase qu'on choisit de la couleur
de la rose! la cassolette, pleine de parfums, et qui se
brise complaisamment pour les répandre et lever
comme une fumée d'encens à la Mélodie déesse!
Ce disant, nous avons formulé le juste hommage
qu'il faut rendre à Gounod. A Gounod-le-Grand, celui
de Faust, de Mireille et de Roméo et Juliette, le seul que
nous nous soyons proposé d'étudier aujourd'hui. Est-ce
à dire que nous ne trouvions pas son égal en d'autres
œuvres telles que Sapho, la Reine de Saba, le Tribut de
Zamora? Certaines pages en sont belles, au contraire,
et belles par les vertus mêmes que nous venons d'énon-
cer. Mais il y a toujours des sommets dans la produc-
tion d'un génie. Des sommets qu'il suffit de gravir pour
avoir une vue d'ensemble, un panorama au sein duquel
s'élèvent d'autres sommets, sans doute, mais moins
élevés. On les voit sans en avoir fait l'ascension, puis-
qu'on les domine. Gravir le pic Tristan, c'est contem-
pler de plus haut les ballons Rien^i et Tannhàuser.
Ainsi, au faîte de Faust, de Romeo et de Mireille, nous
découvrirons à souhait la chaîne des collines que
forment Philémon, Polyeuctc et Cinq-Mars; nous aper-
cevrons même au lointain, à leur vraie place dans le
paysage, quelques mamelons inégaux : la Nonne san-
glante, les Deux Reines, la Colombe! Et puis, je vous
parie que, de ces trois cimes choisies, nous verrons
quelque chose encore; quelques sentiers étroits, ceux
que suivaient — en ce paysage-là — les touristes-dilet-
tanti pour se rendre d'un pic à l'autre, le long du
défilé routine, fidèles à la queue-leu-leu, aux prescrip-
tions du guide en chef Préjugé!
Car — le croiriez-vous? — ce musicien adorable et
profond, ce chanteur tendre, spontané et sensible,
Gounod, a compté pendant un temps — le temps
i
$?
LE • MENESTREL
nécessaire, n'est-ce pas? — parmi ces jeunes esthètes
dont les élucubrations, scientifiques ou de mauvais
goût, nuisent à l'art musical et lui sont une offense!..
Cette Sapho, dont les stances ont fait le tour du monde,
eh bien, elle ne fut à son origine qu'un essai blâmable,
et blâmé, dans le genre « ultra-moderne » ! Des qualités,
certes, des qualités! Mais que d'impardonnables défauts!
De la « recherche ». De l'« obscurité ». Non? Lisez
Théophile Gautier, critique musical dont la poétique
incompétence appelait périodiquement à son secours le
jeune et anonyme Reyer. (Nous retrouverons son juge-
ment — comme presque toute la documentation historique
de cette étude — dans les deuxbeaux volumes consacrés,
il y a une dizaine d'années, à Gounod par MM. Prod-
homme et Dandelot.) Or, Théophile Gautier — alias
Ernest Reyer — paraît assez effrayé! Il dénonce le
défaut de clarté « qui se fait d'ailleurs sentir dans
plusieurs parties de l'ouvrage ». Il vient, sans doute,
« du soin qu'a pris M. Gounod d'éviter les formules et
les cadences admises de nos jours dans le domaine
lyrique. Son innovation n'est pas heureuse! »
Berlioz — ■ un audacieux pourtant — après avoir
décerné, il est vrai, de grands éloges, s'écriait au sujet
du quatuor du premier acte et du trio du second : « Je
trouve cela hideux, insupportable, horrible... Avant
tout, il faut qu'un musicien fasse de la musique. Et ces
interjections continuelles de l'orchestre et des voix dans
les scènes dont je parle, arrivant au cœur comme des
coups de marteau, ce désordre pénible, ce hachis de
modulations (sic), ne sont ni des chants, ni du récitatif,
ni de l'harmonie rythmée, ni de l'instrumentation, ni
de l'expression!.. »
Mais qu'est-ce que c'était donc, alors?... Et voilà pour
Sapho en 1 85 1 ! Heureusement qu'on n'a joué Pelléas
que quelque cinquante ans plus tard... en en disant
d'ailleurs à peu près la même chose!...
Faust! Nous allons assister, après les offensives
répétées de Sapho, de la Nonne sanglante, du Médecin
malgré lui, h une avance triomphale dans la zone du
progrès, à une union sacrée des suffrages?... Pas autant
qu'on pourrait le croire : il y a de l'obstruction dans
les voies de grande communication!... Une fois encore
le ravitaillement en clairvoyance n'arrive pas. . . Situation
inchangée sur le front!
Faust a longtemps tenté Gounod. Sans doute pré-
voyait-il la possibilité de donner dans cette adaptation
■ — un peu lointaine — de Gcethe toute la mesure de son
génie de musicien. Il ne se trompait pas. Mais quelques
autres se trompèrent... Alphonse Royer, directeur de
l'Opéra, commence par refuser l'ouvrage en prétextant
« que cela manquait de pompe » !... Tout de même,
Carvalho monta « cela » au Théâtre- Lyrique. Je ne vous
redis point les mille difficultés connues — et d'usage —
auxquelles devait se heurter le musicien. Rivalités et
exigences de chanteuses. Pas d'éditeur. Ajournement
de la « première » parce que le directeur de la Porte-
Saint-Martin, Marc Fournier, annonçait un zutreFaust,
de... d'Enaery. Commande et représentation du Méde-
cin malgré lui, en manière de dédommagement. Puis,
tour de faveur à la Fée Carabosse de Lockroy, Cogniard
et Victor Massé. Enrouement subit du ténor Guardi et
son remplacement par Barbot. Enfin, remaniement in
extremis de la partition, suppression d'un duo, placé au
début de la kermesse entre Marguerite et Valentin, et
introduction dans l'ouvrage du « Chœur des Soldats »
jusque-là placé dans un autre opéra de Gounod, Ivan-
le-Terrible! Enfin, Faust!
Eh! bien, si Faust ne fit pas une chute, comme on l'a
dit souvent en exagérant, il ne fut pas non plus « un
succès ». Ah! mais non. Une partie de la presse loua
l'œuvre nouvelle; l'autre la combattit. Parmi les appré-
ciations contradictoires, on en recueille d'inattendues.
Berlioz — après de vifs éloges — accuse la Sérénade de
Méphisto « d'être peu saillante » !... On l'a souvent bis-
sée depuis... Il approuve la « scène de l'Eglise ». « Quant
au cinquième acte, dit-il, il est précédé d'un entr'acte
instrumental trop long. Ce n'est pas à minuit moins un
quart, quand il a encore de si terribles choses à nous
dire, que le compositeur doit s'amuser à faire jouer des
solos de clarinette... »
Si, dans le Ménestrel, d'Ortigue célèbre la « scène du
Jardin », « page exquise », Léon Escudier, dans la
France musicale, reproche à Gounod de « porter au
théâtre ce qu'il fallait laisser au concert ». La Presse
théâtrale se montre enthousiaste. En revanche, dans la
France, de Rubempré affirme qu'en s'attaquant à Faust,
« Gounod, comme les autres, a échoué ». « Pour nous,
écrit-il, Faust est une œuvre estimable, mais ce n'est
pas un chef-d'œuvre comme nous l'avons entendu
répéter. » Nous lisons, en outre, que le public se ca-
brait, à chaque représentation, à l'acte du Jardin ! Le
trio final lui-même n'émouvait pas l'auditoire, et Car-
valho nous confie qu'il a entendu « des gens de goût,
des artistes, des compositeurs, se demander ce que
Gounod avait voulu faire. Ce n'était pas de la musique,
mais de V aberration musicale, une œuvre incompréhen-
sible. » Au reste, la Revue et Galette musicales du 21 dé-
cembre 1862 ne proclamait-elle pas que, « quoiqu'il y
ait au troisième acte de fort belles canlilènes (sic), Faust,
dans son ensemble, n'est point l'œuvre d'un mélo-
diste »/...
Gounod pas « mélodiste » ! Nous rions. — On rit tou-
jours les uns des autres, en musique, à cinquante ans de
distance. — Pas « mélodiste » celui qui écrivit : « Pares-
seuse fille qui sommeille encor ! » ; l'invocation du
docteur Faust; l'adorable phrase de Marguerite: « Non,
monsieur, je ne suis demoiselle » ; la valse de la Ker-
messe; la ballade du roi de Thulé et l'air des bijoux ;
l'acte admirable du jardin, tout entier; la scène de
l'église; la mort de Valentin; les ballets de la nuit de
Valpurgis; la scène de la prison avec ses rappels émou-
vants; et le trio final : Anges purs, anges radieux!...
Mais alors qu'est-ce que c'est donc que d'être « mélo-
diste » ? N'est-ce qu'avoir su soigneusement décalquer
la mélodie déjà admise? Une mélodie nouvelle, ou
plutôt rénovée, évoluée, ne sera-t-elle jamais « mélodie »
avant le cinquantième anniversaire de sa naissance ?
Ce pauvre Schumann s'était, durant toute sa carrière,
battu les flancs sans pouvoir trouver une mélodie !...
Depuis qu'il est mort, on lui en a concédé quelques-
unes... L'infortuné César Franck, totalement privé
d'inspiration, en a conquis beaucoup depuis qu'il a son
monument!.. Quant à Gabriel Fauré... ah! lui, n'est
pas un mélodiste ! Il est vivant...
Somme toute, un musicien de génie n'est vraiment
un « mélodiste » que quand il est mort ! Quand il ne
fait plus de mélodies du tout !.. Quand il a écouté — et
de quelle oreille passive ! — cette autre mélodie qu'on
lui chante — et celle-là n'est pas nouvelle, encore qu'elle
soit la dernière : — De profundis !...
(A suivre.) Louis Vuillemin.
LE ■ MÉNESTREL
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Comédie-Française. — Maman Colibri, pièce en
quatre actes, de M. Henry Bataille.
Voici encore une reprise. Mais on ne peut que
s'en féliciter puisqu'il s'agit, cette fois, d'un ouvrage qui
méritait grandement de prendre place au répertoire
delà Comédie-Française. Après une quinzaine d'années,
cette pièce souverainement belle et forte, est réapparue
dans tout son éclat, en témoignant toujours de cette
solidité et de cette profondeur qui sont la marque des
chefs-d'œuvre.
Car Maman Colibri est bien un chef-d'œuvre par
l'idée psychologique qui l'anime, par la vérité humaine
des personnages et aussi par la netteté, la puissance de
la réalisation scénique, sans que jamais l'enchaînement
précis et logique des faits diminue la signification pro-
fonde de l'ouvrage ni sa portée largement humaine.
Le personnage central d'Irène de Rysbergue n'est-il
pas, en effet, le symbole même de la destinée originelle
de la femme, qui, moins libre que l'homme, plus étroi-
tement asservie aux lois de la nature, leur obéit aveu-
glément en faisant se succéder les actes les plus contra-
dictoires, mais tous inspirés par l'instinct secret qui
la guide et la hausse parfois jusqu'au plus complet
sacrifice. Ainsi agit cette femme qui, subitement éprise,
à l'été de son existence, d'un jeune ami de son fils,
renie les lois sociales pour défendre la vie menacée de
l'amant, puis, désabusée après ce don d'oubli total,
revient docilement, sa fonction d'amante terminée, se
placer sous le joug. Elle obéit alors simplement à l'in-
stinct qui la pousse vers son petit-fils, vers le nouveau-
né dont le premier vagissement retentit comme un
appel à l'éternité de la vie. Le caractère est d'une vérité
racinienne, et la pièce est d'autre part mise en action
avec une vigueur, un don d'observation qui, à chaque
scène, l'éclairent et la magnifient.
L'interprétation est digne de l'œuvre. On pourrait,
certes, désirer chez M" e Berthe Cerny plus de pathétique
et d'ampleur; mais comment ne pas rendre hommage à
sa sensibilité, à sa délicatesse, à son émotion profonde
et contenue? M. Raphaël Duflos a joué en très grand
artiste les deux scènes en lesquelles se résume le rôle du
baron de Rysbergue; il y a fait preuve d'une autorité
incomparable et d'une sobriété émouvante. A côté de
lui, M. Roger Monteaux, dans Richard, a été très jus-
tement acclamé. Il a campé un personnage d'une intense
vérité et a trouvé des accents qui ont profondément
remué la salle. A M. Roger Gaillard, agréablement
juvénile, on souhaiterait à la fois plus de simplicité
et moins de monotonie. M mc ' Suzanne Devoyod a fait
preuve, dans le pittoresque personnage de M ml! Ledoux,
de son intelligence coutumière et de son habituelle
sûreté de composition. M rac Huguctte Duflos, M"" Val-
preux et Jeanne Faber témoignent également d'un talent
très personnel. P. Saegel.
Après les belles représentations des Erinnyes, le théâtre
des Champs-Elysées, qui joue tous les genres pourvu
qu'ils présentent un intérêt artistique, a repris Beethoven,
le beau drame de M. René Fauchois. Très bien montée et
très bien jouée, la pièce a retrouvé le succès qui l'avait
accueillie à l'Odéon. Une importante partie musicale, con-
fiée à l'orchestre du Théâtre des Champs-Elysées, accom-
pagne le drame, et M™ c Lucie Caffaret fit entendre les
magnifiques harmonies de l'Appassionata. P. S.
LES GRANDS CONCERTS
Concerts-Colonne
Tout d'abord la Symphonie héroïque, dans laquelle tout,
jusqu'au Scherzo, participe à cette qualification. L'on
pourrait lui donner pour épigraphe ces vers, bien oubliés,
de V Attila cornélien :
J'ai vu tous les plaisirs de son âme héroïque
N'avoir rien que d'auguste et que de magnifique !
Le chef-d'œuvre fut convenablement exécuté en sa
première partie, et plus que convenablement quant aux
parties suivantes — notamment la Marche funèbre.
Les six lieder de Gellert, revêtus de la musique de Beet-
hoven, datent de iSo3. Leur caractère profondément
religieux est encore accentué par la gravité liturgique de
l'accompagnement. Joignez à la beauté simple et impres-
sionnante de celui-ci l'orchestration toute beethovénienne
qu'y apporta M. Henri Rabaud, et vous vous trouverez en
face de véritables fresques musicales dignes du plus
vénérable des sanctuaires.
M. Cerdan chanta, d'une belle voix et avec une juste
sobriété, les quatre de ces « cantiques spirituels » figurant
au programme : la Prière, De la Mort, la Gloire de Dieu
et le Chant de contrition, le plus développé de tous, celui
dont un commentateur du maître a pu dire : « On ne
connaît pas Beethoven à fond si l'on ignore ce chant. »
Nous regrettons toutefois que les deux autres : l'Amour
du prochain et Puissance et Providence de Dieu n'aient
point été conservés à cet ensemble. Indépendamment de sa
haute valeur musicale, celui-ci offre un poétique résumé
de ce que Gellert lui-même avait pris pour maxime :
« Inculquer le sentiment du beau et l'envie de faire le
bien. »
M. Auguste Chapuis, l'un des membres le plus distin-
gués de notre enseignement musical au Conservatoire, est,
ainsi que nul ne l'ignore, compositeur de grand talent,
dont le nom, malheureusement, n'est pas assez souvent
inscrit sur les affiches de nos concerts. Les Tableaux fla-
mands qui viennent de nous être présentés sont effectivement
très pittoresques. C'est d'abord a la plaine flamande ' »
avec ses vastes horizons et son calme enfin retrouvé après
les tragédies de la guerre. Sous la lumière du matin elle
s'étend et semble s'épanouir. Des airs agrestes s'y élèvent,
échangés entre les différentes voix de l'orchestre, et l'on
s'imagine, en écoutant cette musique, très finement colo-
rée, qu'elle est la transposition sonore d'un paysage de
Paul Bril ou de Petrus Breughel. Peut-être eût-elle gagné
à être légèrement condensée... Le second tableau, de
dimensions beaucoup plus restreintes, est complètement
réussi. Il évoque les « moulins à vent » chers à Rodenbach,
et dont l'on croit voir et entendre tourner les ailes joyeuses
sous l'effort de la brise vespérale...
Le concert se terminait par les sublimes Adieux de
Wotan, dans lesquels M. Cerdan montra beaucoup d'ex-
pressive autorité et que M. Gabriel Pierné dirigea de
manière tout à fait satisfaisante. René Brancour.
Concerts - Lamofireax
M. Edouard Risler, qui triomphe en ce moment à Paris
en y donnant une série d'admirables récitals de piano, a
voulu que sa première apparition au programme d'un
grand concert constituât un respectueux hommage à un
maître vénéré, à M. Théodore Dubois, dont la science si
sûre, la valeur pédagogique et la haute conscience artis-
tique ont exercé leur influence bienfaisante sur tant de
musiciens qui honorent aujourd'hui l'école française. Donc
M. Risler et M. P. Bazelaire, violoncelliste éminent autant
que professeur émérite,ont fait acclamer conjointement une
Suite concertante pour piano, violoncelle et orchestre, que
M. Théodore Dubois a récemment écrite à leur intention.
C'est une œuvre probe et d'un art très sûr, clairement conçue
LE • MENESTREL
et ordonnée, utilisant avec habileté les ressources respec-
tives des deux instruments solistes, soutenus par une orches-
tration sobre et lumineuse à la fois. On eût seulement
souhaité que l'importance de la partie de piano fût davan-
tage proportionnée au prestige de l'interprète.
Cette Suite était la seule nouveauté du programme, lequel
comportait, en outre, la Marche des Rois Mages, de Liszt,
d'une belle tenue, mais qui ne rappelle que d'assez loin l'ad-
mirable série de ses poèmes symphoniques; la Valse, le si
curieux poème chorégraphique de Maurice Ravel, d'un im-
pressionnisme tourbillonnant, d'une chatoyante polytonie,
mais qui se prolongent un peu trop; la Procession nocturne
d'Henri Rabaud, évocation émouvante qui figure main-
tenant en permanence aux programmes de tous nos
concerts et le mérite d'ailleurs grandement; enfin la Sym-
phonie Pastorale de Beethoven, superbement exécutée, que
M. Chevillard conduisit par cœur, comme à l'ordinaire,
mais où il sembla se surpasser encore. Le public, par de
longues acclamations, tint à rendre hommage à la valeur
de ce très grand chef d'orchestre, de cet incomparable
musicien. Paul Bertrand.
Concerts-Pasdelcup
Jeudi 3 décembre. — Concert hors série où M. Rhené-
Baton nous a donné l'occasion d'entendre deux jeunes
artistes très intéressants.
M lle Pignari, qui vient d'obtenir, au concours Musica,
non un second prix, paraît-il, comme un communiqué
avait pu nous le faire croire, mais un prix partagé avec
M llc Jankowski, a joué avec une virtuosité parfaite et une
grande originalité le Concerto pour piano de Grieg. L'œuvre
est ingrate, mais M" Pignari a su lui donner toute la cou-
leur souhaitable.
M. Moscowitz s'était fait remarquer au mois de juillet
dernier au concours pour le prix d'honneur du Conserva-
toire. Nous l'avions déjà, l'année dernière, apprécié au con-
cert donné au Théùlre-Édouard-VII. Les grandes qualités
de M. Moscowitz n'ont fait que s'affirmer : un tempéra-
ment extrêmement intelligent d'artiste, un son parfait, une
technique qui dénote une grande facilité disciplinée par le
travail, lui ont valu un succès complet dans le Concerto pour
violon et orchestre de Beethoven.
Il faut savoir gré aux Concerts-Pasdeloup d'accueillir les
jeunes artistes, espoirs de nos hivers futurs.
Samedi i' T janvier igsi et dimanche 2. — M. Rhené-
Baton a bien commencé l'année. Les œuvres étaient con-
nues : la Sérénade pour orchestre d'archets et la Symphonie
Jupiter de Mozart, l'Ouverture de Prométhée et la Septième
Symphonie de Beethoven : la simplicité de Mozart apparut
en ses lignes pures, le finale de la Symphonie Jupiter fut
admirablement détaillé, notamment dans sa partie fuguée.
Quant à la Septième Symphonie, elle convenait plus qu'au-
cune autre à M. Rhené-Baton, un des maîtres du rythme ;
nul plus que lui ne pouvait en mieux répandre la joie
exubérante. Pierre de Lapommeraye.
CONCERTS DIVERS
Union des femmes professeurs et compositeurs. —
L'abondance des matières nous avait obligés à remettre le
compte rendu du dernier concert de l'U. F. P. C.
Nous y entendîmes des œuvres fort curieuses du maître
Théodore Dubois : tout d'abord quatre belles mélodies
admirablement interprétées par M"" Bureau-Berthelot. Les
Petits Lits blancs, notamment, obtinrent un grand succès.
M™ Chailley-Richez interpréta magistralement des frag-
ments du Premier Concerto et avec une délicatesse exquise
les si charmantes Valses intimes du Maître.
M 1Ie Doerken fit acclamer quatre mélodies de Georges
Hue dont le public parut apprécier très vivement l'émotion
et la grâce ; M™ Montjovet chanta ensuite avec le talent que
chacun lui connaît des mélodies intéressantes de M Ile Hé-
doux. Enfin, bien que souffrante, M lle Gilquin parvint à
surmonter sa fatigue et à interpréter sans défaillance trois
jolies mélodies de Paul Vidal.
Les efforts très méritoires de celle union méritent d'èlre
suivis et encouragés. E. L.
Concert Rosa Spier. — M llc Rosa Spier, qui fait connaître
en Hollande tant d'œuvres françaises, eut l'idée heureuse de
nous présenter à Paris et des œuvres françaises et des
compositions d'auteurs hollandais.
Mettons tout d'abord hors de pair le talent personnel de
M" 2 Rosa Spier, excellente harpiste, qui a fort joliment mis
en valeur un choral très intéressant et fort bien écrit de
M lle Soulage, une gracieuse Sarabande de Philippe Gaubert
et des Variations pastorales sur un vieux Noël de Marcel
Samuel-Rousseau. Cette dernière œuvre permet de con-
stater une fois de plus chez son auleur beaucoup de
charme, de science et d'invention.
Les Sonates de MM. Willem Pyper et Sem Dresden n'ont
pas produit grand effet. Elles ont des coins intéressants,
mais on a une impression d'hésitation, de talents qui se
cherchent et n'ont pas trouvé leur voie.
En revanche, la Suite de M. Eugène Goossens, pour flûte,
violon et harpe, parut, après les deux œuvres précédentes
un peu nuageuses, claire, alerte et sonore. Ce fut une heu-
reuse et charmante fin de soirée.
MM. Simon van Lieuwen sur le violon, Bam-Best sur la
flûte et M. Van den Yzer au piano entourèrent M"" Rosa
Spier. P. de L.
Concert Chevillard-aoutmanovitch-Winsback. — La ma-
jeure partie de cette séance, donnée le 3i décembre à la
salle Touche, était consacrée à Beethoven. M llc Chevillard
et M. J. Goutmanovitch interprétèrent notamment la Sonate
en fa, op. 24, avec un certain sens de la grandeur beethové-
nienne. Quant aux trois mélodies chantées par M lle Wins-
back, nous fûmes gênés pour les apprécier par la bizarrerie
des paroles françaises qui prétendent traduire les beaux
poèmes originaux. Le reste du programme comportait les
noms de Schumann, de Franck et de Fauré. A. S.
Concert Dimitri Smirnoff (2g décembre). — Le pro-
gramme très composite de cette séance montre combien
l'action rénovatrice des « Cinq » ou d'enlreprises comme
les Ballets russes ou la Maison du Lied semble n'avoir eu
encore qu'un effet superficiel sur le goût musical russe.
M. Smirnoff ne nous épargne rien du répertoire des théâtres
« officiels » ; il prodigue même celui-ci en grossissant son
programme d'une douzaine de morceaux supplémentaires.
Ce flux exagéré de Puccini ou de Doubrovsky emporta à
peu près tout ce que les affiches avaient primitivement
annoncé. Pour les musiciens demeurèrent le chant hindou
de Sadko — dont d'ailleurs M. Smirnoff exagéra l'allure
traînante, lui en enlevant ainsi l'animation véritable, — trois
pièces à quatre mains de M. Stravinsky — exécutées par
M" e Gabrielle Baud et M. Eugène Wagner et qui passèrent
inaperçues malgré leur simplicité, malgré leurs thèmes
mélodiques si prenants, — le deuxième Quatuor de Boro-
dine — que MM. Poulet, Giraud, Mâcon et Ruyssen jouè-
rent avec un feu où flamba tout l'alcool acre des Frères
Karamazov. A. S.
Concerts de Lausnay (mercredi 2g décembre). — La
belle Sonate pour violoncelle et piano de Boëllmann,
ouvrit la séance, fort bien exécutée par M Ue Madeleine
Monnier et par M. Georges de Lausnay, lequel ne se montra
pas moins bon collaborateur de M. Pierre Fol, lorsque, en
fin de séance, ils firent entendre une autre Sonate — pour
violon et piano — de M. Sylvio Lazzari, ouvrage empreint
de grandeur et de vie, et dont l'intérêt se soutient d'un
bout à l'autre sans l'ombre d'une défaillance. Entre ces
deux compositions se placèrent le charmant Aria : Pur
dicesti, de Lotti, et les Chansons des Steppes — au
nombre de cinq — de M me Léo d'Autezac, si pleines d'ani-
mation et de pittoresque entrain. En ces diverses mélodies
la voix charmante et l'expressive diction de M" c Jeanne
LE • MENESTREL
Gatineau s'affirmèrent une fois de plus, et d'unanimes
applaudissements saluèrent l'auteur des Chansons des
Steppes et son excellente interprète. R. B.
Concerts Edouard Risler. — Dans les trois concerts qu'il
vient de donner, M. Edouard Risler a interprété, à raison
de quatre par concert, les Dou^e Sonates suivantes de
Beethoven : op. 10 (n° 3), i3, 28, 27 (n° 2), 3i (n° 2), 53, 5j, 81,
106, 109, 110, m. Pour parler comme il conviendrait de
l'idéalement magistrale interprétation de ces admirables
sonates par M. Edouard Risler, les douze pages du Ménestrel
seraient insuffisantes. Ne pouvant parler, faute de place, je
me contenterai de manisfester mon étonnement qu'un
virtuose puisse déployer la puissance cérébrale dont fait
preuve M. Risler quand il exécute d'affilée les quatre der-
nières sonates. Acclamé après le premier concert, forcé par
les rappels, il a joué comme lui seul pouvait le faire le
largo de la Sonate op. 7. Entraîné après le second concert
par les mêmes acclamations, les mêmes rappels, il a joué
le scherzo de la Sonate op. 3i, n° 3. A la fin du troisième
concert, malgré les ovations, acclamations et rappels fréné-
tiques, il n'a rien voulu jouer. Pour lui, en son âme d'artiste,
la dernière sonate de Beethoven devait être regardée comme
le dernier chant du cygne imposant le silence. Ed. L.
— M" e Madeleine Bonnet, professeur au Conservatoire
de Nîmes, a pris part cette semaine aux Concerts-Touche.
Dans la Rapsodie d'Auvergne pour piano et orchestre de
Saint-Saëns et dans deux pièces de Rachmaninoff (Bar-
carolle) et de Liszt (Dans les Bois) elle s'est montrée
pianiste de grand talent et musicienne accomplie. Son suc-
cès a été brillant. Des pièces d'orchestre de Ch. Silver,
les Jardins du Paradis, illustrations musicales pour un
conte d'Andersen, du plus charmant effet, la Symphonie ita-
lienne de Mendelssohn et un Noël de Périlhou complétaient
un très intéressant programme fort bien joué. P. A.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
A propos de la Walkyrie
Certains musiciens, certains littérateurs veulent absolu-
ment voir dans le glaive donné par Wotan aux Velses le
symbole de la force pangermanique et déclarent, en consé-
âuence, que Wagner a été la véritable cause de la Grande
uerre. Parmi les innombrables occasions de rire que
notre époque fournit si généreusement aux temps futurs,
il en est certainement fort peu d'aussi belles! Peut-on, en
effet, ignorer à ce point que V Anneau du Nibelung est un
« mythe »? Mais, ce glaive, on le retrouve dans toutes les
mythologies, dans tous les mysticismes! C'est le glaive
pris et reforgé par le héros, — le héros spirituel, le can-
didat à l'initiation, — avec lequel il tranchera les liens qui
le rattachent au monde inférieur. Ce glaive, — il serait
préférable de se renseigner et de réfléchir avant de parler
trop fort, — ce glaive, il est dans les écritures de l'Inde, il
est dans les mythes grecs, il est dans l'Apocalypse; on le
retrouve, de nos jours, dans l'admirable Offrande lyrique
de Rabindranath Tagore! Il est dirigé contre les dieux qui
gardent l'antique fatalité, — symbolisée par la lance de
Wotan, — contre les dieux de la matière, adversaires de
l'amour (Brûnnhilde). Ce glaive, — si l'on tient absolument
à voir dans la dernière guerre une image de la lutte entre
l'esprit et la matière, — c'est la France qui le tenait, cette
France qui brisa la lance germanique!
Il suffirait d'un peu de bonne volonté et de liberté
d'esprit pour apprendre, très vite, que Sieglried repré-
sente l'esprit humain éveillant le divin en lui-même et
l'épousant enfin, indissolublement, par delà le monde
matériel, après le suprême sacrifice, au-dessus des dieux
et des démons gardiens de la fatalité cyclique (l'Anneau),
dont il a amené le « crépuscule » (1). Il est donc évident
(1) Siegfried est aussi, comme saint Georges et saint Michel
(patron de la France), comme Hercule et Persée, comme Rama
et Krishna, un des héros du Verbe Solaire (appelé tour à tour
Vishnou, Ormuzd, Horus, Apollon, Christ).
que, si la personnalité de Wagner a peut-être été fort désa-
gréablement « allemande », son génie, lui, est bien univer-
sel. Quant à l'orgueilleuse bêtise de ceux qui affirment que
Wagner ne pensait ni ne sentait profondément, elle égale
celle des détracteurs de Hugo, — l'esprit humain ayant
toujours tendance à nier ce qu'il est incapable de percevoir.
Au reste, accordons que l'intelligence et la sensibilité
lunaires d'un Debussy ou d'un Verlaine, très séduisantes
d'ailleurs, sont, malgré leurs apparences trompeuses, bien
plus aisément accessibles. De notre temps, les yeux,
fatigués, préfèrent la lune au soleil. J. H.
e- s §^> s a s ' 5s >> a >> % ia»^se®^ ^g6g< c-6 cc^ -eg5§^8@^ee
Le Mouvement musical en Province
Bordeaux. — Le public bordelais, le premier en France,
a pu applaudir la représentation intégrale de la Damnation
de Blanche/leur de M. Henry Février, qui fut créée à
Monte-Carlo en mars 1920. A ce moment le Ménestrel
relata l'attrait du livret de M. Lena, auquel l'Académie
Française décerna l'une de ses couronnes enviées, et de la
partition que l'Académie des Beaux-Arts couronna éga-
lement.
Ces palmes, pour si flatteuses qu'elles soient, ne sauraient
aux yeux des auteurs remplacer la suprême consécration :
celle du public. Elle ne leur a point manqué ni à
Monte-Carlo, ni à Bordeaux.
Le mystère conçu par M. Maurice Lena tend vers une
moralité finale, ainsi qu'il sied dans une œuvre « à la
manière du moyen âge ». Le triomphe du ciel sur l'enfer
assure à la vertu conjugale une éclatante revanche et cela
nous change un peu des thèmes de l'inspiration moderne.
Pour satisfaire aux exigences de la mise en scène contem-
poraine, les esprits infernaux, les protagonistes du drame
et les divinités célestes se meuvent au même « étage ».
Mais, avec un peu d'imagination, on se représente aisément
les deux héros, Thierry et Blanchefleur, en proie à l'attrac-
tion souterraine des démons, tandis que les anges du ciel,
de leur poste élevé, veillent sur eux avant de les appeler à
leurs côtés. Tout compte fait, je ne sais pas si une réalisa-
tion scénique rappelant les trois plans superposés sur
lesquels évoluaient les personnages de nos vieux mystères
ne rendrait pas plus savoureux encore l'archaïsme voulu de
la Damnation de Blanchefleur. Je livre cette modeste
suggestion à la bienveillante attention des auteurs et aussi
des directeurs avisés qui monteront cette œuvre — tout ceci
n'est que détail. L'important est la partition. Elle a plu par
le tact apporté par M. Henry Février dans l'enluminure du
poème, par le charme mélodique et expressif de son chant,
par de justes accents vigoureux placés où il était con-
gruem, par son orchestre supérieurement écrit, toujours en
situation et où le violon-roi triomphe en un moment
pathétique. Le succès, à la première, a été très franc, très
chaleureux. M. Henry Février, réclamé par le public, a dû
venir saluer sur la scène tandis que le rideau manœuvrait
inlassablement entre la rampe et le manteau d'Arlequin.
Il est juste d'ajouter que MM. Perron et Chauvet ont
mis tout leur cœur à présenter ce mystère musical. Ils lui
ont donné un cadre remarquable et une interprétation
excellente. M" Marie Tissier s'y montra exquise de sim-
plicité, de grâce émue et émouvante en sa tendresse
d'épouse; M. Carrié dessina la rude silhoueile de Thierry
avec un art très sûr. M 11 " Lise Landral, M. Ricard et leurs
camarades, les chœurs et l'orchestre dirigé par M. E. Henry
Petit, le violoniste gravois, qui joua la prière de Blanche-
fleur, méritent des éloges sans restrictions.
— Saluons la naissance d'un groupement destiné à
favoriser le développement de la musique de chambre. Son
premier concert donné à la salle Saint-Genès a obtenu un
succès qu'il importe de signaler. Le programme compor-
tait des œuvres de Schubert et de Guy Ropartz. Le sympa-
thique directeur du Conservatoire de Strasbourg fit une
courte causerie sur Schubert. M mt Croiza, l'éminente can-
tatrice, MM. Motte-Lacroix, pianiste, M. Arthur, violoniste,
LE • MÉNESTREL
et M.Rosoor, violoncelliste, ont été longuement applaudis
aux côtés du maître Guy Ropartz.
Nous reviendrons sur les manifestations de cette société
qui nous promet de beaux concerts durant la saison.
Henri Boularé.
Rennes. — Festival Vincent d'iniy. — Les Rennais
viennent d'avoir l'exceptionnel bonheur d'entendre l'un des
plus grands maîtres de la musique française moderne.
Le programme comportait des œuvres diverses de l'auteur
de l'Etranger et de Fervaal.
D'abord un Trio en si bémol pour piano, violon et violon-
celle, comprenant quatre morceaux interprétés avec beau-
coup de talent par MM. Maurice Servais, Gaston Lavello
et M ,lc Bergeron dont le violoncelle chante à ravir dans
l'Élégie de ce trio, et, plus tard, dans un « lied » de belle
tenue, accompagné par l'auteur. M" e Lorée Mourrey de la
« Schola Cantorum » chanta en artiste consommée quatre
mélodies et surtout : <i Invocation à la Mer », extraite de
l'Étranger, fort applaudie. Le maître Vincent d'Indy inter-
préta au piano des pièces tirées de la série Tableaux de
Voyage avec cette grâce et cette modestie qui sont l'apanage
des grands artistes.
L'admirable chœur pour voix de iemmes, Sur la Mer,
d'un très bel effet, fut joliment chanté, dirigé par l'auteur,
soliste : M llc L. Mourrey — la partie contralto un peu faible,
surtout pour la fin du chœur. Pour terminer le concert,
un très curieux septuor, bâti sur des rythmes de danses,
pour trompette, deux flûtes et quatuor à cordes, rendu avec
beaucoup d'expression.
Et l'on acclama le grand musicien tant pour ses œuvres
que pour son généreux et empressé concours à cette matinée
de bienfaisance. G. P.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ESPAGNE
Madrid. — Le nouvel orchestre des Concerts-Lassalle se
propose de donner une série de quatorze séances. On y
entendra la première et la quatrième Symphonies de
Mahler, parmi les œuvres les plus importantes du réper-
toire habituel des orchestres symphoniques.
— Dernièrement, à l'Apolo, on a repris la Tajadera,
zarzuela balurra en un acte, livret de P. Melantuche,
musique de Barrera, et El Marido de la Engracia. Autres
pièces jouées à ce théâtre : la Patria chica et la del dos
de Mayo.
— A l'un des concerts de la Filarmonica a été exécutée
la première partie de la Sonate en fa mineur pour piano du
maestro Arregui. José Forns écrit que l'effet en est quelque
peu incohérent. Du reste, pourquoi transporter à l'orchestre
ce qui est conçu pour le cadre plus restreint du piano ou
de la musique de chambre? Une idée ne s'accommode pas
aisément à toutes les sauces. Las Goyescas l'ont bien prouvé.
Raoul Laparra.
HOLLANDE
Le nouveau théâtre d'opérette de Berlin donnera pro-
chainement en Hollande des représentations d'opérettes
classiques.
— Un concours d'opérettes vient d'avoir lieu en Hollande.
Le jury, composé de MM. Evert Cornelis, Frederick van
Eeden, Hermann Rœlvink, D.-F. Scheurleer et Bernard
Zweers, a retenu les livrets de MM. Sandel et Vrijlandt,
Bruiasma et Vos. Le compositeur qui aura écrit sur l'un de
ces trois livrets la meilleure opérette recevra un prix de
600 florins.
— La section de Haarlem de l'Association pour l'avance-
ment de la musique a donné le 5 janvier, pour la première
fois, une œuvre indédite de M. Andriessen, Histoire de
l'Enfant de Dieu, pour soli, chœurs et orchestre, et l'An
Mil de M. Gabriel Pierné. Jean Chantavoine.
ITALIE
Rome. — L'inauguration de la saison lyrique a eu lieu
au Costanzi avec Tristan sous la direction de F. Wein-
gartner. Lucy Weidt, du Théâtre Impérial de Vienne,
chantai! le rôle d'Iseult; le ténor Catullo Maestri celui de
Tristan; les rôles de Brangaine et du roi Mark avaient pour
interprètes Fanuy Anitua et Morelli-Rossi.
La seconde soirée fut consacrée à Carmen, que Nietzsche
appelait le « contrepoison » de Wagner. La Blanco-Sadun
fut de nouveau remarquable, mais la direction de Wein-
gartner, incomparable dans Tristan, parut moins parfaite
dans la claire simplicité de la musique « méditerranéenne ».
— Aux concerts de IV Augusteo », Sergio Koussewilzky,
l'éminent chef d'orchestre a joué en soliste plusieurs
œuvres pour contrebasse. Le sympathique artiste tire de
cet instrument des effets inattendus et captivants. Le public
lui fit un chaleureux accueil. Il conduisit également des
œuvres de Scriabine,Moussorsgsky, Rimsky-Korsakow, etc.
— Beau concert de violon donné par Gemma del Valle
dans la salle du « Lyceum ». Œuvres de Veracini, Bach,
Lulli et Saint-Saëns.
Trieste. — Une série de représentations de Tristan est
donnée au « Verdi » sous la direction du maestro Panizza.
— Premier concert de la « Societa Bach » à la « Sala
Bach ». Au programme : Fugues d'orgue et Chorals. Orga-
niste : W.-I. Green.
— Caruso n'a pu reprendre le cours de ses représenta-
tions à New- York. Le eélèbre ténor souffrirait maintenant
d'une pleurésie.
— Une œuvre italienne, Jacquerie, du maestro Gino
Marinuzzi, a inauguré la saison d'opéra de Chicago.
— h'Avanti conte que parmi les comparses d'une com-
pagnie de Ballets russes qui parut au « Costanzi » de Rome
se trouve un certain Boris Pisiarosky, ex-général de l'armée
de Wrangel. G.-L. Garnier.
ROUMANIE
Bucarest. — L'Opéra a rouvert triomphalement ses portes
avec Samson et Dalila, dans l'admirable version roumaine
de M. Cuclin. Les protagonistes en furent : M me Brunetto
(Dalila) et MM. Vrabiesco (Samson), Folesco, Istralty. Le
spectacle était dirigé par le très distingué musicien qu'est
M. Nonna Otesco, le directeur de l'Opéra.
Le second spectacle fut la Tosca avec M me Ivony, MM. Cel-
lani, Costesco-Duca.
— Aux derniers concerts symphoniques de la « Filarmo-
nica » on a joué : Phèdre de Massenet, Procession nocturne
de Rabaud, la Fantastique, l'ouverture de Gwendoline de
Chabrier, la Pavane de Ravel, des fragments de la Damna-
tion de Faust, la Rapsodie de Lalo. Le pianiste Léo Sirota
s'y fit applaudir dans le Concerto de Liapounow.
M. Celestino Piaggio, un très dislingué élève de Vincent
d'Indy, dirigea, au huitième concert populaire, la Chasse
du Prince Arthur de Ropartz et VEspaha de Chabrier.
— Le neuvième concert d'abonnement dirigé par
M. Georgesco était consacré à Beethoven, à l'occasion de
son cent cinquantième anniversaire.
— L'orchestre philharmonique donna la première audition
de quelques œuvres d'auteurs indigènes, ainsi un Prélude
de M. Filip Lazar, d'un charme délicat, et Conte hindou,
poème symphonique de M. Michel Jora, d'une inspiration
puissante, où s'affirment des qualités de tout premier ordre.
— Le trio Léo Sirota, Robert Pollak, E. Grûmmer donna
trois séances avec un grand succès. Il joua avec l'orchestre
philharmonique le Triple-Concerto de Beethoven.
— La 21 e audition organisée par la « Cântarea României »
était consacrée à César Franck. M. Stefan Sihleano fit une
courte conférence, après quoi l'on exécuta le Quintette
(M. Alessandresco et le quatuor Nottara) et la Sonate
(MM. Robert Pollak et Alessandresco).
— Très grand succès pour le violoncelliste Enrico Mai-
nardi. A. A.
LE* MENESTREL
ETATS-UNIS
De notre correspondant de New-York :
Les mélodies allemandes reprennent leur place dans nos
concerts et on les interprète en allemand malgré les protes-
tations que cela suscite en certains cercles musicaux. En
effet, les concerts où l'on entend ces mélodies allemandes
ont toujours un nombreux public germain qui vient là, non
pour applaudir la musique, mais pour applaudir la langue
qui continue à lui être chère. Cela donne lieu à de telles
manifestations que la critique américaine a demandé que
des réunions artistiques ou considérées comme telles ne
devinssent pas de véritables démonstrations politiques.
Mais peut-on demander du tact aux éléments progermainsî
— Le chanteur tchéco-slovaque Dumiroff a donné plu-
sieurs concerts à l'-iEolian Hall. Il chanta, notamment, des
œuvres de Duparc d'une façon exquise.
— On vient de reprendre au Metropolitan House, ainsi
que le Ménestrel l'a annoncé, Tristan et Yseult. Mais
l'opéra de Wagner fut chanté en anglais : la traduction
n'était pas très heureuse.
Quant à l'interprétation, elle représentait un peu tous les
pays. M me Matzenauer (Hongroise) chantait Yseult, M. Sem-
bach (Allemand) Tristan, M. Whitehill (Américain) Kurvenal,
M lle Gordon (Canadienne) Brangaine.
M. Arthur Bodanzlcy dirigeait l'orchestre.
— La direction du Metropolitan Opéra House nous prépare
des surprises pour les mois de janvier et février. M. Galti-
Casaza prépare un répertoire intéressant avec ses meilleurs
artistes. Les répétitions pour la reprise de Louise ont
commencé, et M. Albert Wolff, qui dirigera l'œuvre de
Charpentier, travaille avec beaucoup d'ardeur afin que les
représentations soient l'événement de la saison. M 1Ie Géral-
dine Farrar interprétera l'héroïne et M. Mario Chamlee, un
débutant de valeur, jouera le rôle du poète. Nous regrettons
seulement la décision de la direction qui a confié le rôle du
père à M. Whitehill, un baryton versé surtout dans le
répertoire wagnérien, alors qu'elle avait sous la main
M. Léon Rothier, excellent artiste.
Jusqu'à présent, le répertoire français consiste dans
Samson et Dalila, Carmen et Faust.
Le répertoire italien continue son cours régulier, mais la
direction nous réveille à des intervalles par les nouveautés.
Nous entendîmes un nouveau ballet de M. Pick-Mangiagalli
intitulé // Carillon Magico. Le compositeur, un Tchéco-
slovaque, a écrit une partition mélodieuse quoique man-
quant d'originalité.
— Une gracieuse petite Française, M" e Yvonne Dienne,
ayant à peine i5 ans, vient de débuter avec beaucoup de
succès dans un concert donné à l'vEolian Hall, le 7 dé-
cembre. Entre autres compositions, elle joua admira-
blement Prélude, Choral et Fugue de César Franck, les
Maillotins de Couperin, Thème et Variations de Camille
Chevillard, quelques pièces de Chopin et une vieille
mélodie par Castillon. |
— M. Pierre Monleux, avec la Symphonie de Boston, est
revenu au Carnegie Hall le 2 et le 4 décembre. L'excellent
chef d'orchestre nous offrit entre autres le Tombeau de
Couperin de Maurice Ravel, que les critiques américains
appellent le futuriste, mais que le public américain accepte
comme le compositeur du jour.
— Au concert du 4 décembre, le violoncelliste de la
Symphonie de Boston, M. Jean Bedelti, déploya une
remarquable virtuosité dans l'exécution du Concerto de
Lalo.
— M. Arthur Bodanzki, le chef d'orchestre de la Natio-
nal Symphony, commence à varier son programme sympho-
nique. A une audition donnée au Carnegie Hall, le 7 dé-
cembre, on joua Ma Mère l'Oye de Maurice Ravel, et notons
avec plaisir l'accueil chaleureux accordé par l'auditoire
à l'intéressante et originale composition de notre compa-
triote.
— M . Josef Stransky, qui dirige la Philharmonie
Society, nous donna, pour la première fois depuis l'ouver-
ture de la saison, une œuvre française. Au concert donné
au Carnegie Hall le 9 décembre, nous entendîmes Evocations
d'Albert Roussel. L'œuvre n'obtint auprès du public qu'un
succès d'estime. Joseph de Valdor.
CANADA
La Société d'Opéra de Montréal, encouragée par le beau
succès de Thaïs, de J. Massenet, a mis à l'étude Évangé-
line, de Xavier Leroux.
— Au « Canadien-Français », MM. Ch. Schautry et
L. Lombard ont donné successivement : Les Avariés et
Maternité, d'Eug. Brieux ; cette semaine c'est Cœur à Cœur,
de R. Coolus, qui est à l'affiche.
— On annonce l'arrivée de Toscanini avec l'orchestre
de la Scala de Milan.
— Les séances d'orgue données par Joseph Bonnet, le
grand artiste français, continuent tous les mardis et atti-
rent à chaque audition une foule considérable d'amateurs.
Louis Michiels.
ARGENTINE
Buenos-Aires. — L'Association Wagnérienne a donné un
grand concert avec le concours de M. Richard Strauss et
de M me Ninon Vallin.
Cette artiste, avant son départ pour la France, a
également pris part à un concert qu'a donné, dans le Musée
des Belles-Lettres, la Société Nationale de Musique.
Enfin, M mG Ninon Vallin a prêté son généreux concours
à un grand concert de bienfaisance au Théâtre-Colon où
elle a su, une fois de plus, conquérir son public avec sa
voix et son art d'interprétation admirables. Elle a été l'objet
des plus vives manifestations de sympathie. Dans ce même
concert, Richard Strauss a dirigé l'Ouverture de Guillaume
Tell, le Carnaval romain, Don Juan, la Danse de Salomé
et le Prélude de Rien^i.
— Richard Strauss désirait venir l'an prochain avec toute
sa compagnie de l'Opéra de Vienne. N'ayant pu obtenir
un million et demi de piastres argentines (soit 7 millions
et demi de francs !) en plus de l'abonnement, il paraît qu'il
ne pourra pas réaliser son projet à cause des frais énormes
qu'occasionne le déplacement de sa compagnie complète.
— Le Théâtre Argentin en Europe.
La Compagnie argentine, que dirige M mc Camila Quiroga
et qui interprète uniquement des œuvres du Théâtre Sud-
Américain, fera prochainement une tournée en Europe.
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^DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTEUR.
DE1833À1883
J.L. HEUCEL
DIRECTEUR,
DEI883À1914-
HENRIHEUGEL
SOMMAIRE
Chéries Qounod (Fin) LOUIS VUILLEMIN
La Semaine dramatique :
Odéon :
Notre Passion P. SAEGEL
Théâtre des Arts :
Bonheur; Qalathêe PIERRE D'OUVRAY
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire J.-H, MORENO
Concerts-Colonne RENÉ BRAKOOUR
Concerts-Lamoureux P.oeLAPOMMERAYE
Concerts-Pasdeloup PAUL BERTRAND
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Etranger :
Angleterre MAURICE LENA
Belgique I LUCIEN SOLVAY
8 q e } J. BESSIER
Espagne RAOUL LAPARRA
Hollande J. CHANTAVOINE
Italie G-L. GARNIER
Etats-Unis MAURICE LENA
Échos et Nouvelles.
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Suivra immédiatement : Les Feuilles tombent, c'est l'Automne, de Louis Maingueneau, Extrait de Ninon de
Lenclos, drame lyrique en quatre actes, dont un prologue, paroles de Louis Blanpain de Saint-Mars et
Henri Àucher.
MUSIQUE DE PIANO
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano :
Air du Ouet, thème provençal attribué au Roi René (1409- 1480), de Henri Maréchal
Suivra immédiatement : Ta- Ta, fox-trot, de Alfredo Barbirolli.
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(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couverture)
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— Le Chant de la Destinée (a. d.). 8 »
— Les Heures dolentes (U n«») :
Le Recueil (m. d. îid,). 16 »
— La Maison dans les dunes, pièces (10 n 01 ) :
Le Recueil (a. d. etD.). 12 »
FAURÈ (Gabriel). Op. 90, 7» barcarolle (d.). 5 »
— Op. 91. a» Impromptu (D.). 6 »
— Op. 96. 8° Barcarolle (d.). 4 »
— Op. 97. 9 e Nocturne (a. d.). 4 »
— Op. 100. 10 e Nocturne (d.). 4 »
— Op. 10t. 9° Barcarolle (d.), 4 »
— Op. 102. 5 e Impromptu (d.). 6 »
— Op. 103. Préludes :
1. En ré bémol majeur (d.). 3 »
2. En ut dièse mineur (d.). 4 »
3. En sol mineur (d.). 3 50
4 . En fa majeur (d.) . 2 »
5. En Témintur (d.). 3 »
6. En mi bémol mineur fD.). 2 »
7 . En la majeur (d.) . 3 »
8. En ut mineur (d.). 3 »
9. En mt mineur (d.). 2 »
HAHN (Reynaldo). Cadence pour le concerto
en ut majeur de Mozart (a. d.). 6 »
— Les Jeunes Lauriers, marche militaire (a. d.) . 4 *
— Juvenilia, pièces extraites :
1. Portrait (m. d.). 2 »
2. Promenade (a. d.). 3 60
6. Les Regards amoureux (a. d.). 2 »
Le recueil complet (6 n ') 8 »
— Pavane d'Angelo (mtraire, devoir être classé dans les myopes;
dans les sourds-myopes... pas muets, malheureuse-
ment... « Musique jamais tendre, décrète-t-il, jamais
passionnée, rarement en situation... Beaucoup d'affé-
terie, de maniérisme, une musique d'idées abstraites
(sic), quelque chose de posthume jusque d.ms l'instru-
mentation, rien pour le cœur, rien pour les sens, mais,
par moments, les plus délicates gourmandises pour
l'esprit.., M. Gounod a son style, sa phrase mélodique,
laquelle, entendons-nous, n'est point la mélodie!... »
Le percement du Saint-Gothard a demandé plusieurs
années. Le percement, par un génie musical, des oreilles
de ses contemporains en exigea toujours davantage. Le
tunnel de la routine est long, très long. Et il y fait
rudement noir!...
Paris, 17 février ib(53.
« Monsieur, j'ai tout d'abord à vous remercier de
l'adhésion que vous voulez bien donner à notre projet
de tirer de votre adorable livre Mireîo une œuvre
lyrique. Maintes fois déjà la lecture de votre poème
m'avait fait naitre le désir d'entrer en communication
avec vous, et de vous dire tout le bonheur que cette
lecture m'avait fait éprouver. Je me réjouis de l'occasion
qui s'en offre aujourd'hui... Le plus respectueux scru-
pule et la plus consciencieuse fidélité ont présidé à notre
travail. Il n'y a dans notre opéra que du Mistral : et si
nous avons le regret de ne point étaler sous les yeux du
public la grappe entière dans toute sa splendeur, du
moins pas un grain étranger ne vient-il se mêler à ceux
que nous avons cueillis, et nous avons tâché que ce
fussent les plus dorés... Je le répète, cher Monsieur, je
vous remercie de l'œuvre que vous avez si profondé-
ment sentie, et des émotions indicibles que cette œuvre
a provoquées en moi... Je suis heureux de vivre au
temps d'un poète qui a si délicieusement dit de si déli-
cieuses choses, et qui veut bien me permettre d'essayer
de les chanter.
» Recevez, Monsieur, l'assurance de mon plus sym-
pathique attachement et de mes sentiments tout dé-
voués. ,1 Ch. Gounod. t
Maillane (Bouches-du-Rhûne), 25 février iS63.
« Cher Monsieur,
« Je suis ravi que ma fillette vous ait plu, et encore,
vous ne l'avez vue que dans mes vers; mais venez a
Arles, à Avignon, à Saint-Remy, venez la voir le
dimanche quand elle sort de vêpres, et, devant cette
beauté, cette lumière et cette grâce, vous comprendrez
combien il est facile, et charmant, de cueillir par ici
des pages poétiques. Cela veut dire, maître, que la
Provence et moi vous attendons au mois d'avril pro-
chain.
» Votre poète, » F. Mistral. »
Au choc de ces deux prochaines amitiés, issues
respectivement de deux génies fraternels, Mireille — la
Mireille de Mistral et Gounod ' — allait naître en trait
d'union de deux grands noms que la foule ne sépare
plus.
Gounod a accepté d'enthousiasme l'invitation de la
Provence et de son poète. Déjà, il court la campagne,
un carnet de notes a la main. Pour être tout à son
labeur, il n'est plus Gounod : il est seulement M. Pé-
pin! On le prend pour un peintre, et, parce qu'il ne
parle que peu, on l'appelle Pépin-le-Bref! Mais, s'il ne
parle guère, il écrit : « Levé dès l'aube, je me prome-
nais dans les sentiers ombreux, écoutant les chansons
des oiseaux du bon Dieu, heureux, ravi de me trouver
dans cet Eden parfumé... J'étais littéralement grisé de
joie; les motifs me venaient à l'espiit comme des vols
de papillons, je n'avais qu'à étendre le bras pour les
attraper. »
Il les attrape, en effet, et il les met dans la plus jolie
cage qu'on puisse imaginer, une cage pleine de fraî-
cheur et de gaieté, une cage où le soleil opulent
de Provence ajoute des barreaux d'or. Et les oiseaux
— les deux oiseaux — continuent leur ramage doux,
exquis, pur et reposant. Le pinson Vincent et la fauvette
Mireille! Leur duo, c'est une source de musique qui
coule, c'est une éclosion de printemps. Il nous semble
— pourquoi pas? — le fruit d'une réincarnation mozar-
tienne. Un Mozart devenu français, un Mozart parti pour
la Provence et qui aurait déjeuné à Maillane... N'y a-t-il
pas de l'abondance de Mozart dans cette prodigalité de
mélodies lumineuses et nettes, flexibles et sûres, multiples
et une, dont se compose et se varie le premier acte de Mi-
reille? Le chœur des magnanar elles, avec sa ritournelle
d'orchestre envolée de la Flùté enchantée; le premier air
de Mireille, la Valse aérienne et le ravissant duo : « Vin-
cenette a votre âge et vous lui ressemblez... » Autant de
phrases, autant d'inspirations, autant de papillons ailés,
auunt « d'oiseaux du bon Dieu »! Et dans le reste de
l'œuvre que de vie, de parfum, de rustique saveur. La
farandole, la chanson de Magali, la chanson de Taven :
« Voici la saison mignonne... » Et toujours l'exquise
expression harmonique dont l'Église des Saintes-Mariés,
par exemple, nous confirme le pouvoir.
On est sans argument critique devant cette grâce et
cette fraîcheur. On oublie le tableau du Rhône. Elles
triomphent des années et des modes; elles n'ont rien à
redouter de l'actualité ni des révolutions. On peut
sortir enthousiasmé du Sacre du Printemps, de « l'homme
au couteau dans les dents », Igor Stravinsky! on n'en
écoute pas moins, d'une oreille et d'un cœur ravis, cet
autre sacre d'un autre Printemps, Mireille de Charles
Gounod!..
Eh bien, si nous en croyons les gazettes, il fit assez
LE • MENESTREL
froid dans la salle, à la première apparition de ce prin-
temps-là ! Froid malgré la gueule grande ouverte du
« Four » 1 Oui, Mireille a eu presque son « Four » !
L'indispensable four des belles oeuvres. Le public
n'apprécia que peu. Des critiques louèrent. D'autres
condamnèrent. C'est la vie !... C'est la presse...
« M. Gounod a consulté son érudition avant son ima-
gination... » Il n'y a dans le duo de Mireille et de
Vincent « que des mélodies prétentieuses et plates... »
J'en passe et des meilleures. Nous sommes fixés.
Mireille a vu reviser son procès devant la « cassation »
•de l'avenir, notre présent. Mireille est réhabilitée :
c'est une bien pure jeune fille ! Elle est reçue désor-
mais dans la meilleure société, une société choisie,
où ne fréquentent que des personnes « très bien »
lavées, elle aussi, de toute tache... Car elles ont été
condamnées... mais il y a eu « amnistie » : De grandes
dames : Carmen, la Symphonie de Franck et la Sym-
phonie de Chausson. Les sœurs Béatitudes. Les frères
Nocturnes — (des nobles — « Nocturnes de Debussy ! »).
Le prince Pelléas ! la reine Pénélope ! Même un sorcier. . .
un apprenti, seulement, fils du maître en alchimie
symphonique Paul Dukas !
Et tous et toutes sont réunis dans un bien beau
salon : la France ! Le premier salon où l'on cause... où
l'on a toujours causé! Et quels causeurs! Rameau,
Gounod, Franck, Debussy, Gabriel Fauré ! Vingt autres
encore I Ah ! de grâce, écoutons-bien, et à la phrase
qui se répète, toujours plus belle, mais toujours la
même, ouvrons nos oreilles et nos cœurs!
Louis VuiLLEMIN.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Odéon. — Noire Passion, pièce en quatre actes de
MM. Wachthausen et Gabriel Reuillard.
Voici, pour deux jeunes écrivains hier à peu près
inconnus, un début très heureux, qui contient beau-
coup mieux que des promesses. Ce n'est pas que leur
œuvre se distingue par une originalité puissante, ni
qu'elle soit entièrement dépourvue de défauts. Mais
elle intéresse et émeut, parce que, traitée avec sûreté,
elle donne l'impression réelle de la vie; parce qu'à des
dons d'observations précieux s'ajoute la faculté d'ac-
corder aux personnages une valeur vraiment humaine,
d'exprimer leurs sentiments par des paroles justes et
sincères.
Un jeune romancier, Jean Guériot, est aimé de deux
femmes : l'une, Françoise Morel, mariée à un brave
homme « moyen » et mère de trois enfants, est sa maî-
tresse depuis de longues années; l'autre, Isabelle De-
melin, beaucoup plus jeune, est la femme d'un homme
politique en vue qu'elle a épousé sans amour. Jean se
détache de sa maîtresse vieillissante, que l'amour mater-
nel a toujours maintenue au foyer conjugal, et aime
Isabelle qui, plus libre et partant plus courageuse, est
décidée à divorcer. Une longue suite de traits d'obser-
vation très exacts maintient un constant parallèle entre
les deux femmes : l'une, sensuelle, ardente, qui s'en
abandonnée ;tout entière et sans retour; l'autre, senti-
mentale, qui n'a encore donné que son cœur. La mal-
heureuse Françoise découvre la vérité. Mais malgré son
désespoir, ses supplications éperdues, malgré l'interven-
tion de la mère d'Isabelle qui vient supplier Jean de ne
pas briser l'avenir de sa fille, le jeune homme persiste à
suivre sa nouvelle destinée. Françoise tente de s'em-
poisonner, puis, convalescente, cherche à lutter encore
et, en sanglotant, conjure vainement Isabelle de lui
rendre celui qui est toute sa vie. Mais un coup de télé-
phone leur apprend à toutes deux que Jean vient d'être
victime d'un accident d'automobile. Les deux femmes
se retrouvent au chevet du mourant. Mais la seconde
sera la plus fidèle : ennemie du mensonge, elle vivra
seule, avec le souvenir de son espoir brisé. L'autre, la
maîtresse, désespérée, anéantie, restera néanmoins la
compagne du mari, symboliquemenfmyope, qui ignora
tout le drame.
Agonie de la vie, agonie de l'amour, de la passion
qui est un calvaire et qui se résout dans la douleur, tel
est le thème pessimiste de cette pièce prenante, malgré
son premier acte d'exposition trop lente, malgré son
dénouement extérieur, qui, après deux actes directs et
d'émotion jaillissante, a paru un peu vague et incertain.
L'interprétation est remarquable. M" 10 Bérangère et
M"" Rouer ont personnifié Françoise et Isabelle, l'une
avec une passion désespérée, l'autre avec une sensibilité
et une ardeur contenue qui ont grandement contribué
au succès. M. Debucourt est un amoureux chaleureux,
distingué, à la diction incisive, évoquant à maints égards
le souvenir de Le Bargy. M. Chambreuil a joué avec
autorité le rôle difficile de Demelin et Maxime Léry
avec adresse celui de Morel, MM. Maurice Lamy,
Duard et M mc Noris sont excellents dans les rôles se-
condaires. P. Saegel.
Théâtre des Arts. — Bonheur, pièce en trois actes de
M. Charles Oulmont. — Galatée, pièce en un acte de
M. Alfred Mortier.
Pour son véritable début au théâtre M. Charles Oul-
mont a posé un problème intéressant. Les parents, dans
leur tendresse infinie, doivent-ils à tout prix épargner à
leurs enfants les tristesses de la vie ? ne leur préparent-
ils pas ainsi d'amers retours d'autant plus pénibles qu'ils
y sont mal préparés? M. Charles Oulmont se prononce
nettement et sévèrement : coupables sont les parents qui
laissent ainsi désarmés leurs enfants. Pour développer
sa thèse, l'auteur a mis sur la scène une mère qui a,
grâce à sa persévérance insinuante, réussi à marier son
fils Jean à une jeune fille qu'il aimait, Gassienne, mais
dont il n'était point aimé ; elle veut tenter une opération
semblable pour sa fille Simone, car le jeune homme
qu'aime Simone ne répond point aux avances outra-
geusement provocantes de cette jeune enfant, vraiment
un peu trop moderne : son cœur est pris autre part. Il
aime en effet et est aimé de Gassienne qui s'enfuit avec
lui. La mère, le fils et la fille restent désolés dans la
maison abandonnée. En voulant forcer le bonheur des
siens, la mère n'a causé que tristesse et douleur.
M. Charles Oulmont possède incontestablement des
qualités de penseur et de polémiste, il y a même dans
certaines scènes une force de réplique et une solidité de
style qui conviennent au théâtre, mais la pièce est bâtie
avec trop d'inexpérience, les scènes se succèdent sans
autre lien que les besoins de développement de l'auteur,
les personnages entrent, sortent, entendent les conver-
sations qu'ils devraient ignorer, avec une invraisem-
blance un peu trop simple qui amena quelquefois le
sourire sur les lèvres des auditeurs. Enfin l'action se
résout trop souvent en tirades qui mettent aux prises
des thèses contradictoires plutôt que des caractères. Il
LE • MÉNESTREL
est dommage qu'un collaborateur expérimenté n'ait
pas procédé à une sorte de mise au point technique
nécessaire.
Telle qu'elle est, néanmoins, la pièce ne peut laisser
indifférent ; elle témoigne d'un effort réel pour sortir
des sujets courants où le tour de main trop souvent rem-
place l'idée. Elle est très bien défendue par M""' Moreno
qui sait atténuer par son émotion le caractère tyrannique
de la mère ; par M. Burguct qui, par sa tenue respec-
tueuse, fait accepter les reproches un peu durs qu'il
adresse à sa mère, enfin par M 11 " Sarah Rafale qui a
très bien composé son personnage d'épouse révoltée.
M. Le Vigan tient adroitement un rôle difficile.
Galatée est une fantaisie philosophique et poétique.
Pygmalion, ainsi que nous l'apprend l'histoire, s'étant
épris de la statue de Galatée, son chef-d'œuvre, obtint
de Vénus que la statue prit forme humaine. Galatée
devenue femme, Pygmalion l'entoure de prévenances,
la couvre de caresses et de baisers : il n'a point encore
eu le temps de réchauffer ce corps, qui garde encore du
marbre une part de froideur, qu'un philosophe vient à
son tour parler a Galatée de l'âme, de la communion
des idées, de l'amour platonique. Elle croit comprendre
que c'est la le durable amour, et plutôt que de céder a
la sensualité vorace de Pygmalion elle préfère redeve-
nir statue. On voit a ce dénouement qu'il s'agit d'une
statue; car, véritable femme, Galatée, par curiosité tout
au moins, eût voulu certainement essayer de l'un et
l'autre amour, platonique et sensuel, quitte, soit à choi-
sir après, soit à les mener de front.
Sur ce sujet paradoxal M. Alfred Mortier a écrit trois
ou quatre jolies scènes enjolivées de charmante ironie
et de prose ailée et harmonieuse.
M lk " Maylianes et Claire Magnus, MM. Arvel et
Le Vigan ont su conserver aux personnages rénovés de
l'antique tout le charme de la Grèce platonicienne.
Pierre d'OuvitAY.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire
Brillante exécution intégrale du premier acte de Tristan
et Yseult. M. Gaubert, servi par son incomparable orchestre,
mérite de très vifs éloges : il a conduit avec une grande
maîtrise celte prodigieuse symphonie où les passions,
d'abord chaotiques, s'organisent, grandissent, se trans-
forment et ont des épanouissements douloureux, comme
navrés, que seul pourra faire oublier, en les enveloppant
de sa grande auréole heureuse, le suprême et tranquille
épanouissement de la Mort. M llc Bréval (Yseult), dont on
connaît la haute et belle science, M lle Daumas (Brangaine),
M. Darmel (Tristan), qui remplaçait M. Franz souffrant,
M. Cerdan (Kurvenal), M. Dutreix (le Matelot), et les
chœurs, tenaient les a parties de chant ».
Le programme était complété par la vibrante Ouverture
de Manfred, de Schumann; l'exquis larghetto du Quintette
de Mozart, pour clarinette et instruments à cordes, où fut
délicieux le son pur, — de l'eau courante, — de la clari-
nette de M. Costes; enfin l'Ouverture de Fidelio, de Beet-
hoven, laquelle ne vaut pas la .3 e Ouverture de Léonore. Beau
concert que présida le président par excellence, M. Millerand.
J.-H. Moreno.
Concerts-Colonne
Samedi S janvier. — Deux nouveautés furent produites à
cette séance. D'abord un a trio vocal avec orchestre », de
M. A. Philip, écrite sur une charmante poésie d'Albert Sa-
main: Nymphes et Naïades. C'est une composition fort bien
venue, suivant avec une louable déférence les méandres du
poème. Les courbes mélodiques en sont agréables, et l'or-
chestration, fluide et colorée, les orne et les souligne de très
heureuse manière. L'auteur est assurément un fin coloriste
et manie l'orchestre d'une main experte. Il fut d'ailleurs
servi à souhait par les voix bien assorties et d'un beau
timbre de M mra Germaine Lubin, Courso et Legrand-Philip.
Ce fut ensuite une Légende sytnphonique inspirée à
M. Marcel Orban par une pièce de vers extraite des Chan-
sons naïves de M. Paul Géraldy, nous contant l'enlèvement
d'une princesse, lequel fait gémir «les tristes aïeules » dans
leur manoir. J'en citerai seulement la dernière strophe :
Et dans le manoir des aïeules
C'étaient des tristesses à mort,
C'étaient les soupirs des aïeules,
C'étaient des larmes pour les morts.
Ne seriez-vous pas frappés, ainsi que je le fus moi-
même, par l'insurpassable richesse de ces rimes? Quelle
mémoire faut-il que possède ce poète pour aller tomber
juste sur le mot qui fournira l'assonance la plus exacte!
Certes, Théophile Gautier, Théodore de Banville et M. Jean
Richepin, même en se cotisant, n'auraient jamais pu décou-
vrir, au fond de leur cervelle et de leur dictionnaire, des
rimes dont l'opulence se pût égaler à celles de ces nouvelles
riches!
Toutefois, le musicien n'a rien tiré de celte source d'in-
spiralion qui trahisse un tant soit peu d'originalité. Il
« chevaucha rapidement », mais la moindre Walkyrie che-
vauche d'une tout autre allure. Ça et là, néanmoins, quel-
ques épisodes arrêtent l'attention; mais l'ensemble ne
dépasse point une honnête moyenne.
Le reste du programme était occupé par la douloureuse
el tragique Ouverture de Manfred, la Symphonie héroïque
et l'Ouverture de Tannhàuser ; le début de cette dernière
fut quelque peu hésitant, mais le reste marcha à souhait et
fut accueilli par d'unanimes applaudissements.
René Brancour.
Dimanche g janvier. — Haendel ouvrit la séance avec
l'Ouverture d'un air du Messie, ce chef-d'œuvre que Michel
Brenet comparait justement à « une fresque splendide, qui
rassemble et symbolise en un puissant raccourci toute la
substance de l'Écriture sainte el toutes les faces du génie
de Htendel ». Puis ce fui Beethoven, avec la Symphonie en
si bémol, particulièrement affectionnée de Mendelssohn qui
la choisit pour les concerts du Gewandhaus de Leipzig,
lorsqu'il fit ses débuts en qualité de chef d'orchestre, en
octobre i835. L'exécution de cette belle œuvre, si pleine
de charme et d'esprit, de poésie tour à tour mélancolique
et enjouée, ne laissa absolument rien à désirer, et nous
sommes heureux d'adresser à M. Pierné et à son orchestre
des félicitations sans réserves.
Wagner terminait le concert, après une apparition de la
Rhapsodie espagnole de M. Maurice Ravel, un peu dépaysée
entre ces chefs-d'œuvre, malgré son ingénieuse élabora-
tion. Le Prélude et la Mortd'Yseult et l'Ouverture de Tann-
hàuser représentaient des phases diverses du colossal génie.
Génie <r bien universel », ainsi que l'affirmait un opportun
el judicieux article du Ménestrel, écrit la semaine dernière"
.' à propos de la Walkyrie ». Et, sans aucun doute, une telle
puissance, une si prodigieuse personnalité sont bien
gênantes pour les tenants de l'inspiration au compte-gouttes,
pour ceux que la Muse vient visiter chaque fois que sur-
vient le dernier jour d'une année bissextile, et la concur-
rence sera dure à soutenir pour certaines marques dont on
a abusé et surabusé. Mais cela importe assez peu, et il
importe beaucoup, au contraire, que le génie conserve ses
droits et prolonge son action. Il est nécessaire, d'autre
part, que MM. les chefs d'orchestres ne tombent pas à cet
égard dans un nouvel excès, et que Wagner lui-même
n'empiète pas sur la part que doivent légitimement occuper
les maîtres de toutes les époques et aussi les nouveaux
venus; ceux du moins qui ne devront leur place au pro-
LE« MÉNESTREL
gramme qu'à une véritable valeur personnelle et à l'évi-
dence de leur talent.
Une cantatrice renommée, M me Blanche Marchesi, qui
dirige l'illustre école de chant créée par sa mère, s'était
imposé la tâche périlleuse d'interpréter différentes compo-
sitions vocales. Sans doute fatiguée, elle n'y put donner
toute sa mesure. On apprécia ses trilles délicats dans l'ex-
quise Ariette de Rameau. Quant au reste, reconnaissons
qu'une voix trois fois plus forte n'eût pu dominer l'orchestre
dans la Mort d'Yseull, étant donné qu'il n'est point
atténué, selon les intentions du maître, par une barrière
destinée à tamiser ses admirables sonorités.
René Brancour.
Concerts - Lamoareux
On ne joue pas très souvent la Symphonie en ut majeur
de M. Paul Dukas, on ne la joue pas assez, c'est une belle
œuvre, bien conçue, bien développée, d'une orchestration
solide, variée, de tonalité souple, tout en restant très
agréable. Elle est ancienne, plus ancienne, je crois, que le
programme ne l'indiquait, mais on y sent tout de suite un
artiste en possession, non seulement de son métier, mais de
sa pensée et de sa force.
Si M. Bartholoni, dont on donnait une première audition,
était dans la salle, il a pu prendre une excellente leçon :
M. Bartholoni est un compositeur suisse et son poème
symphonique est intitulé la Nuit cède au jour. L'auteur
nous expliquait au programme ce qu'il avait voulu réaliser.
L'opposition de la nuit et du jour a séduit de nombreux com-
positeurs et je n'écraserai pas M. Bartholoni par l'exemple du
lever du jour dans le Crépuscule des Dieux ou dans Daphnis
et Chloê de Maurice Ravel, mais il est regrettable que l'appa-
rition du soleil sur les montagnes dont M. Bartholoni a pu,
sur les hautes cimes des Alpes, contempler la splendeur,
ne lui ait pas inspiré une œuvre plus originale et plus
forte, a Les rayons vibrent, le soleil monte, la nuit cède au
jour, l'harmonieuse lumière a chassé les lignes indécises,
tout chante maintenant dans un grand frémissement, v
Aucun frémissement n'a passé dans l'œuvre de M. Bartho-
loni et le véritable soleil, nous l'avons retrouvé dans le lumi-
neux Phaéton de Saint-Saëns.
De Wagner, M. Chevillard nous donna le prélude de
Parsifal et des fragments du troisième acte de Tannhàuser.
M 1,c Carleys fit entendre dans la prière d'Elisabeth une voix
bien timbrée un peu menue, de concert plus que de théâtre.
M. Murano chanta avec une sobriété méritoire et dans un
beau style la a Romance de l'Étoile ».
La Rapsodie norvégienne de Lalo terminait la séance
dans la joie du rythme. 11 a fallu bien longtemps pour faire
admettre que Lalo est un de nos plus grands musiciens
français. Pierre de Lapommeraye.
Comcerts-Pasdelotip
Encore une très intéressante séance, mais d'où, comme
précédemment, toute œuvre nouvelle resta malheureuse-
ment exclue : Ouverture de la Grande Pâque russe, de
Rimsky-Korsakoff, d'une si belle envolée, prestigieuse mise
en œuvre de célèbres thèmes liturgiques; Scène d'amour
de Roméo et Juliette de Berlioz, superbe page de passion
impérieuse et angoissée; Paysages franciscains de Gabriel
Pierné, déjà applaudis l'an dernier au Châtelel et dont le
public de l'Opéra goûta à son tour l'impressionnisme
savoureux, délicat et clair, tout imprégné de la joie
sereine qui enveloppe la riante plaine d'Ombrie.
A Wagner appartint la seconde moitié du programme.
Des acclamations sans fin accueillirent tour à tour le Pré-
lude de Lohengrin, les deux Préludes (3 e et I er actes) de
Tristan et Yseult, et la Mort d'Yseult que devait chanter
M"'.' Demougeot, mais que l'orchestre exécuta seul, et fort
bien. Enfin, pour terminer, la Chevauchée des Walkyries
fut bissée par un public en délire, d'ordinaire si pressé de
se précipiter vers le vestiaire avant même la fin du dernier
morceau. Paul Bertrand.
Jeudi 6 janvier. — Dans ses concerts hors série,
M. Rhené-Baton continue à nous produire de jeunes solistes
qui n'ont pas encore eu l'occasion de se faire entendre
dans les grands concerts : M" Simone Hersent, prix d'hon-
neur du Conservatoire, apparut dans le concerto pour violon
et orchestre de Brahms. Sauf le premier mouvement, bien
venu, l'œuvre est lourde, sans poésie, d'une orchestration
pesante; il est donc difficile de juger M lle Hersent sur cette
exécution. Elle y fit preuve d'une technique remarquable,
notamment sur les doubles cordes, mais son jeu très puis-
sant et très sonore reste continuellement dans la note forte;
on eût souhaité, surtout chez une jeune fille, plus de ten-
dresse et de souplesse, dans l'andante par exemple, joué
trop dur. A côté de cette musique tudesque, comme l'Ouver-
ture d'Iphigénie en Aulide parut claire et le Chasseur maudit
de Franck juste de proportions, chaud de coloris, avec son
galop de chasse tenu comme une sorte de pédale rythmique
pendant que sonnent les cloches vengeresses de la messe!
C'est une des dernières œuvres de Franck, c'est une des
plus belles; M. Rhené-Baton la conduisit en la perfection
dans un mouvement juste.
De la Symphonie en sol de Haydn (n° i3 ou 88 selon les
catalogues), il faut retenir surtout le premier allegro et le
final, gai comme un babillage d'enfants, que les violons ont
silhouetté avec légèreté et esprit.
Nous entendîmes enfin et une fois de plus l'Ouverture
des Maîtres Chanteurs. Pierre de Lapommeraye.
CONCERTS DIVERS
Concert de musique hindoue (Galerie La Boëtie). — On
devient très curieux, de nos jours, des musiques indigènes.
Leur exotisme ou leur ancienneté nous attirent. On les
recueille, on les analyse, notamment aux Etats-Unis où
l'on a publié des volumes de chants, instrumentaux et
vocaux, d'origine nègre, indienne, péruvienne.
L'antique et subtile civilisation hindoue nous révèle éga-
lement sa musique, et ce nous fut, l'autre semaine, un rare
plaisir d'écouter la voix d'un artiste fameux dans tout
l'Orient, Inayat Khan, de Baroda, chanter en s'accompa-
gnanl de la vîna, l'instrument sacré, le plus vieux de l'Inde
si vieille (c'est un heptacorde à trois octaves où l'on pince
la note avec un onglet), les mélodies et les mélopées où
s'exprime, amoureuse, religieuse, l'âme de son pays. Mahé-
bud et Musharif, ses deux frères, secondaient Inayat de
leur voix, ou, dans l'exécution de certains chants, des
sourdes et sèches percussions de la tabla, sorte de haut
tambourin à peu près semblable à la derbouka arabe. Dans
une brève et substantielle conférence, M m0 Paul Lafitte,
interprète des idées d'Inayat, nous a donné les quelques
renseignements nécessaires.
Cette musique hindoue, dont les spécimens qu'on nous
a présentés allaient des temps quasi légendaires jusqu'aux
temps quasi modernes (l'époque mongole, par exemple, qui
ne date guère que de mille ans), ne connaît pas la polypho-
nie de l'orchestration occidentale, et les instruments, comme
les voix, n'y procèdent que par l'unisson. Elle se fonde
essentiellement sur le rythme et sur la mélodie : rythme
d'une complexité savante, d'une extrême variété dans la
symétrie, dont les souples arabesques, comparables à celles
des tapis persans, s'enroulent à l'unité de la phrase qui,
par instants, s'expose toute simple dans sa belle nudité.
Les hindous ont le culte du solo mélodique. Ce qui s'ex-
plique d'autant mieux que la musique, dans l'idée qu'ils en
ont, est de caractère intime, qu'elle dédaigne la foule,
qu'elle ne doit s'adresser qu'à une ou deux personnes et
que, chérie des dieux et des grands Sages, elle se propose
de nourrir les âmes, de leur donner le sens profond de la
vie et de l'univers.
C'est une impression, en effet, noble et religieuse qui,
généralement, se dégage des mélodies qu'Inayat nous a
chantées. Il en est, certes, qui sont d'une grâce tendre,
d'autres où la gaîté pétille avec une vivacité toute populaire
LE • MÉNESTREL
au mouvement du rythme le plus franc, le plus carré. Mais,
dans la plupart, et celles-là nous ont paru les plus expres-
sives, se traduit en vibrations lointaines et douces et, par-
fois, en un pathétique solo, le rêve d'un croyant ou l'inter-
rogation d'un philosophe devant le Monde et le Mystère.
Souvent l'expression de l'amour humain, de même que
dans certaines chansons du moyen âge français qu'elles
nous ont rappelées, n'y est pas moins grave que l'adoration
pieuse des hymnes.
Ce qui contribue encore à cette impression d'étrange
noblesse, c'est la multiplicité des modes (les ragas) qui
s'entremêlent au cours d'une même mélodie et qui corres-
pondent, pour le théosophe hindou, aux influences cos-
miques ou, dans l'ordre inférieur, aux passions humaines;
plus libres que nos gammes, ils évoluent jusqu'à des quarts
de ton, et le musicien en fait à peu près le même usage
que l'on fait chez nous des appogiatures. C'est aussi la
nature spéciale de la voix d'un chanteur hindou, dont ni la
sonorité, très aiguë ou très voilée, ni l'éducation profes-
sionnelle ne sont les nôtres. Cette singularité du timbre se
retrouve également dans la vina, où l'instrumentiste, par
un glissement du doigt sur la corde une fois pincée, obtient
des prolongements étouffés du son, des résonances mou-
rantes qui permettent de troublants effets d'éloignement,
d'évanouissement et de mystérieux nirvana.
Séance des plus captivantes où nous avons aimé, admiré
la belle émotion de l'artiste et qui se termina, curieuse-
ment, par une sorte de joute musicale entre Inayat chan-
tant et jouant de la vîna et l'un de ses frères jouant de la
tabla, divertissement familier, paraît-il, à la cour des
rajahs. C'est à qui, dans ce duel, où les deux adversaires
jouent ensemble, déroutera l'autre par d'imprévus change-
ments de rythme. Il n'y eut pas de vaincu : le Palémon vir-
gilien les aurait couronnés tous deux. M. L.
Concerts» Bastide. — Ces intéressantes séances conti-
nuent d'attirer à la « Chaumière v un public attentif. Pen-
dant le mois de décembre, Schumann, Beethoven, Men-
delssohn ont été applaudis. Pourquoi Bach, Haydn,
Mozart, Schubert ne les ont-ils pas accompagnés? Parmi
les modernes, signalons Brahms, Grieg, César Franck,
Gabriel Fauré, Guy Ropartz, Lekeu, Ravel. L'excellent
quatuor dont M. Edouard Bastide est le chef interpréta
avec intelligence et respect de belles œuvres, et au piano
M IIe Yvonne Lévy lui donna dignement la réplique.
Enfin, durant cette période, parmi les solistes de chant ou
d'instruments citons : M mes Suzanne Morlys, Marthe
Feuillié, Suzy Welty, Lafaille de Lage, Ketty Delorme,
France de Montaut, qui ont fait entendre des compositions
de César Franck, Gabriel Fauré, Manuel de Falla, Emile
Nerini, Maurice Ravel, Mario Versepuy. Peu de bruit,
beaucoup de bonne besogne, telle semble être la devise de
cet ensemble, dont nous continuerons de suivre avec intérêt
les développements futurs. R. B.
Concert Edouard Risler. — Le programme du quatrième
concert de M. Edouard Risler était consacré à Schubert,
Weber et Mendelssohn. De Schubert nous avons entendu
la Sonatefantaisie, op 78; de Weber, le Concertstuck, op. 79;
de Mendelssohn, le Scherzo, op. 16 (n° 2), six Romances
sans paroles, op. 19 (n M 1 et 2), op. 102 (n°« 5 et 4), op. 67
(n°4), op. 19 (n° 3), et le Rondo capriccioso. Quand on songe
aux programmes des trois premiers concerts donnés, con-
sacrés à Beethoven, aux programmes des concerts annoncés,
consacrés à Chopin, Schumann et Liszt, on ne peut s'em-
pêcher de remarquer que, pour un virtuose de l'envergure
de M. Risler, l'exécution des œuvres de Schubert, Weber
et Mendelssohn était un jeu d'enfant.
L'effet produit par chaque morceau vint de ce que sa
valeur fut mise en pleine lumière par le genre de mécanisme
avec lequel il fut exécuté. Impossible de rêver pour la
Sonate fantaisie de Schubert une exécution plus perlée,
plus délicate, plus de l'époque, plus adéquate à l'œuvre.
Le Concertstuck, œuvre romantique interprétée romanti-
quement, exigeait pour son exécution de tout autres pro-
cédés de mécanisme que la Sonate fantaisie. Rien ne peut
donner une idée de la maîtrise avec laquelle fut enlevé le
final plein de verve avec ses rentrées en octaves glissées
d'un effet fulgurant. Il serait injuste de ne pas citer
M. Juan J. Castro, un jeune musicien argentin, plein d'ave-
nir, qui a très bien exécuté à un second piano la partie
d'orchestre que M. Risler lui avait confiée. Dans les œuvres
de Mendelssohn, M. Risler dissimule les difficultés appa-
rentes ou cachées; on a tout loisir d'admirer la façon dont
le chant ressort avec son expression juste, enveloppé
d'ouate par l'accompagnement, dans les Romances sans
paroles en mi majeur, la mineur, sol mineur, la gaîté de la
Romance en la majeur, les coups de pied donnés dans la
Fileuse par la femme qui veut accélérer la marche du rouet,
le mélange des sons ouverts et bouchés des cors dans la
chasse qui se termine dans un decrescendo de sonorité
extraordinaire. Ed. L.
Concert de Lausnay (mercredi 5 janvier). — M me Lucie
de Lausnay, MM. Chailley et Veyron y unirent leur talent
de la plus intéressante façon, au bénéfice d'une Sonate pour
piano et violoncelle et d'un Trio de Brahms, qu'il est, je
pense, inutile de présenter au lecteur. La partie vocale du
concert était confié à M me Jeanne Raunay, intelligente in-
terprète des exquises mélodies de Gabriel Fauré. R. B.
Concert de la Chorale des Franciscains de Saint-Qer-
main-en-Laye (Pavillon de Marsan). — L'intéressante cho-
rale dont l'an passé nous avions signalé et loué les débuts
nous a fait entendre, cette fois encore, une heureuse sélec-
tion de chants religieux. Ne parlons que pour mémoire de
ceux de Bach, de Hsendel, de Schumann... Mais donnons
un éloge aux compositions sobres et franches de M. Pierre
Alain, organiste de cette société, et louons le choix d'un
psaume de Marcello, d'une hymne d'Orlande de Lassus, et
tout particulièrement des Hymnes rythmées du R. P. An-
toine Lhoumeau, d'après son livre des Chants métriques, et
des pièces de Chant grégorien selon la méthode de G. Hou-
dard. L'exécution en fut très louable aussi : ensemble des
voix, précision du rythme, rendu délicat des nuances, bon
style de la soliste, M mc Andrée Soudin, à côté de laquelle
il convient de nommer M" es Gay et Magdeleine Plaigniaud.
M me Jeanne Raunay se fit entendre dans la Prière d'Elisa-
beth, de Tannhàuser, et dans un air du Magnificat de
Bach. Félicitons à nouveau M. le chanoine Clément Besse,
le directeur et l'âme de cette chorale. R. B.
Concerts Qolschinann (Salle Gaveau). — Les concerts
Golschmann sont toujours d'un systématique éclectisme.
Ils respectent la tradition, mais ils accueillent l'audace. Ils
n'ont pas tort. A quoi bon le misonéisme? A toute armée
il faut une avant-garde, il faut même des « enfants perdus » ;
et d'ailleurs, pour le public, il n'est pas mauvais devoir du
pays : les voyages forment la jeunesse.
C'est ainsi qu'une aventureuse randonnée, un peu mouve-
mentée sur la fin, nous a conduits, l'autre soir, d'une
symphonie classique au comité révolutionnaire des « Six ».
Dans sa grâce coquettement surannée de petite vieille
souriante, elle est toujours aimable, cette Sixième Sym-
phonie de Haydn; et le dessin d'arabesques dont s'y brode
le thème enfantin de « Ah! vous dirai-je maman » n'a rien
perdu de son menu charme d'amusetle musicale. Précédé
d'une réputation qu'il a su conquérir en Angleterre, en
Amérique, aussi chez nous, M. Samuel Dushkin, excellent
artiste, interprète ensuite avec une aisance, une claire
fluidité de son que le public a fêtées, le Concerto pour
violon de Beethoven, le seul qu'il ait écrit. Malgré le rêve
de son andante et le rythme mordant du rondo connu, il
nous a paru vraiment trop concerto, ce concerto. L'inspi-
ration du maître s'y embarrasse de « traits » qui languissent
et s'essouffle à fournir à l'instrumentiste des occasions de
virtuosité. Comme nous préférons ses concertos pour piano
et surtout l'émouvant Concerto en sol!
Après quoi, nous entrâmes en pays moderne : Au bord du
LE • MÉNESTREL
Tarn, d'abord, du compositeur anglais E. Goossens, phrase
mélodique, accompagnement balancé, le tout d'un accent
et d'une couleur, malgré les dissonances, insuffisamment
personnels; le Retour à l'endroit familier et une Berceuse,
de Florent Schmitt, deux petits poèmes où rêve une sensi-
bilité charmante que l'on aime à saluer chez ce musicien
de vigueur; et puis (c'est le moment accidenté de ce
voyage), du compositeur suisse Honegger, l'un des terribles
Six, cinq numéros du Dit des Jeux du Monde (première
audition au concert), où l'on voit l'Homme, après qu'il a
tournoyé sur le sol, se mesurer successivement avec la
Femme, la Folie, l'Ombre et la Mer. C'est d'une belle
ambition musicale, et quelques pages n'y sont pas dénuées
de force ni d'intérêt. Ce qu'on pourrait reprocher à cette
Suite, ce n'est pas tant ses bizarreries ni ses discordances
— l'oreille et l'esprit, de nos jours, s'habituent vite aux
étrangetés — qu'une invention un peu courte et qu'une
monotonie où, déjà, transparait le procédé. Salle houleuse,
bravos et sifflets. N'importe, ces tempêtes-là, minuscules
d'ailleurs, ne sont pas inutiles. Le Festin de l'Araignée de
A. Roussel, d'une grâce délicatement sinueuse et d'une
ligne qui, pour être souvent brisée, n'en reste pas moins
nette, a clos notre voyage par un accord tout à fait exquis
des plus modernes curiosités instrumentales et des meil-
leures qualités françaises de fine justesse et de précision.
M. L.
Concert Braïlowsky. — En ce Récital du 7 janvier, con-
sacré à Chopin, un goût de porter chaque détail puis
chaque ensemble à la plus haute vie dont ils fussent sus-
ceptibles apparut comme la dominante de Braïlowsky.
Avec lui, aucun point mort. Rien n'est transition ni passi-
vité. Tout est immédiat et pour ainsi dire dynamique. Et il
ne s'agit point ici d'une animation surajoutée et fugitive,
mais de quelque chose qui est capté à sa source même. Le
Quatrième Scherzo, par exemple, — ou l'Impromptu en fa
dièse majeur, — que nous transmettaient-ils sinon le dia-
logue de Chopin avec lui-même, — sa double tentation de
repos voluptueux et de départ effréné? Ce sentiment d'une
dualité à la fois perpétuellement subie et perpétuellement
surmontée, Braïlowsky ne cessa, d'ailleurs, de l'évoquer,
de façon en même temps subtile et puissante, par les
diverses œuvres qu'il interpréta, Telle Étude, toute d'essor
et de fougue, vint se clore par trois notes songeuses, où le
son tout à coup se dénuda de ce qu'il gardait encore de
pondérable. Rien n'en subsistait que la part purement
aérienne. Pareillement, dans la Sonate en si bémol mineur,
toute sa valeur de rêve fut donnée à la lente mélodie où
fait halte, en un paysage nostalgique, l'élan éperdu qui,
par le Doppio movimento et le Scherzo, court s'élargir en la
Marche funèbre. De même, enfin, dans la Sonate en si
mineur, le Presto ma non tanto atteignit à toute son ampleur
tragique, parce que l'on comprit qu'avant d'y précipiter la
véhémence de son refus, Chopin, dans le Largo, ne
méconnut rien de la calme magnificence à laquelle son
destin le contraignait de renoncer.
De cette contradiction multiple et passionnée, à travers
laquelle Chopin prend conscience de son plus intime
secret, Braïlowsky fut attentif à noter tous les aveux. S'il y
parvint, c'est que lui-même se pencha vers chaque texte
comme vers un être, — dont nulle intention ne devait
rester close et dont il importait que chaque rythme renou-
velât le geste aboli. J. B.
Concerts anciens. — Félicitons M meB Louise Albane,
Pauline Aubert, Lucie Dragon, de Laveleye, Madeleine
Lambert et M. Roger Mendès du soin avec lequel ils exé-
cutèrent, le 8 janvier, une série d'ceuvres du xvm e siècle.
Peut-être eurent-elles tort de faire entendre au début de la
séance le quatrième des Concerts royaux de Couperin :
rien ne pouvait plus nous contenter, après que nous étions
passés sous le magnifique portique du « prélude » aux
parois de marbre veiné sur quoi glisse rieur ou chagrin un
air chargé de légers parfums ou de sombres soucis. Le
programme comportait d'ailleurs de belles œuvres de Clé-
rambault, de Dagincourt, de Carulli, de Corelli, de
Galuppi, etc. De tels concerts méritent d'être encouragés,
quoique la tendance générale y soit d'exagérer une séche-
resse ou une apparente frivolité qui ne sont pas inhérentes
à cette musique. A. S.
S. M. I. — Le 71 e concert (6 janvier) compte parmi les
séances les plus intéressantes qu'ait données la Société
Musicale Indépendante. Outre une Sonate pour piano et
violon de M. Jacques de La Presle, exécutée par M lle " Nadia
Boulanger et Léonie Lapié, et trois mélodies de M. Louis
Aubert chantées par M me Nauroy et accompagnées par
l'auteur, nous entendîmes quatre mélodies anglaises chan-
tées par M" e Hélène Luquiens et dont nous avons retenu
celles de M. Eugène Goossens : The Curse, brusque geste
de menace où le poète irrité maudit ses ennemis réels ou
imaginaires; Breath of Ney, évocation précieuse qu'une
flûte persane fait surgir d'un souffle magique et où les
raffinements de la musique française moderne viennent se
joindre à ceux d'un Aubrey Beardsley.
Deux suites pour piano furent données en premières
auditions. L'une, de M. Laurent Ceillier, intitulée Prélude,
lude, interlude, postlude, et exécutée avec beaucoup de
clarté par M. Jean Batalla, vaut par des effets de contraste :
à la grâce tantôt alanguie, tantôt mouvante des « lude » et
« interlude d s'oppose l'aspect massif des « prélude » et
« postlude », comme des portes d'airain s'ouvrant sur une
cour fleurie. Nous trouvons dans ce contraste peut-être un
peu facile quelque excès, tant de massiveté que de cette
gracilité enfantine dont d'autres musiciens ont aujourd'hui
abusé en de taux enfantillages.
Les Trois atmosphères slaves de M lle Marcelle de Man-
ziarly, autant par l'admirable interprétation qu'en donna
M. Ernest Lévy que par le beau talent dont elles témoignent,
furent accueillies par un très grand succès. Ces visions, qui
perdent un peu en se prolongeant, s'apparentent à l'art de
Moussorgsky par leur poésie rêveuse, où parfois ici un
cauchemar hurle et darde sa langue soufrée, et par leurs
lignes qui se contractent pour saisir en des instantanés
successifs les mouvements de foule, ou se grossissent afin
de scander de pesantes danses populaires.
Le 4" Quatuor à cordes de M. Darius Milhaud, brillam-
ment exécuté par le quatuor féminin Capelle, marque une
volonté de simplification, autant que d'épuration — bien
qu'il y demeure notamment dans le « funèbre » quelques
laideurs. On reconnaît aisément en quoi il découle encore
des quatuors de Debussy ou de M. Ravel — avec quelque
chose de plus exaspéré, de plus fusant qui n'était pas en
ceux-ci à ce degré. Comme semblerait l'indiquer la date de
1918, l'auteur l'a sans doute composé au Brésil, où il put
être attiré par des rythmes brefs et torrides : ainsi le début
du troisième mouvement claque, évoquam quelque orchestre
un peu grossier des tropiques. A. S.
En hommage à Verlaine. — La revue Belles-Lettres et
les Amis de Verlaine ont donné à la salle Récamier, le
samedi 8 de ce mois, une intéressante séance, à l'occasion
du 25 e anniversaire de la mort du poète. Le « pauvre
Lelian », qu'une sorte de préface appelle « poète pur et nu
comme la divine poésie », y fut très chaleureusement fêlé.
Une conférence de M. Ernest Raynaud, assurément fer-
vente et substantielle, précéda une suite de récitations
confiées à de bons diseurs, parmi lesquels je nommerai
MM. Dorival et Roger Gaillard, qui appartiennent à la
Comédie-Française, et M mE3 Marguerite Moreno et Lara
qui lui appartinrent. Des hommages furent aussi présentés
au buste de Verlaine, hommages dont les titres significatifs
indiquent assez l'allure cultuelle : Vers l'Immortalité, V As-
somption de Paul Verlaine, enfin Verlaine au Paradis'. Les
fidèles se sont d'ailleurs arrêtés à ce lieu de tout repos, où
leur dieu se vit fort courtoisement reçu parla Vierge et ses
anges. Je me demande avec inquiétude ce qu'on pourra lui
LE • MÉNESTREL
trouver de mieux lorsque viendra la célébration de son cin-
quantenaire!
La musique ne fut pas oubliée, ainsi qu'en témoignèrent
des mélodies de MM. Gabriel Fauré, Reynaldo Hahn et
Marcel Eliévé, bien chantées par M Ues Marie-Thérèse Bled
et Germaine Filliat. Mais l'attrait principal consista en « six
entrées des fantoches de rêve », extraites des Fêtes
galantes, drame-ballet en deux actes dont il serait à
souhaiter que la totalité nous fût un jourofferte. C'est qu'en
effet la musique d'Adrien Remacle, toujours intimement
associée à ces vers charmants et mélancoliques, toujours
fine et chantante, mériterait à coup sûr d'échapper à un
injuste oubli. Détaillées avec un art exquis et une voix pre-
nante par M 1 " Jane Gatineau, et mimée fort expressivement
par M me Jeanne Ronsay et ses élèves : M llos Germaine
Andrews, Juana Dormeuil, Simone Prieur et Sézanne, et
M. Langevin, ces mélodies, si personnelles et d'un ton
véritablement original, furent l'objet du plus légitime
succès. L'Assomption précitée comportait diverses scènes
dans lesquelles des musiques du xviii siècle eussent été les
bienvenues. Naturellement les organisateurs n'y songèrent
même pas; mais, en revanche, ils nous firent entendre
d'inéluctables fragments de Debussy et de M. Ravel. Je
goûte, et beaucoup, les Pavanes de ce compositeur; mais
tout de même, le chantre évocateur de Clitandre, d'Arle-
quin et de Colombine était digne de les voir évoluer aux
sons des « airs à danser v d'un Couperin, d'un Daquin ou
d'un Rameau... R. B.
Voir à (a dernière page le programme des Concerts
LA SITUATION DES COMPOSITEURS FRANÇAIS
Sous ce titre, notre confrère le Courrier Musical du
i er janvier publie un fort intéressant article de M. André
Messager où, avec sa compétence particulière et son auto-
rité, l'auteur examine la situation faite aux compositeurs
français dans nos concerts et dans nos théâtres. Nous avons
déjà parlé des concerts, mais, à propos des théâtres,
M. Messager donne quelques indications extrêmement
justes :
A l'Opéra, dit-il, il est impossible de monter un grand ouvrage
en moins de six mois et au prix de telles dépenses que tout
amortissement devient chimérique. Les compositeurs, déjà peu
tentés par cette salle où le public ne se sent jamais en communi-
cation avec les interprètes, hésitent à entreprendre une œuvre de
longue haleine, avec, en perspective, une attente de plusieurs
années et une réception incertaine.
A l'Opéra-Comique, où les difficultés, infiniment moins graves,
sont dues, au contraire, principalement à l'exiguïté de la scène
et même de la salle, l'activité, le travail et la production atteignent
la iimite de l'intensité. Il est impossible, je crois, de monter plus
d'ouvrages dans le cours d'une saison déjà encombrée d'un
répertoire énorme et de les monter avec plus de soins et d'atten-
tion. Mais, hélas! tous sont voués à une disparition précoce, par
le fait d'une organisation défectueuse, au point de vue artistique
tout au moins. Trois soirées et une matinée par semaine sont
consacrées aux représentations d'abonnement, et, disons-le nette-
ment, /'abonnement est la mort des œuvres nouvelles.
L'abonné est, sans s'en douter, le Moloch dévorateur qui tue
les pièces pour satisfaire son appétit insatiable. La pièce nou-
velle, une fois la <r première » passée, est donnée successivement
à chaque série d'abonnements, soit huit fois (chaque abonne-
ment comportant deux séries). A la dixième, la pièce parait enfin
devant le vrai public. Naturellement, n'étant plus soutenue par
l'abonnement, les recettes fléchissent et, quand les recettes flé-
chissent la pièce est condamnée. Elle glisse plus ou moins lente-
ment, dans les oubliettes et... on passe à une autre.
J'ai connu un temps où les choses ne se passaient pas ainsi. Il
suffit de se rappeler que Carmen, Werther, Pelléas, sans parler
de la Bohème et de Tosca, ne durent leur'brillante carrière com-
mencée bien pauvrement, qu'à l'insistance et à la confiance des
directeurs.
Pourquoi n'en est-il plus ainsi ?
Et M. Messager de conclure qu'il en serait tout autre-
ment si « dans les théâtres subventionnés on voulait bien
ne pas perdre de vue que les subventions ne sont pas des-
tinées à grossir la caisse du théâtre, mais à représenter,
à soutenir les œuvres nouvelles, de manière à enrichir et
renouveler le répertoire ».
Le Mouvement musical en Province
Angers. — Avec ce sixième concert, la salle du Cirque-
Théâtre a repris son caractère d'intimité que les deux exé-
cutions des Béatitudes lui avaient fait abandonner aux
environs de la Noël.
Ce fut d'abord la Symphonie inachevée de Schubert,
toute de charme et de délicatesse, qui servait de prélude.
Très applaudie parce que très bien exécutée, elle nous
prépara à goûter la jolie voix de M rae Maud Herleyn qui,
avec le Poème de l'Amour et de la Mer de Chausson, nous
fit participer à sa joie de célébrer la bien-aimée comme à
sa douleur de la perdre à jamais au temps des lilas.
Prométhée, de Liszt, servait de trait d'union bruyant aux
lieder de Grieg et de Schubert que M IDe Herleyn nuança
délicieusement.
Des fragments symphoniques des Maîtres Chanteurs
terminaient la séance.
M. Jean Gay fut, comme toujours, un chef très sûr dont
nous ne saurions trop attendre; mais qu'il nous soit permis
de nous étonner qu'un seul auteur français ait pu prendre
place à ce programme. N'est-ce pas la troisième fois que
le fait se reproduit depuis le début de la saison?
L.-Ch. M.
Avignon. — Le Théàlre-Municipal a donné avec succès
la première d'une comédie lyrique, l'Ile d'Amour. Le livret
est de M. Georges Delaquys et F. de Caigny, la musique
de M. Bourgoin. La partition est à la fois gaie et mélo-
dique.
Le Havre. — L'actif directeur de notre scène municipale,
M. Durand, a monté avec un soin tout particulier l'opé-
rette de M. P. Fauchey, Ni Veuve, ni Joyeuse. Une mise
en scène brillante, une nombreuse et bonne figuration, de
luxueux ballets. Cette abondance d'effets chatoyants, d'en-
train jovial et de luxe, contribua à nous faire oublier les
faiblesses de la partition.
M mes Alice Hourlier, Djemmy, MM. Marjolle, Destrel,
Poquelin et Boulle assurèrent une amusante et vivante in-
terprétation.
L'orchestre, à part quelques flottements facilement excu-
sables pour un début, fut à la hauteur de sa tâche. M me Staats
avait réglé les ballets avec infiniment d'art. G. Letord.
Rennes. — Après Rouen, après Nantes, voici que Rennes
vient d'avoir une première triomphale : Gismonda, le drame
lyrique en quatre actes, tiré de Victorien Sardou par
MM. H. Cain et L. Payen et mis en musique par le maître
Henry Février, a obtenu un succès complet au Théâtre-
Municipal. Tout d'abord il convient de féliciter, sans
réserves, le directeur, M. Rothschild, pour sa belle tenta-
tive de décentralisation.
La partition, si riche en mélodie, à l'orchestration si
colorée et si savante, est trop connue des lecteurs du
Ménestrel pour être analysée ici à nouveau.
Constatons surtout que l'interprétation fit grand honneur
au maître qui dirigeait l'orchestre pour cette « première ».
M me Carmel fut une superbe Gismonda qui tint ce rôle
écrasant vaillamment, beau style dans le chant et dans le
jeu; le ténor Etex, très en forme, fut parfait de tenue et de
voix dans Almério, excellents également MM. Redel, Lo-
thié, Sarrade, Léger, Joussens et M"" Maday. Les chœurs
et l'orchestre sous la conduite de l'auteur se surpassèrent.
Félicitations au régisseur, M. Duccos, pour son intelligente
mise en scène.
Le maître Henry Février fut amené de force sur la scène
et acclamé par un auditoire enthousiaste. G. P.
Strasbourg. — On ne saura jamais assez de gré au Théâ-
tre Municipal et à son directeur, M. Villefranck, pour la
création à Strasbourg, comme dit le programme, des
Troyens a Carthage de Berlioz. Que cet a opéra en cinq
actes » ne soit que la deuxième partie d'une oeuvre plus
complète dont la Prise de Troie offre le préambule logique,
LE • MÉNESTREL
et qu'ainsi se produise, par la dislocation des deux élé-
ments, une certaine rupture d'équilibre artistique, voilà,
je pense, une objection dont on ne s'avisera pas sérieuse-
ment. Que les amateurs qui n'ont jamais entendu la Wal-
kyrie qu'à sa place dans la Tétralogie, lancent la première
pierre à la direction strasbourgeoise ! Qu'il y ait des ana-
chronismes de décor, de costume et de chorégraphie dans
la mise en scène, ou même de légères défaillances chora-
les, péché véniel par ces temps de vie chère, où l'essentiel
reste assurément la perfection, mais où les réalisations
ont, à elles seules, un grand prix. Ce qu'il faut louer hau-
tement, c'est qu'une direction, qui semblait vouée à la bana-
lité des programmes courants, ait eu l'énergie et l'esprit
de suite nécessaires pour « mettre en place », très honora-
blement, une œuvre peu familière à notre public et à nos
exécutants — et une œuvre aussi caractérisque d'une supé-
riorité et d'une direction de l'art français.
Avec sa date de i863 pour la première représentation
donnée au Théâtre-Lyrique de Paris, l'opéra de Berlioz
prend, ici surtout, un sens singulier. i863, c'est l'heure où
Wagner termine ses années d'incertitudes et d'errances et
où il va accepter l'invitation du roi de Bavière, qui va fixer
sa destinée, enlever décidément son génie au cosmopoli-
tisme de l'art et le mettre au service d'une sorte de Roman-
tisme ethnique : c'est en i865 que l'auteur des Maîtres
Chanteurs publiera son manifeste : Qu'est-ce qui est alle-
mand? et l'on peut dire que désormais l'idée d'un parfait
accord entre les diverses régions de la carte du monde
musical est effacée au profit d'une exclusive dévotion dont
seront l'objet les valeurs dites germaniques : l'aptitude
contemplative, la pureté religieuse, le sérieux de la con-
science ! Or, on peut dire qu'avec les Troyens à Carthage
la musique française de théâtre (mal secondée, assurément,
par le goût dominant) allait aussi loin que possible dans
une direction que Richard Wagner allait continuer systé-
matiquement en la déviant. L'opéra de Berlioz, c'est à peu
près le maximum de ce que peut donner, sans tomber dans
le système et le procédé, un art rattaché à la fois par le
sujet au génie méditerranéen le plus avéré, fidèle à la con-
ception dramatique du génie français, enrichi des sugges-
tions plus véhémentes ou plus mystérieuses apportées par
l'Allemagne symphoniste. Soyez sûrs que, si le snobisme
s'était emparé de cette œuvre-ci, nous verrions des exé-
gètes soigneux épiloguer sur le caractère a dionysiaque »
des danses et des heurts de Faunes et Satyres dans l'ob-
scurité (Chasse Royale et Orage) qu'une erreur d'interpré-
tation place à tort après la Nuit d'Ivresse qu'ils ont suscitée ;
signaler les « accords fatidiques » du troisième acte, quand
le monde des spectres rappelle Ënée à sa mission; s'exta-
sier sur de naissants leitmotivs qui laissent à l'orchestre le
soin de suggérer, sans excès de rigueur mécanique, des
permanences d'idées, de sentiments, de caractères. Les
musicographes s'en donneraient à cœur joie, si la mode
s'était emparée de Berlioz à travers le monde !
Evitons ce ridicule. Une ligne méthodique d'où ne sont
pas absentes les belles inflexions chères à la postérité de
Gluck, mais qui évite le doucereux et le sentimental, soit
par un rehaut d'orchestre toujours vigoureux, soit par un
sens avisé de ce qu'on pourrait appeler la clameur héroï-
que ; une richesse d'invention orchestrale qui ne va peut-
être pas aussi loin dans l'exotisme carthaginois que ne
ferait une curiosité contemporaine, mais qui n'a vieilli que
sur un nombre infime de points ; une variété de tons qui
n'exclut même pas l'humour — témoin la scène entre les
deux factionnaires qu'ennuie le prochain départ — et qui,
dans le passionné et le magnifique, atteint au plus grand
art : telles sont les meilleures caractéristiques d'une œuvre
qui, vraiment, représente toutes les possibilités de la tra-
dition française du xix° siècle en face des prestiges toujours
agissants de constructions plus massives, plus impérieuses,
plus violentes. Avec M. Bastide comme chef d'orchestre,
la tenue générale de ces représentations ne laisse rien à
désirer. M. Verdier (Énée), M m ™ Mancini (Didon) et Kéra-
val (Anna) donnent aux rôles principaux une autorité digne
des plus grandes scènes. Et, tandis que la reprise de Lohen-
grin marque ici, peut-être prématurément, celle de l'indul-
gence aveugle pour toutes les valeurs allemandes sans dis-
crimination, on peut bien proclamer que la plus noble for-
mule française se trouve défendue d'elle-même par le maî-
tre dauphinois.
En face de cette indiscutable réussite (que le public,
d'abord hésitant, accueille avec une croissante faveur),
signalons deux intéressantes séances de musique de cham-
bre qu'une certaine différence dans l'importance de l'audi-
toire n'empêcha pas de placer également en bon rang. Le
20 décembre, le 3 e concert de la Société de Musique de
chambre faisait entendre le Quatuor de Zurich. Ces quatre
Suisses dont un Hollandais n'étaient pas trop neutres dans
leur interprétation de Beethoven, de Mozart et du Quatuor
de V. d'Indy, qui remporta un vif succès : les belles fièvres
et l'équilibre malgré tout de l'auteur de l'Étranger furent
bien interprétés par ces instrumentistes accoutumés à l'art
classique. De même, le 22, une séance de Sonates de vio-
lon et piano permit à MM. Soudant et Motte-Lacroix, pro-
fesseurs au Conservatoire, de se faire applaudir, non seule-
ment dans la sublimité de César Franck, mais dans la
chaude couleur d'Albert Roussel et dans la fluidité de
P. Paray. Fernand Baldensperger,
Professeur à la Faculté des Lettres
de Strasbourg.
Toulouse. — Le deuxième concert de notre Société du
Conservatoire, donné le 20 décembre, nous a offert la
première audition, à Toulouse, de la Symphonie en mi
bémol de Borodine. Elle a obtenu du public un accueil
chaleureux que la rigueur de la température ne permettait
pas d'espérer si expansif. L'orchestre et M. Aymé Kunc,
son chef, en donnèrent une interprétation très exacte et
d'un fini parfait. L'ouverture de Coriolan, des fragments de
la Damnation de Faust de Berlioz complétaient ce pro-
gramme très attrayant qui nous redonnait, en outre, les
Nocturnes de Debussy.
M. Yves Nat exécuta, avec la technique éblouissante à
laquelle tant de virtuoses nous habituent, le Concerto de
Schumann, une Rhapsodie de Liszt et une Berceuse de
Chopin. Gros succès, bien entendu. Enfin M. Hector
Dupuis, actuellement en représentations aux Variétés,
chanta très classiquement des airs de Haendel et de
Mozart.
Dans le cours du mois qui vient de s'écouler, notons un
Récital de piano de Paul Loyonnet et un Récital d'orgue
de M"° Nadia Boulanger, à l'église de la Daurade. Grosse
affluence pour ce dernier récital. B. Luc.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ANGLETERRE
Un orchestre féminin, le Lotus Ladies' Orchestra, con-
duit par M me Douglas Hoare, donne à Londres des concerts
spécialement destinés à l'éducation musicale des enfants.
On y fait large place à des œuvres d'une compréhension
aisée; mais on y joue aussi, dosées avec mesure, des
œuvres classiques, notamment de Bach.
— La Royal Choral Society a donné, comme d'habitude,
à l'occasion de la Christmas, un concert de Carols, hymnes
ou chants d'allure populaire. Ces concerts attirent tous les
ans un auditoire considérable.
Grand succès pour un nouveau Noël de Sir Frédéric
Bridge.
— Première audition, à Londres, d'un ouvrage d'Arnold
Bax, les Bois en Novembre, exécutée au Philharmonie
Concert.
— Un flûtiste autrefois célèbre, Edward de Jong, vient
de mourir, âgé de 83 ans. Il avait été des amis de Liszt. Il
a dirigé pendant vingt ans des concerts à Manchester.
LE • MENESTREL
— A la Royal Academy of Music, exécution du Rouet
d'Omphale et de la Fiancée du Timbalier, de Saint-Saëns.
— Londres souffre, paraît-il, d'une a congestion musi-
cale ». L.e Royal Collège et la Royal Academy produisent
par centaines des chanteurs et des instrumentistes. Trop
d'exécutants. Trop peu de locaux : Wigmore Hall etl'^Eol-
ian sont assiégés par les artistes en quête d'une salle. Il
faudrait en ouvrir d'autres dans la banlieue.
— La Dalcroze Society cherche à réunir par souscription
une somme de dix mille livres sterling qu'elle emploierait
à l'acquisition d'un bâtiment, à Londres, où serait installée
de façon permanente l'École d'Eurythmie.
— Les Musical News and Herald viennent de s'assurer pour
leur correspondance parisienne la collaboration de M. Louis
Durey qui, malgré qu'il appartienne par ses compositions
au groupe des « Six », n'en est pas moins présenté par celte
revue, en tant que critique, « comme le moins agressif et le
plus respectueux de la tradition ».
— Depuis qu'il a quitté la direction de Covent-Garden,
Sir Thomas Beecham n'a pas repris encore son bâton de
chef d'orchestre. On regrette à Londres, dans le monde
musical, que celte abstention se prolonge aussi longtemps,
car on s'y rappelle avec reconnaissance les grands services
que Sir Thomas Beecham a rendus à la musique, et parti-
culièrement à la musique anglaise. Maurice Lena.
BELGIQUE
Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie a donné le Falstaff
de Verdi, et le succès a élé 1res grand et très mérité. Com-
ment se fait-il que cette admirable partition ait tant lardé
à être jouée à Bruxelles? Il en fut question maintes fois,
mais toujours on recula devant les difficultés, non pas
insurmontables pourtant, de l'interprétation. Il y a vingt
ans, et même moins, la Monnaie possédait dans sa troupe
le Falstaff rêvé, Géliberl, qui eut de ce rôle une superbe
création... On n'y songea point. Cette année, — dix-sept
ans après Paris, — l'œuvre de Verdi nous apparaît aussi
jeune, aussi radieuse qu'à sa création. Et c'est pour tout le
monde un étonnement profond de constater quelle allé-
gresse et quelle perfection technique animent cette parti-
tion d'un musicien de quatre-vingts ans, si différente de ce
qu'il avait produit jusqu'alors. Le mailre reniait-il son
esthétique ancienne en composant celte comédie lyrique
où passe un souffle des Maîtres Chanteurs et comme un
écho de cet art nouveau dont l'Italie venait d'éprouver la
troublante impression? Certes non. Mais rappelons-nous
ce qu'il disait à ses amis inquiets, pendant le temps qu'il
l'écrivait : « Je m'amuse, je m'amuse! » leur disait-il... Ne
serait-il pas beaucoup plus vraisemblable de croire que
Verdi, de concert avec son ami Boilo, écrivit cette partition
en effet par pur amusement, comme une sorte de spirituelle
parodie de l'œuvre allemande, en se disant : « Faire une
pièce comme les Maîtres Chanteurs, mais sans tout ce
qu'elle a de lourd et d'empâté, quoi de plus facile! Nous
allons le leur prouver, à ces Allemands! » Et ainsi, par
divertissement, naquit Falstaff, sans que les auteurs se
doutassent que leur imitation, leur parodie, était destinée
à remporter succès aussi triomphal ; car, inconsciemment,
Verdi y avait versé les trésors de son génie, sa forte per-
sonnalité, toute la lumière et toute la verve italiennes;
sans le savoir il avait fait un chei-d'œuvre.
Pour interpréter le rôle principal, la direction s'est bien
gardée, cette fois, d'engager un chanteur aphone; elle a
fait appel à M. Huberty, qui a créé récemment à l'Opéra le
Saint Christophe de M. Vincent d'Indy. M. Huberty est
belge; il fit ses études de chant au Conservatoire de Bru-
xelles, dans la classe de M. Demest. C'est la première fois
qu'il paraissait devant ses compatriotes. Ceux-ci ont été
charmés par sa voix superbe et ses belles qualités de chan-
teur et de comédien. C'est un Falstaff imposant, sonore et
plein d'autorité. Les autres rôles sont très bien tenus, par-
ticulièrement ceux des quatre femmes, par M ilcs Luart, Heil-
bronner, Terka Lyon et Richardson; les ensembles, très
soignés, ont été mis au point dans la perfection et la mise
en scène complète la plus heureuse réalisation. Il est à
présumer que Falstaff tiendra l'affiche pendant longtemps.
Mais déjà on prépare la reprise de la Habanera de
M. Laparra, qui passera en janvier avec l'Heure espagnole
de M. Ravel.
Le premier concert du Conservatoire était consacré aux
maîtres classiques, Gluck, Hrcndel, Bach, Mozart, Beet-
hoven (Quatrième Symphonie) et Weber (l'Ouverture çVEu-
ryanihe). Excellente exécution, très soignée, comme tou-
jours, par le directeur M. Léon Du Bois. Une Sérénade de
Mozart, pour instruments à vent, a obtenu un gros succès
de curiosité; une Sonate de Bach pour trois pianos (lisez :
trois clavecins) a mis en ligne pour la première fois les
nouveaux professeurs du Conservatoire, M lle Devos,
MM. Scharrès et Cluytens; tous les trois sont arrivés en
même temps au poteau. Quelques jours après, M. Enrico
Bossi, directeur du Conservatoire de Rome, a donné dans
le même local une séance d'orgue qui a été un vrai régal;
son incomparable technique, son profond sentiment musi-
cal et le plus beau style uni à la virtuosité la plus souple
lui ont valu un triomphe tout à fait mérité.
Dans une soirée intime donnée à l'Ambassade de France
par M. et M mt Margerie, nous avons applaudi une jeune
violoniste française, M Uc Simone Hersent, grand prix
d'honneur du Conservatoire de Paris. Elle s'était fait
entendre la même semaine à Liège avec un très grand
succès. Devant l'assistance choisie où elle a joué, à Bru-
xelles, elle a déployé un talent vraiment remarquable, un
mécanisme, une beauté de sonorité, une ampleur de style,
qui ont produit la plus vive impression. Je crois bien celte
jeune artiste appelée à un avenir brillant. Elle n'est d'ail-
leurs pas inconnue à Paris, où elle a joué naguère, paraît-il,
aux Concerts-Lamoureux. Lucien Solvay.
Anvers. — Les ariistes d'opéra réunis pour monter
quelques œuvres, ont été accueillis par un succès mérité.
Signalons les représentations de Faust, la Tosca, Princesse
d'Auberge (Blockx) et Quinien Malhys (Wambach), dans
lesquelles il y avait un bel ensemble.
Les concerts du mercredi dans la salle de la Zoologie
sont également remarquables. Rod. Soiron, violoncelliste
de Bruxelles nous a fait entendre son jeune talent d'artiste.
Surtout la Suite de Bach et la marche de Henri VIII de
Saint-Saèns, ainsi que l'ouverture de Lohengrin, méritent
toutes félicitations.
Oand. — Ici c'est la création de Marouf, avec nouveaux
décors, qui attire la foule.
Bruges. — Après quelques représentations d'opérettes,
nous reverrons des opéras, mais... J. Bessier.
ESPAGNE
Madrid. — Dernièrement, première représentation de la
Caida de la tarde au théâtre Martin, paroles des senores
Paso y Rosales, musique des maestros Sontuelo et Vert.
Cette production du genre « chico », peut-être même « chi-
quito », a élé assez bien accueillie, quoique discutée
dans la presse.
— On se montre très reconnaissant ici envers Maria Kous-
nezoff qui, en un an, a donné quinze séances de musique
et de danses espagnoles.
— On annonçait pour ce mois-ci, à la « Zarzuela », la
première de Fidelio, d'un hidalgo nommé Beethoven. Mal-
gré 80 musiciens à l'orchestre, une masse chorale de
3oo voix, Fidelio à la « Zarzuela » et chanté en espagnol, je
ne vois pas bien cela... Raoul Laparra.
HOLLANDE
L'adaptation chorégraphique d'oeuvres musicales ne sévit
pas seulement chez nous : M m0 Charlotte Bara donnait
l'autre jour, au Théâtre Hollandais d'Amsterdam, utie soi-
rée de danses où quelques titres du programme donnent à
rêver : le Bienheureux et la Pénitente, de Bach ; Papillon
LE« MENESTREL
mourant el Vierge folle de Chopin... On sérail curieux de
savoir à quelles pages de Bach et de Chopin s'appliquent
ces dénominations?
Notons, à cette occasion, que M mG Isadora Duncan vient
elle-même de paraître sur la scène du Théâtre Hollandais.
— Le violoniste Willy Burmester entreprend une tour-
née de trois semaines en Hollande, où son célèbre confrère
M. Bronislaw Huberman vient de se faire applaudir.
Jean Chantavoine.
ITALIE
Rome. — La première, très attendue, de Maruf, a obtenu
le plus vif succès au « Costanzi ». La presse est unanime à
louer l'œuvre du maître Rabaud qui assistait à la représen-
tation et fut acclamé par le public après le troisième acte.
Le livret avait été traduit par Carlo Clauselti. Le maestro
Edoardo Vitale dirigeait l'orchestre. Pour l'interprétation,
elle était excellemment confiée à des artistes tels que le
ban'ton Crabbé, Bianca Stagno-Bellincioni, Angelo Masini-
Pieralli, qu'encadraient Vecchi, Nardi, Fiore et Pellegrino.
Une mise en scène et des costumes hors de pair complé-
taient cet heureux ensemble.
— Le concert du 2 janvier à 1' « Augusteum » compor-
taitune œuvre nouvelle, Laudi Francescane, du jeune maître
Orefice. Le violoniste Szigeti s'est fait entendre dans le
Concerto en ré majeur de Beethoven.
— Les Ballets russes de Diaghilew reparaissent au « Co-
stanzi », avec Carnaval, Prince Igor, les Sylphides et Shé-
hérazade.
— Au « Quirino », la compagnie Regini-Lombardo pré-
sente la première de l'Amore sulla neve, opérette de
Ralph Benatzli.
— Inauguration de la Sala Sgambati » à la R. Accademia
Filarmonica romana.
Milan. — Au « Lirîco », la compagnie Dardée a donné
une édition complètement renouvelée à'Eva, opérette de
Lehar.
— A ce même théâtre, la danseuse Ora Doelk a paru
dans un ballet de Billi : Gaminerie, une courte action de
Tchaïkowsky et des danses classiques de son répertoire.
G.-L. Garnier.
ÉTATS-UNIS
Les différents concerts donnés à Détroit, l'une des
villes les plus « musicales » d'Amérique, ont accueilli ces
jours derniers beaucoup de musiciens français : Florent
Schmitt (Saloméj, d'Indy (l'entr'acte de Fervaal), Fauré,
Duparc, G. Hue, Debussy, Erlanger (mélodies).
Le Symphony Orchestra de Détroit, sous la direction de
Gabrilowitsch, s'est fait entendre à New- York où la presse
déclare qu'on doit le considérer désormais comme l'une
des meilleures sociétés orchestrales de l'Union.
— Au Melropolitan, représentation de Parsifal en anglais
et du Don Carlos de Verdi, que l'on n'avait pas joué
depuis plus de cinquante ans à New-York. Rappelons que
cet ouvrage fut écrit spécialement pour l'Opéra de Paris et
qu'il y fut donné pendant l'Exposition universelle de 1867.
— À l'Auditorium de Chicago première de l'opéra post-
hume en un acte de Leoncayallo, Edipo Re, qu'aucun
théâtre, même italien, n'avait encore représenté. Il ne
semble pas que cet ouvrage soit de notable valeur, mais
Tita Ruffo, dans le rôle d'Œdipe, fut, parait-il, magnifique
et son succès triomphal.
A ce même théâtre on a donné le Chemineau, dirigé par
le chef d'orchestre français Henri Marin. Parmi les inter-
prètes Baklanoff et quatre artistes français : Yvonne Gall,
Dufranne, Cotreuil et Paillard. Maurice Lena.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
(Euvre d'un jeune : la mélodie de G. Gucrande, écritesur des
vers de Baudelaire, est mieux que l'indice d'un joli taleni, on y
:.<jni une âniij charmante, qui s'ouvre à la poésie et au rêve.
La Taxe sur les Pianos
Nous avons annoncé dans le dernier Ménestrel que la
Ville de Paris, toujours paternelle, avait songé à encou-
rager le développement de l'art musical en taxant les pianos.
Le fait est grave par lui-même : celte persistance que met
la municipalité d'une ville dite Ville Lumière » à pour-
chasser tout ce qui peut être artistique el moralement sain
n'est pas de nature à nous rassurer sur l'avenir de notre
beau Paris, d'autant plus que, le mauvais exemple étant
parti de la capitale, il n'est pas douteux que lès villes de
province ne suivent.
Ah! oui, taxez l'entant qui joue de ses doigts hésitants
les mélodies de nos vieux maîtres; taxez le père de famille
qui, le soir, au milieu des siens, souvent à quatre mains,
avec sa femme ou ses enfants, exécute les symphonies de
Beethoven ou déchiffre les partitions de nos compositeurs.
Non, il ne faut pas que cet homme reste chez lui, il faut
qu'il aille au café, car le bistro est roi, le bistro est maître,
le bistro est grand électeur. Tout ce qui peut resserrer les
liens de la famille, tout ce qui peut maintenir hommes ou
femmes à la maison, tout cela doit être frappé; il faut que
les grands électeurs de Messieurs les Dépulés et Conseillers
municipaux aient leurs rentes et prélèvent sur leurs apéritifs
frelatés un bénéfice rémunérateur.
Ce n'est pas tout, examinons comment celte taxe est
appliquée. Attention, possesseurs de pianos. Vous pensiez
peut-être que vous n'auriez à payer voire taxe que pour
l'année qui vient. Erreur, dans son raffinement fiscal, la
Ville a jugé bon de rendre l'impôt rétroactif, c'est-à-dire
qu'en 1921 vous paierez pour 1921 et pour 1920. Les Députés
et Sénateurs ont accepte cela les yeux fermés, en début de
séance, sans discussion. On peut être assuré que la plupart
n'ont pas su ce qu'ils faisaient. Serait-ce la première fois?
Et cette taxe ne comporte aucune exccplion, même poul-
ies professeurs, ou plutôt elle en comporte une qui dénote
l'incompétence et la ... menons l'irréflexion de ceux qui
l'ont proposée et étudiée.
Tous les professeurs devront payer la taxe pour un piano :
ils ne seront dégrevés que s'ils en ont plusieurs; c'est donc
le petil professeur, celui qui donne des leçons à quelques
francs l'heure qui s,e trouvera pleinement et le plus dure-
ment frappé. Combien de gens, professeurs ou compositeurs,
pour lesquels le piano esl un véritable outil de travail!
Ne sera-l-il pas bientôt temps de démontrer à ces messieurs
du Conseil municipal qu'ils abusent? Très courageux, ils
ont estimé que c'était surtout les femmes el les jeunes filles
qui faisaient de la musique; qu'importe, se sont-ils dit, elles
ne sont pas électeurs! Ils ont oublié que, si ce sont surtout
les femmi^ qui jouent du piano, ce sont les pères et les
maris qui paient la taxe.
Il faudrait cependant qu'on finit par comprendre que l'art
n'esl pas toujours un luxe. Le luxe, c'est l'alcool, c'est le
café, c'est !e marchand de vin; ce n'est pas le piano.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra :
M mt Maria Kousnezoff donnera une série de représenta-
tions à l'Opéra. Elle se fera entendre dans Aida, Roméo et
Juliette, Thaïs et Faust.
— La reprise de la Walkyrie s'esl passée sans incidents.
Des applaudissements enthousiastes ont éclaté à la fin de
chaque acte et M. Chevillard fat l'objet d'une ovation.
— L'Opéra-Comique célébrera le lundi 17 janvier la 5oo c
représentation de Louise, le chef-d'œuvre de Gustave Char-
pentier.
— M. Maguenat vient de signer son engagement à
l'Opéra-Comique.
— La musique sur la rive gauche :
Le Vieux-Colombier organise une série de matinées
musicales qui seront données tous les quinze jours de
4 h. 1/2 à 6 heures.
La première aura lieu mardi prochain.
De son côté l'Association des Etudiants, estimant que
manquait au Quartier latin un concert symphonique, va
organiser des concerts qui auront lieu tous les lundis soirs.
— Par suite de la réduction du personnel de la Biblio-
ihèquc et du Musée du Conservatoire, M. Julien Tiersot a
clé appelé â faire valoir ses droits à la retraite el nommé
LE • MENESTREL
Bibliothécaire honoraire. 11 ihait au service de la Biblio-
thèque depuis i883.
M. J. Tiersot se propose d'achever prochainement la
publication du catalogue des manuscrits de la Bibliothèque
du Conservatoire, dont il a commencé depuis longtemps la
rédaction.
Tous ceux qui fréquentaient la Bibliothèque du Conser-
vatoire regretteront de n')' plus trouver l'homme éruditqui
pour beaucoup fut un conseiller utile et averti.
— Le Cercle choral parisien a donné une grande soirée
artistique dans la salle du Petit Journal. Le "but de celte
société est de démontrer qu'il existe à Paris des sociétés
chorales d'amateurs capables de fournir les éléments néces-
saires aux grandes auditions musicales. Le Cercle choral
parisien est donc disposé dans la mesure de ses moyens à
prêter son concours à toute grande manifestation musicale.
11 suffit de s'adresser à son directeur, M. Victor Durand,
4, square de Clignancourt.
— Les Concerts spirituels de l'Église de l'Étoile annoncent
une série de quatre grandes auditions qui auront lieu, sous
la direction de
Bret, aux dates et avec les
M. Gustave
programmes suivants :
4 février : Première partie de la Grande Masse en si
mineur de J.-S. Bach (audition intégrale);
18 février : Deuxième partie de la Grande Messe en si
mineur ;
4 mars : Requiem de Gabriel Fauré, 6 e et 6'° Béatitudes
de César Franck ;
18 mars : La Passion selon Saint Jean de J.-S. Bach.
— Nous apprenons, avec la plus vive émotion, la mort
presque subite de Roger de Francmesnil à la suite d'une
opération chirurgicale. Brillant virtuose, professeur remar-
quable, R. de Francmesnil, qui n'était âgé que de 30 ans,
était fort estimé comme compositeur. Avec de nombreuses
mélodies, pièces pour piano, etc., il laisse une Sonate pour
piano et violon, un Quatuor à cordes et une Evocation sym-
phonique encore inédile.
— Le 21 décembre, date anniversaire de la mort du grand
artiste, les élèves de Diémer se sont réunis au cimelière
Montmartre et ont déposé sur sa tombe un marbre, témoin
de leur affection pour le grand disparu.
M ll1e Diémer assistait à cette simple et émouvante céré-
monie.
programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 16 jan-
vier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — Schumann : Manfred (Ouverture). —
Mozart : Larghetto du Quintette pour clarinette et instruments à
cordes. — Wagner : Tristan et Yseult (i er acte intégral) (M™** Bré-
val et Daumas, MM. Franz, Cerdan, Dutreix). — Beethoven :
Fideiio (Ouverture).
Concerts-Colonne (samedi i5 janvier, à 4 h. 3/4, au Châte-
let, sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Berlioz :
Le Carnaval romain. — Beethoven : Lied syinphoniquc ; Symphonie
en si bémol. — Saint-Saëns : L'Espagne et les Musiciens (la Jota
aragonaise). — P. Langlois : Les Moulins de Don Quichotte. —
Ravel : Rapsodie espagnole.
Dimanche 16 janvier, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Weber : Ouverture du
Freischïit^. — Beethoven : Symphonie en ut mineur. — Grieg :
Concerto pour piano (M. Leonidas Leonardi). — G. Poueigh : Les
Lointains, pour soli, quatuor vocal et orchestre (1™ audition). —
P. Duras : L'Apprenti sorcier.
Concerts-Lamoureux (dimanche 16 janvier, ù 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray). — Mozart : Sym-
phonie en mi bémol. — H. Woollet : Quatre Pièces brèves antiques.
— a) Grétry : Céphalc et Procris; b) H. Duparc : L'Invitation au
Voyage; Chanson triste (M mc Lucy Vuillemin). — C. Franck :
Rédemption. — H.endel : Treizième Concerto pour orgue et
orchestre (inédit) (M. Marcel Dupré). — Vincent d'ÏNDY : Sauge
fleurie. — Wagner : La Chevauchée des Walkyries.
Concerts-Pasdeloup (samedi i5 et dimanche 16 janvier, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baton). —
Weber : Euryanthe (Ouverture). — Wagner : Prélude de Parsifal.
— Ravel : Pavane pour une Infante défunte. — Roussel : Le
Festin de l'Araignée. — Lazzari : Tableaux maritimes (1™ audi-
tion). — Liszt : Préludes.
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 15 JANVIER :
Concert Renata Borgatti (à g heures, salle Gaveau). —
Récital de piano. QEuvres de Haydn, Bach, Schumann, Liszt, Ire-
land, Granados, Fauré, Falla, Pizetti, Scriabine, Glazounoff.
Concert François Bouriello (à 3 heures ei demie, salle
Touche^. — Œuvres de François Bouriello interprétées par
l'auteur, avec le concours de M 11 ' Stella Goudeket, de MM. Ko-
chinskv, Louis Bas et Pierre Camus.
La Gante ri a (à 4 h. 3/4,
audition des Chants de Noël.
Société Nationale de Musique (à S heures et demie précises,
salle du Conservatoire). — Max d'OLLONE : Trio en la mineur
(1™ audition). — Pierre de Bréville : Une Flûte dan* les Vergers
(1™ audition). — Jean Cras : Paysage pour piano. — Marcel
Labey : Lied pour violoncelle (1™ audition). — André Caplet :
Six Ballades françaises. — Louis Vuillemin : Quatre Danses pour
deux pianos (1" audition).
Concert Tamara Lubimova (à 9 heures, salle Erard).
DIMANCHE 16 JANVIER :
Concerts spirituels de la Sorbonne (à 2 heures et demie.
Eglise de la Sorbonne). — Parsifal, fragments du 1" acte (Pré-
lude, Scène religieuse) et du 3 e acte (Prélude, Enchantement du
Vendredi-Saint, Scène finale) (MM. Laffitte et Bracony).
L'Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous
la direction de M. G. de Lausnay). — Festival Bach-Mozart-
Beethoven. — Beethoven : Symphonie « Iéna ». — Bach : Concerto
en mi (M. Max Depassel). — Beethoven : Ouverture de Uonorc,
n° 3. — Mozart : Concerto en la (M. Max Depassel). — Mozart :
Les Noces de Figaro.
LUNDI 17 JANVIER :
L'Œuvre Inédite (à 9 heures, salle des Agriculteurs), — Con-
cert hors série donnée par M"' Antoinette Veluard. — Cadier :
Sonate pour piano et alto. — F. Quinet : Mélodies. — Alb. Groz :
Q/tin-e Petites Pièces pour piano à quatre mains. — R. Moulaert :
Trois Poèmes. — Adolphe Biarent : Sonate pour piano et violon-
celle.
Concert Frigard (à 9 heures, salle Gaveau).
MARDI 18 JANVIER :
Concert Léon Kartun (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
— Scarlatti : Six Sonatines. — J.-S. Bach : Capriccio en ut
mineur. — J. Brahms : z5 Variations et Fugue. — C. Debussy :
Prélude, Sarabande, Toccata, Jardins sous la pluie. — Granados :
El Fandango de Caudil, Los Rcquiebros.
Matinée musicale du Vieux- Colombier (à 4 heures et
demie, Théâtre du Vieux-Colombier). — Mozart : Quatuor «• /.
— André Caplet : Fables de Ijx Fontaine. — Claude Debussy :
Quatuor. Les quatuors seront exécutés par le quatuor Krettly.
Concert Kellert (à 9 heures, salle Gaveau).
Chœurs ukrainiens (à 9 heures, Théâtre des Champs-Ely-
sées).
Concerts de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière)» —
Quatuor Bastide.
MERCREDI 19 JANVIER :
Union des Femmes professeurs et compositeurs (à
8 heures et demie précises, salle des Agriculteurs). — Audition
d'œuvres de Lili Boulanger. Conférence de M. Camille Mauclair
lue par M" Piérat. — César Franck : Quatuor. — Œuvres de
Gluck, Schubert, E. Chabrier. — Albeniz : Les Chants d'Espagne.
— Marcello : Sonate pour alto. — Geneviève Gérard : Légende
pour harpe et flûte. — Mendelssohn : L'Automne. — A. Messa-
ger : Chœur des Désolées.
Concert Georges de Lausnay (à 4 heures et demie, salle
Gaveau, salle des Quatuors).
Festival "Wagner (à 9 heures, salle Gaveau, orchestre
Lamoureux, sous la direction de M. Weston Gales, de New-York).
— Ouverture de Rien^i, Ouverture du Vaisseau-Fantôme, Prélude
de Lohengrin, Ouverture de Tannhâuser, Prélude de Parsifal, Pré-
lude de Tristan et Yseult t Prélude des Maîtres Chanteurs.
JEUDI 20 JANVIER :
Concert Jelly d'Aranyi (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
— Récital de violon. Œuvres de Mozart, Bach, Nardini, Paganini,
Sarasate, Kreisler, Wieniawski.
Concert Emile Mendels {à 9 heures, salle Erard) avec le con-
cours de M" Suzanne Duberry, M me Fourgeaud -Grovlez,
MM. Laffitte (de l'Opéra), G. Grovlez, Léon Moreau, Bouwens van
der Boijen.
Concert Golschmann (à 8. h. 3/4, salle Gaveau, sous la
direction de M. Wladimir Golschmann). — Mozart : Symphonie
en sol mineur. — E. Grassi : Cinq Mélodies siamoises (M" c Ger-
maine Lubin). — Roland Manuel : Trois Pièces de Scarlatti
orchestrées (1" audition). — Darius Milhaud : Cinq Etudes pour
piano et orchestre (1" audition! (M œe Marcelle Meyer). — M. Ra-
vel : Ma Mère l'Oye.
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert his-
torique. Vincent d'iKDY.
Quatuor AndolÔ (à 4 heures, au Parthénon).
VENDREDI 21 JANVIER :
Concert Mark Hambourg (à 9 heures, salle Gaveau). —
Récital de piano. Œuvres de Chopin, Brahms, Lotti, Cyril Scott,
Liszt.
Concert Boucherit-Le Faure (à 8 heures et demie, salle des
Annales).
Concert Austin-V. Perlemuter (à 9 heures, salle Erard).
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La Semaine dramatique :
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La Cigale ayant aimé 1
Théâlre-Sarah-Bernhardt :
Les Grognards )
Potinière : La Huitième Femme de PIERRE D'OUVRAY
Barbe-Bleue )
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire RENÉ BRANCOUR
Concerts-Colonne PAUL BERTRAND
Concerts-Lamoureux RAYMOND SCHWAB
Concerts-Pasdeloup P.oeLAPOMMERAYE
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Allemagne J, CHANTAYOINE
Angleterre MAURICE LENA
Espagne RAOUL LAPARRA
Grèce OLIVIER GOBBE
Hollande J. CHANTAVOINE
Italie G-L. GARNIER
Luxembourg A, B,
Suisse GEO-A. GOGNIAT
États-Unis MAURICE LENA
Canada LOUIS MICHIELS
Échos et Nouvelles.
♦
MUSICAL
MUSIQUE DE PIANO
Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro :
AIR DU GUET, thème provençal attribué au Roi René (1409- 1480), de Henri Maréchal.
Suivra immédiatement : Ta- Ta, fox-trot, de Alfredo Barbirolli.
MUSIQUE DE CHANT
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant :
Et puis... mourir I... valse lente chantée, de Alfredo Barbirolli, paroles de Antorin Lugnier.
Suivra immédiatement : Les Feuilles tombent, c'est l'Automne, de Louis Maingueneau, Extrait de Ninon de
Lenclos, drame lyrique en quatre actes, dont un prologue, paroles de Louis Blanpain de Saint-Mars et
Henri Aucher.
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(Voir les Quatre modes d'aAonnement en page 2 de la couverture)
Le Numéro :
(texte nul)
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Le Numéro
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ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal.
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fffOSIQUE BODEfllE POUR PIANO
m. d., Moyenne difficulté; a. d., A$se$ difficile; d., Difficile.
DUPONT (Gabriel). Air à danser sur un
vieux thème breton (La Glu) . . (a. d.). 2 »
— LeChant de la Destinée (a. d.). 8 »
— Les Heures holentes 'U n ') :
Le Recueil (u. d. àD.). 16 »
— La Maison dans les dunes, pièces (10 n") :
Le Recueil (a. d. eto.). 12 »
F*AURÉ (Gabriel). Op. 90, 7° barcarolle (d.). 5 »
— Op. 91. 4 e Impromptu (D.). 5 a
— Op. 9G- 8 8 Barcarolle (d.). 4 »
— Op. 97. 9* Nocturne (a. d.). 4 »
— Op, 100. 10 e Nocturne (D.). 4 »
— Op. 101. 9 e Barcarolle p.). 4 »
— Op. 102- 5 e Impromptu (d.). 6 »
— Op. 103. Préludes:
i . En ré bémol majeur (d.) . 3 »
2. Emit dièse mineur (d.). 4 »
3. En sol mineur (d.). 3 50
4. En fa majeur (d.). 2 »
5. En ni mineur (d.). 3 »
6. En mi bémol mineur (d.). 2 »
7 . En la majeur (d.) . 3 »
8. En ut mineur (d.). 3 »
9. En mt mineur (d.j. 2 »
HAHN (Reynaldo). Cadence pour le concerto
en ut majeur de Mozart (a. d.j. 6 »
— LesJeunesLauricrs, marche militaire (a.d.). 4 »
— Juvenilta. pièces extraites :
i. Portrait (m. d.). 2 »
2. Promenade (a. d.). 3 50
6. Les Regards amoureux (a.d.). 2 »
Le recueil complet (6 n°») 8 »
— Pavane d'Angelo (h. n.). 3 50
— Portraits de peintres, quatre pièces pour
piano (m. d,) : 1. Albert Cuyp;2. Paul
Potter; 3. Anton Van Dick; 4. Antoine
Walteau. Edition de luxe, comprenant
A portraits à l'eau forte, le tout réuni en
portefeuille |0 »
— Premières valses (10 n 08 ) . . (m. d., a. d.). |Q »
— Le Rossignol éperdu, poèmes . (m. d. à d.).
Sériel. (30 n") 24 »
— IL Orient (6 n") 6 »
— m. Carnet de voyage (9 n 01 ) 8 »
— IV. Versailles (s n«) 7 »
Le recueil complet (53 n »). ... 40 »
— Sonatine en ut majeur (a.d.). 8 »
— Tbème varié sur le nom de Haydn, (a. d.). 3 50
MORET (E.). CHANSON5 SANS PAROLES (6 B").
(M. D. àD.). 10 »
— Dans la Nuit (4 n«) (a.d.). 8 »
— Deux Nocturnes :
é bémol majeur . .
2. En i
(A. D.}.
MORET (E.) (Suite
— Dix Préludes. . .
.(a. d. elD.). 14
AU;
lu III:
>■). 12
i 50
— Pages :
— Trois Légendes (a. d, etD.). 6 »
— Valses (6 n«) (a. cet d.j. 10 »
— Valse en la majeur (d.). 5 »
MOSZKOWSKI (Maurice). Op. 31 (a. d.).
1 . Monologue 4 »
2. Mélodie 4 »
3. Valse mélancolique 3 50
4. Schcrzctlo 4 »
Le môme à 4 mains 6 »
5. Impromptu 4 »
fl. Caprice 4 »
Le même à 4 mains 6 »
— Op. 76- Trois Pièces (a. d.) :
1. Souvenir de Pausilippe 4 »
2. Valse-caprice 6 »
3. Fabliau 5 »
PUGNO (Raoul). Air à danser . . . (a.d.). 3 50
— Caprice badin (a. d.). 3 50
— La Danseuse de Coude, airs de ballet :
1. Au Foyrr des artistes, valse . . (m. d.). 3 40
2. Miss Rosy, scène de flirt . . . . (m. d.j. 3 10
3. Les Clowns, galop (M. D.j. 2 »
4. Entracte-madrigal (m. d.j. 2 »
5. La Séduction (m. d.j. 3 »
6. Entr'acte-giguc (m.d.). 3 50
7. Le Royaume argunié, andante . (m.d.). 3 n
8- Caprice, pas de quatre (m.d.). 2 »
9. Valse-ballet (m.d.). 3 »
10. Variation-polka (m.d.). 2 »
— Deux valses (a. d.j. 5 »
— Feuillets d'Album ■
i. Petite pièce en forme de canon, (m. d.). 3 »
2. Scherzetto (a. d.). 3 50
3. Orientale (m.d.). 3 »
4. Cri de guerre (a.d.). 3 50
— 1" Gavotte en la mineur (a. d.j. 4 »
— Grande sonate (a. d.). 6 70
— Impromptu (a.d.). 5 »
— Impromptu-valse (a.d.). 4 »
— Libellule (a. d.). 3 50
— Marivaudage (a. d.j. 4 »
— 3 e Mazurka de concert (a.d.). 5 »
— Pantomime (m. d.). 3 50
— Paysages :
1. Brumes matinales (a.d.). 4 »
2. Tintements de clochettes. . . . (a.d.). 4 »
3. Bruits de fête . (a. D.). 5 *
4. Quand tout dort (a.d.). 4 »
Prii neli.
PUGNO (Raoul) (Suite) :
— Peiite valse (a.d.). 4 »
— PolkeLta (a. d.). 4 »
— Première mazurka (m.d.). 3 50
— Les Rois en Exil, 4 petites pièces (m. d.) :
1. Mazurka 2 »
2- Valse 3 »
3. Hymne dalmate 3 50
4. Musique de scène 4 »
— Les Soirs, 4 pièces romantiques (a. d.) :
i. Soir de printemps : Au bord d'un ruis-
seau 4 *
2. Soir d'été : sérénado à la lune 5 »
3. Soir d'automne : Causerie sous bois. . . 4 »
4. Soir d'hiver : Conte fantastique 5 »
Le recueil 10 »
— Tricotets (a. d.j. 3 50
— Trois Airs de Ballet (a. d.) :
1. Valse lente 4 »
2. Pulcinella 2 »
3. Farandole 3 50
— Trois Pièces pour piano :
1. Romance (a. d.). 3 50
2. Landler (m.d.). 3 »
3. Ilumoresquc (m.d.). 3 »
— Valse bizarre '. . (a.d.). 4 »
— Valse de concert . . . - (a.d.). 5 »
— Valse-en tr'acle de Ninetta (m. d.j. 4 »
— Valse mineure (a. D.). 4 »
SCHMITT (Florent). Op. 16- Musiques intimes
(6 n-j. . . (d.). 8 »
STOJOWSKI (S.). Op. 39. Aspirations
(5 n -) (a. d.). 8 »
— Cadence pour le Concerto en ut mineur (n° 3)
de Beethoven (a.d.). 3 50
— Op. 19. Cinq Miniatures. . .(m. d. et a. d.). 8 »
— Op. 38- Fantaisie (D.). 6 »
— Op. 36. Poèmes d'Eté (4 n°*y. . (a. d. et d.). |0 »
— Op. 37. Trois Études de Concert (a. d. et d.) . 6 »
QUATRE MAINS
HAHN (Reynaldo). Le Bal de Béatrice d'Esté
(7 n-») (m. d.). |0
— Berceuse (7 n '). (m.d.). g
— Trois Préludes sur des airs irlandais (m. d.). 6
SCHMITT (Florent). 8 courtes pièces pour
préparer l'élève à la musique moderne (la
partie de l'élève sur les 5 notes de la gamme).
Le recueil 12
Tous les numéros de chacun des recueils ci-dessus sont publiés séparément.
Tous les prix ci-dessus sont nets, maturation cimprlse. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol.
E MENESTREL
4421. — 83 e Année. — N° 3.
Vendredi 21 Janvier 1921.
MASSENET
Confé
■ 1842-1912 •
lue aux Concerts-Pasdeloup (Opéra, g décembre 1920).
'est un simple dilettante qui vous parle ici
de ce grand musicien. Mais il fut de ses
amis, de ses collaborateurs. Sa reconnais-
sance fidèle vient honorer un Maître qu'il
admire, un homme qu'il aimait.
La Musique, d'ailleurs, étant, de sa
nature, mystérieuse, et son royaume sans frontières, il
est permis de vous croire indulgents à la bonne foi de
l'impressionnisme et de ce qu'on appelle, gentiment,
« la critique ingénue ». Cette critique a ses dangers.
Mais la critique technicienne, du reste nécessaire,
n'a-t-elle pas les siens? Et s'il est une œuvre, dans l'his-
toire de notre musique, dont on ait le droit de parler
d'abondance de cœur, tout bonnement parce qu'on
l'aime, n'est-ce pas celle d'un Maître dont la vertu
première, souveraine, fut d'être sensible — oui, plus
sensible encore qu'il ne fut habile — et de chanter,
comme on l'écoute, avec son cœur?
Si grandes que s'accusent les divergences des écoles,
il n'est d'oeuvre qui vive, et qui survive, que celle où
notre âme, qui n'aime et ne sait qu'elle-même, se
reconnaît. Classiques et romantiques, symbolistes et
« pompiers », Verlaine et le père Boileau, là-dessus,
s'accordent. La doctrine de l'impassibilité n'a pu
prévaloir en poésie : elle ne saurait, un demi-siècle plus
tard, prévaloir en musique, où. nulle science, où nul
prestige de la forme ne supplée à l'émotion; et ce qu'il
faut goûter, chez les meilleurs de nos jeunes, alors
même qu'ils s'en défendent, c'est l'acuité, justement,
d'une sensibilité minutieuse, nerveuse, qui recueille et
transpose, dans la polyphonie d'un orchestre plus rare,
les frissons d'une époque à certains égards plus subtile.
Le père, déjà renié, de l'école contemporaine, Debussy,
n'était-il pas, comme on l'a dit à cette place, d'une
« frémissante sensibilité »? Et n'est-ce point pour cela
même que, délicieusement troublés, nous aimons à le
suivre au Pays Étrange, dans le mystère et dans la
brume qu'il explore? Avec Massenet, aujourd'hui, nous
revenons au clair soleil. Nous allons sentir palpiter, là,
près de nous, dans la manière d'un maître plus direct,
l'ivresse ou la douleur d'aimer comme nous aimons.
// a chanté P Amour.
Cette épitaphe antique, aussi chrétienne, au fond,
que païenne, agréerait, je pense, à sa tombe, qui dort,
toute modeste, dans un cimetière villageois de cette
Ile-de-France dont les justes paysages s'accordent bien
à son génie français. Infidèle ou fidèle, souriant, torturé
de remords, espiègle ou tragique, exalté, naïf, sensuel,
toujours mêlé de tendresse humaine, alors même qu'il
monte vers un Dieu, toutes les formes de l'amour,
Massenet les a chantées; et plus d'une, dans son
théâtre, s'est incarnée en de si concrets et vivants per-
sonnages qu'ils en sont devenus le synonyme et le type.
Il n'est point d'œuvre, dans l'histoire de notre musique,
où s'enlève d'un trait plus vif, où se colore plus finement
la silhouette de la Femme, où l'on respire, plus léger,
le parfum cher à Don Juan; et c'est au point qu'entre
Mozart, Rossini, Massenet, s'est nouée à travers deux
siècles, de Suzanne à Rosine et de Rosine à Manon,
une parenté de charme, de tendresse et d'esprit.
Quand un artiste crée de la sorte, il faut que dans
son génie se fusionne un ensemble de qualités, les unes
émotives, les autres rationnelles, qui, pour être complé-
mentaires, n'en sont pas moins contradictoires et, le
plus souvent, exclusives les unes des autres.
Ardent, câlin, voluptueux, prompt au sourire, prompt
aux larmes, tous ces dons-là, inestimables, certes Mas-
senet, au degré suprême, les a possédés.
Mais dans cet impulsif — et voilà peut-être le
secret de sa maîtrise — veille une froide réflexion.
Si féminin qu'il soit par son instinct de plaire, sa
volonté reste virile. Ce capricieux gouverne son ca-
price, ce fiévreux sa fièvre. Il sait ce qu'il veut :
rappelez-vous la caresse, mais aussi l'acier de son
regard, et ce menton opiniâtre! Dans sa manière dra-
matique, clarté, précision, rapidité. Sa grande peur,
c'est d'être long. Il aime l'ordre jusqu'à la manie : il a
raison, on n'a jamais assez d'ordre. Sur sa table de tra-
vail, tout est à sa place; et jusqu'au moindre détail tout
est en place dans son œuvre. Son orchestre, en même
temps que de la vie sonore et souple, c'est du bon sens
et c'est du goût : dans sa richesse il reste sobre, et jamais,
quand il s'emporte, il ne s'égare. Sa déclamation, qui
toujours plaît à l'oreille, ne s'en calque pas moins,
toujours vraie, sur le texte. Sa phrase mélodique, abso-
lument neuve et personnelle, moins classique, plus libre
que celle de Gounod, joint à l'aisance naturelle une
sûreté d'attention où se conserve exactement le caractère
du personnage, où s'expriment toutes les nuances, tous
les gestes de l'action et du sentiment; et le mot utile, le
mot qu'il faut que l'on entende, s'y détache en valeur
sur la trame du chant. Il a ce don enfin, qui relève de
l'analyse autant que de l'intuition, cette faculté, suprême
au théâtre, la seule peut-être qu'il aimât à se reconnaître
et que l'on retrouve dans toutes ses pièces, même les
moins bonnes, de camper le « bonhomme » ou la
LE • MENESTREL
« bonne femme », dès qu'ils entrent, dans l'attitude
musicale que le rôle exige et, du cabinet où sa plume
les dessine, de les voir, déjà, de les suivre en scène, à
chacun de leurs mouvements. — Massenet, vous le savez,
n'allait guère au théâtre : de tous les théâtres, le meil-
leur, ne l'avait-il pas, cet analyste visionnaire, là, dans
sa tête?
Évidemment, à son berceau, la bonne fée, sa marraine,
avait gâté l'enfant. Mais le travail de l'homme sut
mériter et compléter ses dons. De tout son cœur, de
tous ses nerfs il aima le travail, avec une sorte de
méthodique frénésie. Chaque matin, à cinq heures, il
s'installait à sa table, à son établi, comme il disait, et
dans son manoir d'Égreville, sa journée de travail, qui
narguait tous syndicats, était souvent de quatorze
heures. « Quand Monsieur est à sa besogne, nous
Jt Y^^jJtwAZ.
— x
confiait un jour son valet de chambre, Monsieur s'en
ferait mourir ! » C'est le plus beau des éloges. Une
œuvre est achevée, le lendemain il en commence une
autre. Un insuccès l'énervé, mais ne saurait ni le décou-
rager, ni le ralentir. « Il faut travailler », disait-il, fron-
çant un sourcil énergique. Dans le travail il voyait une
loi première qui nous oblige tous et que lui-même ne
transgressa jamais. Jusqu'à son dernier jour, Massenet,
tous les jours, a travaillé.
Rappelez-vous ces années de la fin où, de si jeune
qu'il était resté, brusquement il devint un vieillard, ce
masque tragique d'où la souffrance n'arrivait pas à
chasser le sourire, où ne vivait plus, au fond des yeux
caves, que la flamme obstinée du regard. On chu-
chotait : « Il ressemble à Voltaire. » Torturé par le
mal, sa volonté, pourtant, devenue farouche, n'avait
pas fléchi. Massenet travaillait quand même...
L'un de ses amis, un matin, se présente rue de Vaugi-
rard,dansce petit cabinet de travail où sont nés des chefs-
d'œuvre. A plat ventre sur le tapis — car c'est là, comme
cela, qu'il souffre le moins — Massenet, le stylographe
aux doigts, le papier à musique étalé à même, travaille;
et comme l'ami demande s'il a dormi : « Non, répond-
il, je ne dors plus... Tant mieux!... je travaille davan-
tage. »
On disait : « Il écrit trop; il devrait s'arrêter. » Ces
forces-là ne s'arrêtent point. — On insinuait alors : « Il
travaille trop vite », — comme si le temps, bougon-
nerait Alceste, faisait quelque chose à l'affaire. Debussy,
Flaubert travaillaient lentement ; vite, au contraire,
Hugo, Haydn, Mozart, Lamartine, Rossini; et Molière,
toute sa vie, improvisa des chefs-d'œuvre. Question
de tempérament. L'huile, dans l'œuvre d'art, n'est pas
l'ingrédient nécessaire, et la facilité, chez un Maître,
accrue, assouplie encore par l'expérience et par la
science absolue du « métier », n'enlève rien, dans son
travail, à la plus sévère conscience. Massenet a remanié
sept fois l'une de ses partitions. Il déchire deux actes
d'une autre et les jette au panier, où l'un de ses amis,
pieusement, les recueille. Et c'était le soin, le scrupule,
la minutie en personne. Ses manuscrits sont des modèles
de fine calligraphie et d'irréprochable netteté. Une tache
d'encre, il en est malade. Quand un tableau, sur le mur,
est de travers, il va, il court le redresser.
Et c'est ainsi que, dans une synthèse bien rare
des qualités les plus menues comme les plus grandes,
s'est constituée cette œuvre « énorme et délicate », où
se comptent environ une trentaine d'opéras, et combien
de ballets, musique de scène, pièces d'orchestre, say-
nètes, idylles, mélodies, — ces mélodies que signale,
dès les premières, une manière neuve, immédiatement
reconnaissable, statuettes musicales qu'il s'amusait à
modeler, aussi nombreuses qu'au musée d'Athènes les
Tanagra et les Myrrha.
Ouvrez un catalogue. Pour ne parler que des
grands ouvrages, des opéras en plusieurs actes, vous
verrez que, tout de suite après Don César de Ba^an,
commence une liste presque ininterrompue de succès.
Massenet, à ce moment de sa carrière, gagne la série
de cinq : Le Roi de Laliore, Hérodiade, Manon,
le Cid, Esclarmonde. Et c'est ensuite, deux ans plus
tard, encore à la file, Werther, Thaïs, la Navarraise,
Sapho, Cendrillon, Grisélidis, le Jongleur de Notre-
Dame, la série de sept.
Régularité dans la victoire où s'avère une richesse
d'invention, une sûreté de méthode qu'on ne rencontre,
à toutes les époques, que chez ceux d'entre les artistes
que l'admiration des hommes, heureuse de s'humilier,
salue d'un titre fort simple, et le plus beau, quand il
veut bien garder sa force originelle : Maître.
(A suivre.) Maurice Lena.
Erratum. — Une erreur typographique, dans les deux derniers
numéros, a placé la naissance de Gounod en 1S10; il faut lire iSiS.
LA SEMAINE MUSICALE
Théâtre des Champs-Elysées. — Chœur National
Ukrainien.
Le Chœur National Ukrainien, que nous avions déjà
applaudi l'an dernier, donne cette semaine une série de
concerts au Théâtre des Champs-Elysées. Il faut sou-
haiter que les amateurs de musique suivent ces séances :
ils entendront un ensemble incomparable, où sont
réunies toutes les qualités d'expression musicale, de
rythme, de clarté, de souplesse. C'est pour ainsi dire
LE' MENESTREL
un orchestre vocal, ou un orgue aux multiples registres.
Et quelle direction ! Le professeur Koschitz ne se con-
tente pas de battre la mesure; il vit ce qu'il conduit et,
par ses gestes tour à tour amples, vigoureux, envelop-
pants, sa mimique pittoresque, il communique son
enthousiasme à ses artistes, obtenant une exécution co-
lorée et nuancée à souhait.
De toutes les œuvres entendues à ces concerts, aucune
n'est indifférente. Nous sommes loin des morceaux
d'une platitude désespérante qui constituent malheu-
reusement le fonds du répertoire de nos sociétés chorales.
Ce sont, en général, des pièces assez brèves, mais,
qu'il s'agisse des Citants de Noël ou des Chants popu-
laires, toutes ont une saveur spéciale, allant parfois jus-
qu'à la beauté poignante, comme cet admirable Je file
ma quenouille, de Leontevytch. Je citerai encore Notre-
Dame de Potschapky, avec son accompagnement à bou-
ches fermées, enveloppant le chant du baryton solo, et
donnant vraiment l'illusion d'un orchestre à cordes ;
Chtchedryk avec le dessin obstiné des femmes sur le
chant des ténors ; Un Violon dans la rue, avec son
rythme bon enfant et la curieuse tenue des femmes sur
le decrescendo final, et le joyeux Je suis un cosaque de
l'Ukraine, de Koschitz, au rythme si entraînant.
Belle soirée, en vérité... et quelle leçon pour nos
sociétés ! Georges Hue.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Théâtre-Moncey. — Gala dramatique Maurice Maeter-
.linck : Le Bourgmestre de Stilmonde, tragédie
moderne en trois actes ; Le Miracle de Saint-Antoine,
farce en deux tableaux.
On ne saurait trop louer la noble tentative de
M. Rodolphe Darzens, qui, dans un théâtre de quartier
arraché au cinéma, témoigne d'un souci d'art auquel
tant de directeurs de nos grandes scènes restent si
fâcheusement insensibles. Réjouissons-nous de voir le
succès encourager ses efforts.
Le Bourgmestre de Stilmonde est une œuvre écrite
pendant la guerre et inspirée par l'invasion allemande
de la Belgique. Stilmonde est occupée par les soldats
du Kaiser. Le commandant du détachement est assisté
d'Otto Hilmers, un lieutenant qui se trouve être le
gendre du bourgmestre. Fixé à Stilmonde avant la
guerre et s'y étant marié, Otto est parti rejoindre son
corps à la mobilisation. Officier discipliné, il vou-
drait protéger son beau-père et sa femme ; mais le
bourgmestre doit être considéré comme otage et tenu
pour responsable de tout attentat commis contre un
officier ou un soldat allemand. Or, un lieutenant,
camarade d'Otto, tombe frappé d'une balte, partie on ne
sait d'où, probablement tirée par un de ses hommes,
qui le détestent. Un vieux jardinier, occupé à proxi-
mité, est accusé, malgré les protestations du bourg-
mestre, sur de l'innocence de son serviteur. Le com-
mandant, par égard pour Otto, consent à ce que la ville
ne soit pas pillée et. à ce qu'une partie de la population
ne soit pas massacrée; mais quelqu'un devra être fusillé
le soir même : le coupable, si on le trouve, sinon le
bourgmestre lui-même, qui est responsable. Celui-ci
n'aurait qu'à laisser s'accomplir le sort, ainsi que l'y
engage son gendre, ainsi que l'y exhorte le vieux jardi-
nier lui-même, qui, infirme, malade et jugeant sa vie
moins utile que celle de son maître, le conjure, dans une
scène d'une^incomparable grandeur, de le laisser mourir.
Mais le bourgmestre ne se résigne pas à cette lâcheté.
Les heures s'écoulent, angoissantes; le vrai cou-
pable n'est pas découvert. Pour éprouver l'esprit de
discipline de son subordonné, le commandant prescrit
qu'il devra commander le peloton d'exécution. La
femme d'Otto veut accompagner son père dans la mort,
et le lieutenant se déclare prêt à désobéir et à mourir
avec eux. Le bourgmestre, ému de ce sacrifice, conjure
alors sa fille de garder à Otto toute sa tendresse et marche
avec fermeté au supplice. Feu de salve. Le comman-
dant vient saluer la pauvre femme, lui annonce qu'il a
dispensé son mari d'accomplir le terrible devoir et a
commandé lui-même le peloton. Mais elle repousse
maintenant celui dont la présence évoquerait à ses yeux
l'effroyable tragédie.
Cette pièce de circonstance eût pu aisément s'abaisser
jusqu'à la brutalité vulgaire et puérilement haineuse
d'un film de propagande. L'art admirable de Maurice
Maeterlinck l'en a heureusement préservée. C'est à
peine si, çà et là, quelques répliques trahissent le ressen-
timent, d'ailleurs si légitime, de la Belgique martyre.
Mais l'œuvre reste, dans son ensemble, une tragédie de
haute envolée, profondément humaine et vraie, indé-
pendante du milieu et des circonstances qui l'ont in-
spirée. Et c'est pourquoi elle est infiniment émouvante,
jouée d'ailleurs de très poignante manière par MM. Jean
d'Yd, Fichet, Landrin, Piéret et M mc Suzanne Delvé.
Le Miracle de Saint-Antoine est une farce macabre et
amère : Saint-Antoine vient ressusciter une vieille de-
moiselle que ses héritiers s'apprêtent à enterrer. Dé-
rangés par le Saint au milieu du pantagruélique repas
qui, selon la tradition, précède les funérailles, ils le
maudissent, se résignent à le laisser accomplir le miracle,
mais réussissent enfin à le faire emmener au poste de
police. La ressuscitée meurt, cette fois définitivement.
Et les héritiers reconnaissent que, finalement, Saint-
Antoine ne leur a pas fait grand mal. Un comique
appuyé, un peu pénible, à la Téniers, domine ces deux
tableaux qui révèlent le talent de Maeterlinck sous un
aspect nouveau, assez imprévu. P. Saegel.
Théâtre-Antoine. — La Cigale ayant aimé, pièce en
quatre actes, de M. Lucien Népoty.
Absorbé par sa double direction de la Comédie-
Montaigne et du Théâtre-Populaire, M. Gémier ne
peut plus s'intéresser effectivement aux destinées du
Théâtre-Antoine, où furent créées tant d'œuvres belles
et profondes, dont le retentissement et l'influence
furent considérables. On n'en regrettera que davantage
la représentation d'un ouvrage aussi dépourvu de
signification et de substance, tout au plus susceptible de
fournir la matière d'un film vulgaire ou d'un banal
roman-feuilleton.
Sur un banc des Tuileries, une midinette, fille de
rapin, fait la connaissance d'un jeune homme qu'elle
croit être un « calicot », et qui est en réalité un ingé-
nieur, fils d'un industriel richissime. Il ne révèle son
nom qu'après avoir obtenu, en vue du mariage qu'il
projette, le consentement paternel. Il emmène sa femme
dans sa famille. Mais la pauvre cigale souffre dans ce
milieu provincial, en butte aux mauvais procédés de ses
belles-sœurs. Et elle fuit bientôt sa prison dorée pour
LE • MENESTREL
revenir à Montmartre, chez les innocents rapins au
milieu desquels sa jeunesse s'est écoulée.
Histoire conventionnelle, étrangère à toute recherche
de vérité ou même de vraisemblance, agrémentée d'épi-
sodes qui visent à des effets de niaise sensiblerie,
conduite au moyen de « ficelles » susceptibles de faire
tressaillir d'aise les mânes de feu Scribe, et laissant une
impression décevante de puérilité et de fadeur.
MM. Puylagarde, Janvier, Darogon, Carpentier et
M" e de France font de louables efforts pour animer
cette sorte de romance sentimentale, qui n'ajoutera
rien à la gloire de son auteur, mais lui vaudra peut-être,
pendant quelque temps, les applaudissements de spec-
tateurs candides. Et ceci, sans doute, le consolera de
cela ! P. Sadgel.
A la Corné Jie -Montaigne, M. Gémier vient de donner
l'Avare, pour alterner avec le Simoun, la belle pièce de
M. H.-R. Lenormand dont nous avons précédemment rendu
compte. L'interprétation du chef-d'œuvre de Molière est
satisfaisante avec MM. Dullin, Dizani, Rollan, Jean Flcm;
mais l'adaptation scénique est au moins inattendue : le
sempiternel escalier réparait, ainsi que les entrées et sorties
par la salle. Et l'Avare est joué en farce, de telle sorte que
presque toute la signification humaine de l'œuvre disparaît.
Erreur manifeste d'un grand artiste!
L'Avare est accompagné, heureusement, de 20 degrés
à l'ombre, un des actes les plus amusants de Labiche,
caricaturiste incisif et génial du bourgeois, dont le type
est éternel. M. Gémier en personne brille au premier rang
des interprètes, qui sont tous remarquables. P. S.
Théâtre-Sarah-Bernhardt. — Les Grognards, pièce en
en sept tableaux de MM. G. Lf.notre et Henri Cain.
MM. Lenôtre et Henri Cain ont inauguré un nou-
veau genre : le vaudeville historique. Le titre les Gro-
gnards indique que l'action se déroule au temps de
Napoléon I", exactement entre le 3i mars 1814 et le
20 mars 1 S 1 5 , soit entre la capitulation de Paris et le
retour de Napoléon aux Tuileries.
Un ci-devant, le comte de Bois d'Arcy, s'étant, en
1 792, engagé dans les armées de la République, a épousé
devant ses chefs faisant fonction d'officiers d'état civil
une cantinière de son régiment, la piquante Marion :
grâce à cet engagement et à ce mariage démocratiques,
il évite d'être traité en suspect ; mois à la première occa-
sion, et comme le firent tant d'autres à cette époque,
Bois d'Arcy passe à l'ennemi, laissant là son régiment
et son épouse: il est porté comme disparu.
Revenu avec Louis XVIII « dans les fourgons de
l'étranger », il est nommé procureur général chargé de
la police ; en cette qualité il doit poursuivre les conspi-
rateurs et notamment tous ces vieux grognards qui ne
cessent de souhaiter le retour de l'usurpateur. Nous le
trouvons aux Tuileries avec la comtesse, jeune femme
qu'il épousa pendant l'émigration, estimant à tort que
son premier mariage était nul. De par le code pénal,
non abrogé par Louis XVIII, il se trouve ainsi être
bigame. Le hasard le remet en face de Marion, sa pre-
mière femme restée cantinière... Vous imaginez facile-
ment dès lors que celle-ci ne manquera pas d'user et
d'abuser de la situation : elle empêche Bois d'Arcy de
poursuivre « les grognards », elle l'oblige même à la
conduire à l'île d'Elbe où elle va porter à Napoléon
divers messages de ses amis. Vous devinez ce que d'ha-
biles auteurs ont pu tirer d'un pareil imbroglio ; nous
devons à la justice de constater qu'ils n'en ont pas raté
un effet : ils nous ont conduit, grâce à cette intrigue, à
la barrière de Clichy (le 3i mars 18 14), puis dans un
hôtel borgne, refuge des grognards (avec descente de
police), à l'île d'Elbe le jour de l'embarquement de
Napoléon, aux Tuileries où Louis XVIII apprend le dé-
barquement de Buonaparte au Golfe Juan, enfin à
l'arrivée de l'Empereur à Paris. Et tout cela très amu-
sant, vivant, pittoresque, très image d'Epinal, pas fati-
gant, avec le minimum d'invraisemblance et le maxi-
mum de reconstitution historique. Jusqu'ici pareils
spectacles (voyez la Fille du Régiment et la Fille
du Tambour-Major) étaient soutenus de musique.
MM. Lenôtre et Henri Cain ont réussi, et fort bien, à
se passer de cet accompagnement : c'est presque un tour
de force qu'ils ont élégamment accompli.
L'interprétation est excellente avec M me Leriche, qui
a fait passer toute sa fantaisie personnelle dans le rôle
de Marion; avec M. Chameroy, qui a reconstitué un
Louis XVIII que l'on croirait descendu du tableau de
Gros; avec M. Belières, Bois d'Arcy très fin et d'un
comique tenu dans de justes limites. M. Damorès a
esquissé un Napoléon original ; mais pourquoi diable
M. Decœur a-t-il fait du fameux chirurgien Larrey non
un « grognard » mais un « gueulard » qui rappelle
certains députés de la Troisième République?
Pierre d'OuvRAY.
La Potinière. — La Huitième Femme de Barbe-Bleue,
comédie en trois actes et quatre tableaux de M. Alfred
Savoir.
Combien de fois, à cette place, avons-nous dit d'un
auteur : « Il eût pu faire une bonne comédie, il n'a fait
qu'un vaudeville »? Quel plaisir aujourd'hui d'écrire :
M. Savoir aurait pu faire un vaudeville amusant, il a
fait une excellente comédie!
John Brown, américain pratique et richissime (quand
nous montrera-t-on un Américain pauvre? cela doit
cependant exister), se refuse à tromper ses femmes.
Quand il aime autre part qu'au foyer conjugal, il
divorce et épouse l'objet de sa nouvelle flamme; mais,
pour s'assurer contre les retours offensifs de ses ex-
conjointes, il ne les tue pas comme Barbe-Bleue, il leur
assure leur vie durant 200.000 francs de rente. Quelle
admirable chose que la fortune et comme cela permet
d'être indulgent!
Au moment où la pièce commence, John Brown en
est à sa huitième aventure. Il aime Monna, la fille d'un
marquis ruiné, et il l'épouse comme les autres. Mais si
Monna a épousé Brown, elle ne s'est ni vendue, ni
donnée, et le soir des noces elle met le verrou à la porte
de la chambre nuptiale. Rupture de contrat, affirme
John Brown. Pour conquérir sa femme, il use de tous
les moyens; douceur, promesses, violence, rien n'y fait,
elle se refuse obstinément. John Brown divorce à nou-
veau, mais apparait alors le caractère de Monna: en
charmante petite Française, elle a voulu démontrera cet
homme du Nouveau Monde qu'il est des choses qu'on
n'achète pas : c'est l'âme et l'amour d'une femme. Une
fois divorcée, Monna, libre, riche, revient à Brown
dont elle a apprécié la sincérité et se donne cette fois
tout entière à lui. Il est infiniment probable que John
Brown ne divorcera plus.
Ce que ce compte rendu, torcément trop court, ne
peut rendre, c'est la délicatesse de procédé de M. Savoir,
sa finesse d'observation et la savante gradation qu'il a
apportée dans la transformation des sentiments. C'est
mieux que joli.
LE • MENESTREL
Le succès de l'auteur a été partagé par les inter-
prètes. On ne peut être plus américain que M. Arquil-
lière, dont le rôle de John Brown est une des meilleures
créations. Quant à M me Lysès, elle est la grâce, l'esprit
de toute une race. Pierre d'OuvRAY.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts ds* Conservatoire
Même programme que dimanche dernier. Au jugement
qui en fut porté ici même, et auquel je souscris sans
réserves, je n'ajouterai que ces mots destinés à accom-
pagner la louange de « l'exquis larghetto du quintette de
Mozart ». Ou plutôt, c'est lui-même qui les ajoutera, tels
qu'ils figurent dans une de ses lettres écrites de Londres
où il avait pour la première fois entendu le son de la cla-
rinette : « Ah ! s'y écrie-t-il, si nous avions aussi des clari-
nettes ! Vous ne pouvez imaginer le splendide effet !... »
Et l'on sait quelle prédilection il ne cessa de témoigner
depuis lors à ce bel instrument. A coup sûr il eût applaudi
la charmante et pure sonorité de M. Cosles. C'est aussi ce
que nous limes. Au reste, cette séance ne fut qu'un inces-
sant triomphe pour les solistes, l'orchestre et son excellent
chef, M. Philippe Gaubert. René Brancour.
Concerts-Colonne
Une triomphale exécution de l'Ouverture du Freischiïtj,
à laquelle M. Pierné imprima un élan irrésistible, fut suivie
d'une interprétation remarquable de la Symphonie en ut
mineur de Beethoven : angoisse, douleur, volonté plus
forte que la douleur même et qui s'affirme en un épanouis-
sement enthousiaste, tout fut rendu avec une clarté émou-
vante. Le chef-d'œuvre apparut vraiment ce qu'il est en
réalité : le sommet de l'art beethovénien, et, en même
temps, le symbole des trois signes de toute vie, des trois
périodes de toute destinée.
M. Leonidas Leonardi fit preuve d'un talent réel dans
l'exécution du Concerto pour piano de Grieg, que révéla
jadis Raoul Pugno et dont il est resté l'inoubliable inter-
prète. Nous évoquions cette incomparable ampleur sonore,
cette souplesse mystérieuse et presque surnaturelle qui
rendait si impressionnante la fusion du piano et de l'or-
chestre, qui dotait d'une étonnante profondeur d'expression
cette œuvre de conception assez menue et de développe-
ment un peu superficiel. A la vérité, M. Leonardi ne ressus-
cita que d'assez loin nos impressions d'autrefois...
Les Lointains, de M. J. Poueigh, dont M. Pierné don-
nait la première audition, est une œuvre infiniment hono-
rable, en laquelle se manifeste un artiste au talent très sûr,
sinon d'une originalité puissante, s'exprimant en une
langue musicale élégante et distinguée. Au crépuscule, sur
les monts, le Rêveur, la Fileuse d'Aurore et le Berger dia-
loguent dans le calme du soir. Dans la sérénité nocturne
des pâturages, l'étoile, au firmament, éclaire le grand rêve
humain. Semeur d'espoir, le Semeur d'étoiles
Jette son grain parmi le grand repos.
Le sentiment poétique ne fait pas défaut au musicien,
mais on le souhaiterait tout de même plus intense, plus
intérieur et d'une expression plus pénétrante, se dégageant
davantage d'une pâte orchestrale un peu dense et d'une
déclamation assez monotone. Belle interprétation vocale,
où brillèrent M" Demougeot, MM. Cerdan et Carrère, sou-
tenus par un quatuor vocal homogène à souhait.
L'Apprenti sorcier, le chef-d'œuvre symphonique de
Paul Dukas, termina la séance avec éclat.
Paul Bertrand.
Samedi 1 5 janvier. — Première audition au Châtelel de
la Jota Aragonese de M. C. Saint-Saëns. « Nulle fièvre
sensuelle, a dit M. Baumann, l'un des biographes du
maître, n'amollit l'image lucide et forte que Saint-Saëns
donne d'une fête de volupté. » M. Baumann considère
sans doute comme un éloge cette appréciation d'une
volupté platonique? Quoi qu'il en soit, la composition en
question est très ingénieusement ouvrée, très alerte et très
chaleureuse. L'auteur de la Danse macabre n'a pas moins
heureusement traité le célèbre thème aragonais que ne l'a
fait Glinka, d'une toute différente façon.
Les Moulins de Don Quichotte ont servi de texte — ou
de prétexte — à M. Pierre Langlois pour dresser une sorte
de curriculum vitœ de l'ingénieux hidalgo. Celui-ci avait
déjà à son actif une certaine quantité de partitions, dont
neuf opéras, tant français qu'italiens, anglais et même
suisses! L'œuvre présente est une sorte de mosaïque dans
laquelle figurent des thèmes caractéristiques dont quelques-
uns singulièrement représentatifs : ainsi les cors dessinent
« le profil net et cassant du héros ». C'est frappant de
ressemblance, comme vous pensez! N'importe! l'ensemble
est présenté avec beaucoup d'habileté, de mouvement et
d'entrain; l'orchestration en est faite avec une véritable
entente des sonorités, et le tout constitue ce que j'oserai
appeler : un fort agréable spectacle pour l'oreille. Que
n'est- il un peu moins long! Cervantes craignait, en
achevant le récit des avenUires de Don Quichotte, qu'un
« faux Cid Hamel Ben-Engeli ne le ressuscitât pour com-
poser sur ses prouesses d'interminables histoires ». Crainte
salutaire et dont pourraient sans scrupule s'inspirer les
commentateurs musicaux du Chevalier de la Manche!
VI Ouverture du Carnaval romain et la Symphonie en si
bémol — très bien exécutées — complétaient le programme.
René Brancour.
Concerts - Lamou retuc
Programme hétérogène, encombré. De beaux moments.
Une découverte : un chef d'orchestre qui retrouve Mozart.
M. Paul Paray, pour comprendre ainsi la Symphonie en
mi bémol, a dû faire ce rare effort d'oublier un instant tous
les chefs-d'œuvre ultérieurs qui trop souvent nous cachent
la grandeur de Mozart : une grandeur dont nous sommes
désaccoutumés, qui s'édifie sur la grâce comme celle de
Shelley, une pensée qui va toujours si droit qu'elle déroute
des oreilles plus familières désormais -avec les chemins
bifurques des musiques post-beethovéniennes. Ce qu'il y
a là d'immédiatement, de simplement grandiose, l'orchestre
Lamoureux l'a désenseveli dimanche.
Dans des régions voisines nous ramena le ; 3 e Concerto
en ré mineur, pour orgue, de Haendel. Par M. Marcel
Dupré, grand artiste, l'orgue, ce rude compagnon si sou-
vent discord des instruments, devint tantôt la voix la plus
agile et aérienne, tantôt l'organe de communion le plus
intime de l'orchestre.
De M. Woollet, auteur d'une très bonne Histoire de la
Musique, on entendit avec plaisir Quatre Pièces brèves
antiques. Leurs savants archaïsmes ne les empêchent point
d'avoir un aspect très moderne, peut-être pas toujours
inattendu dans les trois premières ; la quatrième (Angoisse
dans la Nuit), où l'on croit suivre l'inspiration à nu, réalise
ce difficile dessein de fixer dans ses zigzags l'obsession
d'un cauchemar.
M me Lucy Vuillemin chanta agréablement Grétry et
Duparc. Raymond Schwab.
Concerts-Pasdeloup
Samedi i5 et dimanche 16 janvier. — Voici enfin une
œuvre nouvelle : Tableaux maritimes de M. Silvio Lazzari.
On attendait beaucoup de l'auteur de la Lépreuse et du
Sauteriot, œuvres où le musicien avait exprimé avec tant
de pénétration et de force concentrée des états d'âme dou-
loureux. On a cherché dans la nouvelle œuvre symphonique
de M. Lazzari cette vie intellectuelle qui animait ses deux
œuvres dramatiques. Peut-être espérait-on trop ou à côté :
la réalisation n'a pas complètement répondu au désir et le
« soleil couchant sur la mer », « les vagues », « un navire
fuyant la tempête » n'ont pas suscité l'émotion à laquelle
LE • MÉNESTREL
en soi-même chacun de nous s'attendait. Nous n'eûmes
qu'une jolie chose, bien faite, par un homme qui connaît
toutes les ressources de son orchestre. Pour tel ou tel
autre auteur c'eût été beaucoup, pour M. Lazzari ce n'est
pas assez.
Le concert débutait par l'Ouverture d'Euryanthe.
M. Rhené-Baton en dégagea avec soin tous les passages
de tendresse; un peu de confusion peut-être dans le cre-
scendo et le tutti qui précèdent le retour aux thèmes
d'amour.
En revanche la Pavane pour une Infante défunte, dans
laquelle Maurice Ravel mit tant de grâce douloureuse, et
le Festin de l'Araignée d'Albert Roussel, si amusant d'idées
et d'harmonie, apparurent, en tous leurs détails, chacun bien
dans son plan. Ce fut un régal.
Le Prélude de Parsifal, de Wagner, et Préludes de
Liszt figuraient également au programme.
Ce rapprochement justifie à la fois l'admiration de Liszt
pour Wagner et l'amitié de ce dernier pour le grand vir-
tuose. Pierre de Lapommeraye.
Jeudi i3 janvier. — Une longue étude littéraire se rap-
portant à l'œuvre musicale d'Emmanuel Chabrier, et due à
M. Edouard Schneider, se termina par une citation de
M. Reynaldo Hahn, affirmant, non sans raison, que Cha-
brier eût dû consacrer à Rabelais « son génie vigoureux et
fantasque ». Et ce sont effectivement les parties de son
oeuvre pourvues de ces qualités qui survivront à bien des
pages où il s'efforçait en vain de parler un langage qui
n'était pas le sien. La cantilène d'Harald, dans Gwendoline,
disparaîtra en laissant intacte la scène de l'Épithalame;
exemple auquel on en pourrait ajouter bien d'autres. « Au
vrai, écrit notre distingué confrère M. Georges Servières
dans sa remarquable étude sur Chabrier, je me représente
mieux le jovial musicien improvisant avec des motifs de
Tristan un quadrille baroque, sur lequel, en vis-à-vis, se
trémousseraient en cadence Charles Lamoureux et le gros
VVilder, qu'introduisent des héros d'épopée au Walhalla! »
— Les exemples musicaux servant à illustrer la conférence,
et détachés de Gwendoline, Briséis et le Roi malgré lui,
furent fort bien chantés par M" M Mireille Berthon, Jeanne
Laval et M. Laffitte, tandis que l'orchestre et son chef
s'acquittaient honorablement de leur tâche.
René Brancour.
CONCERTS DIVERS
Société Nationale. — Excellent Trio pour piano, violon
et violoncelle, de M. Max d'Ollone ; une jolie et souple
musicalité; et beaucoup de charme, — qualité qui nous
semble essentiellement musicale. L'œuvre était remarqua-
blement interprétée par MM. Gaston Poulet et Louis
Ruyssen... et par l'auteur lui-même.
Une Flûte dans les vergers, de M. Pierre de Bréville...
C'est agréable; et quel beau son possède la flûte de
M. Fleury! Cependant, je préfère encore certaine poésie
qui commence ainsi :
Viens! — une flûte invisible
Soupire dans les vergers. —
M. Gil Marchex joua ensuite avec grand talent deux
Paysages pour piano, de M. Jean Cras; puis M. Louis
Ruyssen nous fil entendre un Lied pour violoncelle, de
M.Marcel Labey. Œuvres intéressantes, certes; mais qu'en
dire de plus?...
M. André Caplet et ses Six Ballades françaises (sur des
poésies de M. Paul Fort) trouvèrent en M me Croiza une
interprète sans égale. Ces <t ballades » sont d'ailleurs
d'une inspiration originale et d'une expression charmante.
Pour finir, nous entendîmes Quatre Danses pour deux
pianos, de M. Louis Vuillemin (bourrée, gigue, pavane,
passepied). Rhythmes savoureux et prenants, — surtout
ceux du passepied et de la gigue, — et fort bien rendus par
M. et M me de Lausnay. J. H.
Concert de Lausnay (mercredi 12 janvier). — D'abord
félicitons M. Georges de Lausnay pour son interprétation
vraiment supérieure des Funérailles de Liszt, du Prélude en
ré bémol et de l'Étude en ut de Chopin. Ce furent là des
minutes de choix pour l'auditoire, qui, d'ailleurs, en
témoigna éloquemment son entière satisfaction.
N'insistons pas sur la singulière méthode et la mesure
incertaine d'une cantatrice qui se donna beaucoup de peine
sur un lied de Schubert et un air de César Franck. M. Léo
Sachs, qui figurait à côté de ces maîtres au chapitre de la
partie vocale, fut mieux partagé qu'eux au point de vue de
l'interprétation, mais moins bien, m'a-t-il semblé, à celui de
l'inspiration. Cet « amateur distingué » écrit en s'appuyant
sur un ressort fort apprécié en morale : l'abnégation. Voulant
s'effacer devant le poète qu'il recouvre de sa notation, il
tient à laisser au poème seul les éléments de rythme, de
grâce, de coloris et de personnalité dont, à cet effet, il s'at-
tache à priver sa musique. En sorte que celle-ci pourrait
disparaître sans que l'ensemble en souffrit. Dans l'espèce il
s'agissait d'un duo intitulé le Jour et la Nuit (ô charmant
souvenir de Charles Lecocq!), que M meB Martinelli et Fer-
rari chantèrent avec le plus courageux talent, et que l'au-
teur, enthousiasmé, s'empressa de bisser.
Après quoi l'on revint à la musique. Une Sonate pour
violon et piano de Haendel fut excellemment jouée par
M" e Olga Rudge, dont l'archet sûr et le son vibrant et pur
furent très remarqués, et par M. de Lausnay, son digne par-
tenaire. R. B.
Orchestre de Paris. — Dimanche dernier, l'Orchestre
de Paris nous fit entendre de Beethoven la Symphonie
Iéna, ainsi nommée parce qu'elle fut découverte à
Iéna, en 1909, dans les archives du Collegium Muséum
de cette ville. Cette symphonie est un essai de Beethoven
antérieur même à ses premières symphonies. C'est un
document curieux, mais il ne faut lui attacher que cette
valeur. D'ailleurs, une question se pose. A-t-on le droit,
surtout avec un compositeur comme Beethoven qui prépa-
rait ses œuvres de longue date et avait le sentiment très
légitime de sa valeur, d'exhumer ainsi des essais que l'au-
teur a volontairement écartés de ses œuvres ? Dominé par
l'influence de Mozart, cet essai de symphonie est amusant
et il tut joué très convenablement par l'Orchestre de Paris.
E. L.
Concerts de la Sorbonne. — L'audition des fragments
de Parsifal que nous donna dimanche M. Paul de Sau-
nières permit d'applaudir la voix de MM. Laffitte et Bra-
cony. Malheureusement, l'orchestre parut manquer de
cohésion et de fondu, les musiciens qui le composent
n'étant pas de taille, malgré l'excellente direction de M. de
Saunières, à se mesurer avec une œuvre aussi compliquée
et difficile que Parsifal. J. L.
Concert Marie-Simon. ■ — M me Marie Simon donnait le
10 janvier un concert à la salle des Agriculteurs. Cette
jeune artiste a une très belle voix, notamment dans les
notes graves, elle a de la vigueur sans rudesse et l'ampleur
du son n'exclut pas la souplesse.
Parmi les morceaux qui ont le plus porté, citons Larmes
et Plaintes de J.-S. Bach (avec accompagnement de haut-
bois que fit résonner M. Godard), l'air de Marie-Magde-
leine de Massenet, la Passion de Haendel. Enfin, le duo
d'Armide, si beau dans sa simplicité, fut chanté par
M™ Marie Simon et M. Delmas avec une perfection dra-
matique qui souleva les applaudissements de l'auditoire.
Ce concert comprenait une partie instrumentale. La
Sonate pour piano et violon de M. Gabriel Pierné fut
magistralement interprétée par MM. Bêché et R. Bas, un
excellent violon. E. A.
Concert Jacquinot=Charon = Livon. — MM. Pierre Charon,
Marcel Jacquinot et Robert Livon donnèrent, le 14 janvier,
une bonne séance de musique de chambre. Leur jeu ne
manqua pas de brio, il pécha plutôt par un certain manque
de clarté. Outre le Trio en la mineur de Lalo, la Sonate en
LE • MÉNESTREL
sol mineur pour violon, de Grieg, le programme comportait
la Sonate en fa pour violoncelle, de M. Richard Strauss :
c'était, croyons-nous, la première oeuvre de ce compositeur
exécutée à Paris depuis la guerre; œuvre d'un tout jeune
homme, encore peu significative, encombrée qu'elle est de
formules d'école, malgré quelques phrases aux contours
caressants où prélude la magie du futur symphoniste.
A. S.
Œuvre Inédite. — L'Œuvre Inédite consacra le i5 janvier
une séance hors série à une audition d'eeuvres d'un orga-
niste aveugle, M. François Bouriello. M. Bouriello a cueilli
en Algérie, où il est né, toute une flore de chansons locales,
tant espagnoles et tunisiennes qu'algériennes. Il en a tran-
scrit quelques-unes. Nous préférâmes les chansons algé-
riennes pour leur saveur ethnique plus marquée : un débit
précipité contrastant avec des arrêts brusques sur des
syllabes rauques évoquait l'Arabie éternelle, aux enfants
qui babillent et se querellent, tandis qu'une tenture subi-
tement écartée dévoile un visage empreint d'un sombre
sentiment d'attente... Nous entendîmes, en outre, un
fragment d'une transcription du Cantique des Cantiques
pour voix, orgue, harpe, hautbois et flûte : le mélange
de ces timbres ajoute à l'esprit pastoral et oriental, d'une
joie aérienne, avec quoi M. Bouriello a conçu son œuvre.
A. S.
Concert Olénine d'Alheim. — Le concert que donna, le
ii janvier, M mc Olénine d'Alheim fut comparable à un di-
ptyque, dont quelque force secrète eût animé soudain les
figures qui s'opposent.
La première partie de ce diptyque était située sous le
signe farouche de la Guerre. La mélodie ainsi nommée,
dans les « Chants et Danses de la Mort », permit, en effet,
à M me d'Alheim d'en ériger, comme au sommet d'une autre
porte d'enfer, le visage mythique. Après le heurt massif
parmi le rayonnement de midi, voici, dès lors, en l'élargis-
sement du crépuscule, l'aveuglante croissance de la haine ;
mais, de même que le trompeur apaisement nocturne, tout
cela ne fait que précéder la ricanante apparition de la
Mort, qui aux adversaires gisants vient promettre un accueil
égal.
Image générique, qui ensuite se fragmenta en images
localisées, diverses comme la douleur de la terre. Et ce fut
la plainte des nations : par le Lamento de Chopin, la voix,
tout d'un coup assourdie, sembla, avec le soupir de la
Pologne dévastée, transmettre le plus lointain message de
l'ombre. Puis, alourdi de sang, parut venir s'épandre,
comme dans la plaine immense, le Dnieper de Moussorgski.
Flots tumultueux, dont les vagues multipliées ne doivent
pas étouffer le cri plus humble des détresses individuelles.
Une femme pauvre berce son enfant ; et son chant tour à
tour s'élève et se replie. Ailleurs gémit une veuve éperdue;
ou une mère, en un cauchemar, entrevoit un avenir de
crime : par Moussorgski, Schumann, Schubert, en une
série de raccourcis, se résume l'innombrable meurtrissure
des êtres.
Pour exorciser de tels fantômes, il fallait que se projetât
vers nous l'une des inspirations qui, au-dessus du soi ravagé
de haine, déployèrent avec le plus de ferveur la face
immortelle de l'Amour. Et c'est pourquoi la seconde par-
tie du mouvant diptyque fut comme dédiée à François
d'Assise. Le cantique In Christo e nata nova creatura, tel
que l'harmonisa M. A. de Montrichard, sembla la transpo-
sition musicale de quelque tableau d'un primitif ombrien.
Pour celte harmonisation, à la fois sobre et intense, le
compositeur a fait appel à des thèmes grégoriens, — le Puer
natus est de la Messe du Jour de Noël et le Crux fidelis de
l'office du Vendredi-Saint. De la mélodie ainsi soulevée, la
voix de M™ d'Alheim fit une imploration ardente, — que
vint, à la fin du concert, compléter une admirable inter-
prétation de l'Aria : « Dors, cher enfant », de l'Oratorio de
Noël. En une telle œuvre, de même que par l'air : « Le
souffle du Christ enrichit mon esprit », M me d'Alheim mon-
tra ce que dans l'art de Bach il y a de direct et de non
scolastique. Toujours ainsi, d'ailleurs, elle délivre les
œuvres de tout ce qui s'interpose de factice entre celui qui
se penche vers elles. Pour un si magnifique effort, elle
trouva en M 1Ie Dorothy Swainson la collaboratrice la plus
remarquable, — tout ensemble subtile et profonde.
J. B.
Société des Instruments à vent (jeudi i3 janvier). —
L'intéressante association fondée par le regretté Paul
Taflanel, et ressuscitée à maintes reprises, — notamment par
M. Mimart, il y a de cela quelques années, — vient de faire
sa réapparition salle Erard. '
MM. René Le Roy (flûte), Louis Bas (hautbois), Auguste
Périer (clarinette), Jean Pénable (cor), Léo Letellier (bas-
son), — s'adjoignant pour le piano M Ile Madeleine de Val-
malète, — composent un ensemble que l'on peut, à bon
droit, qualifier d'excellent. Nous entendîmes, grâce à eux,
des fragments d'un Sextuor de Thuille — un larghetto et
une gavotte — qui nous firent regretter l'omission du
reste de l'œuvre; caria musique en est pure et charmante.
Des Bucoliques pour flûte et piano, de M. J. Pillois, la
première est empreinte d'une grâce lumineuse, les autres
manquent de cohésion et paraissent hésitantes. M. Le Roy
y fit montre d'une sonorité délicieuse. Le Quintette pour
piano, hautbois, clarinette, cor et basson, de Mozart, une
Sarabande suivie d'un Menuet, magistralement écrits par
M. Vincent d'Indy, et quelques pièces artistement jouées
par M" e de Valmalète, complétaient un programme fort
attrayant. Arrivera-t-on à faire comprendre au public fran-
çais ce que comprennent depuis longtemps les auditoires
d'autres pays, c'est-à-dire que les instruments à vent pos-
sèdent un répertoire digne d'être connu et apprécié? Nous
comptons bien que la Société qui s'est donné pour mission
de répandre ce répertoire continuera ses bienfaisants efforts
et nous offrira bientôt une seconde séance. R. B.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Bordeaux. — Au quatrième concert de Sainte-Cécile,
M. Crocé-Spinelli a révélé à un auditoire attentif quelques
pages de la Légende de Saint Christophe de M. Vincent
d'Indy : la « Queste de Dieu » et le Récit précédant cette
symphonie descriptive. Nos valeureux musiciens associés
et leur chef ont interprété avec talent et ferveur cette
œuvre riche de sève et de science, et M. Mondaud, dans la
tâche ardue du récitant, se montra encore l'artiste précieux
et dévoué, à l'articulation nette, que les Bordelais ont
apprécié maintes fois.
L'orchestre joua également, et avec un succès égal, la
Symphonie en si bémol de Schumann et l'Ouverture du
Vaisseau-Fantôme. Entre temps, on put applaudir un
excellent violoncelliste, M. Maurice Maréchal, dont les
belles qualités de sonorité et d'interprétation justifièrent
l'accueil extrêmement sympathique qui lui fut réservé.
— Aux concerts de l'Olympia, M. Trespaillé-Barrau
ayant réservé tout un programme à Beethoven à l'occasion
de son cent-cinquantième anniversaire, tint à rétablir
l'équilibre en consacrant une matinée à la musique fran-
çaise. Pour son sixième concert, il a partagé son menu en
nous offrant Siegfried-Idyll de Wagner, la Septième Sym-
phonie de Beethoven, d'une part, et l'Ouverture de Gwen-
doline et une Églogue de Georges Brun, d'autre part. Encore
un programme en faveur de nos compositeurs nationaux,
M. Trespaillé-Barrau.
— C'est encore à Beethoven — au Beethoven des qua-
tuors — que MM. Lucien Capet, Maurice Hewitt, Henri
Benoit et Pierre Delobelle ont sacrifié au cours d'un
passage dans cette même salle de l'Olympia. Les amateurs
étaient venus nombreux et nombreux furent aussi les
LE • MENESTREL
rappels qui saluèrent M. Cupct et ses trois co-équipiers,
maîtres incontestés Je l'archet.
— Saluons, avant d'arriver au plateau lyrique, le inlcm
jeune et plein île sincérité de M"" Hélène Saint-Martin qui
nous offrit au Trianon un concert d'uno attrayante variété
avec le concours du bon violoncelliste Pierre Saniazcuilh.
— Depuis la Damnation Je Blanchefleur cl avant la
première de Ninon de Lenclos, notre première scène vit du
répertoire et de « reprises ». lCllc en vit d'ailleurs assez
bien, car l'intérêt du public pour le grand théâtre ne se
dément pas. On a repris Alarouf, dont le succès s'accroît il
chaque représentation, et l'on a repris aussi Fleurette, la
partition de M. Aristide Marlz sur un livret de M. Eugène
Pujol, qui, depuis su création, l'an dernier, a fourni déjà
une brillante carrière.
— Parfois notre scène d'opéra reçoit la visite d'artistes
dont la renommée ajoute — sur l'affiche — un lustre nou-
veau aux œuvres du répertoire. C'est ainsi que nous avons
eu une iosea avec M"" Marcelle Dcinougooi et M. Campa
gnola à côté desquels M. Carrié fit excellente figure, encore
qu'il ail affligé Scarpia d'un ne/. île polichinelle que nous
n'avions pas encore aperçu au milieu du visage de notre
sympathique baryton. L'attrait de ta soirée résida dans une
ingénieuse adaptation chorégraphique de M. de Tondeur,
maître de ballet, sur des pages choisies de Tschaïkowski,
Chopin ci Glazounow que M. René Chauvet lit exécuter il
ravir par l'orchestre, l.e divertissement porte le litre de
Sylphes <■/ Papillons. On conçoit qu'il exige une légèreté
aérienne. Nos charmantes ballerines se montrèrent è la
hauteur des circonstances. Henri BoulmiiI.
Le Havre. — Sur notre première scène séries de belles
soirées, ('.bois îles plus heureux, distribution de premier
ordre. C'est tout d'abord Werther avec le ténor Marcelin,
dont la vois est d'une belle consistance et qui joint ;\ cela
une diction parfaite. Un hémicycle archicomble lit au bril-
lant acteur une ovation enthousiaste, le « Clair de lune »,
sous l'archel de M. l'Ieinv. vibra d'un lyrisme saisissant.
— A la Salle des Fêtes, programme varié et choisi.
Deux virtuoses, M"" de San.evilch, une pianiste précoce,
d'une belle compréhension musicale, et M. André Lévy,
violoncelliste à l'archet caressant, au jeu sobre cl touille.
Ils furent les dignes interprètes des OSUVrOS de Beethoven,
Chopin, Sammarun ci Albonii. M"" llilda Roosevelt chanta
avec un an accompli des airs des Noces de Figaro &e Mous-
sorgsky, une page du Roi d'Ys ci le délicat Clair Je Lune
de G. Famé. I.a salle fil ;\ ce trio d'artistes un vibrant
accueil.
Je n'aurai garde d'oublier M. Albert Hertclin, qui tint
avec autorité le piano d'accompagnement. C>. 1 liront).
Le Puy, Clermont-Ferrand. I e mouvement de décen-
tralisation musicale qui a commencé dans la région
s'accentue ci son succès s'affirme, Nous venons d'avoir un
premier concert avec Eugène Reuchsel, le distingué pianiste
bien connu, accompagne de M""' DolorèS de Silvera, de
L'Opéra Comique, riche contralto à la voix émouvante et à
la technique sûre. Ils ont tous deux donne une remarquable
interprétation d'oeuvres rom&ntiqueset classiques et d'œuv res
modernes trop rares à mon gré. Parmi ces dernières. Jeux
d'Eau de Ravel, brillamment exécutes pur E. Reuchsel, ont
obtenu un éclatant succès, ainsi que l'hiJylé de Duparc,
et les ChtvatlX Je ^l>l.^■ de lVbuss\, admirablement détaillés
pur M""' Dolorès de Silvera.
i e deuxième concert accusait des tendances modernes
nettement marquées, M»» Su«ie«Welty, pianiste, et M»' Mar-
the Feuillu', cantatrice, \ inlerprelaienl comme il se doit
des maîtres incontestés d'aujourd'hui, a côté de Ravel,
triomphait le subtil et délicat Albert Roussel dont (a
Bachelier Je Salamanque, le Jardin mouille, A un jeune
Gentilhomme ont été dus à ravir par la tome charmante
Marthe Feuillié. Sa voix oxquisement fraîche est servie
admirablement par une grande compréhension artistique.
Elle u également remporté un vif succès dans Chère Nuit
d'Alfred Bachelet, l'auteur de ce chef-d'œuvre, Scémo,
que nous voudrions tant réentendre à l'Opéra, dans te
Sept Chants de Shéhérazade, le Cantique des Cantiques cl
les Trois Fables de La Fontaine de Mario Verscpuy, ainsi
que dans la Rieuse de Pierné, dont le poème est un si joli
conte en prose de Catulle Meudès. La partie piunislique
permettait i\ M"° Suzie Welty de faire triompher ses
admirables qualités de virtuose et d'artiste. Cette jeune
pianiste se joue des difficultés qu'accumulent cependant
comme à plaisir nos auteurs modernes et elle sait com-
prendre et rendre les plus subtiles pensées. Elle a fait
applaudir particulièrement la Ronde de Roussel, te Anes
de Graviez, les si pittoresques Lutins de L, Aubcrt, Neirai
de Mario Verscpuy, l'exquise Berceuse de Dolly de Fauré
cl la toujours jeune et formidable Bourrée fantasque de
Chabrier.
Un troisième concert en perspective sera prochainement
donné par M»'" Marguerite Villot, soliste de la Schola, et
l.ovonnel. Nous en parlerons. Mario Versepuy.
Lille. — Une Société des Grands Concerts classiques,
ainsi que nous l'avons annoncé ù nos lecteurs, vient de
se fonder à Lille, sous la direction de MM. Jules Anicot et
Julien Dupuis, avec M. Albert Danchin comme secrétaire
général, Ces concerts donneront des représentations avec '
choeurs. Voici le beau programme de la séance qui aura
lieu le a3 janvier, et dont notre correspondant rendra
compte : l'Ouverture du Roi J'Ys de Lalo, la Procession
nocturne de Rabaud, une sélection des Béatitudes de César
Franck et le.NeuvièmeSymphonie avec chœurs de Beethoven.
Lyon. — Aux Petits Concerts, programme intéressant et
varie : une curieuse pièce pour piano, de Franz Liszt, qui
a pour titre Lyon et que le musicien, dit-on, écrivit en
l'honneur des premiers grévistes de notre ville, il y u
quatre-vingt-sept ans; les admirables Kreisleriana de
Schumann; une Sonate remarquable pour violon et clave-
cin du Lyonnais I. éclair l'ainé; deux Lyriques de Pizzetli;
diverses œuvres de Bach, Couperin et Scarlatti; une longue
Sonate pour violon et piano de Pierre de Bréville, un peu
longue peut-être et insuffisamment dégagée de l'influence
de César Franck; enfin de vieilles et exquises mélodies
françaises, italiennes ou allemandes qu'interpréta avec un
sentiment très nuance M""' de Leslang, c'était plus qu'il
n'en fallait pour justifier le succès de la séance. Le brillant
pianiste Ennemond Trillat et M"» Hortense de Sampigny,
une jeune violoniste admirablement douée, donnèrent de
ces différents ouvrages la meilleure interprétation.
— Aux Grands Concerts on entendit le grave et sévère
Oratorio de NoSl, de Bach, et la p" Symphonie de Beet-
hoven. L'exécution fut digne de ces chefs-d'œuvre et le
quatuor s'y montra superbe de discipline et de puissance.
Malgré L'écrasante difficulté de la tAche, Les chœurs de la
Schola atteignirent, eux aussi, dans le final de la Neuvième,
à de majestueux effets de grandeur. Il convient de féliciter
tout particulièrement les solistes, M 1 "" Doria et Béchard-
I eschaud, MM. Plamondon et Ruary qui contribuèrent
pour une part brillante à la haute tenue de l'audition.
— A l'Université des Heures le grand pianiste Edouard
Risler donna un récital composé de la Sonate en si bémol
majeur de Beethoven, la Sonate en une partie de Liszt et
l'unique Sonate de Paul Dukas. Est-il nécessaire d'ajouter
que le magnifique artiste interpréta ces vastes œuvres avec
toute la fougueuse puissance de son talent?
— A l'instar de Paris, Lyon a depuis quelques semaines
su chorale du peuple. Le but qu'elle se propose, déve-
lopper dans les masses populaires le goût de la musique,
esi dos plus Louables. Albert Doyen, qui fonda la chorale
parisienne, est venu diriger l'une de ses dernières répéti-
tions.
— Au Grand-Théâtre les reprises se succèdent sans
grande originalité ni grand éclat, mais on ne saurait en
faire grief à M. Montcharmont dont le bon vouloir ne peut
clic mis en cause. Cependant le public, qui se soucie fort
LE • MÉNESTREL
peu des meilleures excuses, manifeste parfois sa mauvaise
humeur d'assez tapageuse façon. C'est ainsi que la reprise
de Roméo et Juliette donna lieu à une manifestation fort
bravante. La représentation avait été cependant des meil-
leures, mais, faute de danseuses, la direction avait eu la
malencontreuse idée de supprimer l'acte du ballet. 1 Ol'sque
les spectateurs virent se lever le rideau sur le décor du cin-
quième acte, ils déchaînèrent une bordée de siillets cl de
cris, qui mit plusieurs minutes à s'apaiser. La manifestation
reprit à la sortie du spectacle, sur la place de la Comédie.
et il ne fallut rien moins que l'intervention des agents
pour calmer les musicophiles irrités.
A Lyon on sait encore se passionner pour la musique.
B. C,
Nancy. — Le Grand -Théâtre, sous la direction de
M. Prunet, vient de représenter avec le plus grand succès
tes Caprices Je Marianne, drame lyrique en deux actes,
d'après Musset, poème de René d'Avril, musique de
M. Pierre Bretagne.
Pour encourager cette tentative de décentralisation,
l'administration des Beaux-Ans avait délégué, pour la
représenter à cette première, M. Alfred Bruneau.
Parmi les interprètes, citons MM. Salla, Kougcnel. Mo-
rello. M 11 " Cuvclier cl Bennctt. L'orchestre, conduit par
M. Barras, fut excellent et la mise en scène de M. Van de
Béer satislit les plus délicats.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ALLEMAGNE
La Symphonie avec chœurs de Beethoven a ete fré-
quemment exécutée le mois dernier à Berlin. Mais plusieurs
fois... sans chœur, pour des raisons économiques.
— A l'occasion du cent-cinquantième anniversaire de
Beethoven, le Ministère prussien de l'Instruction publique-
songe à la création d'une classe d'orchestre au Conser-
\ atoire de Berlin.
— A la même occasion, le Conseil Municipal de Bonn a
décide d'organiser, avec le concours de la ville, une grande
semaine de solennités musicales.
— La Maison d'éditions musicales Siegel. de Leipzig,
vient de fêter le soixante-quinzième anniversaire de sa
fondation.
— La Société Robert-Schumann, de Zwickau, vient de
s'adjoindre un Conseil où figurent M. le professeur Max
Friedlander, le chef d'orchestre Nikisch, Ch. Kulzschbach,
chef d'orchestre du Théâtre National saxon, et le compo-
siteur Mans Pfitzncr.
— Les Oiseaux, fantaisie lyrique de M. Walter Braunlcls,
d'après Aristophane, récemment créés au Théâtre National
de Munich, y ont remporté le plus vif succès.
— Le théâtre de Dessau a donne, le 28 novembre
dernier, la première représentation de MagJa- Maria.
opéra en trois actes de M. Max Treullor, musique de
M. Oscar von Chclius. Jean Chamtavoine.
ANGLETERRE
Le Music Student a fait une enquête parmi les profes-
seurs de chant sur la question de savoir s'il est possible ou
non que dans l'exécution publique d'une mélodie ou d'un
opéra toutes les paroles soient entendues. Les professeurs
interrogés s'accordent à reconnaître que ce résultat est
possible et qu'il n'est pas moins souhaitable, car il est cer-
tain que la déclamation lyrique au théâtre l'exige de nos
jours plus impérieusement que jamais. S'il n'est pas atteint
plus communément, la faute n'en est pas toujours aux
chanteurs qui, parfois, il est vrai, déforment systématique-
ment les voyelles, mais souvent aux chefs d'orchestre et
souvent aux compositeurs. L'un de ces professeurs de
chant a déclare que l'Heure Espagnole de Ravel est le seul
opéra dont il ail entendu presque toutes les paroles.
— Les Musical News prévoient pour cette année la célé-
bration de deux dates importantes dans l'histoire de la musi-
que : le centenaire de la première représentation du l-'rei-
schiltj à Berlin ^iS juin i8ai) et le jubilé A'Atda dont la
première fut donnée au Caire lin décembre 1871.
— Le seizième l.ondon Musical Festival s'ouvrira cette
année le 3 mars et durera jusqu'au 12. On se propose d'y
favoriser par des prix spéciaux le développement de la
musique nationale.
— Les concerts où le programme se compose tantôt
exclusivement, tantôt, en majeure partie, d'oeuvres anglai-
ses, vocales ou même instrumentales, sont à chaque sai-
son plus nombreux. 11 est remarquable que ces œuvres
qui, naguère encore, restaient le plus souvent confinées en
Angleterre, passent maintenant l'Atlantique, voire le ehan-
nel dont la barrière, cependant étroite, paraissait jusqu'a-
lors infranchissable. Maurice Lkna.
ESPAGNE
Madrid. — Au Real : le mois dernier l'Or du Rhin a été
donné par la troupe allemande engagée au Real pour la
saison. On a chanté en allemand. » Nous avons toujours
considère, écrit un critique, qu'il convenait de chanter
dans l'idiome original d'une oeuvre, vu que le poète a, non
seulement cherché la beauté dans la forme, mais encore
dans une sonorité qu'il est difficile de conserver à l'adapta-
tion. » Nous pensons que ce critique a pleinement raison
et nous demandons qu'à cet égard le même traitement soit
accordé, à l'étranger, aux œuvres de toutes les nations. Il
n'y a aucune raison justifiant, par exemple, la tendance que
l'on a, aux Etats-Unis, de chanter les œuvres françaises en
italien, pas plus qu'il n'y en aurait pour excuser le con-
traire. Cela va contre le bon sens artistique. Du moment
qu'en Angleterre et aux États-Unis on ne chante générale-
ment pas les opéras en anglais, chaque œuvre devrait con-
server sa langue et son interprétation nationales. Le cas est
différent dans un pays où le théâtre musical se sert de
l'idiome autochtone, comme la France, l'Italie, etc. Les
œuvres des différentes contrées doivent alors se soumettre
à la traduction dans le langage de l'endroit où elles sont
représentées, de façon à pénétrer la compréhension des
masses. Mais, même dans ce cas, un opéra-comique fran-
çais .1 Milan, une scala italienne à Paris, une zatv.uela espa-
gnole dans chacun de ces deux centres d'activité musicale
si intense serviraient puissamment, en marge, à parfaire
l'œuvre de la pénétration réciproque des âmes par la con-
frontation des arts. Raoul Laparra.
GRÈCE
Athènes. — 1 es préoccupations politiques ayant ces
derniers temps absorbe tout le peuple hellène, les théâtres
ont tarde, cette année, à ouvrir leurs portes.
La saison musicale s'annonce néanmoins comme devant
être particulièrement brillante, et, comme toujours, le Con-
servatoire d'Athènes vient, le premier, d'inaugurer la série
des grands concerts.
Le Théâtre Municipal était comble. Le public ne fut pas
déçu. L'exécution de la Deuxième Symphonie de Beetho-
ven, sous l'habile direction de MarsicU, fut irréprochable et
les amateurs de musique moderne se réjouirent d'entendre
pour la première l'ois à Athènes la symphonie (Jour Je fête)
du compositeur belge Victor Vrculs, œuvre d'un rythme et
d'une orchestration remarquables.
La charmante et très distinguée violoniste italienne,
M 11, l.ina Spcra, qui prêtait son concours à ce concert, y
remporta un gros succès. Cette jeune virtuose est destinée
au plus brillant avenir. Le son est prodigieux chez une
femme et la technique absolument remarquable. Le nom
de Lina Spcra est à retenir.
— La direction du Théâtre-Olympia vient, elle aussi,
d'inaugurer la saison lyrique avec la collaboration de l'ex-
cellent' ténor italien Giuscppc di Giorgi qui s'y lit entendre
dans Aida, Rigolûtto et Carmen; mais quel dommage d'en-
cadrer pareil artiste d'éléments aussi insuffisants que dis-
LE • MÉNESTREL
parâtes! Un orchestre exigu, des chœurs plus que médiocres,
des décors lamentables. Non, nous sommes loin encore de
ce que le public si mélomane d'Athènes est en droit d'es-
pérer, de ce qu'il faut qu'il obtienne. Si notre belle capitale
possède un orchestre symplionique digne de rivaliser avec
ceux des plus grands centres musicaux d'Europe, un très
grand pas reste à franchir pour que nos théâtres lyriques
parviennent à grouper les éléments indispensables à une
troupe d'opéra qui sorte enfin de la médiocrité, pour ne
pas dire du ridicule. Olivier Gobbk.
HOLLANDE
On annonce qu'à son retour d'Amérique, en avril pro-
chain, M. Mengelberg viendrait donner à Paris, puis en
Espagne, des auditions de la Passion selon saint Mathieu
avec le concours de son orchestre et d'une société chorale
néerlandaise.
— L'orchestre du Concertgebouw d'Amsterdam vient
de consacrer une soirée aux oeuvres du compositeur
viennois Arnold Schonberg.
— M nle Isadora Duncan donne en ce moment des repré-
sentations en Hollande avec le concours du pianiste
Walter Morse Rummel.
— En l'absence de M. Mengelberg, M. Karl Muck a
dirigé, le i3 janvier, l'orchestre du Concertgebouw d'Am-
sterdam. Jean Chantavoine.
ITALIE
L'association des « Amici délia Musica » fera représenter
à la fin de ce mois au « Carcano » de Milan Platea, comé-
die-ballet en trois actes de Rameau. Cette œuvre du grand
musicien français fut donnée pour la première fois à la
cour de Versailles en 1745, puis à l'Opéra de Paris en 1749.
Elle entra au répertoire en 1773.
— Le Syndical des travailleurs du théâtre du « Mezzo-
giorno » a constitué une coopérative pour la gestion des
théâtres et placé à sa tête le maestro Pictro Mascagni.
— Le violoniste Joseph Szigeti a donné son second con-
cert à 1' « Augusteum » de Rome avec un succès égal au
précédent.
— Au deuxième concert de la nouvelle « Societa Bach »
s'est fait entendre Ricardo Burmcister, le dernier élève du
grand Liszt.
— Les nouvelles de Caruso sont meilleures. Tous nos
vœux de rétablissement vont au célèbre ténor.
— Edmondo Corradi écrit un livret d'opérette dont le
sujet est emprunté à la vie de Rossini et dont la musique
sera choisie parmi les œuvres du maître.
— ■ Le poète Egio Felici a terminé un livret dont Masca-
gni doit écrire la partition.
— Grand succès aux « Amici délia Musica » de Rome
pour le violoniste Mario Corli et sa collaboratrice au piano
Maria Corli. Au programme se trouvait la Sonate de Pizzelti,
le jeune maitre italien.
— Le « Costanzi » a donné la Fanciulla del Wesl de
Puccini avec la belle chanteuse Gilda Dalla Rizza. Le maes-
tro Edoardo Vitale dirigeait l'orchestre.
— Victor de Sabata a conduit le dernier concert de
l'a Augusteum ». Le programme comportait une œuvre du
maître : Juvenlits, poème symphonique déjà donné l'an
dernier sous la conduite de Toscanini.
— Francesco Vattelli écrit dans II Progresso un article
en l'honneur de Jaques-Dalcroze dont la méthode comporte
désormais une école de plus. La ville de Bologne, en effet,
a récemment inauguré un Institut rythmique. Après avoir
exposé la doctrine de Jaques-Dalcroze et cité l'article paru
dans le Ménestrel sous la signature du maitre éminent,
F. Vattelli termine en disant que Jaques-Dalcroze est un
grand éducateur de l'humanité. G.-L. Garnier.
LUXEMBOURG
Il y avait foule au deuxième concert du Conservatoire,
dont le programme était consacré à Beethoven, à l'occasion
du i5o c anniversaire de sa naissance. L'orchestre, fort bien
stylé par M. Vreuls, exécuta religieusement les ouvertures
de Coriolan et de Fidelio, ainsi que la Cinquième Sym-
phonie.
M" c Dron, la pianiste parisienne bien connue, se fit
beaucoup applaudir en interprétant magnifiquement le
Concerto en sol majeur et la Sonate appassionata.
— Quinze jours avant, le Conservatoire avait donné un
concert au profit des Légionnaires luxembourgeois. Au
programme, réservé de nouveau à la musique française,
figuraient des œuvres de Monsigny, Auber, Lalo, Cha-
brier, d'Indy, FI. Schmitt, Roparlz et Samazeuilh. A. B.
SUISSE
Geuéve. — Le septième concert populaire de l'Orchestre
Romand comportait un programme d'excellente tenue,
Mozart, Méhul, Beethoven et Wagner, dans l'interprétation
duquel M. Fernand Closset s'est affirmé à nouveau chef
intelligent, chaleureux et souple, doué de sensibilité et
d'une très juste compréhension du caractère très divers des
œuvres qu'il a dirigées.
J'ai beaucoup aimé, encore que l'introduction en fût
prise un peu lentement, la bonhomie aimable et souriante
que M. Closset a donnée à la Symphonie en si bémol de
Beethoven.
Le soliste était M. Jules Soullier, un jeune ténor qui a
chanté deux fragments de Méhul et de Wagner.
Bâle. — L'existence de l'Orchestre de Bàle est assurée
jusqu'au 3i mai prochain, date à laquelle on espère que
sera constituée définitivement une Société anonyme qui
prendra en main cet important organisme de la vie musi-
cale de Bâle.
Cette Société sera soutenue par l'État, la Ville, le théâtre,
la Société de musique, le Gesangverein, la Liedertafel et le
Mtennerchor.
Wattwil. — Près de Zurich, le Dr. A.-E. Cherbuliez a
fait une conférence sur « Beethoven et son époque », avec
de nombreuses illustrations musicales.
Nos auteurs à l'étranger. — La première représentation
de l'opéra Das Wandbild, de Busoni, musique du compo-
siteur suisse Othmar Schceck, a eu lieu au Théâtre
Municipal de Halle.
La presse fait un éloge de cette œuvre, qui fut vivement
applaudie.
— Le violoniste Pelchnikoff a joué avec succès, au cours
de sa récente tournée en Allemagne, la Rhapsodie pour
violon et orchestre du kapellmeister zurichois Andréa;.
— A Stuttgart, le Théâtre National représentera très pro-
chainement le Don Ranudo de M. Othmar Schceck.
Geo. A. Gogniat.
ÉTATS-UNIS
Rabindranalh Tagore, le grand poète hindou, fait en
ce moment aux Etals-Unis des conférences dont il versera
les bénéfices à la caisse de l'Institut qu'il a fondé récem-
ment à Calcutta. Tagore ne partage point le sentiment de
Kipling. 11 ne croit pas que « l'Orient et l'Occident ne
pourront jamais se comprendre », et la fondation susdite
s'est justement donné la tâche d'aider à l'intelligence
mutuelle de ces deux civilisations. Interviewé par \c Music-
al America, Tagore exprime le souhait qu'un musicien
qualifié d'Occident vienne étudier sur place la musique
hindoue. Ce qui, pour l'instant, complique, à son avis, la
difficulté d'une équitable et réciproque appréciation, c'csl
d'abord que les deux musiques, occidentale et orientale,
ne sont pas de même structure. C'est aussi que l'éducation
*de la voix, quand il s'agit de musique chantée, n'est point
la même cl qu'on n'y recherche pas, dans l'émission des
notes, la* même nature de son. Il s'ensuit que l'Inde et
l'Europe, en matière de chant, se renvoient de l'une à
l'autre la même épithète : « barbare », où ne s'exprime, en
somme, que l'inévitable incompréhension qui naît de
l'ignorance.
Tagore a mis en musique environ 5oo de ses poèmes. Il
en a fait, pour beaucoup, l'adaptation anglaise, dont les
LE» MENESTREL
musiciens d'Occident se sont maintes fois servi. Mais
Tagore ne se dissimule pas que nulle adaptation ne saurait
exprimer l'« âme originale » d'une œuvre.
— A Washington, où l'on va construire un « Opéra
National », représentation d'Aïda. Les interprètes étaient
tous américains. M. Jusserand, ambassadeur de France et
la majeure partie du corps diplomatique assistaient à ce
gala. Dans une adresse au public, M. Freund, directeur' du
Musical America, l'un des plus fidèles champions du natio-
nalisme musical aux États-Unis, a déclaré que ce pays, en
matière artistique aussi bien qu'industrielle, doit réduire
ses importations, « Nous avons, a-t-il affirmé, nos ingé-
nieurs, nos hommes d'affaires, nos poètes, nos peintres.
Nous fabriquons les meilleurs instruments de musique.
Nous devons également produire les meilleurs musiciens et
les meilleurs compositeurs. »
— Albert Coates, le chef d'orchestre réputé du London
S5'mphony Orchestra et de Covent Garden, est arrivé. Il
va conduire le New-York Symphony Orchestra pendant
une série de concerts. Au programme des deux premiers,
fin décembre, était inscrite la pièce symphonique London,
de Vaughan Williams.
— De même qu'à Londres le Lotus Ladies' Orchestra,
l'orchestre symphonique de Cincinnati, dirigé, comme on
sait, par Eugène Ysaye, offre aux enfants des concerts tout
spécialement composés en vue de leur éducation musicale.
C'est un exemple à suivre. A l'un des programmes figu-
raient la Symphonie sur un air montagnard pour piano
et orchestre, de d'Indy, avec Harold Bauer comme soliste,
et VEspaha de Chabrier.
■ — Célébration par tous les grands orchestres du i5o e anni-
versaire de Beethoven. Maurice Lena.
— M me Sylva, la charmante cantatrice que les Parisiens
ont pu applaudir à l'Opéra-Comique, fait en ce moment
une tournée avec The Songbird, pièce écrite spécialement
pour M me Sylva par Frédéric et Fanny Halton.
Entre temps, M me Sylva trouve encore le moyen de
donner des récitals de musique française, aidant ainsi à
propager les œuvres de nos compositeurs. Soit comme
comédienne, soit comme cantatrice, son succès est consi-
dérable.
CANADA
Montréal. — Voici le programme qui a été exécuté par
le grand pianisle français Alfred Corlot, le 10 janvier :
Thèmes et Variations, de C. Chevillard; Études, op. 10 et
25, de Chopin; Six Préludes, de C. Debussy; Jeux d'Eau,
de M. Ravel ; Danse des Sylphes, de Berlioz ; Étude en forme
de valse, de C. Saint-Saëns. — Gros succès pour l'artiste.
— Pour son quatrième concert de la saison, M, J.-J. Ga-
gnier a fait une large part à la musique française : Ballet
d'Hamlet, d'Ambroise Thomas; le Rouet d'Omphale, de
C. Saint-Saëns; M lle Goudré, qui prêtera son concours à
ce concert, chantera des chansons de guerre et des vieux
refrains de France.
Chose remarquable : M. J.-J. Gagnier a, dans son corps
de musique, cinq frères qui tiennent un emploi de soliste
(clarinette, flûte, hautbois, cor et baryton).
— L'orchestre de la Scala de Milan avec A. Toscanini
donnera un concert, à Montréal, le 27 janvier; un autre
grand concert d'orchestre sera donné, au cours de cette
saison, par la Société Philharmonique de New-York.
— La Société de Musique de chambre, dirigée par
M. Albert Chamberland, prépare le Septuor de C. Saint-
Saëns pour le concert du 2 février. Louis Michiels.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
En notant et harmonisant le vieil air provençal du Roi Keiie,
Henri Maréchal, en artiste qu'il est, a su lui conserver sa simpli-
cité et sa naïveté. Il a louché d'une main légère ce précieux
ta 500 e représentation de « Louise »
La cinq centième représentation de Louise, le chef-d'œuvre
de Gustave Charpentier, a eu lieu lundi dernier à l'Opéra-
Comique devant une salle comble et enthousiaste.
La première représentation avait eu lieu le 2 février 1900.
Cinq cents représentations en 21 ans. Peu d'œuvres lyriques
ont fourni une si belle carrière. Ce chiffre, bien entendu, ne
vaut que pour l'Opéra-Comique de Paris ; Louise ayant été
représentée dans cinquante villes du monde entier, c'est par
milliers qu'il faudrait compter le nombre de ses représen-
tations.
La pièce fut créée par Fugère, Maréchal, M Ue Riotton et
M me Ûeschamps-Jehin dans les personnages principaux.
Parmi les interprètes les plus marquantes du personnage
de Louise, citons : M" e Mathieu, M me Marguerite Carré,
M lle Dentellier, M lle Friche qui le créa à Bruxelles,
M" e Mary Garden qui le créa aux États-Unis, M"'- Edwina
qui le créa à Londres et M" c Geneviève Vix qui le créa à
Madrid.
Les interprètes étaient lundi dernier M" e Visconli dans
le rôle de Louise, M' ne Calvet dans le rôle de la mère,
M. Vanni-Marcoux dans le rôle du père et M. Lapelletrie
dans le rôle de Julien. Ils ont été acclamés et le rideau a
dû se relever à plusieurs reprises après chaque acte. Com-
bien apparut lointaine alors jla première représentation,
cependant si proche, et qui fut une soirée pour le moins
mouvementée !
A quoi tient ce succès persistant de l'œuvre de Gustave
Charpentier? Notre collaborateur et ami Jean Chantavoine
en a analysé les causes avec sa perspicacité habituelle dans
un article documenté publié par le Temps. La spontanéité
de l'inspiration, la diversité dans l'unité, la poésie animant
la réalité, et puis ce charme éternel de la jeunesse insou-
ciante, indépendante et gaie qui anime toute la pièce, en
font une œuvre sur laquelle le temps n'a pas de prise.
Mignon, Mireille, Manon, Louise, petites fleurs d'amour,
votre parfum enivrera encore les enfants de nos petits-
enfants.
AU CONSERVATOIRE
Le Journal officiel publie, dans son numéro du 14 janvier,
un arrêté modifiant encore sur divers points les arrêtés des
3o septembre 1913 et 20 décembre 1919. Les modifications
portent sur l'article 85 de l'arrêté de 19 1 5, sur l'article i5 du
même arrêté ; enfin, les articles 3o et 34 et le troisième alinéa
de l'article 36 bis de l'arrêté de 1915 sont supprimés.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra : Parmi les personnages de marque qui assis-
taient à la deuxième représentation de la Wallcyrie, signa-
lons le maréchal Pétain et le général Buat.
Pour ce qui est de l'interprétation et de la mise en scène
de l'œuvre wagnérienne, convenons, honnêtement, et bien
que la plupart de nos confrères aient été d'un avis con-
traire, que l'une et l'autre eussent pu être meilleures.
Notons, pour mémoire, que la « chevauchée » est presque
aussi invisible qu'au concert.
Les répétitions d'Antar se poursuivent avec ardeur. La
première représentation, retardée par l'absence de M lle Fanny
Heldy qui joue des œuvres françaises à Barcelone, aura lieu
le i5 février.
— Nous apprenons que M" 10 Mary Garden, la grande can-
tatrice, prend la direction de l'Opéra de Chicago où elle
remplace M. Marinuzzi qui aurait eu quelques difficultés
avec ses artistes.
Il n'est pas besoin de dire ici l'admirable talent de Mary
Garden. Faut-il rappeler ses créations (Pelléas et Mélisande
de Debussy, Salomé de Strauss, Chérubin de Massenet)
cl les innombrables rôles du répertoire qu'elle joua soit à
l'Opéra, soit à l'Opéra-Comique et toujours avec un succès
éclatant.
L'Opéra de Chicago aura en Mary Garden une directrice
artistique comme il en est peu. L'art français et l'art tout
court ne peuvent que se réjouir de la voir à la tête d'un
théâtre aussi important.
— Au Trianon-Lyrique, M. Louis Masson a eu l'heureuse
idée de remettre à la scène Une Heure de Mariage de
LE • MÉNESTREL
Dalayrac et Ma Tante Aurore de Boieldieu. Ce sont deux
délicieuses petites choses auxquelles leur archaïsme donne
plus de saveur encore.
L'œuvre de Dalavrac a paru plus solide que celle de
Boieldieu et le public de Trianon a fait bisser à M 111 " Lucy
Vauthrin l'air charmant « serments d'amour ».
Mues L UC y Vauthrin, Valentine Rauly, Sonia Alny,
Jeanne Lagard, MM. Jouvin, de Trévi, Marrio, d'Arjac,
José Théry interprétèrent avec gaieté ces vieux opéras-
comiques.
Ces représentations classiques, soigneusement montées,
offrent le plus grand intérêt et on ne saurait trop en féli-
citer M. Louis Masson.
— M. Corbiniano Villaça donnera le mardi 1 er février, à la
salle Pleyel,une séance de musique brésilienne et française.
— M. Louis Barthou vient de faire à la Bibliothèque de
l'Institut un don particulièrement précieux; il s'agit de vingt
manuscrits inédits de Mozart que, sur l'indication de M. Bar-
rère, ambassadeur de France à Rome et grâce à la généro-
sité de M. Basil Zaharof, M. Louis |Barthou a pu acquérir
à une vente qui a eu lieu récemment en Italie.
Ecrits entièrement de la main de Mozart, ces manuscrits
sont datés de 1775 et 177O; ce sont des pièces de circon-
stance pour des entrées ou des sorties de fêtes, des marches
pour cortèges, des pas redoublés, une petite œuvre dédi-
cacée pour un mariage, etc. L'ensemble n'ajoute rien à la
gloire du musicien, mais donne d'intéressantes indications
sur les œuvres de jeunesse de Mozart.
Depuis, M. Barthou est devenu ministre de la Guerre.
Nul doute qu'en cette qualité il ne soit bon pour les musiques
militaires.
— M. A. Dandelot organise pour M me Croiza, avec le
concours de MM. P. de Bréville et André Caplet, un con-
cert de musique française moderne à la salle des Agricul-
teurs, le samedi 5 février, en matinée. Au programme :
Ernest Chausson, P. de Bréville, André Caplet, Claude
Debussy.
— On annonce la mon de M lk ' Jenny Passama qui rem-
porta de beaux succès à l'Opéra et à l'Opéra-Comique dans
le rôle de la mère de Louise.
BIBLIOGRAPHIE
La Musique et son Histoire, par Paul Rougnon. — Garnier
frères, éditeurs.
Il est difficile de traiter en 3oo pages de toute la musique et de
son histoire, et cependant c'est ce tour de force qu'a réussi
M. Paul Rougnon. Tout amateur de musique trouvera, dans cet
excellent volume, les indications qui sont nécessaires pour com-
prendre les œuvres qu'il écoutera; il recevra des notions d'esthé-
tique musicale, d'harmonie; il aura, avec figures, des documents
sur les divers instruments de musique, des plus anciens aux plus
modernes; enfin, une histoire des divers genres lui présentera en
un tableau à la fois critique et synoptique révolution musi-
cale dans les divers pays.
Bien entendu ce livre ne dispensera pas les musiciens qui
voudront pousser plus loin leurs éludes de recourir aux traités
spéciaux, mais même à ceux-là le livre de M. Rougnon sera
indispensable, caril leur évitera biendes recherches et des pertes
de temps. Ils y trouveront toujours un fil conducteur.
programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 23 jan-
vier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — Beethoven : Symphonie en la. — Gluck:
Iphigénie en Aulide, air du Songe (M'" Suzanne Balguerie). —
Haydn : Concerto pour violoncelle. — a) Duparc ; Aux Etoiles ;
b) Samazeuilh : Le Sommeil de Canope (M" E Suzanne Balguerie)!
— Wagner : Les Maîtres Chanteurs (fragments).
Concerts-Colonne (samedi 22 janvier, à 4 h. 3/4, au Châte-
let, sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Beethoven :
Symphonie en ut mineur. — J. Poueigh : Les Lointains, pour soli,
quatuor vocal et orchestre (2 e audition).— Saint-Saëns : Concerto
en ut mineur pour piano et orchestre (M. Reuchsel). — Wagner :
Tristan et Yscult : a) Prélude du 3" acte; b) Prélude et mort
d'Yseult (M 1 " Demougeot).
Dimanche 23 janvier, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Berlioz : La Damnation de
Faust (Marguerite : M"" Jeanne Bourdon; Faust : M. Robert
Lassalle; Mèphisto : M. Lafont; Brander : M. Paty).
Concerts-Lamoureux (dimanche 23 janvier, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — A. Bru-
neau : Messidor. — Marcel Labev : Ouverture pour un Drame
(i re audition). — Rimsky-Korsakoff : Shéhérazade. — C. Franck:
Variations symphoniques (M. José Iturbi). — Borodine : Dans les
Steppes de l Asie centrale. — Beethoven : Deuxième Symphonie.
Concerts-Pasdeloup (samedi 22 et dimanche 23 janvier, à
3 heures, a l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baton). —
Festival Beethoven : Ouverture d'Esmonl; Ah! perfide, parjure
(M"" Maria Freund); Ouverture pour la consécration d'une maison;
Symphonie en ut mineur.
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 22 JANVIER :
Concert Huberman-Paul Frenkel (à 9 heures, salle
Gaveau). — Vincent d'iNDY : Sonate en ut majeur pour piano et
violon. — Bach : Adagio et Fugue. — Beethoven : Deux Romances.
— Saint-Saëns : Concerto en si mineur.
L'Œuvre Inédite (à 3 heures et demie, salle Touche). —
L. de Pachmann : Deux Pièces pour violon et piano. — P. Komitas
et R. Bardac : Mélodies populaires arméniennes. — J. Rivier :
Sonate pour violoncelle et piano. — Ch. Tillac : Une Nuit aux
Eparges (poème). — R. Moulaert : Cinq Poèmes de la Vieille
France. — Jean Belime : Quintette minuscule.
DIMANCHE 23 JANVIER :
Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous
la direction de M. F. Casadesus). — Wagner : Parsifal (Enchan-
tement du Vendredi-Saint). — Schumann : Concerto pour piano et
orchestre (M. Lesueur). — G. Pierné: Sérénade pour instruments
à cordes. — Saint-Saëns : Concerto en la mineur pour violoncelle
et orchestre. — a) H>:ndel : Air d'Héraclès: b) H. Duparc : Phi-
dylc (M"° Molk-Frondicre). — Humberto Lamy : Néron (frag-
ments).
Concert G. Willaume-Bazelaire (à 9 heures, salle des
Agriculteurs, avec le concours de M"' Faye-Lassalle, Adalgisa
Mollica et de M. Paul Parmentier). — Œuvres de Bach, Mendels-
sohn, Fauré, Duparc, Florent Schmitt, Paul Bazelaire.
LUNDI 24 JANVIER :
S. M. I. (à 9 heures, salle des Agriculteurs). — Concert consa-
cré à la mémoire de Debussy. — Le tombeau de Debussy.
Concert Henriette Renié (à 8 h. 3/4, salle Gaveau, avec le
concours de M. Charles Murano et de M me Caponsacchi Jeissler).
— H.ENDEI. : Sonate pour violoncelle et harpe. — J.-S. Bach : Six
Préludes. — G. Fauré : Le Secret; les Berceaux. — H. Renié :
Sonate pour piano et violoncelle.
MARDI 25 JANVIER :
Concert Léon Kartun (à 9 heures, salle des Agriculteurs). —
Mendelssohn : Fugue en mi mineur; Pièce caractéristique en la
majeur ; ly Variations sérieuses. — Schumann : Sonate en sol mineur.
— Œuvres de Mcœurs,
il éveille une image de jeunesse et de grâce. Et l'on
sourit, et, pour un peu, l'on pleurerait. Elle n'est plus
de l'abbé Prévost, cette Manon d'amour. Est-elle
encore, même, de Massenet? Il nous l'a donnée à tous.
Et l'on n'ose pas en parler, parce qu'on l'aime.
Qualifier la partition? Inutile, puisque c'est Manon,
toute Manon. Dès la première, ce fut un enchantement.
A quelle date, cette première? On ne sait pas. Il n'y
aura pas de dernière...
Voir le Ménestrel du 21 janvier 1921.
Et cependant, au lendemain du triomphe, un homme
d'esprit écrivait :
« Pauvre Manon! qui t'aurait prédit qu'un jour tu
serais entourée de tout ce vacarme! Toi, jolie fille de ce
siècle élégant et léger, des petits vers et des petites
maisons, te voilà, de par la musique savante, égalée aux
Walkyries et aux héroïnes des Nibelungen!... Je ne
sais pas si, comme on l'a dit, M. Massenet a lu, par
hasard, Manon Lescaut. Maison ne s'en douterait guère
à entendre son drame lyrique. De ce pastel simple et
gracieux, il a fait une fresque effroyable. »
(M ma G. Vix et MM. Rambaud et Cerdan chantent la
scène de Saint-Sulpice.)
LE JONGLEUR DE NOTRE-DAME
Monte-Carlo (iS février 1902).
Opéra-Comique (10 mai 1904).
Le Jongleur ou, plus exactement, Del Tumbeor
Nostre-Dame (1), est un fabliau de la fin du xu" siècle.
Auteur anonyme : un moine, peut-être, au fond de son
moustier.
Publié pour la première fois par Wilhelm Fœrster
dans la Romania, en 1873, signalé depuis par Gaston
Paris, Léon Gautier, Clédat, etc., il est entré depuis
longtemps dans le domaine scolaire des manuels et des
Morceaux choisis.
De cette légende, dont s'est inspiré le vicomte de
Borclli dans un poème couronné par l'Académie fran-
çaise, il est né, sous la plume du maître Anatole France
et pour le délice des lettrés, un petit chef-d'œuvre.
Dans le rvthme naïf, un peu monotone, de ses
680 octosyllabes, le fabliau nous conte ingénument
l'histoire que vous savez. On y voit la Vierge, après la
danse du jongleur, descendre, « richement couronnée »,
vers le pauvre homme tout recru de fatigue. Elle est
suivie d'un cortège d'anges et de séraphins; et tenant
une 11 touaille blanche »,
S'en aven te son n
Moult doucement
estrel (2)
vant l'autel ».
Délicieux tableau de primitif, mais qu'on ne pouvait
garder à la scène.
Dans la meilleure intention du monde, on a bien
voulu conseiller au librettiste de remanier son livret et
d'v introduire, à la scène finale, un grand duo d'amour
entre la Vierge et le jongleur. Il n'a pas cru devoir
suivre ce conseil...
Boniface, le moine-cuisinier, n'est pas dans le fabliau;
ce qui n'a pas empêché la fine bonhomie d'un grand
artiste, Fugère, de l'incarner inoubliablement.
(1) Un Tumbeor est un jongleur de petite espèce, un faiseur de
tours. Le jongleur proprement dit, au moyen âge, est un chanteur
autant qu'un bateleur.
(2) C'est-à-dire : elle en évente, etc.
LE • MENESTREL
La partition, vraiment exquise de sincérité, pleine de
tendresse et de sourire, et que semble baigner comme
une vapeur d'harmonie, a cette fortune singulière de
réunir le double suffrage du public et des musiciens.
Sous les adieux de Jean à sa « Liberté » vagabonde,
vous entendrez a l'excellent orchestre, sûrement, sou-
plement conduit par M. Rhené-Baton, pétiller le vol et
le babil des pinsons.
La Légende de la Sauge appartient au cycle populaire
des « Herbes de la Madone », où l'on voit aussi le gené-
vrier sauver de la même façon la Sainte-Famille. Musi-
calement, c'est le rythme bercé d'une sorte de naïve
complainte paysanne. Un fil de la vierge flotte à l'or-
chestre... — L'une des pages les plus simples et les plus
attendries de Massenet.
Et sourirez maintenant que l'on vous conte une anec-
.ttdj-dtwt/l—
-, notant un the
\t-MagdekiiK.
(D'après un de
in Je Cbaplain.)
dote. Elle vous peindra la gentille espièglerie de ce bon
maître :
Au mois d'août 1900, le librettiste du Jongleur reçut
d'Égreville (Seine-et-Marne), où Massenet avait cou-
tume de passer l'été, ce télégramme laconique : « Fini.
Venez. »
Emoi du librettiste.
Par le premier train, dare dare, il arrive, le cœur
battant.
Au bord de son grand parc, encore cerclée de sa vieille
douve, une vieille et paisible maison.
Accueil délicieux. Bon déjeuner. Fin cigare.
Après quoi, le maître, l'œil de guingois : « Ça vous
ferait plaisir d'entendre votre Jongleur?... Bien... mais
trouvez le piano... »
Par toute la maison, du grenier jusques à la cave, il
cherche le piano, l'infortuné librettiste.
Mais le piano qui, malicieux, s'était caché derrière un
grand paravent, le piano fut introuvable.
« Alors, mon pauvre ami, que voulez-vous? il faut
reprendre le train... »
Et de rire, de rire aux larmes, de ce bon rire gamin
qui le délassait.
Massenet lut bon prince. Il joua tout de même le
Jongleur... Et ce fut un ravissement.
(M mc G. Vix chante l'air de « La Liberté » et M. Pierre
Combes l'air de « La Sauge ».)
THAÏS
La première de Thaïs fut donnée, ici-même, le
16 mars 1894.
Comme pour Manon, tout à l'heure, Thaïs, le nom
suffit. Il équivaut à saluer encore, en même temps que
Massenet, le maître glorieux que je nommais tout à
l'heure et la magie d'un livre dont la beauté, si
moderne, n'en est pas moins, dès maintenant, classique.
Manon, l'âme d'oiseau, Thaïs, d'âme plus riche, si
différentes, mais l'une et l'autre tellement femmes,
jusque devant la mort, et, par là-même, désignées, pré-
destinées à la musique de Massenet
Cette musique est faite, ici, dans les pages descrip-
tives, d'une sonorité lumineuse où scintillent la mer
égyptienne et la joie sensuelle de l'Orient alexandrin.
On les entend briller l'une et l'autre, à l'orchestre, sous
le chant d'Athanaël qui les menace et les redoute.
Vous écouterez ensuite cette invocation de Thaïs à
son miroir, à Vénus, où la phrase mélodique, plus étalée
par instants, a quelque chose, toutefois, de cette insis-
tance et de cette fièvre féminines que l'on sent vibrer et
s'énerver dans la scène de Saint-Sulpice. Elle est aussi
caractéristique de la manière d'un Maître — car c'est
par ce mot-là qu'il sied de finir, — qui, malgré sa
gloire si française et malgré que cette gloire ait franchi
toutes les frontières, n'en attend pas moins, sans doute
parce qu'il peut s'en passer, son « monument officiel »...
(L'air d'Athanaël : Alexandrie! chanté par M. Cerdan,
et l'air de Thaïs : Dis-moi que je suis belle, terminent
le concert.) Maurice Lena.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Théâtre Edouard -VII. — Le Comédien, comédie en
quatre actes, de M. Sacha Guitry.
Comédien, grand comédien, certes M. Lucien Guitry
l'est, dans toute la force du terme; et nous comprenons
que son fils, lui-même comédien de talent, ait pris
plaisir à nous le faire voir au naturel », — dans sa
loge, chez lui, pendant la répétition, s'efforçant d'accor-
der sa haute conscience d'artiste à des émotions d'ordre
plus intime. Il y eût eu là, si M. Sacha Guitry avait
voulu le traiter d'une façon moins superficielle et plus
générale, un drame d'un réel intérêt. Malheureusement,
M. Sacha Guitry s'est contenté d'une espèce de scénario
cinématographique, agrémenté de répliques qui visent
à la profondeur, mais dont la psychologie facile ne sort
guère du cadre de la Vie Parisienne, si bien que l'en-
semble de ces quatre actes demeure incolore, inodore et
désespérément fade. M. Sacha Guitry, cependant, pro-
clame, ■ — par la bouche de M. Lucien Guitry, — que
l'acteur doit, en collaboration avec l'auteur, « instruire »
le public, qui est intelligent, et pas seulement l'« amu-
ser ». Alors?... Alors M. Sacha Guitry n'a pas été assez
sévère pour lui-même, et le cher public est en droit de
le regretter.
L'apologie du comédien, voilà ce qu'a voulu faire
M. Sacha Guitry. Son héros enlève une jeune fille qui,
amoureuse de l'acteur bien plus que de l'homme, se
-3 4 -
LE • MENESTREL
croit destinée au théâtre. Il le croit aussi, mais, après
un essai qui conclut négativement, il la pousse à
renoncer à la scène, au moins momentanément.
Furieuse, et comme il se refuse à la laisser rejouer le
lendemain, elle préfère le quitter immédiatement.
Ainsi, tel un héros cornélien, il a sacrifié son amour à
son devoir, à sa conscience de comédien éducateur des
foules. Il y a des scènes bien venues, — telle, par
exemple, la scène où le Comédien laisse entendre à la
jeune fille amoureuse qu'il l'emmènerait volontiers
faire un tour dans le Midi; — mais l'ensemble, je le
répète, manque de relief et de couleur, malgré le grand
talent des interprètes : M. Lucien Guitry, toujours
parfait, — mais comme on préférerait le voir jouer une
véritable comédie! — puis M Ue Falçonetti, qui mérite
les plus grands éloges pour sa finesse et son naturel;
M. Berthier, excellent dans un rôle de brave bourgeois
qu'éblouissent un peu les feux de la rampe; enfin,
M" ,e Ellen-Andrée, remarquable dans un rôle d'ha-
billeuse, M Ilcs Beylat et Laffon, MM. Desfontaines,
Kerly, Saint-Paul, et M. Alphonse Franck, directeur du
Théâtre Edouard-VII, qui joue naturellement un rôle
de... directeur. Jacques Heugel.
Nous rendrons compte dans notre prochain numéro
de la première du Vieux-Colombier : Le Pauvre sous
l'escalier.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire
On ne peut rêver interprétation plus fouillée et en même
temps plus une que celle qui nous fut donnée dimanche
de la Symphonie en la de Beethoven. Faut-il avouer
qu'après cette œuvre épanouie, après ce tableau si coloré,
le Concerto de Haydn pour violoncelle parut bien pâle et
un peu long, malgré les efforts de M. F. Pollain, qui
réussit à obtenir un succès personnel très vif? M 1 " Suzanne
Balguerie, dont le talent s'affirme chaque jour davantage,
donna une vie intense au songe d'Iphigénie en Aulide, et
nuança avec le plus grand art le Sommeil de Canope de
M. Samazeuilh. J'ai eu l'occasion de dire à celte place tout
le bien que je pense de l'oeuvre de M. Samazeuilh : très
passionnée, très intérieure, très douce en même temps, et
très tendre, elle est maintenant entrée au répertoire de nos
concerts; elle y restera.
M. Philippe Gaubert donnait également une œuvre sym-
phonique peu connue de Duparc : Aux Étoiles. Si jamais
le mot de « charmant » dont on abuse un peu mérite d'être
appliqué à une œuvre, c'est bien à cette mélodie idéale
enveloppée d'harmonies extrêmement tempérées, tenues
dans une demi-teinte de rêverie et d'apaisement. Une prière
confiante s'élève de l'âme et domine les bruits étouffés qui
montent des champs endormis. Pierre de Lapommeraye.
Concerts-Colonne
Aucune grande association symphonique n'avait, depuis
de longues années, inscrit la Damnation de Faust à
son programme. 11 appartenait aux Concerts-Colonne de
nous restituer ce chef-d'œuvre sous la forme même où il a
été conçu, forme à laquelle une adaptation scénique
ingénieuse n'a jamais rien ajouté, bien au contraire.
On sait avec quelle foi ardente Edouard Colonne, qui, il
y a un demi-siècle, révéla au public français le génie de
Berlioz, interprétait cette œuvre fameuse dont il donna plus
de cent exécutions incomparables. M. Gabriel Pierné reste
fidèle à la tradition de son prédécesseur et sait exprimer
avec une torce saisissante tout le romantisme fiévreux,
tout le pittoresque étineelant et toute l'émotion intense de
l'œuvre, dont, une fois de plus, le succès a été triomphal.
M"" Jeanne Bourdon, qui s'était révélée il y a quelques
semaines une admirable Sieglinde, a été de tout premier
ordre dans son interprétation du personnage de Marguerite.
M. Lafont s'est affirmé un Méphistophélès remarquable, à
la voix ample et souple, à la diction incisive. M. Robert
Lassalle s'est, dans Faust, montré chanteur adroit, à la voix
généreuse, mais « ouvrant » trop constamment le son, le
« poussant » même souvent, au grand dommage de la jus-
tesse. Orchestre et chœurs ont été au-dessus de tout éloge.
Paul Bertrand.
Samedi 22 janvier. — Programme à peu près semblable
à celui du dimanche 16. Tout d'abord la Symphonie en ut
mineur, œuvre éternelle où l'on découvre une beauté nou-
velle chaque fois qu'on l'entend. Félicitons M. Gabriel
Pierné de la manière dont il l'a conduite, notamment dans
le dernier mouvement dont il a fait ressortir tout le mystère
angoissant, puis les Lointains de M. Jean Poueigh dont il
a été parlé ici même vendredi dernier.
M. Reuchsel joua avec une incontestable virtuosité le
Concerto en ut mineur pour piano de Saint-Saëns : sono-
rité plus dure qu'éclatante. M" e Demougeot chanta dans un
sentiment très exact la « Mort d'Yseult » qui parut conve-
nir admirablement à sa voix. Pierre de Lapommeraye.
Concerts - Lainoareux
Jamais M. Chevillard ne dirigea plus magnifiquement son
excellent orchestre. L'ardent et lumineux entr'acte sympho-
nique de Messidor à travers lequel on croit voir
Midi, roi des étés, épandu sur la plaine,
ouvrit la séance. Vint ensuite la première audition d'une
Ouverture pour un drame, de M. Marcel Labey, œuvre
inégale dont le début promettait beaucoup, et dont l'en-
semble contient d'ailleurs d'impressionnants épisodes.
Quelle en est la donnée? Il est difficile de le savoir après
avoir consulté le programme, lequel nous apprend que
celte composition, « bien qu'appartenant, par sa conception,
à la période de guerre, pourrait synthétiser tout autre drame
d'une autre époque, étant donné le caractère abstrait de son
inspiration, et malgré les détails colorés de sa forme ». C'est
plutôt vague. Notez que le commentaire ne parle plus, après
cel exposé négatif, que de champ de bataille, de lutte, de
paix après le combat, de « paysage désolé où l'on pourrait
deviner symphoniquement les angoisses des blessés et les
efforts des combattants ». Et le morceau s'achève sur « un
voile de désolation » jeté sur la reprise de l'exposé primitif.
Il y a de puissantes interventions instrumentales parmi
cette suite peu cohérente, et de sinistres frissons y passent
çà et là... Mais le plan y manque, et c'est d'autant plus
regrettable que l'on sent, dans cette juxtaposition d'es-
quisses, passer le souffle de la Muse épique.
La charmante et enchanteresse Schéhéraqade de Rimsky-
Korsakoff, dans laquelle triompha le violon de M. Quesnot,
la mystérieuse et picturale Esquisse sur les steppes de l'Asie
centrale, de Borodine, les belles Variations symphoniques
de César Franck, fort intelligemment jouées par Ch. José
Iturbi; enfin la Symphonie en ré majeur de Beethoven
complétait un programme de nature, certes, à satisfaire les
plus exigeants. René Brancour.
Concerts-Pasdeloup
Samedi 22 janvier. — Nouveau festival Beethoven.
Quelques œuvres que l'on n'entend pas très souvent: d'abord,
en son entier (ce qui est une heureuse idée) la musique de
scène d'Egmont. La grandiose ouverture sembla manquer
un peu d'ampleur et de mordant dans l'exécution. Les
Enlrdctes, où, malgré la date de composition (1810), persiste
un lointain souvenir de Haydn, furent rendus avec délica-
tesse. M" Marya Freund interpréta avec un grand art sin-
cère et émouvant les chansons de Claire. Dans la scène
Ali! perjido! spergiuro! elle fit puissamment alterner fureur
et tendresse. Raymond Schwab.
- 35 -
LE • MENESTREL
Jeudi 20 janvier. — Séance légitimement consacrée à
l'un des musiciens qui honorent le plus l'école française
contemporaine : M. Vincent d'Indy. Quelques fragments
de ses œuvres théâtrales illustrèrent une longue conférence
que nous eussions — et le maître aussi, probablement —
désirée quelque peu différente.
La gloire du très sincère, noble et profond musicien qu'est
l'auteur de Fervaal est H'op lumineuse pour se trouver
obscurcie parles nuées d'encens qu'assembla son imprudent
thuriféraire. — Une des plus jolies fables de La Fontaine
parle de certain pavé maladroitement lancé, d'ailleurs avec la
meilleure intention... Il est vraiment regrettable qu'avant
de rédiger son dithyrambe, M. Le Flem n'ait pas eu l'heu-
reuse pensée de relire l'Ours et l'Amateur des jardins.
L'exécution du beau prélude de Fervrta/ par l'orchestre fut
excellente. Nous ne pûmes avoir la satisfaction d'applaudir
M'" Jeanne Halto, empêchée par une indisposition. Mais
M" es Demougeot et Lubin, MM. Laffitle et Hubcrly inter-
prétèrent avec une ardeur et un talent de premier ordre des
pages expressives empruntées au Chant de la Cloche et
à l'Étranger, et irréprochablement accompagnées par
M. Rhené-Baton et ses remarquables musiciens.
René Brancour.
M ,le Demougeot nous écrit qu'elle ne devait pas chanter
les 8 et ç) janvier derniers aux Conccrls-Pasdcloup. Ceux-ci
l'avaient, parait-il, affichée avant de savoir si elle était libre
à ces dates, et M 110 Demougeot ne l'était pas. Elle nous
demande, puisque nous avons parlé de son absence, de bien
vouloir en indiquer la raison. P. B.
CONCERTS DIVERS
Concerts de Lausnay (mercredi i n janvier). — La séance
débuta par le curieux quatuor écrit « sur le nom de BelaïefT »
par Rimsky-Korsakow, Liadow, Borodine et GlazounofT.
BelaïefT était, comme on sait, un important éditeur de
musique qui protégea intelligemment et efficacement le
compositeur russe. Ce quatuor est donc un acte de recon-
naissance. Il nous a paru que le Scherzo de Liadow et la
« Serenata » à l'espagnole de Borodine en étaient les mor-
ceaux les mieux venus. M. Dultenhofer et ses dignes auxi-
liaires en furent les excellents interprètes. Nous ne les
appréciâmes pas moins dans l'admirable et funèbre Quintette
de Schumann, où notre sympathique applaudissement
s'adressa également à M mc de Lausnay.
M llc Hélène Luquiens, qui se sert avec goût d'une voix
agréable, chanta de fort expressives mélodies, dont trois
étaient dues à M. Philippe Gaubert et deux à M. Albert
Roussel, celles-ci empruntées, quant au texte, à un poète
chinois. R. B.
Concert de M. Emile Mendels (jeudi 20 janvier). —
L'éloge de M. Emile Mendels n'est plus à faire. Quant à
M" Fourgeaud-Grovlez, elle se montra digne de l'excel-
lent violoniste dans l'exécution de la Sonate en ut mineur
de Grieg. M. Laffitle chanta avec son goût habituel l'Ab-
sence de Berlioz et la ballade du Roi d'Ys. Le compositeur
Léon Moreau, dont on regretta l'absence fortuite, fut
applaudi sous les espèces d'une belle Pastorale, et son con-
frère M. Gabriel Grovlez sous celles d'une fort intéressante
Sonate pour violon et piano qu'il exécuta conjointement
avec M. Mendels. Nous n'aurons garde d'oublier le charme
lumineux de la voix pure et de la diction artistique de
M lle Suzanne Duberry, qui, dans l'air de Suzanne, des Noces
de Figaro, et dans deux mélodies de Schumann, recueillit
les unanimes suffrages de l'auditoire. R. B.
Concert Weston (laies (mercredi 1 g janvier). — Ouver-
tures et Préludes de Wagner, joués par l'orchestre des Con-
certs- Lamoureux. — M. Weston Gales est un gentleman
américain fort distingué et fort courtois. Il commença la
séance organisée par lui en faisant exécuter la Marseillaise.
Puis il dirigea successivement les Ouvertures ou Préludes
de Rien^i, du Vaisseau-Fantôme, de Lohengrin, de Tann-
hàuser, de Parsifal, de Tristan et Yseult et des Maîtres
Chanteurs. (Ajoutons qu'il n'avait rien prétendu quant à
l'ordre chronologique.) M. Westen Gales dirige par cœur,
avec une conviction dont témoignent des gestes véhéments
et un tremblement convulsif de la baguette. Certains mou-
vements sont un peu trop lents (par exemple la prière de
Riençï); d'autres un peu trop accélérés (comme le thème
des pèlerins de Tannhàuser) ; mais enfin l'ensemble fut
intelligemment compris et rendu, sans rien néanmoins de
sensationnel et qui rappelât l'émotion du compatriote de
M. Gales, le poète-musicien Sydney Lanicr, telle qu'il
l'exprima dans sa célèbre « Symphony ». Somme toute, la
partie étrangère de l'auditoire se montra enthousiaste, la
partie française hospitalièrement bienveillante; et l'alliance
franco-américaine en parut sensiblement affermie. R. B.
U. F. P. C. — Du programme extrêmement chargé que
l'Union des Femmes Professeurs et Compositeurs donnait le
ni janvier, retenons deux bonnes exécutions du Quatuor en
ré de Franck par le quatuor Talluel et des Chants d'Espagne
d'Albeniz par M mc Janine Weill. La deuxième partie du
concert était consacrée à une audition d'eeuvres de Lili Bou-
langer. Une importante note biographique de M. Camille
Mauclair nous redit la souffrance et le beau talent de cette
jeune artiste qui remporta en igi3 le grand prix de Rome
et mourut à l'âge de vingt-quatre ans, le i5 mars 1918,
onze jours avant la mort de Claude Debussy, dont elle fut
la meilleure disciple. M me6 Croiza et Rosanoff, M" Psichari
cl naturellement M 110 Nadia Boulanger se chargèrent avec
une profonde dévotion de l'interprétation. A. S.
Concert Jacquinot-Charon-Livon. — M. Robert Livon, un
des plus brillants premiers prix de la classe d'Hekking,
montra une grande maîtrise d'exécution en même temps
qu'une chaude et puissante sonorité. Marcel Jacqulnot,
excellent pianiste au jeu aisé, et Pierre Charron, qui figurait
au programme à côté de lui, exécutèrent, dans un rythme
parfait, le Trio de Lalo. E. L.
Concert Renata Borgatti. — M" c Renata Borgalti a donné
avec succès, le i5 janvier, un récital de piano. Programme
emprunté à toutes les époques et à plusieurs pays; on a
surtout applaudi Amour Sorcier de Falla et Danse des can-
délabres de Pizzetli.
Concert Braïlowsky (12 janvier). — Ce fut pour beaucoup
d'auditeurs une révélation de VAppassionata, si familière
qu'elle pût être à leurs oreilles. On perçut toute la com-
plexité de la pensée beethovénienne, que des interprétations
moins profondes rendent trop souvent rectiligne. Braïlow-
sky fait apparaître à miracle les moindres articulations de
ce dialogue intérieur, avec ses questions et ses contradic-
tions, sa sérénité passagère, sa vertigineuse exaltation finale.
Les aspects de ce grand problème sonore semblent se
multiplier.
Avec Liszt, avec Schumann Braïlowsky s'accorde dans
une incessante création d'images spontanées. La Vallée
d'Obermann réalisa musicalement le « paysage-état d'âme »
des poètes romantiques. Par la Sonate « dédiée à Clara par
Florestan et Eusébius » un puissant regard fut jeté jusqu'au
fond de ce monde de fantasmagories et d'abîmes que por-
tait Schumann. Le grand artiste semble se renouveler à
chaque morceau. R. S.
Concert Golschmann. — L'événement mondain, car de
musique nous parlerons tout à l'heure, fut la première
audition de Quatre Études pour piano et orchestre de
M. Darius Milhaud. Cet auteur continue assidûment ses
essais polyloniqucs et polyrythmiques. Il produit même en
tous genres, avec une abondance que lui eussent enviée de
grands compositeurs comme Beethoven ou Wagner : c'est
qu'il est sans doute plus facile de prendre un cahier de
musique et d'écrire sur chaque portée et pour chaque
instrument des notes dans un Ion différent et sur un rythme
quelconque, sans se soucier du moindre dessin ou de
leur accord, que de tenter d'exprimer une pensée ou d'évo-
quer une image par rassemblement d'harmonies, même
LE« MÉNESTREL
dissonantes, ou de timbres curieux, mais appropriés. En
écoutant les œuvres de M. Darius Milhaud on a l'impres-
sion, amusante à condition qu'elle soit courte, d'être à la
foire de Neuilly au milieu des manèges de cochons ou de
bicyclettes, dont chaque orgue mécanique joue un air
différent, leur cacophonie étant accompagnée des éclats du
trombone à coulisse de Corvi ou des rugissements de la
ménagerie voisine.
M. Darius Milhaud ne doit point d'ailleurs être étonné
de cette comparaison, car il paraît chercher principalement
à composer une parade qui ameute le public et fasse beau-
coup de bruit, d'abord à l'orchestre, mais encore et surtout
autour de son nom. L'autre soir, parmi la partie du public
qui protestait, certains auditeurs outrés mais naïfs, criaient:
ACharenton! Quelle erreur! M. Milhaud est un homme
fort avisé et qui même a du talent ; il s'entend seulement
admirablement à la publicité.
Et maintenant revenons à la musique. M. Golschmann
nous a donné une délicieuse interprétation de la Sympho-
nie en sol mineur (bien que le menuet ait été pris un peu
trop vite). Son orchestre bien équilibré en a fait jaillir toute
la jeunesse et l'entrain.
M" e Germaine Lubin a chanté de sa belle voix Cinq Mélo-
dies siamoises de M. Grassi que nous avions entendues, si
je ne me trompe, l'an dernier aux Concerts Pasdeloup.
Elle n'ont rien perdu jeudi, au contraire, de leur saine ori-
ginalité. D'une ligne simple, le chant est soutenu d'une
orchestration à la fois légère et solide, pleine de trouvailles
instrumentales, et qui accroît l'effet de la voix humaine
sans la dominer.
Des Trois pièces de Scarlalti orchestrées par M. Roland
Manuel, les deux premières'sont très heureusement venues,
la dernière manque un peu d'éclat. En tous cas il est juste
de reconnaître que M. Roland Manuel a touché d'une main
très respectueuse et délicate à l'œuvre du vieux maître.
Enfin les Contes de Ma Mère l'Oye, de M. Ravel, si pleins
de poésie, si gracieusement narrés, terminèrent le concert
par les enchantements du « jardin féerique ». P. de L.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Angers. — ■ Bien que l'ensemble du programme du sep-
tième concert populaire ait semblé un peu long à de nom-
breux auditeurs qui partirent avant sa complète exécution,
lait que nous n'avions pas encore eu à mentionner, il
ne méritait cependant que des éloges par sa composition.
L'ouverture de la Flûte enchantée, fort bien menée, fit
place au Concerto en sol majeur pour piano et orchestre de
Beethoven. C'est M" IC Marthe Bray qui, sur le clavier, avait
a charge de nous en faire sentir toutes les beautés, ce dont
elle s'acquitta avec beaucoup d'assurance, de délicatesse et
de force, quoique l'instrument mis à sa disposition fût loin
de répondre à ce que son talent en attendait. Le Prélude,
Choral et Fugue de C. Franck lui valut encore de nom-
breux rappels, tous très mérités.
Quoique âgé de plus de quinze ans, le Jour d'Été à la
Montagne de V. d'indy nous a été donné en première
audition. Ce triptyque qui est, à lui seul, un cycle d'har-
monies évocatrices, fut écouté avec grand intérêt. Une
seule audition paraît cependant insuffisante pour fixer
dans les mémoires la richesse d'une instrumentation, de
sonorités luxueusement neuves et hardies, qui curent, prin-
cipalement avec le premier mouvement, « Aurore », de
nombreux partisans.
Le prélude de Parsi/al, pur chef-d'œuvre entre tous,
précédait un truculent Scherzo de Lalo qui terminait cette
audition à laquelle M. Jean Gay prêtait, comme toujours,
le concours de sa direction consciencieuse et savante.
L.-Ch. M.
Lille. — Rien de bien intéressant a signaler au Théâtre
Municipal, sauf une brillante reprise de Thaïs avec
M lle Alexandrowitch et la représentation d'un ouvrage post-
hume de Xavier Leroux, la Fille de Figaro, opéra-comique
en trois actes où l'on remarque d'amusantes réminiscences
du Barbier de Séville et des Noces de Figaro. M" e Merelly
a très bien chanté et joué cette pièce faite dans l'ancienne
forme, avec du parlé, ce qui n'a pas déplu aux vieux dilet-
tantes. Ceux-ci, pourtant, commencent à trouver bien long
le temps qui les sépare de l'ouverture du nouveau théâtre.
Ce magnifique monument, dû au célèbre architecte Cor-
donnier, n'est pas encore terminé et il y aurait, paraît-il,
pour plus d'un million de travaux pour son complet achè-
vement. La ville, très obérée, hésite à les entreprendre et
doit même se demander où elle trouverait l'argent néces-
saire. En attendant, le monument s'effrite sous le rude
climat du Nord et les amis de l'art lyrique sont déçus dans
leurs espérances.
— La Société des Concerts populaires, dont nous avons
annoncé la reconstitution, vient d'élire pour son chef
M. Gallois, premier prix de Rome de 1006 et directeur du
Conservatoire de Douai. Il y a lieu d'espérer que, sous une
direction aussi autorisée, les concerts de Lille retrouveront
leur lustre d'autrefois. Les premières séances auront lieu
incessamment.
— La Société des « Rosali de Flandre » vient de donner
un intéressant concert dont les éléments ont été fournis
par les élèves du Conservatoire qui avait également
prêté sa salle pour cette manifestation artistique.
M" 1 ' Drucbert, violoniste, a été très goûtée dans la Légende
de Wieniawskt ; M" 1 ' Dubruille dans l'air de Micaëla de
Carmen, ainsi que M llc de Treuqualye dans l'air du Cid,
ont fait apprécier leurs voix fraîches et pures; M. Lemoine
a chanté avec style et émotion les Deux Grenadiers de
Schumann etl'air de la Jolie Fille de Perth; M. Bonnefoy
de la classe de déclamation, s'est fait applaudir dans des
vers exquis d'Amédéc Prouvost. La séance avait commencé
par une très intéressante conférence de M. Potey, profes-
seur à la Faculté des Lettres, sur le grand poète de la
guerre mondiale, Emile Verhaeren; elle s'est terminée par
l'audition d'un petit opéra-comique en un acte. Rose et
Papillon, paroles de M. Alphonse Capou, professeur au
Conservatoire et poète distingué, musique de M. Emile
Ratez. Cette charmante petite œuvre a été chantée et jouée
en perfection par M llcs Dubruille et de Treuqualye qui y
ont fait assaut de légèreté et d'espièglerie et en ont assuré
le succès.
Nantes. — Au Théâlre-Graslin, représentation de Cléo-
pdtre. M. Rachet avait monté l'œuvre de Massenet avec un
soin cl un luxe de mise en scène dignes d'une grande
scène parisienne.
Ce fut un grand et légitime succès.
Le rôle de Cléopàtre était joué par M llc Lucy Arbell, celui
de Marc-Antoine par M. Espa.
L'orchestre fut dirigé avec un art consommé par M. Dob-
belaër qui s'affirme comme un excellent chef au talent
extrêmement souple.
Celte représentation fait le plus grand honneur à
M. Rachet dont les efforts sont récompensés par l'approba-
tion unanime qui entoure ses tentatives si réussies de
décentralisation artistique.
Rennes. — Le succès de Gismonda est considérable. A la
troisième représentation, la salle était comble, fait rare ici,
quand la troisième vient tout de suite après les deux pre-
mières et que l'intérêt n'est pas renouvelé par un change-
ment de distribution. Public très attentif et très « pris »
qui manifesta sa satisfaction peut-être d'une façon plus nette
et plus chaude encore qu'à la première. M 1 " Carmel, en
pleine possession de son rôle, fut remarquable de tenue,
de chant et de style, M. Étex, très applaudi. Bref, vrai
succès qui, répandu par la propagande parlée des spec-
- 3 7
LE» MÉNESTREL
tateurs, devrait fournir les éléments de deux ou trois belles
représentations supplémentaires.
Thionville-Hayange. — Le Cercle symphonique a donné,
la semaine dernière, un grand concert, sous la brillante
direction de son chef, M. Hulmer, qui avait composé un
programme intéressant. Nous eûmes le plaisir d'entendre
M"° J. Vreuls, une remarquable pianiste de Bruxelles, dans
le Concerto en sol de Beethoven, dans la Deuxième Ballade
de Chopin et dans le Prélude, Choral et Fugue de César
Franck. M"° Vreuls possède une technique extraordinaire
et un jeu très expressif.
L'orchestre se distingua surtout dans la Symphonie mili-
taire de Haydn, dans l'Ouverture du Freischiitj de Weber
et dans l'accompagnement du Concerto de Beethoven.
Grand succès pour M. Hulmer. D. W.
Tourcoing. — A l'exemple du théâtre de Rennes, le
Théâtre Municipal de Tourcoing vient de monter Gismonda,
le bel opéra d'Henry Février.
La première représentation en a été donnée cette semaine.
L'œuvre avait été montée avec un soin tout particulier par
M. Santara.
M ,lc Y. Chazel, de l'Opéra, fut une Gismonda magnifique
cl M. Devane un Almério plein de force. Ils étaient
entourés de MM. Dides cl Janssens, de M" 10 Stella et de
toute la troupe du théâtre de Tourcoing, digne de tous
éloges.
Le public fut entraîné par la musique dramatique et
passionnée qui suit l'action pas à pas, tour à tour farouche
ou tendre.
L'orchestre avait été scrupuleusement mis au point par
son chef, M. Brisard.
A noter que M. Brisard, indisposé au deuxième acte, a
cédé pour un moment la baguette au maître Février qui a
été salué d'enthousiastes applaudissements.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ANGLETERRE
Au festival de Scarborough, exécution de plusieurs pages
d'un opéra nouveau en un acte, d'Alick Maclean, sur un
livret de H. E. Durand tiré du Luthier de Crémone de
François Coppée.
— Le Gaiety Théâtre, à Londres, joue en ce moment une
adaptation anglaise de l'œuvre de Maeterlinck, les Fian-
çailles, avec musique de scène et ballet d'Armslrong Gibbs.
Cette partition, où se trahirait, dit la presse, quelque inex-
périence des nécessités théâtrales, ne serait pas dénuée,
d'autre part, d'une attrayante simplicité.
— La Belmont School of Music vient de représenter une
opérette japonaise de Clémentine Ward, Princess Ju-Ju.
— M me Ethel Smylh est, paraît-il, en colère. Elle s'indigne
que l'orchestre de Halle n'ait pas craint, ces jours-ci, de
congédier ses instrumentistes du sexe féminin. On lui
fait remarquer que leur admission dans cet orchestre, au
cours de la guerre, n'avait été qu'occasionnelle. Elles y
remplaçaient les hommes, mobilisés, dans plus d'un cas
leur frère ou leur mari. Cette admission de la femme dans
les grandes sociétés symphoniques n'est pas encore acceptée,
chez nos voisins, à titre définitif, et le féminisme, à cette
occasion, s'agite.
— Thomas Quinlan, le grand « Concert Manager », ne
dédaigne pas la réclame. Quarante hommes-sandwich pro-
mènent à la queue leu leu, dans les rues de Londres, le
programme de ses « attractions ». Impressionnant défilé !
Il faudra bien, bon gré, mal gré, que le passant regarde. Si
d'aventure il ne regarde pas, il faudra bien qu'il entende;
car les quarante bonshommes, tout en cheminant, sifflent
à l'unisson des airs connus. Première audition, l'autre
jour, à ce concert ambulant, de la marche des soldats de
notre Faust. Maurice Lena.
BELGIQUE
Anvers. — A une fête donnée à l'Opéra lyrique Pro
Polonia, M. A. Audenois s'est vraiment fait remarquer par
son jeu artistique. Ce n'est pas sans raison que la presse
anglaise parlait avec tant de louanges de ce jeune pianiste,
à propos des concerts donnés en Angleterre. Des Concer-
tos de Liszt et Chopin furent exécutés d'une façon correcte
à tout point de vue.
C'est un fait bien remarquable et même très important
de pouvoir constater que le public commence à compren-
dre la musique moderne. En effet, au concert de la Zoolo-
gie, la Suite pour orchestre de Stravinsky a même été
bissée. J. Bessier.
Gand. — Le Grand-Théâtre de Gand, sous la direction
de MM. Edmond de LooseetF. G. Roselli, vjenl de donner
une magnifique représentation de Gismonda. C'est la pre-
mière fois que cette oeuvre était représentée en Belgique.
Elle y reçut un accueil enthousiaste. Le public fut pris par
le côté dramatique de l'œuvre et par l'adaptation si parfaite
de la musique à l'action et acclama les interprètes,
Mme Thienet, Gismonda à la voix ample et caressante,
M. Vezzani, Almerio passionné et ardent.
La mise en scène très pittoresque, les costumes cha-
toyants, les danses bien réglées complétaient un ensemble
très réussi.
L'orchestre, conduit par M. De Prêter, fut parfait de
cohésion et de souplesse.
HOLLANDE
Le Théâtre des Marionnettes de Munich donne en ce
moment à Amsterdam des représentations où a figuré la
Serva padrona de Pergolèse.
— Les journaux hollandais annoncent un concert donné
sous les auspices de l'Alliance française par M. Evert Cor-
nclis, artiste néerlandais fort apprécié de ses compatriotes,
et M»" Suzanne Laugée « de l'Opéra-Comique de Paris » (?).
— Le violoncelliste Gérard Hekking, naguère violoncelle
solo de l'orchestre du Concertgebouw, et qui ne s'était pas
fait entendre en Hollande depuis plusieurs années, y
entreprend une tournée de concerts, avec le concours du
pianiste Louis Schriuler.
— La Sonate pour piano et violoncelle de M. Auguste
Chapuis vient d'être exécutée à Amsterdam par le violon-
celliste Oscar Eberle et le pianiste Anton Kaltwasser.
— Une soirée de danses et de musique javanaises vient
d'être donnée à Amsterdam, sous les auspices du cercle
Orient-Occident.
Qui se rappelle encore, à Paris, les danseuses javanaises
de iSSg? Jean Chantavoine.
ITALIE
Pour la première fois en Italie, une femme est montée
au pupitre de chef d'orchestre. C'est la signorina Eva
Brunclli. Elle conduisit le 17 de ce mois au Costanzi » un
concert chaleureusement accueilli.
— Au « Costanzi », première de Le Astu^ie jeminili par
la compagnie des Ballets russes de Diaghilew. Cimarosa
écrivit cette partition au retour d'un voyage en Russie,
et plusieurs thèmes sont empruntés à ce pays. Elle fut
représentée pour la première fois au « Teatro dei Fioren-
tini » à Naples en 1792; puis à Paris en 1808 et reprise en
1870. Donnée récemment à Paris, elle retourna enfin en
Italie, où son succès fut éclatant. Le maître Respighi rrfit
au point la nouvelle adaptation musicale, selon la choré-
graphie de Massine. La mise en scène est du peintre José-
Maria Sert.
— Le dernier concert de 1' « Augusteum » fut dirigé
par Ernesto Wendel.
Au programme : Variations et Fugue pour orchestre sur
un thème de Mozart, du compositeur Max Reger; Egmont
et la Symphonie pastorale de Beethoven; Obéron de Weber.
Alberto Gasco écrit dans la Tribuna que Max Reger est un
disciple de Brahms, mais que chez lui l'invention le cède
à l'artifice
38 -
LE • MENESTREL
— Le iS janvier, le violoncelliste Livio Boni a donné un
concert « Sala Bach », avec le concours d'Alfredo Casella.
Au programme : Bach : Sonate en ré majeur ; V. G. B.
Martini : Grave mistico; N. Porpora : Adagio, Minuetto ;
G. A. Vcracini : Largo Cantabile; Beethoven : Sonate en
la majeur, op. 69.
— La taxe perçue en Italie sur les spectacles et concerts
était de 20 0/0. Elle vient d'être réduite à 10 0/0. La nou-
velle loi entrera en vigueur dans le courant de février.
— Au k Carcano » de Milan, le public a accueilli avec
sympathie la Fedora du maestro Giordano, chantée par
Nini Bagnasco, le ténor Monguzzietle baryton Pacagnella.
— A Naples, le concert d'inauguration de la « Scarlatti »
a eu lieu devant un public chaleureux. Le programme
comportait principalement des œuvres du xvnr= siècle,
Corelli, Vivaldi, Locatelli, Pergolèse, Napoletano.
— Au « Diana » de la même ville, première de la Fonte
miracolosa, opérette d'A. de Feo, interprétée par la com-
pagnie « Roma bis ». G.-L. Garnier.
SUISSE
Genève. — Le Récital de M mc Croira. — Les auditeurs de
ce concert ont éprouvé une très noble et très pure jouis-
sance artistique. Cantatrice simple, naturelle, sympathique,
elle nous présente des interprétations qui sont toujours
d'un goût parfait, d'une absolue distinction. M me Croiza ne
chanta pas moins de 25 œuvres diverses, de l'école française
moderne (sauf quelques pages de Dalcroze et de Doret), et,
malgré ce copieux programme, il n'y eut aucune trace de
fatigue ni chez la cantatrice, ni dans le public. M mo Croiza
est une grande artiste qui a un profond respect pour les
musiciens dont elle chante les œuvres et qui les fait valoir
avec un charme exquis. L'accompagnatrice était excel-
lente.
Le septième Concert Symphonique. — L'Orchestre
Romand débutait par une belle et majestueuse Ouverture
de Haendel, à l'architecture solide, aux lignes amples et
puissantes. L'emploi des trompettes lui donne beaucoup
d'éclat. La Symphonie n" S en si bémol, de Haydn, est
charmante, jeune et fraîche, naïve. De là à Albert Roussel
il y a évidemment un monde. Ce remarquable compositeur
français nous a donné une preuve éclatante de sa valeur
avec ses Evocations si riches, si colorées, si poétiques, que
M. Ansermel nous fit connaître l'an passé. Quoique les
extraits du ballet-pantomime, le Festin de l'Araignée, ne
soient pas de la même envergure, et perdent évidemment
à être séparés du ballet, on y reconnaît un maître de l'or-
chestre et un esprit fin et original.
L'exécution du Festin de l'Araignée n'était pas commode,
mais M. Ansermet n'en eut cure et en donna une très élé-
gante interprétation. Le Scherzo de M. Chaix, qui terminait
le concert et n'était pas une première audition, se fait remar-
quer par son extraordinaire verve rythmique et sa savante
construction. M. Chaix est un musicien de valeur, en pos-
session d'une technique parfaite et qui a quelque chose à
dire. Geo A. Gogniat.
ÉTATS-UNIS
Une catastrophe qui défraye la presse de Chicago. Les
malles expédiées d'Europe, contenant les costumes de
Mary Garden, de Muratore et de Rosina Slorchio, la pri-
ma donna italienne, ne sont pas arrivées. Joueront-ils, se
demande-t-on, en habits de ville?
— La Pavlowa, avec sa troupe, dansait l'autre jour à
Cincinnati. Grand succès dans son ballet mimé de Thaïs.
— Mengelberg vient d'arriver à New-York. 11 y conduira
le National Symphony Orchestra dans une série de trois
concerts.
— C'est au Metropolitan que l'orchestre de la Scala, sous
la direction de Toscanini, a donné son premier concert.
Au programme, éclectique, Vivaldi (Concerto pour cordes
en la mineur), Beethoven (Cinquième Symphonie), Debussy
(Ibéria), Respighi (Fontaines de Rome), Wagner (fragments
de Tristan). Conducteur d'ouvrages d'un caractère drama-
tique, Toscanini a paru excellent, presque incomparable;
conducteur d'ouvrages proprement symphoniques, il a paru
discutable.
Albert Coates, d'autre part, dans les concerts qu'il a
donnés au Carnegie et à lVEolian, a reçu le plus triomphal
accueil. Il y conduisait le New-York Symphony Orchestra.
Ses programmes comprenaient des œuvres de compositeurs
anglais, Elgar, Purcell et Vaughan Williams (London Sym-
phony), et de Brahms, Tchaïkowsky, Scriabine.
— Au Metropolitan, reprise de l'Oiseau bleu, d'Albert
Wolff, avec l'auteur au pupitre.
— A l'Auditorium de Chicago, la représentation de Za^a,
de Leoncavallo, est ajournée. M me Ganna Walska qui devait
y débuter se retira, paraît-il, après la première répétition,
soit qu'elle fût enrhumée, ou qu'elle fût insuffisante, ou que
son mari ne veuille plus qu'elle reste au théâtre. Les com-
mentaires vont leur train.
A ce même théâtre, première d'Aphrodite, d'Erlanger,
avec l'admirable Mary Garden. Maurice Lena.
La Taxe sur les Pianos
Le mouvement de résistance à cette taxe inique et bête
s'accentue. A la tête du mouvement se sont mis des
hommes comme MM. Rabaud et Roussel, des corps con-
stitués comme l'Académie des Beaux-Arts, des associations
comme la Société des Auteurs, la commission centrale des
Ecoles, associations et syndicats musicaux de Paris.
Il faut que chacun de nous y joigne son action person-
nelle. Avertissons nos conseillers municipaux, quelle que
soit leur opinion politique, qu'ils n'auront pas notre voix aux
prochaines élections s ils ne reviennent pas sur cette taxe
et qu'ils trouveront contre eux toutes les associations pro-
fessionnelles musicales. Nos édiles entendent quelquefois
la voix de la raison, mais ils écouteront toujours et plus
certainement la voix de l'électeur. Ajoutons que les décla-
rations n'ont pas besoin d'êtres faites avant le 3o mars.
AU CONSERVATOIRE
Classes d'harmonie. — Sont proposés pour les bourses
Fernand Halphen : i° M llc Renée Hansen, 2 M. Lebout.
— Un cours d'histoire de la musique, spécial pour les
élèves de déclamation lyrique, sera fait par M. Maurice
Emmanuel les 3i janvier, 4, 7, 11, 14, 18, 21, 25, 2S février.
Les élèves des cours de déclamation lyrique sont tenus
d'y assister.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
Fort heureusement, le sauvage « Chimmy » n'a point encore
chassé l'exquise valse lente. Celle de M. Barbirolli fera bostonner
nos jeunes filles et, malgré le titre, elles n'en mourront pas.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra :
Reprise d'Hamlet d'Ambroise Thomas, avec M llcs Ray-
monde Vécart, Lapeyrette et MM. Rouard et Gresse.
M" c Mireille Berthon, retour d'Amérique, vient de faire sa
rentrée dans Thaïs. Elle reçut le plus chaleureux accueil.
L'Opéra prépare, pour passer après Antar, une reprise
de Siegfried et peut-être de Tristan et Yseult.
— A l'Opéra-Comique, la répétition générale de Forfai-
ture, le drame lyrique d'Erlanger, aura lieu dans les premiers
jours de février.
— A la Gaîté-Lyrique, la répétition générale de Nelly,
opérette en trois actes de M. Jacques Bousquet et Henri
Falk, musique de M. Marcel Lattes, doit avoir lieu le
i er février.
— M. Millerand est un auditeur assidu des concerts du
Conservatoire. Dimanche dernier, il écoutait attentivement
la Septième Symphonie de Beethoven et, avec une charmante
simplicité, il fut le premier à donner le signal d'applaudis-
LE • MÉNESTREL
sements que l'on sentait sincères. Quoi qu'on dise Platon, il
est bon d avoir un président de la République qui aime
l'harmonie. En tous cas le président de la République
donne un excellent exemple il son ministre de l'Instruction
publique qui, avec une regrettable insistance, laisse vide la
loge voisine qui lui est attribuée. Si le ministre ou le direc-
teur des Beaux-Arts ne peuvent venir eux-mêmes, ils pour-
raient l'aire des heureux.
— Sous le litre de Centre de Groupement des Amateurs,
une association vient de se fonder qui a pour but : de
mettre en relation les instrumentistes non professionnels
désireux de faire de la musique de chambre; de faciliter le
recrutement des amateurs musiciens pour les sociétés
chorales et symphoniques; de fonder une bibliothèque
musicale et d'organiser un service d'échange entre les
bibliothèques déjà constituées à Paris et en province, etc.
Une réunion aura lieu prochainement à laquelle seront
conviées toutes les personnes qui auront adressé leur
adhésion de principe. Écrire ou se faire inscrire directement
au G. G. A., au Guide du concert, 12, place d'Anvers, à
Paris (9 e ).
— Le Casino municipal de Nice donnera dans les pre-
miers jours de février la première représentalionueCo/Vwi&a,
drame lyrique en trois actes de Al. Henri Bùsser, d'après
le roman de Prosper Mérimée.
Les rôles principaux seront chantés par Ai"' lB Charny et
Bugg, de l'Opéra, M llc Bayle et AI. Rolland Conrad.
M. Henri Bùsser dirigera l'orchestre.
«@SS3S£@3£?e&3@^3@3£^3S333£?S@3S3@3Siî£''
programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 3o jan-
vier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — Vincent d'iNDY : Deuxième Symphonie
en si bémol. — Sant-Saëns : Concerto en sol mineur pour piano
(M. de Greefi. — Debussy : Prélude à l'A près-Midi d'un Ruine. —
Beethoven : Ali! Perfido (M— Monijovcti.— Liszt: Ij-s Préludes.
Concerts-Colonne (samedi 20, janvier, à 4 h. 3/4, au Chàtc-
Ist, sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Alfred Bru-
neau : Messidor (Prélude). — Beethoven : Symphonie pastorale. —
Debussy : Prélude à l'Après-Midi d'un Faune. — oJLalo : Marine:
— l<) A. de Castillon : La Mer (1" audition) (M»' Dolorès de Sil-
vera). — Chapuis : Tableaux flamands (au béguinage, kermesse).
Dimanche 3o janvier, à 2 heures précises, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Berlioz : La Damnation de
Faust, audition intégrale (Marguerite : M 1 " Jeanne Bourdon;
Faust : M. Robert Lassallc; Mephisto : M. Lafont; Brander :
M. Paty).
Goncerts-Lamoureux (dimanche 3o janvier, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Vincent
d'iNDY : F.rvaal (Introduction). — Chausson : Symphonie en si
bémol majeur. — Guy Rgpartz : Quatre Poèmes (Si. C. Panzéra).
— Paul Duras : L'Apprenti sorcier. — Debussy : Petite Suite. —
Chabrier : Gtvendoline (Introduction du 2 e acte). — G. Balay :
Hymne de la Délivrance, orchestrée par M. André Caplet.
Concerts-Pasdeloup (samedi 29 et dimanche 3o janvier, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baion). —
Vincent d'iNDY : Le Camp de Wallcnstcin. — Georges Hûe : Ver-
sailles, quatre poèmes pour chant et orchestre (M n,e Madeleine
Grey). — Mozart : Concerto en ré mineur pour piano (M" Wanda
Landowska). — Faurk : Pénélope (Prélude). — Paul Ladmirault :
Tristan dans la forêt du Morois, poème symphonique (i r0 audi-
tion). — Rimsky-Kors akoke : Capriccio espagnol.
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 29 JANVIER :
Société Nationale (à 8 h. 3/4, salle de Fancien Conservatoire)
— A. Le Guillard : Sonate pour piano et violon (MM. Gaston
Poulet et Yves Nat) (1" audition). — Georges Ritas : Deux Chan-
sons du XVP siècle pour trois voix de femmes sans accompagne-
ment (1" audition). — Paul Dukas : Variations, Interlude et
Final sur un thème de Rameau (M. Perlemuter). — Chausson:
Cantique à l'Epouse. — A. Roussel : Le Jardin mouillé; Ode à un
jeune gentilhomme (M™ 1 Suzanne Précy). — G. Pierné : Quintette.
Société des Chanteurs de Sainte-Cécile (à 2 heures et
demie, à l'église Saint-Joseph-dcs-Carmes, Institut catholique).
— Boellmann : Choral de la Suite gothique. — A. Guilmant : Inter-
lude. — Boellmann : Prière à Notre-Dame. — Œuvres de Vitto-
ria, O. de Lassus, Soriano.
Salon des Indépendants (à 2 heures et demie, au Grand-
Palais). — Séance de musique moderne. Œuvres de Sylvio
Lazzari, Roussel, Toursier, Erick Satie, Claude Debussy,
E. Flament.
Concert Yvonne Daudens et Madeleine Rainoird (à
9 heures, salle des Annales). — Ernest Chausson : Trio en sol
mineur. — Albert Roussel : Sonate. — Maurice Ravel: Trio en la
mineur.
U. F. A. M. (à 2 heures et demie, Théâtre du Colisée). —
L'Fn/ant prodigue, de Michel Carre fils, musique de André
WORMSER.
DIMANCHE 30 JANVIER :
L'Orchestre de Paris (a 2 heures et demie, au Trocadéro,
sous la direction de M. G. de Lausnay). — Beethoven : Ouverture
de Léonore ; Symphonie Iéna. — César Franck : Variations sym-
phoniques (M"" Lucie de Lausnay); Nocturne el Air de Rédemption
(M™ Martinelli). — Berlioz: Marche hongroise. — Ravel : Pavane
pour une Infante défunte. — R. Wagner T Prélude de Lohengrin;
Marche de Tannhàuser.
Concert Jean Sfordzan (à 3 heures, salle des Agriculteurs).
— Weber : Euryanthe (Sélection). — Sciiumann : Premier Trio. —
Marcelle Soulage : Six Mélodies inédites et Variations pour piano.
— P. Vihal : Ilabanera; Ronde basquaise, exécutés par la chorale
féminine. — .T. Chanaud : Trois Mélodies. L'orchestre sous la
direction de M. Jean Sfordzan.
LUNDI 31 JANVIER :
Concert Maria Freund (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
— Mozart : Les Xoccs de Figaro (Air de la Comtesse).— Beetho-
ven : In quesla tomba oseufa. Espoir, Plainte. — Schumann : Les
Amours d'une Femme. — M. Ravel: Chant hébraïque; Mélodies
grecques. — Karlowicz, Szymanowski, Paderewskt : Mélodies;
Deux Mélodies populaires.
Concert Hubérman (à 9 heures, salle Gaveau).
MARDI I" FÉVRIER :
Concert Léon Kartun (à 9 heures, salle des Agriculteurs).—
Récital de piano. Schubert : Impromptu en si bémol. — Brahms :
Capriccio en si mineur ; Variations.— Fauré : Trois Impromptus.
— G. Enesco : Toccata. — Paul Pakay : Thème et Variations.—-
Chabrier : Bourrée fantasque. — L16ZT : Harmonies du Soir;
Leggiere^a ; Polonaise.
Concert Corbiniano Villaça (à 9 heures, salle Pleycl). —
Concert de musique brésilienne et française, avec le concours de
M"" Arné, de l'Opéra, de MM. Léon Lamtte et Ray, de l'Opéra,
de M™" Nimisha, V. Guerra et de M. Oswald Guerra.
Tous les Arts ià 3 heures, galerie La BoStie). — Beethoven :
Première Sonate et Sonate en la majeur pour piano et violoncelle
(M. Marcel Ciampi, M. André Hekking). — Louis Aubert : Six
Poèmes arabes iM"" Elisabeth Nauroy).
Société Philharmonique (à 9 heures, salle Gaveau). —
M. Yves Nat et le quatuor de La Haye.
U. F. A. M. i:'t 4 heures, salle Gaveau, salle des Quatuors).
Concert Gabrielle Gills-Cesare Galcotti (à 9 heures, salle
Erard).
MERCREDI 2 FÉVRIER :
Concert Gaston Singery (à 9 heures, salle Pieyel). — Tran-
scriptions d'œuvres de Wagner : Tannhàuser (Ouverture); Lohen-
grin (Récit du Graali; Siegfried (Chant de la forge); Tristan et
Isolde (Prélude et mort "dTsoldej ; La Walkyrie, scène 3 du
1" acte (M"" Nadia Fedor, M. A. Sabatier); Chevauchée des Wal-
kvries.
Concert de Lausnay (à 4 heures, salle Gaveau, salle des
Quatuors).
Concert Maria Maurizi (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
— Récital de chant. Œuvres anciennes et modernes. Mélodies de
Georges Hûe, Reynaldo Hahn, Saint-Saëns, Fauré, Gosta Nvs-
trom, Jean Sibelius.
Concert M. Evelyne-Howard Jones (à 9 heures, salle
Erard). — Récital de piano.
JEUDI 3 FÉVRIER :
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert his-
torique. Saint-Saëns. Conférence de J. Chantavoine.
Concert Golschmann (à 9 heures, salle Gaveau). — Weber :
Ouverture du Freyschûl^. — Armand Bolsène : Croquis ^oologique
1 i rc audition). — André Verley : Pastel sonore (r° auditions). —
Mozart : Concerto en ré majeur. — A. Tausman : Poème sympho-
nique (1" audition). — Rimsky-Korsakoff : Capriccio espagnol.
S. M. I. là 8 h. 3/4, salle Erard). — Emile Frey : Sonata dra-
matica l\" audition). — Carlos Pedrell: DeCaslilla (1" audition);
Six Mélodies. — Florent Schsiitt : Sonate libre. — Alfrcdo
Casella : On^e Pièces enfantines pour piano il" audition);
Cinq Pièces pour deux violons, altos et violoncelle 1 1" audition).
Concert Adolphe Borchard <à 4 heures et demie, salle de
l'ancien Conservatoire). — Récital de piano. Œuvres de Clementi,
C. Franck, Saint-Saëns, Chabrier, Liszt.
Association des Chanteurs d'église (à t5 heures et demie,
à la Trinité). — Solennité religieuse, 200 exécutants sous la direc-
tion de M. Vincent d'Indy.
VENDREDI 4 FÉVRIER :
Concert Gualtiero Volterra (à q heures, salle Gaveau). —
Récital de piano, avec le concours de l'orchestre des Concerts-
Golschmann. Schumann : Concerto pour piano et orchestre. —
Saint-Saëns : Quatrième Concerto.
Concert Adila Fachiri (à g heures, salle des Agriculteurs).
— Récital de violon.
Concert Victor Staubfàqh., salle Erard).— Récital de piano.
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DE-1833À1883
J.L. HEUGEL
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DEI883À1914-
HENRI-HEQGEL
SOMMAIRE
Massenet (Suite) ' . . . . MAURICE LENA
La Semaine dramatique :
Le Vieux-Colombier :
Le Pauvre sous l'Escalier.
Les Grands Concerts :
JACQUES HEUGEL
Concerts du Conservatoire MAURICE LENA
Concerts-Colonne P.oeLAPOMMERAYE
Concerts-Lamoureux RAYMOND SCHWAB
Concerts-Pasdeloup PAUL BERTRAND
Concerts divers.
L'Enseignement obligatoire de la
Musique.
(Interview de M. André Gédalge.)
Lé Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Étranger :
Allemagne. . . /. J, CHANTAVOINE
Angleterre MAURICE LENA
Belgique LUCIEN SOLVAY
Espagne RAOUL LAPARRA
Hollande J. CHANTAVOINE
Italie G--L. GARNIER
Échos et Nouvelles.
♦
SUPPLÉMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnés à la musique)
MUSIQUE DE PIHflO
Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro :
TA-TA, fox-trot, de Alfredo Barbirolli.
Suivra immédiatement : Sarabande, de Louis Maingueneau, Extrait de Ninon de Lenclos
MUSIQUE DE CHAflT
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant :
Les Feuilles tombent, c'est l'Automne, de Louis Maingueneau,
-Extrait de Ninon de Lenclos, drame lyrique en quatre actes, dont un prologue,
paroles de Louis Blanpain de Saint-Mars et Henri Aucher.
Suivra immédiatement : O Nuit, pareille à moi, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar, conte héroïque
en quatre actes et cinq tableaux, poème de Chekri Ganem.
Le Numéro :
liait ml}
O " 75
(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture)
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BUREAUX:RUE VLVIEKNE 2bis/PARlS (2^
TÉLÉPHONE: GUTENBERG ; 35-352
ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE: MENESTREL-PARIS
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Le Numéro
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LE MENESTREL
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"Je songe â elle, Pensée musicale , 3
Naïveté d'Enfant, Bluette 3 !
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Rêve délicieux, Intermezzo 4
Sérénade capricieuse, Intermezzo 3
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J'ai crié ma peine f
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MASSENET
0)
• 1842-1912 -
Conférence lue aux Concerts-Pasdeloup (Opéra, 27 j
(Suite)
ier 192.).
ne première causerie, l'autre mois, vous a
parlé de l'homme en même temps que de
son œuvre. Ce n'était pas sans raison :
l'homme et l'œuvre, chez Massenet, se cor-
respondent, s'appareillent, on pourrait dire
adéquatement.
Dans son roman deNotre Cœur, Maupassant crayonne
la silhouette d'un artiste, le sculpteur Prédolé, gros, la
tête forte, épaules de paysan, d'allure gauche, lourde,
et dont les mains d'hercule, qui semblent faites pour
« tuer des bœufs », se plaisent à modeler — quelle sur-
prise! — d'exquises figurines, merveilles d'élégance et
de grâce frêle.
Avec Massenet, c'est justement la surprise contraire.
Féminin d'allure et de geste, nerveux, malin, tendre,
exalté, si maître, au fond, de lui-même, on admirait
qu'il fût à ce point l'homme de sa musique, et que,
d'entendre Manon ou Werther, on se fût préparé, sans
le savoir, à reconnaître l'auteur, sans l'avoir jamais vu.
Puisque, aussi bien, c'est la première fois, peut-être,
depuis la guerre, qu'on aura parlé publiquement d'un
Maître qui nous fait tant d'honneur, et que cette cau-
serie, où s'évoquent des souvenirs personnels, ne saurait
être une étude, je ne m'excuserai pas d'ajouter quelques
traits à l'esquisse du mois dernier et de saluer ici d'un
hommage, après les qualités fortes ou fines que j'ai
dites, une vertu charmante qu'il avait et que les musi-
ciens, paraît-il, n'ont pas toujours, cette bonté de son
cœur, souvent méconnue, qui, pour être affable ou
gamine, n'en était pas moins active, généreuse et, le
plus souvent, anonyme.
Un violoniste, pour n'en citer qu'un exemple, perd
un jour son violon. Il en a besoin pour vivre. Une
quinzaine ne s'est point passée qu'il en reçoit un autre,
meilleur. Donateur inconnu, — dont il est juste aujour-
d'hui de trahir l'incognito.
Mais quoi ! cette bonté, chez Massenet, avait le tort
impardonnable de sourire, d'être constante, et d'ex-
primer, dans un besoin de plaire, comme une crainte
qu'on ne l'aimât point.
Alors, on insinuait, amer, qu'il ne disait pas toujours,
a tous, tout ce qu'il pensait.
(1) Voir le Ménestrel des 21 et 28 janvier.
Sachons l'en remercier!
Jean-Jacques, le sanglier Jean-Jacques, tout hérissé
pourtant de misanthropie, déclare qu'un peu de réserve
n'est pas inutile aux relations sociales.
Nous y voyons, pour notre part, une forme discrète
de la charité chrétienne, où l'indulgence d'un compli-
ment ne s'interdit pas, d'ailleurs, l'ecclésiastique restric-
tion d'un sous-entendu.
Massenet qui, d'un prélat, avait les mains, la bouche
affable, et cette façon d'écouter où le front se penche,
attentif, où les yeux s'intéressent, où le menton approuve,
excellait, fin comme l'ambre, à ces malices benoîtes, à
ces menues ironies, cachées au coin de l'œil, du sou-
rire ou de la phrase, — et qu'il fallait savoir comprendre.
Ainsi, lorsque au désir exprimé d'une collaboration il
opposait, flatteur, le bouclier de cette réponse : « Ah !
cher Monsieur, vous avez fait vous-même la musique
de votre poème », on était sage d'en conclure qu'il
jugeait inutile d'y ajouter la sienne
Dans sa courtoise et défensive bienveillance, que
d'esprit à la française !
Dans le charme délicieux de son affection fidèle qui
jamais, aux anniversaires de joie ou de chagrin, n'ou-
bliait d'écrire le mot qu'il faut, que d'attendrie gen-
tillesse !
Et quand à l'homme « bien élevé » succédait, pour
un temps, la fantaisie du rapin, comme il savait conter
l'anecdote vive et la mimer drôlement !
Il est aisé, dès lors, de concevoir l'attrait et la joie,
vraiment inoubliable, d'une collaboration avec ce
maître. On y goûtait de plus l'intérêt profond d'observer
ainsi, dans l'intimité du travail commun, l'acuité de
son intelligence et la précision de ses enquêtes.
D'abord, et tout de suite, par la séduction de sa rieuse
bonté, il mettait en confiance, pour le bien de l'œuvre,
son librettiste ému, charmé, devenu l'ami, et qu'il flat-
tait, à l'occasion, psychologue et politique, de ces
petites flatteries si douces, avouons-le, à nos petites
vanités.
Le travail commence : il va durer des mois. Entre-
vues fréquentes. Questions brèves, nettes, exigeant de
nettes réponses. Sur un mot, d'instinct, Massenet devine.
D'autres fois, silencieux, il écoute longuement. Est-il
en voyage, à la campagne? Par lettres ou billets, série
d'interrogations. Pour un détail — tout a son impor-
tance — un télégramme, deux télégrammes. Au libret-
tiste du Jongleur : « Dans ce mot latin combien de syl-
labes? Réponse immédiate. » — « Les accents, je vous
prie, du Benedicite. » — « La prosodie de cet hymne. »
■ — Renseignements à fournir sur l'habit et la règle d'un
ordre monastique ; estampes à trouver d'un jongleur
jouant de sa vielle ou d'un moine jouant de l'orgue
LE • MÉNESTREL
portatif. Rendez-vous ici, rendez-vous là, de préférence
à son cher Ménestrel, dans cette chambre haute qu'on
réservait à ses audiences. « Me voilà documenté, nous
écrivait-il, comme un professeur de l'Ecole des Chartes.
Vous verre^ si j'ai su profiter de vos indications. » Lui-
même fouille cartons, dictionnaires spéciaux, interroge
les compétences. Il veut « baigner », comme disait
Faguet, dans la vie de l'époque, lui prendre son âme;
et c'est ainsi que ses divers collaborateurs l'auront
connu, selon le sujet qu'il traite et sans qu'il cesse
jamais d'être un français de France, grec, hindou,
persan, romain, espagnol, égyptien, classique ou roman-
tique, médiéval ou moderne, chrétien ou païen, de tous
les pays, de tous les temps, de tous les cultes successi-
vement et, chaque fois, passionnément.
Qu'on nous permette ici, pour illustrer ce qui pré-
cède, une petite vignette.
Le cabinet d'un librettiste, tapissé de livres. Au pre-
MASSENET
de Capicllo.)
mier plan, dans son habituel veston de cheviotte noire,
l'œil vif, le teint pâle — rappelez-vous sa chaude et
nerveuse pâleur — le Maître, assis.
Devant le Maître, un moine, collaborateur bénévole,
un moine bénédictin, jeune, debout dans sa coule de
bure, et qui chante.
A l'arrière-plan, effacé comparse, le librettiste.
Immobile, aux doigts un crayon, le Maître écoute...;
et promptement son choix se décide :il a noté, d'un
trait, dans ce Benediciie des vieux âges, une intonation
finale qui le ravit, dans ce thème d'Alléluia l'archaïque
et naïf mouvement du rythme...
C'est au prix de ces recherches ardentes, méticuleuses,
ainsi que d'une longue méditation préalable (Ma&îenet,
quoi qu'on ait pu prétendre, ne fut jamais un hâtif
improvisateur; mais, travaillant plus, il produisait plus),
c'est à ce prix, dis-je, que, devant sa plume, s'ouvrait
ensuite une route libre où rien, nulle omission, qui l'eût
exaspéré, n'arrêtait, ne retardait l'élan fougueux de son
invention. « Je travaille, nous disait une de ses lettres,
c'est-à-dire, j'écris comme sous la dictée, car depuis un
an je n'ai pas cessé un seul jour de penser, et tout est
voulu déjà; je sais ce qu'il y aura même dans les der-
nières mesures. » C'est la méthode de Racine. Et comme,
d'autre part, un juste orgueil lui défendait la vanité,
qu'il ne craignait point d'accueillir, fût-ce du plus humble
de ses collaborateurs, la suggestion qu'ensuite il fécon-
dait, la critique même que presque toujours il avait
pressentie, et qu'enfin, la partition terminée, « tout, jus-
qu'à la dernière note — nous citons encore, — était revu,
repris et mis au point » , on ne s'étonnera pas que son
art se présente, ainsi que nous l'indiquions l'autre jour,
sous les deux aspects, bien rarement unis dans un même
talent, de l'inspiration la plus fiévreuse et du soin le
plus minutieux.
Voulez-vous maintenant que, du cabinet où Mas-
senet a créé, nous le suivions pour un instant aux
répétitions où sa pièce, vivante, incarnée, évolue devant
ses yeux?
Nous sommes à Lyon, au Grand-Théâtre, dans l'é-
clairage blafard de la salle vide, parmi les mornes fau-
teuils couverts de la grande housse.
C'est de là que, muet, blotti dans un coin d'ombre, il
surveille la scène.
On répète Werther.
Soudain, il a bondi du parterre au plateau, et le voilà
qui, protéiforme, devient tout à la fois régisseur, chan-
teur et chanteuse, et chef d'orchestre, et machiniste!
« Tête nue, d'un pied juvénile, — écrivait alors l'un
de ses amis (i) — Massenet, membre de l'Institut, vole du
côte cour au côté jardin, de la rampe à la toile de fond.
Il parle, il chante, il joue, se démène et mène tout le
train du drame, battant la mesure, soulevant ou apai-
sant de ses mains étendues les sonorités de l'orchestre,
rectifiant au passage une fausse note d'un instrumentiste,
redressant un geste faux, une intonation inexacte, se
mêlant aux chanteurs que sa mimique entraîne et qui
n'ont plus qu'à l'imiter, leur disant : « Regardez-moi »,
et leur enseignant d'exemple une attitude, un mouve-
ment, un jeu de physionomie ou de scène, une entrée,
une sortie, les manœuvrant, les plaçant et déplaçant
comme les pièces d'un échiquier (Werther ici, Charlotte
là) et les maniant, .pour une pose à prendre, commodes
marionnettes articulées.
» II veille à l'ensemble, il veille aux menus détails, sou-
vent indispensables au succès; à l'occasion, il ferme lui-
même une porte, fait le ménage de la scène. Et parmi
tout ce feu d'action, scandant de sa voix un peu sourde,
mais nette, des « bien », « très bien », « bravo », « ce
n'est pas cela », « animons », « prononcez », « bien en
dehors, l'orchestre », « plus rien, maintenant », il trou-
vera d'emblée le mot plaisant, l'à-peu-près qui repose,
le compliment, sincère ou politique, qui encourage, la
petite malice qui pique au jeu et ne mortifie pas,
l'apostrophe plus rude qui secoue, l'expression juste
qui précise une situation ou définit un personnage...
» A d'autres moments, laissant aux bons artistes une
(i) Article de Maur
i8o3i.
: Lena, dans l'Express Je Lyon {ij févrie
LE • MENESTREL
liberté nécessaire, Massenet, après cette turbulence,
arpente la scène d'un pas rythmé, suspendu; il écoute
chanter son œuvre, dont les harmonies l'enveloppent et
le soulèvent. »
La séance finie, un peu las, mais heureux, « Ah! mon
ami, nous disait-il, ah! le théâtre! c'est ma vie; —
j'en mourrai... »
(A suivre.) Maurice Lena.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Le Vieux-Colombier. — La Pauvre sous l'Escalier, pièce
en trois épisodes (d'après la vie de saint Alexis), par
Henri Ghéon.
Un grand nombre de penseurs à vue courte, du type
Auguste Comte, se disaient naguère encore : « L'ère des
aspirations mystiques est close; sur les vieux dogmes
abolis trône maintenant la royauté définitive de la
Raison. » Certes, ce sera l'éternel honneur du xvm e siècle
philosophe et tribun, de Voltaire et de la Révolution,
d'avoir donné le coup mortel à tant de sophismes cris-
tallisés autour de l'âme humaine. C'était affranchir la
raison ; mais, ce qu'on n'a vu que plus tard, c'était aussi
libérer la vie profonde du coeur; c'était permettre à
l'âme de respirer de nouveau le grand air pur des espaces
spirituels. Aussi, dès les premières années du xix c siècle,
quelle éruption de lyrisme, quel vivant tourbillon de
passions! et, pendant que les savants s'enfonçaient, sans
fil d'Ariane, dans l'inextricable labyrinthe des phéno-
mènes, que de précurseurs d'une ère qui doit voir la
réconciliation du cœur et du cerveau ! Précurseurs trop
souvent mal compris et mal admirés de nos jours encore !
Hugo d'abord, — avec Dante et Wagner un des plus
grands rates de notre ère, — puis, pour ne parler que de
nos Français, Lamartine, Michelet, Quinet, Balzac par-
fois... Et, de nos jours, se dégageant de l'éclatante
lumière du Parnasse et des bruines du Symbolisme, ne
voyons-nous pas se lever dans le fidèle miroir de l'Art je
ne sais quelle nouvelle aurore spirituelle? A l'Orient, il
y a une grande lumière calme; là-bas, dans l'Inde,
notre bonne aïeule toujours jeune, au regard mystérieu-
sement doux, chante le chœur des anciens sages, auquel
se mêle la voix merveilleuse de Tagore, ce poète que sa
sagesse mystique, si claire pourtant, rend inaccessible à
la critique courante, facilement décontenancée; partout
les vérités profondes remontent a la surface et cherchent
à se fondre en une harmonieuse unité, au-dessus des
sectes, plus haut que ces vagues formules incomplètes
qu'on appelle déisme, panthéisme, athéisme; philosophes
et savants d'avant-garde, poètes épris d'idéal, théosophes
d'Orient et d'Occident, soufis, béhaïs, scientistes chré-
tiens, catholiques désireux de fonder, au-dessus de la
Rome papale, la religion vraiment « universelle », — tous
les penseurs, quelque différents qu'ils soient par le
caractère, par la « couleur » de leur pensée, tendent à
réaliser ce que, dans le Trésor des Humbles, Maeterlinck
appelle justement « le réveil de l'âme ». Qui ne voit,
dans l'effroyable chaos social où nous vivons, que c'est
là notre unique espoir de renaissance, de régénération?
Toutes les couleurs sont essentiellement la lumière
blanche; toutes les âmes sont essentiellement la Grande
Ame, de même que toutes les formes matérielles, expres-
sions des âmes, sont essentiellement la Substance Vierge
universelle, vêtement splendide de la Grande Ame; —
telle est la vérité fondamentale, source de tout amour, de
toute justice, de tout pouvoir, trésor conservé par ce que
le catholicisme nomme « la communion des saints »,
étincelle, créatrice d'un monde nouveau, qui jaillit
aujourd'hui, visible pour tous, du choc de la pensée
rationnelle avec le cœur, ce pur mystique.
« Effroyable chaos social », ai-je dit. Nul ne me con-
tredira. A « social » nous pouvons ajouter « intellectuel
et artistique ». Car, s'il est vrai que des liens secrets
semblent se former, de jour en jour plus solides et plus
lumineux, entre des cœurs et des esprits très différents
en apparence, il n'en reste pas moins, hélas! que la
plupart de nos contemporains vivent au hasard, sans
idéal conducteur, n'osant plus s'appuyer sur les vieux
dogmes extérieurs, trop faibles encore pour frapper à la
porte intérieure qui donne sur l'universelle Sagesse.
Aussi est-ce une volupté pour le cœur, en cet âge d'im-
pressionnisme efféminé, volontiers névrosé, imbécile
contempteur de tout mâle enthousiasme; est-ce une
joie pour l'esprit, en cette époque d'agnosticisme maté-
rialiste, aussi grossièrement puéril que l'aveugle fana-
tisme de certains « fidèles » ; est-ce enfin un utile
spectacle pour nos volontés tristement indécises, qu'une
œuvre sévère, puissante, élevée au-dessus des médiocres
préoccupations du jour. Je salue cette œuvre avec
respect.
La Vie de saint Alexis... Au xi e siècle, âge de la Chan-
son de Roland, fut chanté un poème de ce nom, un de
ces poèmes d'aube, si pleins d'ingénues fraîcheurs, qu'on
ne trouve qu'à la naissance des civilisations; il flotte sur
eux, brume nacrée, comme un lointain reflet des paradis
perdus. M. Henri Ghéon a eu raison de suivre le
« souffle de l'esprit » qui l'entraînait vers ces belles
époques primitives de la Légende dorée, époques où le
voile n'était pas encore complètement retombé sur le
portail du temple. C'est là et c'est dans son cœur qu'il
a trouvé son Pauvre sous l'Escalier. Là il a trouvé la
merveilleuse histoire d'Alexis, fils d'Euphémien, qui
vécut à Rome au iv e siècle; dans son cœur il a trouvé
l'intuition qui lui a permis de comprendre cette histoire
sous sa forme hautement et profondément spirituelle;
car il n'est pas un passage dans l'œuvre de M. Ghéon
qui ne soit riche du plus pur mysticisme évangélique.
Voici, en quelques mots, l'histoire de saint Alexis.
Le soir même de ses noces, après avoir dit adieu à sa
femme, — qui n'est encore sa femme que devant Dieu,
— il part. Durant dix-sept ans, il reste éloigné de
Rome. On le cherche partout; en vain; on le croit
mort. Son père Euphémien, sa femme Emilie, sont seuls
à espérer encore. Celle-ci lui reste pieusement fidèle,
malgré les insistances d'une mère qui voudrait la rema-
rier. Elle croit à la haute vertu d'Alexis : n'a-t-elle pas
vu dans son dernier regard toute la beauté de son âme?
S'il a agi de la sorte, c'est qu'il avait ses raisons. Elle
n'a pas à le juger. Il peut compter sur sa foi.
Or, voici qu'un jour, à la maison d'Euphémien se
présente un pauvre, — un de ces pauvres en Jésus qui
ont « renoncé au siècle » pour cultiver librement la
fleur délicate de leur âme, dont les rayons du Soleil
spirituel sollicitent l'éclosion. Il est accueilli comme un
hôte par le juste Euphémien, qui veut lui donner la
plus belle chambre; mais lui n'accepte pour tout loge-
ment que la niche creusée sous l'escalier d'entrée.
« C'est lui! » pense Emilie. Cependant, il est si simple,
sa vie est si claire, si dépourvue de toute ombre énig-
matique, qu'elle sent bientôt son espérance se dissiper,
- 4 3-
LE • MENESTREL
et peu s'en faut qu'elle ne consente à épouser un jeune
gentilhomme dont elle est aimée et qui lui plaît. Le
pauvre, consulté, l'engage à suivre son penchant. Mais
alors elle se ressaisit toute : un autre être ne saurait
vivre en son cœur auprès du mystérieux absent; à
celui-ci, vivant ou mort, elle restera entièrement fidèle.
Les années passent. Le pauvre va mourir. Les barbares
menacent Rome. On sent la colère divine prête à fondre
sur la ville que ses iniquités condamnent. Le pape fait
rechercher un saint dont les mérites puissent rétablir
l'équilibre et sauver la cité. Ce saint, on le découvre :
c'est « le pauvre sous l'escalier », ou plutôt c'est Alexis,
qui vient de mourir en laissant un écrit où se révèle
son identité. Rome échappe aux fureurs des barbares,
et l'empereur vient s'agenouiller devant la dépouille de
l'homme qui voit maintenant le Christ face à face.
Telle est la « vie de saint Alexis » ; elle tient en quel-
ques lignes. 11 est plus difficile d'analyser l'émotion, par-
fois profonde, qu'on éprouve à écouter l'œuvre de
M. Ghéon. Cette émotion est généralement d'un ordre
très élevé, et je doute que ceux qui n'ont jamais
réfléchi aux grands mystères de la vie puissent la res-
sentir autrement que sous forme d'étonnement (i). Il y
a quelque chose de si sublime dans ce mariage spirituel
de deux êtres et dans l'attitude de cette femme qui a
deviné, mais qui respecte cependant jusqu'à la fin la
volonté de son époux ! Puisqu'il ne veut pas être
reconnu, c'est qu'il juge que leur union sera plus belle
et plus féconde ainsi. Elle le soutient de toute sa foi,
qui ne défaille un instant que pour mieux réaliser sa
force indestructible. Ah ! ces deux êtres sont plus étroi-
tement unis, ainsi physiquement éloignés, que tant
d'autres, plus pratiquement heureux, qui ne recher-
chent dans le mariage, ou hors du mariage, que les
banales délices de la terre! Ceux-là savent faire de leur
union une force spirituelle qu'aucune vicissitude n'alté-
rera et qui, un jour, ira se fondre dans la grande Rose
mystique de la communion des saints (2) ! Toute la
mort d'Alexis est admirable. Je ne tenterai pas d'en
rendre compte : elle est de ces choses qui ont pour
beauté de ne pouvoir être analysées sans périr. Une autre
belle scène, au point de vue philosophique, est la scène
où Alexis explique qu'on eût évité jusqu'à la menace
des barbares si l'on eût mieux cultivé la raison, la force
d'âme, la prière et l'amour. Individu ou peuple, nous
attirons nous-mêmes sur nous les calamités qui nous
redresseront de force. Le monde est une harmonie ;
toutes ses parties correspondent entre elles; pensées,
désirs, formes, tout se fait équilibre ; ébranler l'ordre
moral du monde, c'est créer des vibrations qui réagi-
ront un jour jusque sur l'ordre physique. Beaucoup
d'autres pages seraient à citer pour la noblesse de la
pensée; il en est aussi qui valent par leur charme, leur
grâce, leur malicieux enjoûment. Toutes sont écrites
dans une langue à la fois élégante et simple.
Sur quelle scène M. Henri Ghéon aurait-il pu trouver
cadre plus convenable, artistes plus consciencieux ?
M. Jacques Copeau et M" e Suzanne Bing ont été par-
faits dans les deux personnages centraux. On ne peut
(1) Ajoutons que d'autres, pour ne pas sembler désemparés,
brandiront l'ironie, ce glaive des impuissants; mais ceux-là, il
convient, comme je le fais ici, de n'en parler que dans une note,
en bas de page.
(2) Dans la Nuée sur le Sanctuaire de d'Eckhartshausen il est
parlé de façon bien intéressante de cette a société intérieure »
(Muséum hermeticum, 76, rue de Rennes, ou Librairie Beaudelot,
36, rue du Bac).
rêver plus intelligente compréhension d'une œuvre
aussi subtile sous sa simplicité extérieure. A leurs côtés
nous avons admiré de nouveau la troupe, maintenant
« unique », du Vieux-Colombier. Voici pour mémoire
les noms des acteurs chargés des principaux rôles :
M mcs Barbiéri et Lory, MM. Savry, Bacqué, Vibert et
Vitray. A ces comédiens et à tous leurs camarades nos
très vives félicitations. Nos félicitations aussi au metteur
en scène, au décorateur et au spirituel costumier.
Jacques Heugel.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts dti Conservatoire
Anciennes ou modernes, programme d'oeuvres consacrées.
Direction magistrale de Philippe Gaubert. Un illustre
habitué préside, incognito, jusqu'à la dernière note, aux
applaudissements.
Dans la Deuxième Symphonie de d'Indy, par quoi
s'ouvre la séance, nous préférons à la puissance un peu
froide, au tumulte bien ordonné de son premier mouve-
ment les deux thèmes opposés du second, l'un où s'expose
une sorte de cantilène, l'autre dont le rythme nettement
scandé se présente et s'anime aux harpes, — l'un et l'autre
se distribuant ensuite aux timbres variés des instruments.
Plus court, plus ramassé, le troisième mouvement se
colore de phrases mélodiques d'allure populaire, tandis que
dans la belle richesse instrumentale du quatrième revien-
nent et se combinent tous lesmotifs de la symphonie.
Moelleuse, brillante et rythmique exécution par M. de
Greef du Concerto en sol mineur pour piano de Sainl-
Saëns, dont l'allégro scherzando, qui mène si vivement le
babillage du clavier avec l'orchestre, valut au talent de
l'interprète un succès qui se confirma dans le galop, pres-
tement enlevé, du presto final.
Plein du sommeil de l'heure chaude, où s'égrènent par
instants des gouttes de cristal, le silence des bois mur-
mure; à l'antique chalumeau, devenu la flûte moderne, une
églogue soupire : c'est le rêve de Virgile, nuancé par
Walteau ; c'est l'Après-Midi d'un Faune.
Avec une sûre perfection de style, la belle voix de
M mc Monljovet nous a dit ensuite la plainte de Léonore :
Beethoven, dans Fidelio, n'oublie ni Gluck, ni Mozart. Et
le concert se termina par les Préludes de Liszt que son
ami Wagner n'avait pas, non plus, oubliés. On sait qu'un
même thème principal, modifié par le rythme et la couleur
de l'instrumentation, y traduit les divers sentiments d'une
Méditation de Lamartine. Plutôt que l'éclat un peu vul-
gaire, à notre avis, de la fin, nous en aimons la noble
rêverie des premières pages et les tendres gaîtés pastorales.
Maurice Lena.
Concerts-Colonne
Samedi 2g janvier. — M. Gabriel Pierné avait intitulé
son concert « Les Descriptifs ». Au programme figuraient
notamment Messidor de M. Alfred Bruneau, la Symphonie
pastorale et le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune de
Debussy. Sauf la scène au bord du ruisseau et l'orage de la
Symphonie pastorale qui ont une volonté descriptive incon-
testable, on retrouve plutôt dans toutes les autres pièces
l'expression d'un sentiment intérieur qu'un tableau. Quelle
magnifique méditation que le prélude de Messidor où se
trouvent concentrés le calme du paysan, son âpreté au travail
pour vaincre la terre ingrate et sa joie sereine quand il voit
la moisson lever! Quel impressionnisme beaucoup plus
psychologique qu'extérieur émane du Prélude à l'Après-
Midi d'un Faune dont on perçoit le sourire à la fois iro-
nique, rêveur et sensuel! Intellectuels également le premier
et le dernier temps de la Pastorale où jaillit la joie fraîche
LE • MENESTREL
du poète par un matin tendre de printemps et l'hymne des
paysans au soleil qui surgit après l'orage. Il est à noter,
d'ailleurs, que dans sa Symphonie pastorale Beethoven n'a
vu de la campagne que le sourire : ses paysans ne sont
point des travailleurs courbés par le pénible travail de la
glèbe ; on les voit assez sous les habits que leur prêteraient
un Boucher ou un Watteau ; ils peuvent, amoureusement
enlacés, se murmurer leurs aveux, aucun loup méchant ne
viendra surprendre leurs troupeaux, et leurs tendres chu-
chotements n'auront comme accompagnement que le
murmure d'un ruisseau bien paisible et le gazouillis du
rossignol, l'orage lui-même ne fera pas gonfler le ruisseau,
aucune catastrophe n'est à redouter, la pluie aura seule-
ment fait reverdir les prairies ou légèrement fané les beaux
nœuds de soie et les bas blancs des danseuses. Génial
amusement conçu dans un des rares moments de répit que
la Vie consentit à Beethoven et qui annonce la Symphonie
en la.
Descriptives ou intellectuelles, ces œuvres diverses ont
été également bien interprétées, et chacune dans leur esprit,
par M. Gabriel Pierné : ampleur de Messidor, sourire et joie
de la Pastorale, trouble morbide du Faune.
M. Kœchlin, en orchestrant une admirable mélodie de
Castillon, la Mer, en a accru l'angoisse poignante. 'M. Kœch-
lin avait déjà orchestré deux mélodies de Castillon :
le Bûcher et le Semeur. Cette fois aussi il a pleinement
réussi, son accompagnement donne encore plus de vie,
plus de profondeur au contraste éternel de cette mer à la
fois sinistre et joyeuse pour laquelle on ne saurait éprou-
ver qu'un farouche amour.
M lle de Silvera chanta cette mélodie d'une belle voix
grave.
Le concert se terminait par deux fragments de Tableaux
flamands de M. Auguste Chapuis. Cette suite- est bien
écrite et vivante; on souhaiterait peut-être un peu plus de
folie dans la kermesse : ces danseurs sont trop sages; il est
vrai qu'ils sont du Nord.
Dimanche 3o janvier. — ■ Seconde et splendide exécution
de la Damnation de Faust. Le public manifesta sa gratitude
par de longs applaudissements, montrant ainsi qu'il appré-
ciait à sa juste valeur l'effort tenté et réussi par M. Gabriel
Pierné et ses artistes. Pierre de Lapommeraye.
Concerts - Lamo ureus
M. Chevillard a-t-il voulu démontrer le danger de céder
aux exigences d'amour-propre d'un temps et d'un pays? Il
semble que rien, mieux que ce concert consacré exclusive-
ment à la musique française et (sauf deux airs de Rameau)
moderne, ne pouvait faire sentir la nécessité de Beethoven,
Berlioz, Schumann et leurs égaux. Sans doute il y a dans
le prélude de Fervaal un charme qui reste jeune, dans la
Symphonie en si bémol majeur de Chausson de généreuses
effusions. Mais un auditeur qui n'eût pas regardé l'affiche
et n'eût pas connu d'avance ces' œuvres, non plus que le
Nocturne de Franck (où M. Panzéra fut longuement et
justement applaudi), la mièvre Petite Suite de Debussy et
Gwendoline (introduction du 2 e acte) de Chabrier, eût très
innocemment pu croire que c'étaient là jeux divers d'un
même musicien, fort bien doué, mais d'un tempérament
non très vigoureux. Il est juste d'ajouter à la vérité qu'au-
cun auteur n'était représenté par une de ses meilleures
œuvres.
Seul l'Apprenti sorcier de Dukas, parfaitement exécuté,
émergea nettement de cet ensemble languissant. L'Hymne
de la Délivrance (i ,e audition) de M. Balay se fitremarquer
d'une tout autre façon : on s'étonna d'entendre dans un
sanctuaire une musique foraine. Raymond Schwab.
Concerts-Pasdeîoap
Devant un auditoire clairsemé M. Rhené-Baton a, de nou-
veau, tenté de faire connaître deux œuvres nouvelles, dont
la valeur n'était cependant pas négligeable. Et c'est ici
qu'apparaît la conséquence fâcheuse du transfert des
Concerts-Pasdeloup à l'Opéra : Tant qu'ils se sont mainte-
nus au Cirque d'Hiver, un public assidu, éclairé, vibrant, a
suivi et encouragé leurs efforts hardis et leur a permis de
servir brillamment la cause de la Musique. Tout différent
est l'auditoire des séances qui ont maintenant lieu à l'Opéra.
En raison du changement de quartier, de l'élévation du prix
des places, du prestige officiel du monument Garnier, la
majorité des auditeurs est désormais formée de dilettantes
d'une éducation artistique moins complète, recherchant des
programmes de tout repos, formés seulement d'œuvres
consacrées que l'on peut admirer de confiance. De là le
succès persistant des Festivals Beethoven, Wagner, Berlioz
ou (à un moindre degré) Franck. De là aussi la faveur qui
s'attache aux virtuoses. Mais dès que le chef d'orchestre
croit pouvoir se hasarder à révéler des œuvres sympho-
niques d'auteurs moins illustres, le public se raréfie,
décourageant ainsi une tentative cependant méritoire.
Après avoir, à leur début, suscité tant d'espoirs et donné
de si belles promesses, les Concerts-Pasdeloup vont-ils
donc être condamnés, malgré eux, à ne plus être qu'une
très honorable entreprise de concerts?
Une des deux « premières auditions » du programme
était réservée à Versailles, l'exquise suite de quatre mélo-
dies de Georges Hue, que M" Madeleine Grey nous avait
révélées, l'an dernier, à l'une des séances de la Société
Nationale de Musique. Elles ont retrouvé , leur succès, sans
que d'ailleurs l'orchestre délicatement nuancé et exquise-
ment chatoyant dont l'auteur les a revêtues ait beaucoup
ajouté à leur saveur. M lle Grey en a, une fois encore,
exprimé le charme prenant, un peu mélancolique, symbo-
lisé dans l'ultime et pénétrant hommage à Vertumne, le
dieu qui personnifie l'année à son déclin.
L'autre nouveauté était représentée par Tristan dans la
forêt du Morois, poème symphonique de M. Paul Ladmi-
rault, où s'affirme en maints endroits la marque d'un
talent très solide et très sûr, mais qui a paru développé à
l'excès parce que le plan en reste incertain, que les idées
y manquent de relief et d'expression, enfin parce que le
double sentiment descriptif et dramatique qui, dans l'in-
tention de l'auteur, doit animer tout l'ouvrage, ne se
dégage que trop tard et trop timidement. Signalons pour-
tant quelques beaux effets sonores, les uns très personnels,
les autres un peu trop prévus.
Grand succès pour M me Wanda-Landowska dans le Con-
certo en ré mineur de Mozart, décidément très à la mode
cette année. M me Landowska en donna une interprétation
délicate, subtile, d'une grâce un peu menue, mais d'une
légèreté aérienne. Elle triompha ensuite dans une longue
et intéressante suite de pièces de clavecin, instrument
qu'elle manie en grande virtuose, mais qui semblerait
mieux à sa place dans l'intimité de la Salle Pleyel que
dans l'énorme vaisseau de l'Opéra et au milieu d'un grand
concert symphonique.
L'École française contemporaine était représentée par
trois œuvres dans l'interprétation desquelles M. Rhené-
Baton excelle : le Camp de Wallenstein, dont l'orchestre,
inspiré de celui de Wagner, peut sembler « moins empâté »
à un d'Indyste intégral... alors 'qu'il est surtout sensible-
ment moins riche; le superbe Prélude de Pénélope, qui
reste l'une des pages maîtresses de Fauré, et le Scherzo de
Lalo, étincelant de fougue, de légèreté et de grâce, et qui
termina le concert de la manière la plus brillante.
Paul Bertrand.
Dans sa deuxième conférence sur Massenet, M. Maurice
Lena nous a montré un autre aspect de l'homme charmant
qu'était ce grand musicien séducteur: sa bonté inépuisable
qui n'excluait pas une certaine ironie extrêmement voilée
de gentillesse. Puis il nous parla très justement des œuvres
dont on allait exécuter des fragments ce jour-là, de Wer-
ther surtout, si douloureusement passionné.
La partie concert fut très réussie également, grâce à
M. Rhené-Baton, à son orchestre et aux excellents chan-
4 5 -
LE* MENESTREL
teurs que sont MM. Rambaud, Carrère, Tessié, Combes,
M Ues Bardot, Mireille Berthon, Jeanne Boyer, et M me Si-
mon. Celle-ci, notamment, élève de M m<! Rose Caron, par
sa belle voix étendue et très homogène, fut une agréable
révélation. J.-H. Moreno.
CONCERTS DIVERS
Société Nationale. — Très belle soirée : peu de nou-
veautés mais des œuvres intéressantes : La Sonate pour
piano et violon (i rc audition) de M. Le Guillard est remar-
quablement composée en ses trois premières parties : très
franche d'allure dans le premier temps, variée avec de
jolies trouvailles harmoniques dans le second, très enlevée
dans le troisième, mais tout cela, bien que divers, très lié et
ne faisant pas disparate. J'ai moins aimé le quatrième temps
trop heurté et sans transition entre les passages de fougue
et de mélodie. C'est une œuvre sérieuse et qui mérite d'être
réentendue. Elle eut le bonheur d'être jouée par MM. Gaston
Poulet et Yves Nat, deux beaux artistes. M. Gaston Poulet
a une sonorité enveloppante, très soutenue, pleine et
caressante. M. Yves Nat tire du piano des effets surprenants.
S'élevant au-dessus de la technique qu'il possède complète,
il semble modeler son instrument et prolonger ses har-
monies; on peut dès maintenant le classer parmi les
meilleurs.
En première audition également deux Chansons du XVP
siècle de M. Georges Ritas, chantées a capella. La seconde,
d'une grâce toute féminine, fut joliment détaillée par
M mes Hardy-Verneuil, Lorée et Chadeigne. M. Perlemuter
se joua de toutes les difficultés des Variations sur un thème
de Rameau de Paul Dukas. 11 les interpréta avec toute la
sobriété voulue. M me Suzanne Englebert chanta un peu
sèchement le Cantique à l'Epouse de Chausson. Entraînée
par l'auteur qui l'accompagnait, elle montra plus de variété
dans les deux exquises mélodies d'Albert Roussel, le Jardin
mouillé et Ode à un Jeune Gentilhomme.
Le gros succès de la soirée alla au Quintette pour piano
et cordes de M. Gabriel Pierné. Quel calme apaisant,
quelle sénérité douce s'exhale, comme une fumée d'encens,
du premier temps! Effet obtenu par une grande simplicité
de ligne, aussi éloignée de l'impressionnisme recherché que
de la mélodie facile. Le second morceau, à cinq temps,
se plie au rythme très net, presque brisé, sous lequel court
un balancement sinueux comme un flot qui l'entoure de
grâce et de volupté. Le Finale, très solidement écrit, très
abondant, s'élève presque à la symphonie; il en prend
peut-être trop d'éclat.
M. Gabriel Pierné parut fort satisfait du quatuor à cordes
composé de MM. Carembat, Massis, P. Villain et Dussol;
le piano était tenu par M. Gabriel Pierné lui-même. Le
public unit les cinq exécutants et l'auteur dans ses applau-
dissements. P. de L.
L'Héroïque, chorale des Mutilés de la guerre (à laquelle
s'était jointe la Française, remarquable chorale féminine
du Salon des Musiciens français), a donné jeudi 27 janvier
sa iS e séance dans la Salle des concerts du Conservatoire
sous la présidence de Ms>' Herscher, archevêque de Lao-
dicée.
Grand succès pour le duo de Faust et Hélène, de la pauvre
Lili Boulanger. Interprétation de premier ordre, confiée à
M me Croiza et à M. Paulet, que soutenait, au piano, de tout
son talent et de toute sa foi, l'artiste incomparable qu'est
M nc Nadia Boulanger. Rarement un fragment de cantate de
Prix de Rome révéla une sensibilité si intense, si délicate,
une langue musicale si originale, si juste et si expressive.
Une Suite castillane, Castellanas, de M. Henri Collet, fut
interprétée avec une éclatante souplesse par MM. Joachim
Nin, Bilewski, Dernaz, Neuberth et Vaugeois. C'est une
œuvre d'un joli caractère, d'une écriture très personnelle
et d'un coloris savoureux.
Le numéro le plus important du programme consista en
l'audition d'Ulysse et les Sirènes, grande scène antique pour
soli et chœurs de Paul Puget, où brillèrent les très belles
voix de M. Paulet, de M mcs Lorée et Chadeigne. L'effet pro-
duit par cette œuvre fut considérable, et la vibrante phrase
d'Ulysse résistant au troublant appel des divinités perfides
fut bissée d'enthousiasme. M. Maxime Thomas mérite,
pour le talent et l'autorité avec lesquels il conduisit l'en-
semble, des compliments chaleureux, ainsi que M lle Thérèse
Durozier qui tint le piano d'accompagnement en musicienne
accomplie.
A signaler encore une fort jolie suite de Six Petites Valses
intimes pour piano, de Théodore Dubois, dont M n,e Chailley-
Richez mit en valeur le charme élégant et délicat; un très
noble et émouvant Miserere de Henri Rabaud, que M. Mar-
cel Dupré accompagna au grand-orgue, et un important
fragment de la Grande libératrice, de M. Chanoine-Davran-
ches. Soutenue par l'excellent ensemble choral et l'orgue,
Mme Mireille Berthon prêta à celte œuvre le concours de
sa voix splendide et de son imposante autorité. P. B.
Le Quatuor Poulet a, pour son dernier concert, donné,
vendredi dernier, à la salle des Agriculteurs, un très beau
Festival César Franck. Après le Quatuor à cordes, d'une
belle tenue, mais un peu longuet, nous pûmes applaudir
deux des grands chefs-d'œuvre de la musique de chambre :
la Sonate pour violon et piano, dont MM. Gaston Poulet et
Yves Nat donnèrent une exécution émouvante, remarqua-
blement nuancée et homogène, et le Quintette. Au quatuor si
parfait, composé de MM. Gaston Poulet, Henri Giraud,
Emile Maçon et Louis Ruyssen, M. Yves Nat, qui est vrai-
ment un de nos meilleurs pianistes, donna habilement la
réplique. Et ce fut un enchantement : impossible d'imagi-
ner interprétation plus expressive et plus fidèle, après
laquelle un public nombreux et recueilli manifesta son
légitime enthousiasme par des applaudissements prolongés
et chaleureux. P. B.
Al" e Leone Jankowsky, lauréate, pour le piano, du der-
nier grand concours « Musica », a donné, le 25 janvier, un
très intéressant concert à la salle Érard, avec le concours
de M. André Lévy, réputé violoncelliste. M lle Jankowsky
s'affirme de plus en plus virtuose de grand avenir par la
valeur de ses qualités techniques et l'exceptionnelle aisance
de son jeu. Dans les Études symphoniques de Schumann,
le Thème et Variations de Fauré, Veneçia et Napoli de
Liszt, elle a fait preuve d'une agilité, d'une égalité remar-
quables et surtout d'une sonorité ample, souple, nuancée,
qui lui ont valu de longues acclamations. Nous suivrons
cette charmante artiste dans les différents concerts où sa
récente et brillante récompense lui vaudra de se faire
applaudir. M. André Lévy, au talent vibrant et sûr, a par-
tagé son succès dans les Sonates d'Haendel et de Guy
Ropartz, ainsi que dans Sept Pièces brèves qu'il a tirées de
« l'Organiste » de César Franck et dans une charmante
Suite ancienne de Gaillard-Salmon. P. B.
S. M. I. — Le 24 janvier la S. M. I. consacra un concert
hors série à la mémoire de Claude Debussy. Séance carac-
téristique du déclin où est tombée la formule debussyste.
Mieux que jamais on saisit combien Debussy avait épuisé
toutes les possibilités de l'art qu'il créa. II semble bien que
désormais tout compositeur qui emprunterait ses moyens
au debussysme réduirait presque totalement ses chances de
victoire. Ainsi en advint-il de M. Ch. Kœchlin, faisant [un
brusque retour avec la Paix du Soir au Cimetière à une
formule qu'il semblait avoir bien abandonnée : des sonori-
tés raffinées y glissent légères, à peine distinctes, à travers
un voile de parfums orientaux.
Ainsi en advint-il de la plupart des musiciens qui com-
posèrent le Tombeau de Debussy, petit recueil de pièces,
certes non négligeables, mais souffrant un peu du fait
d'avoir été commandées par des circonstances quasi offi-
cielles. La plupart de ces pièces furent interprétées avec
talent par M. Ernest Lévy. (A titre de curiosité notons qu'à
cette pieuse manifestation participèrent cinq Français :
MM. Paul Dukas, Maurice Ravel, Albert Roussel, Érick
46-
LE • MENESTREL
Satie, Florent Schmht ; un Anglais, M. Goossens; un
Espagnol, M. Manuel de Falla; un Italien, M. Malipiero;
un Hongrois, M. Bêla Bartock; et un Russe, M. Stravinski.)
Le Quatuor de Debussy fut exécuté par le quatuor Pas-
cal : l'andante parut un dialogue dans une brume crépus-
laire. M me Greslé et M. Grovlez firent valoir l'exquise insta-
bilité du Promenoir des Deux Amants. Peut-être M me Greslé
eut-elle le tort de dire plutôt que de chanter? A. S.
Œuvres de Sylvio Lazzari. — On a donné lundi dernier
chez M lle Berlyn une heure de musique entièrement consa-
crée aux œuvres de Sylvio Lazzari. Le programme était
composé d'un Quatuor déjà ancien conçu dans la forme
cyclique où se révèlent déjà l'art de composition, la science
du développement et la flamme qui se retrouvent dans les
œuvres dramatiques de M. Lazzari, d'une Sonate pour
piano et violon plus récente, écrite dans une tout autre
forme, mais avec les mêmes qualités. Cette Sonate est
connue d'ailleurs et se joue fréquemment. Enfin, des mélo-
dies de caractère très divers, parmi lesquelles il faut citer
hors de pair le Passé, la Fontaine de pitié et la Chanson des
Beaux Amants. Très bien traitées pour la voix, d'un accom-
pagnement original, ces trois pièces sont d'une belle envolée
lyrique. Elles sont dignes de l'auteur de la Lépreuse et du
Sauteriot, c'est tout dire.
Ces divers morceaux furent fort bien interprétés par
M mes Ancel-Guyonnet, Berthe Berlyn, Mary Mayrand,
Thérèse Jeanès, Marbaum et par MM. Manissieux et
Raux-Deledicque.
Concert de M me Marguerite Herleroy (mercredi 26 jan-
vier). — M me Marguerite Herleroy, sœur par la prestance,
l'allure et la grâce hautaine, de M" e Cécile Sorel, possède
une voix sympathique et chaleureuse dont elle se sert avec
beaucoup d'intelligence et de savoir-faire. Dans de char-
mantes et originales mélodies de Ch.-M. Widor — accompa-
gnés par le maître en personne — elle put donner la
mesure de son talent. Forcé de renoncer à la seconde
partie d'un concert commencé avec un retard un peu
exagéré, je ne pus avoir le plaisir d'entendre la cantatrice
dans les fragments d'ceuvres classiques figurant au pro-
gramme, mais je suis assuré que Bach, ni Mozart, ni
Schumann n'eurent lieu de se plaindre.
M. Braïlowsky prêtait à cette intéressante séance le
concours de son jeu nerveux et fin : Chopin, Fauré, Widor
résonnèrent sous ses doigts magiques avec la fougue, la
grâce et la mélancolie requises tour à tour. R. B.
Gala Franco-Argentin. — Le 27 janvier eut lieu à l'Opéra
un concert organisé au profit de l'Union syndicale des
Compositeurs de musique. Sous la direction de MM. Francis
Casadesus et Gabriel Grovlez, l'orchestre de l'Opéra exécuta
le prélude de Fervaal, le Reposoir des Amants de M. Grov-
lez, trois préludes de Cachaprès de M. Casadesus, la Fan-
taisie de M. Fauré, dont M. Casadesus tint brillamment la
partie du piano, et, en première audition, Dryades et Cen-
taures de M. Roger Pénau, d'une orchestration habile,
mais d'un sens mythologique un peu superficiel.
Le morceau résistant de ce gala consistait en l'audition
de fragments tirés d'un opéra, Néron, composé par un
Argentin, M. Humberlo Lami. De ce superbe sujet de
l'Antéchrist, l'auteur ne semble avoir tiré qu'une transcrip-
tion pâle et languissante. L'orchestration en est assez con-
ventionnelle. Retenons d'ailleurs la prédilection de M. Lami
pour les trilles, pour les trémolos et pour nos marches
militaires. ^. S.
Concerts Olénine d'Alheim (26 janvier).— A chaque fois
c'est une autre magie et la même surprise. M lle Dorothy
Swainson touche le clavier : quelques notes, déjà tout le
sens, tout le décor d'un grand drame imminent; une patrie
spirituelle émerge de l'inconnu, un nouveau monde entier
à la voix de M™ Olénine d'Alheim. Cette puissance évoca-
trice semble, d'un chant à l'autre, reculer ses propres
limites. Comment dire à qui ne l'a pas entendu quelle
montée d'espoir surhumain fut dans le Pourquoi t'attristes-
tu ? de Bach, quelle lamentation sans cesse renouvelée et
torturante dans le Lamenta Lesci liscie... de Chopin ?
De Bach, Chopin et Liszt des œuvres pour piano enca-
draient savamment les œuvres vocales : le talent de M. Ernst
Lévy n'y parut pas préservé de l'arbitraire. R. S.
Concerts Léon Kartun (18 et 25 janvier). — Dans les
Sonatines de Scarlatti, de la verve, de l'humour; dans les
Variations de Brahms sur un thème de Hrcndel, de la fou-
gue et du lyrisme. M. Kartun galvanisa même une Fugue
en mi mineur de Mendelssohn. La Sonate en sol mineur de
Schumann manqua de vie intérieure. Le danger qui menace
un pianiste si bien doué est parfois dans sa virtuosité
même. R, s.
Concerts de Lausnay (mercredi 26 janvier). — Gloire à
Schumann ! Cependant, après l'avoir admiré dans des pièces
pour violoncelle et piano, dans une mélodie, et enfin dans
ces merveilleuses Variations pour deux pianos qui peuvent
être comptées au nombre de ses plus géniales inspirations;
après avoir chaleureusement applaudi les dignes interprètes
que furent M me et M. de Lausnay, M me Dolorès de Silvera,
à la voix si chaudement expressive, et M. André Lévy, je
ne pus m'empêcher de constater, non sans tristesse, com-
bien Schumann se montrait inférieur à lui-même, et indigne
de sa célébrité, dans les insignifiantes romances et la pâle
Sonate pour violoncelle et piano, qui vinrent à la suite des
œuvres précitées. « Quoi ! me disais-je, est-il possible que
ce génie ait pu écrire les choses inutiles que nous essayons
d'écouter? Et en ce cas, pourquoi les exhumer et causer
ainsi le plus grand tort à sa gloire ? » Tout en faisant ces
réflexions mélancoliques, je jetai les yeux sur mon pro-
gramme et l'obscurité soudainement s'éclaira : la seconde
partie du concert était consacrée aux productions de M. Léo
Sachs !... R g.
Soirée Isadora Duncan. — Quels que soient les efforts de
M me Isadora Duncan pour exprimer par les gestes le drame
de la mort d'Yseult, le souvenir du chant si mystique de
Wagner nous reste dans les oreilles; les appels d'Yseult à
l'infini, l'enthousiasme de son renoncement à la vie pour
parvenir à l'absolu de l'amour sont plus émouvants traduits
parla voix humaine que par des gestes, des attitudes ou la
mobilité silencieuse du masque. Wagner a dit tout ce qu'il
voulait et comme il le voulait dans le troisième acte de Tris-
tan, l'impression d'art est complète, on y sent passer le fris-
son de l'au-delà : la pantomime de M me lsodora Duncan
nous ramène sur la terre. C'est un effort au moins inutile...
Cette erreur de conception faillit être fâcheuse pour
M me Isadora Duncan. Ayant traduit Wagner à sa manière,
par sympathie pour notre pays elle voulut s'appliquer à
nous évoquer aussi la Marseillaise. Mais une partie du
public, qui avait souffert que M me Isadora Duncan abîmât
Wagner, n'admit point qu'on touchât ainsi indiscrètement
à notre chant national et le lui fit sentir un peu rudement
sans tenir compte de sa bonne intention.
Le seul et vrai succès de la soirée fut pour les quatre
élèves de M me Isadora Duncan qui dansèrent avec de jolis
effets de ligne des valses de Schubert que M. Walter Rum-
mel dirigea avec sobriété et précision.
Ne parlons pas du chef d'orchestre hollandais qui con-
duisit la partie Wagner du programme.
M m0 Isadora Duncan reste un excellent professeur.
| M| P. de L.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
Voici un supplément pour les jeunes gens et les jeunes filles,
peut-être bien aussi pour les grandes personnes. Vous chantiez
hier, eh bien ! dansez maintenant.
LE • MENESTREL
L'Enseignement Obligatoire de la Musique
M. Léon Bérard vient d'être appelé à diriger l'Instruction
publique et les Beaux-Arts. Le jour même de son installa-
tion il eut à présider le Conseil supérieur de l'Instruction
publique, et le discours qu'il prononça montre tout de
suite que nous avons rue de Grenelle un ami des lettres et
des arts.
Depuis, les journaux ont annoncé que M. Léon Bérard
méditait une réorganisation de l'enseignement secondaire,
réorganisation réclamée par tous ceux qui, regardant plus
loin que le lendemain, pensent que toute carrière, fût-elle
commerciale ou industrielle, demande une solide instruc-
tion générale. Nombre d'industriels reconnaissent mainte-
nant qu'une spécialisation trop hâtive n'a que des inconvé-
nients et ne fait qu'aggraver aujourd'hui par ses effets les
terribles conséquences de la guerre.
L'enseignement de la musique pourra trouver sa place
dans la réforme méditée par M. Bérard ; il n'y a qu'à le
développer dans l'enseignement primaire et à le rendre
obligatoire dans l'enseignement secondaire. Il est àsouhai-
ter que la commission présidée par M. Gabriel Pierné et
dont nous avons, d'après son éminent président, exposé ici
même les travaux, dépose prochainement son rapport géné-
ral au Conseil supérieur. Des renseignements que nous
avons pu recueillir, il résulte d'ailleurs que ce moment est
proche. On n'attendrait plus que l'impression des pro-
grammes pour les faire adopter définitivement par la
commission. Le Conseil supérieur n'aurait plus ensuite
qu'à statuer.
Que seront ces programmes? La primeur en est tout
naturellement réservée aux membres de la Commission,
mais nous sommes allés demander à M. André Gédalge s'il
pouvait nous dire au moins dans quel esprit ils étaient
conçus. On sait, en effet (M. Gabriel Pierné nous l'avait
indiqué), la part prépondérante prise par M. André Gédalge
à l'élaboration de ces programmes.
M. André Gédalge a bien voulu nous accueillir avec une
extrême bienveillance, et voici, rapporté aussi fidèlement
que possible, l'entretien que nous eûmes avec lui.
« Je ne crois pas, nous dit le maître, avoir le droit de
divulguer à l'heure actuelle les programmes que j'ai soumis
à la Commission, programmes destinés aux écoles primaires,
aux écoles normales d'instituteurs et aux classes élémen-
taires des lycées et collèges. Mais je puis vous dire que
leur rédaction a été conditionnée par une série d'expé-
riences que, d'accord avec la commission, j'ai instituées
pour démontrer le bien-fondé des principes que j'ai préco-
nisés depuis longtemps déjà.
» Ces expériences, je crois, ont donné des résultats suffi-
samment concluants pour qu'il soit d'ores et déjà possible
d'affirmer que les enfants des écoles primaires et des lycées
sont capables de recevoir une éducation musicale pratique
et assez complète, en ce sens qu'elle les mettra en état de
lire à première vue une leçon musicale de moyenne force
et, ce qui est le but poursuivi, de chanter correctement et
musicalement une partie dans un ensemble choral sans être
obligés d'y employer un temps considérable, comme cela
se pratique habituellement, sans, si j'ose m'exprimer ainsi,
o faire œuvre de perroquets ».
» Vous me demandez maintenant mes idées personnelles
sur la question : je puis vous les exposer en peu de mots
et, aussi bien, elles vous renseigneront sur la substance
même du programme soumis à la Commission.
» L'enseignement de la musique a toujours échoué jus-
qu'ici par suite de l'erreur fondamentale qui est à la base
de toutes les méthodes employées. Il semble, en effet, que
le point important ait toujours été, pour ceux qui s'en sont
occupés, la lecture des signes musicaux. La vérité est que
cette lecture est comme secondaire et que la base de l'en-
seignement musical est, non la lecture, mais l'audition, l'édu-
cation de l'oreille, c'est-à-dire l'enregistrement des rapports
d'intervalles existant entre les sons successiis ou simultanés,
enregistrement sans lequel la lecture des signes devient
un véritable casse-tête. La formation musicale de l'oreille
demande un temps très court, si elle est faite logiquement
et avec des procédés analogues à ceux qui servent à
apprendre à parler, puis à lire et à écrire. La lecture des
notes s'apprend avec une extrême rapidité, dès que l'enfant
sait exactement à quels objets réels répondent les signes
musicaux.
» C'est en partant de ces principes d'une logique élémen-
taire que j'ai institué à Saint-Étienne, au Conservatoire,
puis dans une école primaire, une expérience que, parallè-
lement, j'ai poursuivie à Chessy, petit village que j'habite
dans le département de Seine-et-Marne. Aussi bien à Saint-
Étienne qu'à Chessy les résultats semblent concluants. Je
voudrais que vous pussiez entendre mes petits élèves,
petits paysans, de six à onze ans, qui, avec deux leçons
d'une demi-heure par semaine, sont arrivés en moins d'un
an à entendre parfaitement et à reconnaître tous les sons
que je leur joue au piano à trois ou quatre parties, lisant
couramment des leçons à changements de clefs, trans-
posant, enfin donnant toutes les preuves qu'ils comprennent
et entendent la musique.
» Ne croyez pas que j'exagère les choses : pas mal de
musiciens sont venus déjà les entendre et leur surprise a
été grande, surtout devant l'affirmation de mes petits
élèves : « Ce n'est pas difficile. »
» Notez que cet enseignement se fait avec les éléments
traditionnels; que ce n"est pas une méthode nouvelle; on
n'enseigne pas autre chose que ce qu'on trouve dans tous
les solfèges. Mais on suit une progression différente et, à
mon sens, plus logique. Cette progression, vous la trouverez
indiquée dans les programmes actuellement soumis à la
Commission, et chacun pourra l'appliquer.
» J'ai souvent répété que a la grande difficulté qu'on
» trouve dansla musique n'est pas celle qui y est réellement,
» c'est celle qu'on y met ». On veut faire de la musique un
enseignement visuel, alors que c'est un enseignement audi-
tif; l'éducation de l'oreille doit être à sa base, elle constitue
son point de départ comme son but, son point d'arrivée.
C'est cette grave erreur qui a entraîné tant de chercheurs à
imaginer des systèmes de notation plus ou moins simpli-
fiés en apparence, mais dont aucun ne remplacera jamais
notre admirable graphisme musical sur la portée, que
l'enfant comprend et retient si rapidement lorsqu'il entend
réellement ce qu'il représente.
» Si, comme je l'espère, on veut bien généraliser ces
idées si simples, la création de sociétés chorales deviendra
chose facile et le culte de la musique se généralisera rapi-
dement. Chacun peut faire ce que j'ai fait à Chessy, ce
qu'ont fait M. Maurat, directeur du Conservatoire de Saint-
Etienne, M Ue Frachon, professeur à la même école, et
M lle Paray, directrice d'une école primaire à Saint-Étienne,
en suivant les directions que je leur ai données.
» Je ne crois pas commettre d'indiscrétion en citant ici
une lettre que m'écrivit M. Albert Cahen, inspecteur géné-
ral des lycées, après avoir visité l'école primaire de
M" e Paray à Saint-Étienne, au mois de juin 1919 :
« Les résultats obtenus sont sans comparaison possible
» avec ce qu'on peut attendre de l'éducation musicale tra-
» ditionnelle dans nos classes d'enfants. »
» M Ue Paray, de son côté, m'écrivait dès le mois de mars
tqio qu' « il était à souhaiter que toutes les matières de nos
» programmes exercent même attrait et conduisent, aussi
» vite, aux mêmes résultats ».
» Je le souhaite également en ma qualité de musicien; et
j'espère que le Conseil supérieur nous donnera la possibi-
lité de réaliser ce souhait, en inscrivant l'enseignement de
la musique comme matière obligatoire dans les pro-
grammes.
» Pour terminer je vous livre cette constatation que j'ai pu
faire sur mes petits élèves : c'est qu'il serait préférable de
donner chaque jour une courte leçon d'un quart d'heure
LE« MENESTREL
que deux leçons d'une demi-heure ou une leçon d'une
heure par semaine ; l'attention des jeunes enfants se lasse vite
et de courtes leçons, assez rapprochées, donnent de meil-
leurs résultats que des leçons trop longues et espacées.
» D'après ce que je vois, la leçon de musique, donnée
comme je l'entends, est, malgré l'effort d'attention consi-
dérable qu'elle exige, une véritable récréation pour l'enfant;
il me semble donc que rien ne s'opposerait à ce qu'on
commençât la classe du matin — ou celle de l'après-midi
— par un quart d'heure d'enseignement musical réel (et
non de chant appris par cœur, ce qui n'est pas la même
chose!). »
Mais, pour donner cet enseignement si admirablement
défini par M. André Gédalge, il faut des maîtres, et ici se
pose la grave question de la situation matérielle faite aux
professeurs de musique dans notre enseignement public.
Nous avons reçu à ce sujet des lettres extrêmement inté-
ressantes que nous examinerons dans un prochain article.
Il est indispensable que sur ce point aussi soit attirée
l'attention du ministre de l'Instruction publique. Il y a des
injustices à réparer et à préparer pour l'avenir le recrute-
ment des maîtres de l'enseignement musical.
Le Mouvement musical en Province
Aix-en-Provence. — Le n janvier dernier, une audition
d'œuvres de MM. Auric, Durey, Honegger, Milhaud, Pou-
lenc et de M lle Germaine Taillefer (les Six) a été donnée à
Aix avec le concours du quatuor Maurech,de M mes Marcelle
Vie, cantatrice, Jeanne Herscher-Clément et Ch. Michaud,
pianistes.
M. Médan, chargé de conférences à la Faculté des
Lettres, avait présenté les œuvres et les auteurs, en insis-
tant sur la légitimité et la nécessité d'un retour à la tradi-
tion du contrepoint français, après l'exotisme de Wagner
et des Slaves et l'impressionnisme de Debussy et de Ravel.
Le public admira la voix souple de M lle Marcelle Vie.
Bayonne. — La saison lyrique vient de se terminer,
mélange d'opéras et d'opérettes du répertoire. M" 1 Suzanne
Cesbron y brilla d'un éclat tout particulier et son beau
talent fut unanimement apprécié. Don Quichotte de Mas-
senet fut avec Madame Butterfly l'une des deux œuvres
données pour la première fois à Bayonne. Dans Don
Quichotte MM. Delpany et Dufour firent d'intéressantes
créations.
On ne peut que louer MM. Mauret-Lafage et Lescou-
zères de l'intelligence et du goût avec lesquels ils dirigent
le Théâtre Municipal.
Bordeaux. — Depuis que la Fille de Madame Angot a fait
une entrée fort réussie à la salle Favart, on lui a décerné le
titre d'opéra-comique. Ce grade supérieur ouvre à sa verve
familière les meilleures portes et les plateaux les plus fer-
més. Notre Grand-Théâtre vient de la recevoir à son tour
en lui offrant de somptueux décors et une interprétation
riche d'atours et de talent. M. Francell, M" René Camia,
M me Gabrielle Perron, MM. Raynal, Henrolte, Laroche,
M me Cazalis et leurs camarades méritent une citation à
l'ordre de la soirée, ainsi que l'orchesre conduit par
M. René Chauvet, pour avoir excellemment traduit l'allé-
gresse de la partition.
— Tandis que sur notre première scène défilent les
œuvres d'un répertoire enrichi par différents apports
attrayants à des titres divers et qu'on y met au point des
opéras nouveaux, dont la Ninon de Lenclos de M. Louis
Maingueneau, première à passer, nos Sociétés de Concerts
continuent leur labeur.
La Société de Sainte-Cécile et son chef, M. Crocé-
Spinelli, nous ont offert en première audition, à Bordeaux,
la Fantaisie pour piano et orchestre de Debussy. Cette
page de jeunesse, où s'affirme déjà la personnalité de l'au-
teur des Nocturnes, ne fut révélée au public qu'après la
mort du maître, celui-ci n'en ayant pas permis l'audition
de son vivant pour des raisons personnelles. M lle Margue-
rite Long, remarquable interprète, et les musiciens de
M. Crocé-Spinelli nous ont fait goûter tout le captivant
intérêt de cette œuvre. Entre temps, M" e Marguerite Long
et l'orchestre nous avaient fait entendre l'ouverture du
Freyschiltç, le Concerto en mi bémol de Beethoven, Phaé-
ton et la Bourrée fantasque.
— Les réunions mondaines organisées par le Cercle
philharmonique ne sont pas qu'un prétexte au rassemble-
ment dans la Salle Franklin d'une élite élégante. On y vient
aussi pour entendre de la musique et faire un succès aux
artistes engagés par des organisateurs fort compétents et
fort dévoués. Ceux-ci avaient fait appel pour leur concert
de cette année à l'exquise cantatrice Yvonne Brothier, au
ténor slave Koubitzki et au violoncelliste prodige Maurice
Hubert qui furent longuement applaudis, ainsi que l'or-
chestre dirigé par M. Razigade, par des mains distinguées
— mais justes.
— Dans une précédente correspondance nous avions
timidement exprimé le désir que M. Trespaillé-Barrau,
chef des concerts de l'Olympia, consacrât une nouvelle
séance à la musique française. Cet excellent kapellmeister
n'a pas cru devoir exaucer ce souhait puisqu'il a ainsi
composé le programme de sa septième matinée musicale :
ouverture d'Euryanthe (Weber), Larghetto (Mozart),
Sérénade pour flûte, violon et alto (Beethoven) et Sympho-
nie en ré mineur (Schumann).
Notons, sans insister davantage, que le clarinettiste Beau-
doin, le flûtiste Charles Feillou, le violoniste Charles
Arthur et l'altiste Eugène Feillou, ainsi d'ailleurs que leurs
camarades des autres pupitres, ont mérité les ovations dont
le public a justement récompensé leur solide talent.
Que nous réserve le huitième concert de l'Olympia?
Henri Boularé.
Saint-Étienne. — Le Théâtre-Massenet, sous la direction
de M. Saugey, vient de donner la première représentation
de Ninon de Lenclos, l'œuvre si émouvante de M. Louis
Maingueneau. On a applaudi plus particulièrement le
deuxième acte si vivant et le quatrième dont le duo pas-
sionné souleva le public.
Après Aix-les-Bains, après Rouen, cette nouvelle repré-
sentation confirme encore l'impression produite sur le
public par cette œuvre d'un jeune.
M. Castrex, M" Beaujon, M. Cochera ont donné une vie
intense aux personnages de Scarron, de Ninon et de Villiers.
L'orchestre fut parfaitement dirigé par M. AUo.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ALLEMAGNE
Un négociant de Hambourg, M. Heinrich Ohthaver, qui
jusqu'ici ne s'était pas spécialisé dans la lutherie, mais qui
pratique depuis trente ans l'occultisme, affirme avoir trouvé
le moyen de rendre les violons les plus ordinaires égaux et
même supérieurs aux meilleurs Stradivarius.
Des expériences concluantes en faveur de cette décou-
verte sensationnelle auraient eu lieu déjà dans quelques
cercles privés et devant certains artistes aussi qualifiés que
M. Arthur Nikisch. Elles se poursuivront devant un public
de spécialistes et de critiques e 7 février prochain, à la
salle Beethoven de Berlin.
M. Heinrich Ohlhaver tient à garder son secret, simple,
assurc-l-il, comme l'a ceul de Colomb », et qui lui aurait
été révélé par « l'esprit de Stradivarius ».
L'Opéra de Berlin vient de reprendre Guillaume Tell;
quelques critiques cherchent dans l'œuvre de Rossini des
allusions à l'état d'« esclavaga » où serait l'Allemagne
LE • MÉNESTREL
actuelle et d'où ses fils devraient la tirer. Certains passages
de la traduction ont même été adaptés aux circonstances ;
l'appel au combat : Zum Streite, est devenu un appel à la
liberté : 7.ur Freiheit.
— On annonce la mort du professeur Hugo Goldschmidt.
— Pour permettre aux femmes d'exercer la profession
d'organiste et de chef de chœur, l'Institut de Musique
d'église de Charlottenburg va les admettre dans ses classes.
— Le Festival des Musiciens allemands, pour 1021, aura
lieu à Nuremberg, du 6 au n juin prochain.
— Le théâtre de Nuremberg a donné avec succès la
première représentation d'un opéra-comique de M.'Walde-
mar Wendland : La Maligne Valise. Jean Chantavoine.
ANGLETERRE
Décentralisation :
Manchester va donner sous la forme d'une série orches-
trale la musique composée par Ildebrando Pizzetti pour le
drame scénique de d'Annunzio la Pisanella.
ALiverpool, la Philharmonie Society, sous la direction de
Henry Wood, doit également donner, pour la première fois
en Angleterre, les Cloches de Rachmaninoff, d'après le
poème d'Edgar Poë.
— Mort du chanteur anglais Gervase Elwes dont toute la
presse londonienne s'accorde à faire l'éloge. Il excellait
dans l'interprétation des œuvres classiques, notamment de
la Passion selon saint Mathieu.
II a prouvé par son exemple, disent les Musical News and
Herald, que la langue anglaise « se prête merveilleusement
à l'expression musicale ».
— Dans VAthenœum article développé sur la « démons-
tration » de sa méthode eurylhmique faite par Jaques-Dal-
croze, à Londres, au cours de trois séances.
— A la Music Society, exécution par André Mangeot,
avec l'auteur au piano, du Poème lyrique pour violon et
piano d'Eugène Goossens. Maurice Lena.
BELGIQUE
Bruxelles. — Les Parisiens n'ont certainement pas perdu
le souvenir d'un jeune compositeur qui, en 1910, se révéla
dans une séance de la Société Internationale de Musique
par des compositions d'une forme encore très fruste, mais
pleine de couleur, et d'une inspiration originale. Je veux
parler de "M. Paul Dupin. Il était alors simple employé au
Chemin de fer de l'Ouest. Né à Roubaix, il avait passé sa
première jeunesse en Belgique; obéissant à une vocation
musicale irrésistible, il composait pendant qu'il accom-
plissait ses plus durs travaux d'ouvrier d'abord, de contre-
maître ensuite; il s'était marié, et, malgré la gêne et les
privations, n'avait pas cessé de faire de la musique. Un
jour, on s'aperçut qu'il avait du talent; on l'arracha à son
métier, on lui donna les moyens d'étudier; puis il fil
entendre ses premières conceptions. On cria au génie...
Tout cela est connu.
Pendant la guerre, M. Dupin ne cessa pas de composer.
Au contraire : la guerre l'inspira. Il écrivit une œuvre con-
sidérable, une sorte d'oratorio populaire à la gloire de la
Belgique, qu'il intitula ironie des Alliés, et il résolut de le
faire entendre dans le pays même dont il exaltait l'héroïsme
et les souffrances. La Reine voulut bien aider à la réalisa-
tion de ce désir. Et voilà comment les Concerts populaires
nous ont offert dimanche dernier la primeur de VHymnc
des Alliés de M. Paul Dupin.
A vrai dire, ils ne nous en ont offert que des fragments,
équivalant à une bonne moitié de l'ouvrage entier. Celui-ci
demanderait au moins trois heures. M. Dupin l'a conçu
pour la scène, avec des mouvements de foule et des décors;
mais il a compris que celte réalisation serait difficile, et il
s'est contenté d'une exécution « à l'italienne », sur l'estrade,
avec soli, chœur et orchestre.
Cet hymne est qualifié par l'auteur de « Symphonie popu-
laire »; il se compose d'une suite d'épisodes, pittoresques
ou pathétiques, célébrant la Belgique où M. Dupin a vécu,
décrivant ses souffrances, rappelant ses mœurs populaires,
ses danses et ses chansons, si tragiquement interrompues
par l'invasion allemande. Et, chose curieuse, c'est moins
encore pour décrire les malheurs de la Belgique, que pour
réparer la méconnaissance de certains alliés envers elle,
que cet hymne, paraît-il, a été composé. M. Dupin déclare
avoir fait « œuvre d'historien ». C'est peut-être beaucoup
d'ambition ; il nous importait avant tout qu'il eût fait œuvre
de bon musicien.
A cet égard, les avis sont assez partagés. L'œuvre a le
grand défaut d'être extraordinairement touffue, sans unité
et, en dépit de la noble pensée qui l'anime, sans grande
émotion. Sur un texte d'une banalité déconcertante, où
l'auteur égrène les louanges au Roi, à la Reine, au peuple
belge, de la façon la moins littéraire du monde, interrom-
pues çà et là par des chants et des clameurs populaires d'un
intérêt contestable, se développe une musique qui, par bon
heur, vaut infiniment mieux, encore que fort inégale de
valeur et d'accent. Les chœurs de M. Dupin, traités en
grande partie a capella, sont très supérieurs à la partie
instrumentale, qui révèle encore plus d'ignorance que d'ori-
ginalité; ils ont de la couleur, de la sonorité, un caractère
de pittoresque tout ensemble religieux et populaire qui
n'est pas sans saveur. Mais l'ensemble de tout cela a paru
monotone; et malgré de trop nombreuses interventions de
la Brabançonne, qui constitue un peu naïvement le « leit-
motiv » de la partition, l'accueil du public a été assez
froid. On a été reconnaissant envers M. Dupin de l'hom-
mage flatteur qu'il a fait à la Belgique, en lui dédiant son
Hymne — dont il interdit l'exécution en A"e m agne et en
pays neutre, — mais on attend, pour mieux apprécier son
génie, une œuvre plus appropriée à ses moj'ens.
Lucien Solvay.
Anvers. — Thaïs vient d'obtenir un gros succès avec
M mc Kousnezoff. On va représenter très prochainement
Louise, Sapho et le Jongleur de Notre-Dame.
ESPAGNE
Madrid. — Au Théâtre Real le succès obtenu par le
groupe d'artistes français dans Carmen a fait que de nom-
breuses lettres de félicitations sont parvenues au directeur
artistique Luis Paris, le remerciant des belles impressions
ressenties.
— Au Cirque de Price, un poème : Sinfônico-Mimico, du
compositeur valencien Sr. Gêner et intitulé Drainas de la
Huerta, a eu sa première représentation. On fait l'éloge de
l'orchestration et de la façon dont l'œuvre fut dirigée par
le maestro Estela.
— Raquel Meller ne reviendra en Espagne que vers
mars ou avril. La célèbre chanteuse et danseuse de folk-
lore ne se remontrera dans la péninsule qu'après une série
de représentations à Montevideo, Mar de Plata et à l'Opéra
de Buenos-Ayres.
Séville. — Le Comité des fêtes de la semaine sainte et
des « ferias » de Séville se propose, aidé par une forte
subvention de V Ayuntamiento , de donner un relief spécial
aux réjouissances de cette année. On illuminera les calles »
de San Fernando, le Paseo de Santa, Catalina de la Ribera
et celui de la Enramadilla. Nos vœux de succès à la ville
danseuse et, plus que jamais, « Viva Sevilla! »
Raoul LArARKA.
Barcelone. — La première représentation de Louise, au
Liceo, a obtenu un succès considérable.
M 11 " Fanny Heldy s'est montrée une Louise incomparable,
jeune et poétique à souhait. Georges Ovido fut un Julien
ardent et M. Marcel Journet fit valoir une voix superbe
dans le rôle du frère.
Belle soirée pour la musique française.
HOLLANDE
M. le D r Cari Muck continue à assurer l'intérim de
M. Willem Mengelberg au pupitre du Concertgebouw. Le
concert du 20 janvier a été donné avec le concours du pia-
LE* MÉNESTREL
niste Frédéric Lamond, qui a joué le Concerto de Tschaï-
kowsky.
— L'Oratorio Vereeniging d'Amsterdam a donné, le
mercredi 26 janvier, le Te Deum de Berlioz.
— Le Théâtre Hollandais vient de donner un drame,
le juif errant, pour lequel M. H. Cuypers a écrit une par-
tition de musique de scène. Jean Chanta voine.
ITALIE
Pètrouchka vient d'être donné au « Costanzi » par la com-
pagnie des ballets russes de Diaghilew. La Sokolowa et
Massine s'y sont montrés d'admirables danseurs; et la
musique d'Igor Slravinsky — âgée de dix ans déjà — a
semblé aussi raisonnable que séduisante.
— Au même théâtre une représentation de Tristan a eu
lieu en l'honneur de Weingartner, son chef d'orchestre,
très aimé du public romain.
— A la « Filarmonica », le trio composé des professeurs
G. Cristiani, O. Zuccarini et T. Rosati a donné deux
séances, dont l'une entièrement consacrée à Beethoven,
l'autre à Beethoven, Strauss (Sonate en mi bémol) et Schu-
mann (Trio en ré mineur).
— Au dernier concert de l'« Augusteum », Ernesto Wen-
del a conduit avec des œuvres de Corelli, Beethoven et
Brahms une nouvelle composition de Franz Schreker :
Preludio ad un dramma. La critique se montre sévère pour
cette œuvre que d'aucuns qualifient de « monstre ».
G.-L. Garnier.
ÉTATS-UNIS
C'est avec la Norma que doit s'ouvrir la saison de la
Chicago Opéra Association à New-York. Ensuite, Monna
Vanna.
— L'article, traduit en anglais, le Triomphe de la Musique
française, de notre confrère Henry Collet, reçoit de la
presse américaine l'accueil le plus flatteur et le plus
mérité.
— Sous la direction de Pierre Monteux, le Boston Sym-
phony Orchestra s'est fait entendre au Carnegie Hall de
New- York.
Deux numéros français à son programme : La Queste de
Dieu, de d'Indy, tirée de sa Légende de Saint Christophe,
et, de Lalo, l'Ouverture du Roi d'Ys.
— Toute la presse américaine retentit des acclamations
« enthousiastes, délirantes » qui, l'autre soir, accueillirent
à l'Auditorium de Chicago la rentrée, après deux ans
d'absence, de notre admirable Muralore. Ce fut un accueil
« vraiment royal ». On donnait ce soir-là, dès longtemps
inscrite au répertoire, la triomphante Monna Vanna de
Février. Le rôle de Prinzivalle est l'un des rôles favoris de
Muratore. Dès qu'il parut, au second acte, « la salle entière,
3.ooo spectateurs, acclama, debout, son idole », et l'émo-
tion de l'artiste fut telle, dit le Musical Courier, qu'il eut
« grand'peine à retenir ses Larmes ».
Monna, c'était Mary Garden, « enchanteresse et déesse».
Aux côtés de ces deux grands interprètes, Baklanoff,
curieusement personnel dans le rôle de Guido, Edouard
Cotreuil, Paillard, Nicolay. Au pupitre, Henri Morin.
Même ovation à Muralore, quelques jours après, dans le
rôle de des Gricux. Yvonne Gall partagea son triomphe.
Maurice Lena.
— La prise de la direction de l'Opéra de Chicago par
M mo Mary Garden ne tarde pas à faire sentir ses heureux
effets. La troupe de l'Opéra de Chicago, ayant à donner des
représentations à Cincinnati, jouera des œuvres françaises,
notamment Thaïs, le Jongleur de Notre-Dame et Hamki.
De notre correspondant de New York :
M" e Madeleine Brard, de retour en Amérique, donna le
mois dernier un récital à lVËolian Hall. La jeune pianiste
possède toujours une technique irréprochable, une touche
fine, mais elle n'est pas encore arrivée à pénétrer complè-
tement la pensée des auteurs qu'elle interprète. Quand
elle aura une conception d'ensemble plus nette de la valeur
des œuvres, M u « Brard sera une très belle artiste. Parmi
les compositions qu'elle a jouées, relevons le ballet
à'Alceste de Gluck-Saint-Saëns, Jardins sous la pluie de
Debussy, et les Violons de M. Couty de Wormser, entendus
pour la première fois à New-York.
— Le deuxième récital donné par M. Schmitz eut lieu le
mois dernier également à l'/Eolian Hall. Il joua devant une
salle comble et son succès fut aussi considérable qu'au
premier concert. Au programme : la Fantaisie et Fugue de
Bach (version de Liszt), plusieurs morceaux de Scarlatti,
Couperin, Sonatine de Ravel, Jardins sous la pluie de
Debussy et Avril de Le Flem. Naturellement, M. Schmitz
dut, devant l'insistance du public, jouer des morceaux qui
ne figuraient pas au programme. Joseph de Valdor.
lia Ginq-Gentième de « Louise »
La cinq-centième de Louise fui une véritable solennité
artistique et les journaux, avec une unanimité rarement
obtenue, ont rendu hommage à Gustave Charpentier.
En tête, il faut placer l'éloge qu'un autre maître moderne
fait de Louise et de son auteur.
Dans le Matin, M. Alfred Bruneau s'exprime ainsi :
On n'admire pas seulement Gustave Charpentier, on l'aime et
l'on a bien raison de lui rendre ce qu'il nous donne à tous avec
une si vaste générosité de cœur. Son amour ardent, sa tendresse
passionnée, son affection fraternelle pour les Êtres de bonheur
ou de souffrance qui peuplent le monde remplissent, de la pre-
mière à la dernière page, le magnifique chef-d'œuvre dont on
vient de fêter, en un juste sentiment de fidèle reconnaissance, la
cinq-centième représentation émouvante et triomphale. Ne cher-
chons pas ailleurs que là les causes de l'universelle et légitime
victoire de Louise. L'expression purement réaliste de cet amour
n'aurait point suffi, j'en suis certain, à séduire, à attirer les
foules Une poésie captivante irrésistible s'y mêle constamment,
ajoutant, aux vérités joyeuses ou douloureuses de la vie, l'illusion
adorable du rêve. Tel est, ainsi révélé, le splendide secret de
l'art. Charpentier, qui le reçut comme un cadeau divin, lui doit
son génie et sa gloire.
Du Figaro :
Cette œuvre lyrique, qui est peut-être la plus représentative de
notre temps, a gardé toute sa forme pathétique, toute sa poésie
expressive et pittoresque, toute sa pénétrante humanité.
Du Journal, sous la signature de M. de Pawlowsky :
Louise, n'est-ce pas l'histoire symbolique de Gustave Charpen-
tier s'évadant des institutions et des formules académiques et
renonçant à des poncifs morts pour laisser éclater dans son cœur
l'humaine et divine chanson amoureuse des faubourgs de Paris?
C'est dans son cœur populaire et non point dans les livres que
l'auteur a puisé toute son inspiration; avec lui, les pires romances
se transforment en divins poèmes, avec lui nous remontons aux
sources mêmes du génie musical et l'on comprend le scandale de
ce retour passionnévcrsla nature, dans un milieu où la musique,
domestiquée, n'est bien souvent que la servante bourgeoise des
mathématiques.
Du Petit Parisien :
Louise est une œuvre bien française; vu le sujet, on pourrait
dire « parisienne » si le qualificatif n'était pas trop souvent
détourné de son sens véritable; c'est aussi une œuvre humaine;
aussi elle dure et durera.
Du Gaulois, sous la signature de M. Louis Schneider :
Une assistance enthousiaste a fait fête à cette musique qui
synthétise si bien l'atmosphère de Paris qui s'éveille, de Paris
qui fête le n Juillet, qui chante les bruits de la rue, le rire
gouailleur des gamins, 1 exaltation du cœur et des sens, l'ivresse
de la jeunesse déchaînée, tout le pittoresque de la vie populaire,
La partition est restée animée d'un puissant souffle dramatique
et réaliste.
De Comœdia, sous la signature de M. Raymond Char-
pentier :
La fête de Louise, n'est-ce pas la fêle de Paris tout entier, de ce
Paris dont Gustave Charpentier chanta l'immatérielle et fasci-
nante splendeur, la fête aussi de ce peuple qu'il aima de tout son
cœur épanoui d'artiste simple et tendre? L'âme innombrable des
masses, Gustave Charpentier sut l'atteindre et la pénétrer. Plutôt
n'en fut-il pas l'irradiant reflet?
Du Temps (M. Chantavoine) :
Dès 1890 — M. Gustave Charpentier avait 28 ans — les Impres-
sions cl Italie montraient une singulière faculté d'évocation. La
musique de Louise n'est pas moins frappante : tout y porte coup,
depuis cet arpège fameux du début, leitmotiv ou plutôt véritable
LE • MENESTREL
devise de la partition, cet arpège qui se lance pour atteindre
l'amour, le génie de la destinée comme deux bras tendus, tendus
dans le vide.
Presque tous les thèmes, assez peu nombreux, de l'ouvrage ont
une môme vertu représentative ou expressive, que ce soit le
thème du a droit à l'amour », que ce soient les humbles canii-
lènes presque rampantes où chante la tendresse du père, que ce
soit enlin cet ample motif de Fldéal, si mélancolique et si ardent
à la t'ois, dont l'ascension rappelle un peu YAmen de Dresde
repris par Wagner dans Parsifal. Tous ces thèmes joignentàleur
force de suggestion une action sur la mémoire qui n'est pas
moindre. On ne les oublie pas quand on les a entendus : mérite
peu commun et sans prix au théâtre où l'attention du public doit
s'attacher à une matière aussi fuyante que la musique.
Dans Eve, de M. Paul Abram :
Dès son apparition Louise fut célèbre. Non pas seulement à
cause de sa facture musicale, mais bien aussi à cause de son
inspiration. Jusqu'alors les musiciens avaient reculé à dépeindre
de la vie si banale en opéra-comique. Seules Sapho et la Vie de
Bohème exceptent cette règle. Louise, avec sa petite jupe de cou-
sette parisienne grisée par la foire de Montmartre, conquit immé-
diatement tous les cœurs.
Dans l'Événement, de M. Marlial-Perrier :
Quel meilleur exemple pouvait nous être offert que celui de
cette pièce si parisienne par l'esprit comme par le cœur, étince-
lante de verve et de mélancolie montmartroises, et dans laquelle
s'expriment en qualités essentielles tout ceque ? dans notre cher
Paris, la classe obscure du peuple dégage de poésie et d'amour :.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra : On donnera prochainement le Falstaff de
Verdi, mais en unique représentation, au bénéfice des
orphelins de guerre belges.
Les répétitions d'Antar sont très avancées, on espère
passer prochainement.
— La taxe sur les pianos : les protestations de toute la
presse musicale, les efforts d'hommes comme MM. Rabaud,
Roussel, Boschot n'auront pas été vains.
Il semble que le Conseil Municipal va tout au moins
modifier l'assiette de la taxe sur les pianos. M. Lalou
voudrait en exonérer les professionnels. M. Deville vou-
drait la supprimer complètement. C'est ce dernier qui est
dans le vrai. Le piano est la plus saine et la plus morale
des récréations. On a bien exonéré de la taxe sur les
spectacles les réunions sportives données sans intention
de lucre; pourquoi frapper maintenant ce plaisir familial
et modeste qu'est le piano et pour quel profit?
Allons, Messieurs les Conseillers municipaux, mal ren-
seignés, vous avez fait une bêtise (que ceux qui n'en ont
jamais commis vous jettent la première pierre). Il n'est
rien de plus galant que de reconnaître ses erreurs, de les
avouer loyalement et de les réparer complètement et rapi-
dement.
La représentation de Paris est trop spirituelle pour ne
pas le comprendre.
— Le Trianon-Lyrique, un de nos théâtres les plus
actifs, vient de remettre à la scène la Dot de Brigitte,
l'œuvre charmante de Victor Roger et Serpette. Le livret
en est amusant et la musique alerte et gaie, avec une pointe
de sentiment, ainsi qu'il le faut en toute bonne opérette.
M" cs Maryse Reybel et Alice Perroni, MM. Cadet-Grégoire
et Darac entraînent dans le mouvement toute la troupe, et
jamais ce mot ne fut mieux placé, car il s'agit ici d'une
pièce à demi militaire.
— Un procès qui intéresse tous les critiques se déroule
en ce moment devant le tribunal de la Seine. M. Doumic
ayant critiqué, courtoisement mais sévèrement, les Perses de
M. Silvain, celui-ci prétend obliger la Revue des Deux-
Mondes à insérer une longue réponse où il défend son
œuvre. M. Doumic s'y étant refusé, M. Silvain a saisi le
tribunal de l'affaire.
Et c'est ainsi que vont se discuter une fois de plus les
droits de la critique dramatique, musicale, littéraire et
artistique.
— A l'Olympia : le spectacle se renouvelle toujours,
danseuses, equilibristes, cyclistes; au point de vue musical,
retenons le chanteur Gino Franzi qui a une fort jolie voix
et dit fort bien et puis... pour ceux qui aiment la musique
de M. Darius Milhaud, il y a le phoque qui s'exhibe dans
un véritable rôle de Protée.
— On annonce le mariage de M. Marcel Simond, le très
aimable secrétaire général de l'Olympia, avec M lle Alice
Granville, la charmante artiste du Théâtre-Michel.
Programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Concerts du Conservatoire. — Pas de concert.
Concerts-Colonne (samedi 5 février, à 4 h. 3/4, au Châtelet,
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Weber : Ouverture
du Frcyschùt^. — Emmanuel : Symphonie en la (i re audition). —
Mozart : Concerto en In majeur pour piano (M m0 Fourgeaud-
Grovlez). — Glazounow : Ouverture sur Trois Thèmes grecs;
Chansons populaires grecques (M. Speranza Calo). — Bourgault-
Ducoudray : Carnaval d'Athènes.
Dimanche 6 février, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Berlioz : Le Carnaval romain
(Ouverture). — Beethoven : Symphonie pastorale. — Ed. Lalo :
Symphonie espagnole (M. Cantrelle). — Ed. Flament : Entr'acte
srmphonique (i re audition). — P. Langlois : Les Moulins de Don
Quichotte.
Concerts-Lamoureux (dimanche 6 février, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray). — Liszt : Les Pré-
ludes. — André Wormser : Amour; Quatre Poèmes (M. Ch. Friant).
— Weber : Euryanihc (Ouverture). — Debussy : Nocturnes. —
Mozart : larghetto pour clarinette et instruments à cordes
(M. Vernay). — Beethoven : Symphonie en la majeur.
Concerts-Pasdeloup (samedi 5 et dimanche 6 février, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baton). —
Beethoven : Ouverture de Lconorc, n° 3 ; Concerto pour piano,
violon, violoncelle et orchestre (MM. Willem-Ambrissen, Sam
Swaap, Ch. Van Istardael). — Darius Milhaud : Suite sympho-
nique. — Maurice Ravel : Le Tombeau de Coupcrin. — Chabrier :
Espaha.
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 5 FÉVRIER :
Concert Emile Frey (à 9 heures, salle Erard). — Récital de
piano. Œuvres de Beethoven, Schumann, Chopin, Rachmaninoff,
Scriabine.
Concert Fernand Pollain (à 9 heures, salle Gaveau). —
Récital de violoncelle. Œuvres anciennes et modernes.
Concert de M»« Croiza {à 3 heures et demie). — Récital de
chant avec le concours de MM. Pierre de Bréville et André Caplet.
Concert Maurice Amour, Gabriel Bouillon, Robert
Livon (à 9 heures, salle des Agriculteurs). — Festival Schumann :
Trio n° 1 en ré mineur; les Amours du Poète (M m *Montjovet); Trio
n" 3 en sol mineur.
Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau, salle des Quatuors).
— Beethoven : Quatuor. — Rabaud: Quatuor. — Philippe Gaubert :
Sonate pour piano et violon. — Edouard Flament : Le Batelier
dans la Nuit ; Harem ; îsis (M no M. Cerati).
Concert de Musique moderne (à 9 heures, salle des
Annales). — Conférence de M. Funck-Brentano. — César Franck :
Quintette en fa mineur ; Mélodies. — Lekeu : Sonate en sol.
Schola Cantorum (à 4 heures). — Œuvres de Bach et Schu-
mann (M'" Blanche Selva).
LUNDI 7 FÉVRIER :
Quatuor Carembat et M. André Salomon (à 4 heures,
salle Gaveau, salle des Quatuors). — Debussy: Quatuor à cordes ;
Sonate pour piano et violon. — C. Franck : Quintette.
Concert Sainbris (à 9 heures, salle Erard).
Concert Marya Freund (à 9 heures, salle Gaveau).
MARDI 8 FÉVRIER :
Concert Emile Frey-Hortense de Sampigny (à 9 heures,
salle Erard). — Ch.-M. Widor : Sonate en re mineur. — Emile
Frey : Sonate pour piano et violon; Poème pour violon et piano.
— Beethoven : Sonate à Kreutzer.
Quatuor Bastide (à 4 heures, à la Chaumière, 3(5, boulevard
de Clichy).
MERCREDI 9 FÉVRIER :
Quatuor Capet (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
Concert Georges de Lausnay (à 4 h. 1/2, salle Gaveau).
JEUDI 10 FÉVRIER :
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert his-
torique. Georges Bizet.
Concert Emile Frey (à 9 heures, salle Erard). — Récital de
piano. Œuvres de Beethoven, Widor, Emile Frey, Chopin et
Liszt.
Concert Hélène Arnitz-Marcelle Heuclin (à 4 heures et
demie, salle Gaveau, salle des Quatuors).
Concert Madeleine Fourgeaud-Grovlez (à 9 heures, salle
de l'ancien Conservatoire).
Concert Risler (à 9 heures, salle des Agriculteurs). Œuvres
de Chopin.
Quatuor Andolfi (à 4 heures, au Parthénon).
Tous les Arts (à 3 heures, Galerie La Boêtie). — Jeanne Mont-
jovet et Fernand Pollain.
VENDREDI II FÉVRIER :
Concert J. Sopena, Louis Wins, G. Dandelot (à 9 heures,
salle Gaveau).
Concert Stefanesco (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert André Hekking, Molk Froudière, Maurice
Amour (à 9 heures, salle Gaveau).
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Vendredi II Février 1921.
FONDE -EN- 1833
LE"MENESTREL
MUSIQUE • ET- THEATRES
DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTI
DE-1833À
J.LHEU/G1
DIRECTEUR,
DEI883À1914-
HENRIHEÙGEL
Massenet (Fin) MAURICE LENA
La Semaine dramatique :
Théâtre des Champs-Elysées :
Les Porte-Qlaives
Comédie-Montaigne :
La Mégère apprivoisée . . .
Théâtre-Michel :
Une Femme de Luxe ....
LÉON MORRIS
PIERRE D'OUVRAV
Les Grands Concerts
Concerts-Lamoureux RENÉ BRANOOUR
Concerts-Pasdeloup G.-L, GARNIER
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Étranger :
Angleterre MAURICE LENA
Belgique LUCIEN SOLVAY
Espagne .' RAOUL LAPARRA
Hollande J, CHANTAVOINE
Italie e-L. GARNIER
Pays Rhénans C. SCHULLER j
Roumanie A. ALESSANDRESCO
Suisse. . x„,
États-Unis MAURICE LENA
Échos et Nouvelles.
♦ ♦
SUPPLEMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnis à la musique)
MUSIQUE DE CflHflT
Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro :
LES FEUILLES TOMBENT, C'EST L'AUTOMNE, de Louis Maingueneau,
Extrait de Ninon de Lenclos, drame lyrique en quatre actes, dont un prologue,
paroles de Louis Blanpain de Saint-Mars et Henri Aucher.
Suivra immédiatement : O Nuit, pareille à moi, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar, conte héroïque
en quatre actes et cinq tableaux, poème de Chekri Ganem.
MUSIQUE DE PIHTiO
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano :
Sarabande, de Louis Maingueneau, Extrait de Ninon de Lenclos
Suivra immédiatement : Danse des Roses, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar.
Le Numéro :
(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couverture)
tlixtt seuil S
O ,r 75 )
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BUREAUX:RUE VIV1EÎSNE 2biiPARlS (2?)
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ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE.; MENESTREL-PARIS
Le Numéro
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75
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LE MENESTREL
- JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THÉÂTRES
..... Bureaux : a bl ", rue Vivienne, Paris (a ) - . - -
CONDITIONS D'ABONNEMENT
A L ANNEE SEULEMENT
Pour Paris et les Départements :
f TEXTE SEUL 25 (r -
i" TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (j6 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 50 fr.
3« TEXTE ET MUSIQUE. DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au 1" janvier) . . 50 fr.
4 - TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (5s morceaux, un chaque semaine, et grande prime au 1" janvier) 75 fr.
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 h-. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ;
Abonnement complet, 6 tr. 50.
Frais d'envoi de la Prime au 1" Janvier (Province et Étranger) : 2» et 3' modes : chaque, 1 fr. 50; 4' mode : 3 francs.
$ Les Abonnements partent du 1" de chaque mois.
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HEUGEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2 bls , rue Vivienne, Paris (2*)
Le dernier succès du Grand-Théûtre de Bordeaux, du Théâtre de Saint-Êtienne
du Théâtre des Arts de Rouen, du Casino d'Aix-les-Bains, etc.
Ninon de Lenclos
La Partition :
Chant et Piano
Prix net : 40 francs.
»
Drame lyrique en quatre Actes dont un Prologue
Poème de Louis BLANPAIN de SAINT-MARS et Henri AUCHER
Musique de Louis MAINGUENEAU
Le Livret :
Prix net : 3 francs.
MORCEAUX DETACHES
PROLOGUE M" n«i.
Duo (Villarceaux, Ninon) : Pour un baiser demamie.
Je n'appréhendais nul revers 6 »
■Ninon : La vie est un jardin, où je n'aurais pour récolter. 3 50
ACTE I
■ Duo (M™ Scarron, Boisrobert) : Un berger plus
beau que le jour . : 4 »
- Boisrobert : Un sonnet à celle que j'aime 3 50
■ Villiers : Parler d'amour? Ah! comment le pour-
rais-je? 4 •
■ Ninon : L'amour vaut-il tout ce tapage 3 50
ACTE II
N 01 7. — Sarabande
S. — Rigaudon
9. — Menuet
10. — Ninon : Quelle femme au fond d'elle-même
ACTE III
11. — Ninon : Les feuilles tombent, c'est l'automne
12. — Villier's : L'air que je bois est rempli d'elle
i3. — Duo (Villiers, Ninon) : // est là-bas une forêt pro-
fonde
Ouvrage créé à l 'Opéra-Comique et qui doit y être repris incessamment.
Le dernier grand succès du Théâtre des Arts de Rouen, du Grand-Théâtre de Nantes,
du Théâtre-Royal de Gand, des Théâtres de Marseille, Rennes, Tourcoing, etc.
La Partition :
Chant et Piano
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DRAME LYRIQUE EN QUATRE ACTES
De MM. Henri CAIN et Louis PAYEN
d'après Victorien SARDOU
Musique de Henry FÉVRIER
Le Livret :
Prix net : 3 francs.
ibis.
4- -
MORCEAUX
ACTE I Mi mis.
La Chasse, Prélude (pour Piano) 4 »
La Cour florentine, airs de danse (pour Piano) ... 4 >
L'Idole Mutilée : Toute blanche, les deux seins nus. 3 50
-La même, transposée pour mezzo 3 50
Le Serment de Gismonda : Ah ! chéri ! mon amour,
ma joie 3 50
ACTE II
Le Couvent de Daphné, Prélude (pour Piano) .... 3 »
La Paix du Cloître: Pauvres nonnes 4 »
Le Cri d'amour d'Almerio : Oui, vous étiez l'enjeu
splendide 5 »
Sois à moi! Pour une nuit 3 50
DETACHES :
ACTE III
N" g. — Interlude
9 te.- Le même pour violon et piano
10. — Danse antique, N' 1 (Piano)
11. — Danse antique, Kl' 2 (Piano)
Divertissement des Nymphes
Les 3 numéros (avec chœur ad libitum), 1 volume in-8° . . 1
ACTE IV
12. — La Fêle des Rameaux, Prélude (Piano)
i3. — Invocation à la Mort: Oui, je m'en irai
i3 te.- La même, transposée pour baryton
14. — Le Triomphe d'Almerio, Duo: Peuple, vous tous qui
m'écoutez
Tous les prix ci-dessus sont nets, majoration comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour Irais de port et d'envol.
. 4424.
83 e Année.
N° 6.
Vendredi II Février 1921.
■-TKiSg-SSVJ Tjr-ij-tt?^- g?
ASSENET
0)
- 1842-1912 -
Conférence lue aux Concerts-PasJeloup (Opéra, 27 janvier 192
(Fin)
S'ensembli; du programme, dans ces deux
concerts, n'aura pas suivi l'ordre chronolo-
gique. Pour Massenet il ne s'imposait point.
Nous n'eussions rien appris d'essentiel à sui-
vre de date en date l'histoire d'un talent qui
se « dépouille », se précise et se développe, au
cours des années, plutôt qu'il n'évolue et se transforme.
D'autres, d'abord, imitent, puis « se trouvent » etse fixent.
Théophile Gautier déclarait même que, « pour être origi-
nal, il faut commencer par imiter ». Demi-vérité seule-
ment, dans ce paradoxe. Dès ses premiers Poèmes, dés les
Erinnyes, dont il composa pour le piano, quand il était
encore au Conservatoire, 1 Elégie fameuse confiée plus
tard au violoncelle, dès le Roi de Laliorc, Massenet est
déjà Massenet.
Dans tous les arts, la personnalité, quand elle est très
forte, s'accuse de bonne heure, persévère jusqu'à la fin,
ne fût-ce que dans les défauts, et ne se modifie, plutôt
qu'elle ne se renouvelle, en musique notamment, que
par les moyens tout extérieurs, apports du temps ou de
la mode, qui relèvent du métier.
Massenet, donc, n'a pas subi d'influence, du moins
profonde, qui fût d'ordre musical. « Ni les fées du Rhin,
écrivait Saint-Saëns, ni les sirènes de la Méditerranée
n'ont pu le séduire. » Il admirait Wagner ; mais son
Esclarmonde, que l'on a dite wagnérienne, n'en porte pas
moins, a toutes les pages, sa marque originale. Sap/10,
la Navarraise ne sont « véristes » que par le choix des
sujets. C'est là, c'est dans l'habile diversité des sujets
choisis (et qu'il choisit avec raison, homme de théâtre,
au goût variable de son temps, mais avec le souci con-
stant de l'émotion lyrique), c'est là que, toujours lui-
même, il trouvera le moyen de renouveler, à chacune
de ses pièces, l'intérêt dramatique et pittoresque. Sa
nature est assez riche, assez multiple dans l'unité, pour
s'employer, suivant les pays, les temps et les personnages
qu'il exprime, à de nouvelles applications où l'on goûle
le double plaisir, fait de surprise et d'habitude chère,
de le retrouver, tout ensemble, pareil et différent...
Au cours d'un programme que cette causerie ne s'as-
treint pas à suivre, un même génie, donc, usant des
prestiges alliés d'une invention mélodique toujours
jaillissante, d'une orchestration pleine, équilibrée, où
(1) Voir le .Ménestrel des 21, 28 janvier et 4
toujours, toujours, palpitent la vie et la couleur, et
d'une déclamation toujours neuve, puisqu'elle se modèle
aux lignes mêmes des situations et des sentiments, va
nous conduire dans la Judée d'Hérodiade, l'Egypte
alexandrine de Cléopàtre, l'Espagne héroïque du Cid et
l'Allemagne romantique de Werther.
HBRODIADB
D'Hérodiade (poème de Paul Milliel, Grémont et
Zamadini; première triomphale à Bruxelles), la fin du
premier acte, que vous entendrez, évoquera les quatre
figures principales de Salomé, de Jean, d'Hérodiade et
d'Hérode, — d'Hérode qui, dès son entrée parmi le
rythme scandé de ses danseuses qui passent (vous n'avez
pas oublié Renaud, dans ce rôle), traîne avec lui, lent
et beau félin qu'obsède son désir, tout l'Orient fastueux,
toute une royale et morne volupté.
Sous le récit d'Hérodiade s'annonce aux basses la
justicière approche d'une foi nouvelle ; et bientôt,
devant le Prophète, évoluera la phrase de Salomé, la
phrase d'amour où se mêle à la tendresse de la femme
la grâce, qui se balance ou voltige à l'orchestre, de la
danseuse juive.
Massenet se plaît à ces combinaisons par quoi se tra-
duisent, en même temps que l'âme, l'attitude plastique
et les mouvements d'un personnage. Il écrit à la fois
pour l'oreille et pour l'œil.
Frisson de sistres, oppositions de basses et de timbres
aigus, arabesque légère et lente mélopée où s'offre
l'amour, c'est la série du ballet connu, que termine,
tumultueuse, une Bacchanale d'Asie.
LE CID
A ce ballet d'Hérodiade fera pendant le ballet du Cid,
écrin de rythmes brillants chers à nos danseuses. L'A-
frique s'y attarde aux nonchalances, mauresques encore,
de VAndalouse. Mais voilà que défilent, coquettes, élé-
gantes, coup d'éventail, la Castillane et la Madrilène, le
tourbillonnement de YAragonaise aux retombées sus-
pendues, la Catalane aux âpres dissonances, VAubadc
spirituelle et la fierté presque sauvage de la Nai'ar-
raise.
Le Cid, livret de Corneille et de Guillem de Castro,
un peu surpris, Corneille surtout, de cette aventure
posthume, et, d'autre part, de d'Ennery, Gallet et
Blau, est au répertoire de ce théâtre, qui donna la pre-
mière en 1 885 et la centième en 1900.
Dès la noble Ouverture, où les thèmes, au lieu de se
juxtaposer, se lient dans la trame d'un riche développe-
ment, il y passe un large souffie d'épopée amoureuse et
chevaleresque. Et quelle grave tendresse, et quels élans
de passionnée douleur dans la plainte de Chimène que
nous allons applaudir!
LE» MENESTREL
CLEOPATRE
A Cléopâtre, poème de Louis Payen, dont la pre-
mière, à Monte-Carlo, est de 1914, à Paris, de 1919,
le programme emprunte, au deuxième acte, le mono-
logue jaloux et rêveur de Marc-Antoine. Il est remar-
quable. Emotion, habileté d'une belle ordonnance,
déclamation et mélodie enchaînées souplement.
L'entrée de Cléopâtre, qui n'est pas au programme,
sinueuse mélopée d'indolente, hypocrite et royale cour-
tisane, est encore un exemple de cette adresse théâtrale
à camper un personnage, dès qu'il paraît, dans sa vérité
psychologique et pittoresque.
WERTHER
Enfin, Werther...
Amour, exaltation, nul sujet ne convenait mieux
au tempérament de Massenet...
Afin, nous aussi, de « baigner », avant de vous en
parler, dans cette musique, nous sommes allé, l'autre
soir, la réentendre ; et laissant venir à nous, de l'œuvre
elle-même à notre âme naïve, de libres sensations et
d'instinctifs jugements, nous fûmes, bonnement, le
brave public aimé de Molière qui « ne cherche pas de
raisonnements pour s'empêcher d'avoir du plaisir ».
Le premier acte est d'une absolue plénitude. Dès la
brève Ouverture s'est créée l'athmosphère où va fleurir,
mourir, cette élégie tragique.
Noël d'enfants, commérage de bonnes gens et d'in-
struments, l'Invocation romantique à la Nature; .... et
voici que s'approche, mélodiquement stylisé, le pas des
amants — une trouvaille — , ce pas balancé, retenu, où
le contretemps s'attarde et semble dire que Charlotte
et Werther ne peuvent pas « se séparer »... C'est de
l'amour, et c'est, déjà, de la tristesse... Ils entrent...
Charlotte cueille a l'orchestre la phrase qui va finir (un
effet charmant et juste;...) et très simple, très doux, avec,
pourtant, des sursauts de passion, le duo s'achemine
vers le retour d'Albert et le sanglot final de l'orchestre
prophétique...
Nous aurons tout à l'heure cette page, dont nul
vibrato de tziganes, dans nul cabaret à la mode (c'est
la rançon de la gloire; Bach lui-même n'y échappe pas)
ne parvient à détruire l'émouvante tendresse.
Et rêveuse, douloureuse, la voix et l'instrumentation
dramatiquement concertés, nous aurons aussi, au troi-
sième acte, la scène fameuse des Lettres...
Elle se complète bientôt, vous le savez, par l'entrevue
suprême où devant le Passé s'attendrit le Souvenir.
Nous ne l'aurons pas. Elle est belle. Massenet « réussit »
toujours la tristesse de ses Olympio. Lors de cette répé-
tition dont je parlais, son émotion, à ce passage, était
visible; et sur la fin, quand les sens de Werther, dans
un coup de passion, s'exaltent et s'égarent, nous le
vîmes, échevelé, ravi d'une égale fureur et courant à la
rampe, exiger de l'orchestre un égal déchaînement. « Je
veux là, criait-il, impérieux cette fois, un dévergondage
d'harmonie. »
Il n'est pas de terme plus exact pour qualifier cette page
curieuse, dont le bref et poignant tumulte est d'ailleurs
gouverné par une main savante, maîtresse de l'orage.
La première de Werther fut donnée à Vienne en 1892.
Sa fortune, un moment incertaine, quand l'Opéra-
Comique le monta, n'a fait, depuis, que grandir...
On répète volontiers : « Le succès ne prouve rien. »
C'est vrai, c'est faux, comme tous les aphorismes.
Trente ans de succès (je ne parle que de Werther), —
et voilà bientôt dix ans que Massenet est mort...
Trente ans de succès... tout de même!..-.
On ferait bien d'accuser, plutôt que le public, la
Nature partiale qui dans la tête et le cœur d'un seul
artiste avait réuni ces dons essentiels : une personnalité
si neuve, si forte, qu'elle a marqué toute une époque
(on lui reprochait ses imitateurs : reprochons alors à
Debussy les Debussystes), une sensibilité qui, tout de
suite, s'émeut et se communique, le sang-froid dans
la fièvre, l'intelligence qui devine, la vision colorée
de la scène et l'instinct du « métier » que parfait la
science, le goût de l'équilibre, de l'ordre, de la vérité,
de la lumière, enfin une telle passion du travail que,
sans perdre son temps à de vaines théories (on ne l'en-
tendait guère discuter de son art), il n'a songé, toute sa
vie, pareil à nos artisans de la vieille France, qu'à
« besogner à même sa besogne »...
L'ensemble de ces forces-là, dans l'œuvre qui les com-
bine, se résume, d'un mot, par ce résultat : la Vie.
C'est le mot qui, de tous, qualifie le mieux l'œuvre
de Massenet.
Elle en a reçu le public hommage, quand une phrase
d'un grand Maître l'évoqua sous l'image d'un arbre,
luxuriant, fleuri, « dont nous ne verrons pas de long-
temps croître un pareil » et dont la sève ne tarira pas
de si tôt.
Sous la direction de M. Rliené-Baton, l'orchestre et
M mce Bardot, Berthon, Simon, MM. Rambaud, Car-
rère, Combes et Teissié, de l'Opéra, exécutent, de
Werther : l'Ouverture et les scènes X et XI du pre-
mier acte ; rf'Hérodiade, le ballet et les scènes II, III
et IV du premier acte également : du C\à, la première
scène de l'acte III (Pleure^, pleure^, mes yeux) et le
ballet ; de Cléopâtre, le monologue de Marc-Antoine
(Acte II, premier tableau). Maurice Lena.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Théâtre des Champs-Elysées. — Les Porte-Glaives,
drame en trois actes et cinq tableaux en vers de
M. Christian-Frogé, musique de scène de M. Emile
Roux.
Quand la tragédie de M. Christian Frogé commence,
les Porte-Glaives ont déjà remis le leur au fourreau, la
guerre, détestable et inhumaine, est terminée; à aucun
moment de la pièce nous ne voyons agir ses séides,
antiques soutiens du trône et de l'autel, et dès lors les
reproches qu'on leur adresse, les apostrophes qui les
stigmatisent manquent de base précise. Tout cela deve-
nant ainsi rétrospectif reste dans de larges généralités
et paraît quelque peu en disproportion avec le sujet de
la pièce qui se réduit à ceci : la douce Antigone, malgré
l'ordre du roi Créon et du peuple thébain, rend, aidée
du fils du roi, Lycas, dont elle est aimée, les honneurs
funèbres au cadavre de son frère vaincu, Polynice, et,
pour avoir transgressé les lois, est condamnée à mort.
Drame de la pitié, drame de l'amour, drame antique
entre tous par son essence même, par la couleur des
sentiments et qui ne peut nous intéresser que si nous
restons dans l'antiquité et si nous faisons abstraction de
toute notre âme moderne.
L'erreur de M. Christian Frogé me paraît être d'avoir
LE- MÉNESTREL
voulu au contraire donner un caractère moderne à cette
aventure antique. Comment n'a-t-il pas vu dès l'abord
que son sujet était trop loin de nous et n'avait pas les
épaules suffisantes pour supporter le grand débat qu'il
avait la généreuse ambition d'instaurer? L'antiquité
lui offrait mille autres exemples à choisir et lui permet-
tait au besoin d'inventer lui-même l'aventure qui eût
vraiment opposé les Porte-Glaives aux Porte-Flam-
beaux. Ces derniers, dans la pièce de M. Christian-
Frogé, n'ont eux-mêmes pas grand'chose à faire, et si
Lycas, faible, incertain et rêveur, agit en leur nom, c'est
surtout par la volonté de l'amour bien plus que par
celle de l'idée.
Ainsi M. Christian-Frogé a dépensé beaucoup de
talent pour essayer d'élargir jusqu'aux idées générales
et de hausser jusqu'à nous un sujet qui ne s'y prêtait
pas. On ne peut que le regretter, car les dons du poète
sont excellents. M. Christian-Frogé a de l'éloquence et
de l'abondance. Il sait conduire une tirade, il trouve le
vers qui sonne, qui frappe. Les images sont bien venues,
son langage a de généreuses envolées.
Son œuvre a été fort adroitement présentée par
M. Jacques Hébertot, le très actif et très artiste directeur
du Théâtre des Champs-Elysées dont les poètes et les
artistes peuvent beaucoup espérer. J'admire cette sim-
plification du décor que remplacent des tentures aux
grandes lignes simples.
Il est regrettable qu'en dehors de nos théâtres subven-
tionnés Paris offre si peu de ressources pour l'interpré-
tation d'une pièce en vers. Nous l'avions déjà constaté
avec regret pour les hrinuyes, dans ce même théâtre.
Mettons tout de suite hors de pair M" e Lucie Brille
que l'on s'étonne de ne pas voir dans un de nos subven-
tionnés, et qui, belle, douloureuse, véhémente, a fait
sonner de sa voix grave et tendre les alexandrins de
M. Christian-Frogé et a été une remarquable Antigone.
Louons aussi M. Jean Hervé, fougueux, passionné,
ardent, jeune dieu prêt à soulever le monde, apôtre
tumultueux de toutes les nobles revendications ; mais
les autres!... Il vaut mieux n'en point parler et se rappeler
pour terminer que la partition dont M. Emile Roux a
accompagné les Porte-Glaives est élégante, discrète, mélo-
dique et mérite d'être remarquée. Louis Payen.
Comédie-Montaigne. — La Mégère apprivoisée, comédie
de Shakespeare, en trois actes et vingt-cinq tableaux,
adaptée par M. G. de La Fouchardière.
Mêlée de poésie, de grâce, de fine et philosophique
vérité, c'est une farce, comme on sait, où s'amuse et
cabriole, quasi clownesque, la fantaisie d'un grand
poète.
Le beau lyrisme shakespearien, audacieux, précieux,
d'une abondance, parfois, si magnifiquement dilu-
vienne, s'accommode sans peine, extrême qu'il est, à
l'extrême bouffonnerie. Dans l'intention, peut-être,
d'alléger le spectacle, l'adaptation de M. de La Fou-
chardière (pour une œuvre classée, nous préférons une
traduction) fait des coupures à ce lyrisme; ailleurs, elle
y met plus d'ordre et de précision. Mais elle ne retranche
rien de la farce elle-même et de ses burlesques folies,
elle y ajoute plutôt; et l'on ne saurait du tout l'en
blâmer, puisqu'un scénario de ce genre, qui relève de
la Commcdia dell' arie et de ses libres lazzis, se prête
évidemment ù des pantalonnades que l'imagination de
l'auteur ou l'improvisation des acteurs savaient au
besoin renouveler.
Il nous paraît donc licite et conforme à l'esprit de son
rôle que M. Gémier (Petruchio), — qui du reste, à cer-
tains passages, sourit et s'affine à merveille — emprunte
ici, drolatiquement, l'allure, l'œil magnétique, les cla-
quements de fouet et les brèves, les rauques excla-
mations d'un Bidel ou d'un Pezon dans la cage d'une
lionne.
Que d'une lionne, d'autre part, M"' e Madeleine Céliat
(Catharina) imite à s'y méprendre les furieux secoue-
ments de crinière et les grondements prêts à mordre,
nous n'y voyons non plus qu'une juste réplique aux
violences du dompteur.
La Scène du Rire, aussi, nous a paru tout à fait
« dans le ton ». Simple duo, d'abord, ce Rire, bientôt,
gagnant les autres personnages, devient un chœur, un
chœur sans paroles, une symphonie buccale et bouf-
fonne, réglée, exécutée (et c'était difficile) avec un art si
parfait que, du plateau et de ses marches où, de tant
rire, roulaient les rieurs, la contagion s'est propagée
dans la salle entière.
Parmi ces jeux de scène il en est un, toutefois, que
l'on peut juger discutable.
Domptée, reconnaissant qu'elle a trouvé son maître,
nous y voyons Catharina qui, dans sa honte où trans-
paraît l'amour, pleure toutes ses larmes. Le dompteur,
alors, s'approche. Il prend la main de la vaincue qui,
faiblement, résiste, et dont la tête, bientôt, s'abandonne,
docile, heureuse, sur l'épaule du vainqueur. Là-dessus,
le rideau baisse, opportun.
Sans aucun doute, c'est charmant. Shakespeare, tou-
tefois, souscrirait-il à cette adjonction? Elle permet de
croire que si Catharina, dans les premières des scènes
où nous la revoyons ensuite, de lionne s'est muée en
agneau, sa reconnaissance amoureuse y contribue
autant, sinon plus, que la crainte. Il semble bien,
pourtant, qu'à ce moment du moins de l'action, le
Petruchio de Shakespeare qui, pour la mater, refuse à
Catharina la nourriture et le sommeil, lui refuse éga-
lement les tendresses conjugales, et c'est de la crainte
seule que dans le cœur étonné de la mégère doit naître
alors, avec l'amour, l'obéissance.
Cette pièce, dans l'original anglais, s'encadre d'un
prologue et d'un épilogue. Dans le prologue, le caprice
d'un lord, mystifiant un chaudronnier ivre, se divertit
à le convaincre qu'il est lui-même un grand seigneur.
A l'épilogue, on guérit le bonhomme de cette illusion.
Malgré que, transportée dans la France de nos jours,
une mystification de ce genre ne soit plus guère vraisem-
blable, l'adaptateur (une farce a tous les droits) n'a pas
eu tort de la conserver. Devenu parisien et mont-
martrois, le chaudronnier pochard, en smoking, et,
d'une loge, commentant la pièce, interpellant les acteurs,
eut l'irrésistible succès que mérite à M . Gabrio la qualité
d'un talent qui, dans le moindre détail du Jeu le plus
comique, reste impeccablement naturel et vrai.
L'ensemble de l'interprétation était d'ailleurs remar-
quable. On a beaucoup ri. Les femmes elles-mêmes
applaudissaient. Léon Morris.
Théâtre-Michel. — UneFemmede luxe, pièce entroisactes
de M. Alfred Savoir.
Jean Béreuil, romancier d'avenir, mais sans fortune,
a épousé Simone de Luge qui fut la maîtresse d'un roi
et qui de cette liaison a conservé un hôtel, plusieurs
autos et un million. Jean a fait ce mariage sans la moin-
dre arrière-pensée d'intérêt, mais dans son amour, sans
LE • MÉNESTREL
qu'il s'en rende bien compte lui-même, il est un peu
d'admiration pour ce luxe et cette fortune que lui, pau-
vre, n'a jamais connus. Peu à peu il s'acclimate a l'au-
tomobile, à l'hôtel bien chauffé, il a plaisir à voir sa
femme habillée, remarquée, et dans la tendresse qu'il
éprouve pour elle il apporte un peu des hommages des
autres.
A mener pareil train de vie l'argent disparaît vite,
Simone est ruinée. Plus d'hôtel, plus d'automobile,
plus de robes. Qu'importe, direz-vous, Simone et
Jean sont jeunes, ils s'aiment. Jean travaillera; sous
l'aiguillon de la nécessité il fera des chefs-d'œuvre et
dans l'aisance reconquise le rideau tombera sur un
hosannah joyeux au travail libérateur et à la vertu
féconde! C'est ainsi qu'eussent terminé, à l'aide de quel-
ques détours, Octave Feuillet, Scribe ou MM. de Fiers
et Caillavet, et c'eût été sans doute fort charmant.
M. Savoir a poussé plus loin son analyse, il a regardé
autour de lui, il n'eut qu'à ne pas fermer les yeux : il
vit les lâchetés, les complaisances, inconscientes bien
souvent, les raisons qu'on se donne à soi-même pour
s'accrocher au luxe, au bien-être auquel on était habitué
et, très courageusement.au lieu d'écrire une pièce « gen-
tille » qui lui eût assuré un éclatant succès, il a déchiré
le rideau que nous avions plaisir à laisser fermé, la vie
est apparue.
Jean et Simone ne tardent pas à souffrir l'un et l'autre
de leur existence mesquine, la gêne dissipe vite tout ce
qui dans leur passion mutuelle n'est qu'illusion, la
demi-pauvreté leur apparaît laide, ils sont lâches devant
elle, et, dans une scène où la faiblesse humaine parait en
toute sa tristesse, ils s'avouent leur détresse. Simone
préfère revenir au roi qui ne l'a point oubliée et Jean
sera son amant. Ce troisième acte avec ses demi-aveux
si clairs, ses réticences, ses nuances qui voilent le
cynisme de la conclusion, est d'une observation si juste
et si vraie qu'il fait mal.
L'humanité, si elle est mauvaise, n'aime pas à se l'en-
tendre dire et surtout à se le faire prouver. M. Savoir a
obligé chacun de nous à s'interroger et à se demander :
qu'aurai-je fait à la place de Jean ou de Simone? Il est
fort désagréable d'hésiter, même un instant, sur la
beauté de ses propres sentiments.
La pièce est très bien jouée au troisième acte par
M lle Marnac ; on eût souhaité qu'elle marquât un peu
plus d'insouciance et de légèreté dans le premier et le
second, c'eût été, je. crois, dans la vérité du caractère.
M. Jean Peyrièrc est bien, sans plus. MM. Baroux cl
Clermont, M"" de Mornand, Fursey, Granville et
Carliste sont amusants. Pierre d'OuvRAY.
LES GRANDS CONCERTS
Concerts-Colonne
Samedi S février. — Après l'Ouverture du Freyschutf , si
bien enlevée dans son mouvement romantique par M. Ga-
briel Pierné, la nouvelle Symphonie en la de M. Maurice
Emmanuel parut un peu froide.
M. Maurice Emmanuel est un savant, la musique ancienne
n'a point de secrets pour lui, et le cours d'histoire de la
musique qu'il professe au Conservatoire est un des plus
agréablement documentés qui aient été faits jusqu'ici. A
fréquenter les grands maîtres, M. Emmanuel sentit remuer
en lui le démon de la composition : c'est ainsi qu'il nous
donna l'an dernier un Prométhée très curieux. La Sym-
phonie entendue hier ne paraît point procéder de la même
inspiration. « Le premier morceau, léger et rieur, nous
explique M. Emmanuel lui-même, est l'expression du
calme d'abord, puis de la joie. Le second morceau
voudrait traduire de la mélancolie el de la tendresse. Le
troisième est une escalade violente, quelque chose comme
un tumulte et une marche de guerre qui aboutissent à un
paroxysme. Après quoi, la paix du début revient et s'étend
avec douceur. » Des trois objectifs que l'auteur s'était pro-
posés, il n'a vraiment atteint que le second; son adagio tout
en harmonies douces, avec des dessins enveloppants et
discrets, évoque tendresse et mélancolie; à noter un fort
agréable emploi des cordes, dont le maniement paraît
familier au compositeur. Mais le premier mouvement reste
gris, hésitant, très inconsistant, malgré les efforts d'un violon
solo dont le thème n'émerge pas assez d'une instrumen-
tation trop copieuse. Le troisième manque de force malgré
son rythme heureux. L'œuvre, néanmoins, reste dans
l'ensemble intéressante; elle est ramassée, ses dévelop-
pements sont courts et l'attention est retenue par une
orchestration toujours soignée, souvent curieuse et quel-
quefois pittoresque.
M m « Fourgeaud-Grovlez mit un empressement un peu
hâtif à développer les traits charmants du Concerto en la
majeur de Mozart. Sa virtuosité impétueuse la poussait à
devancer l'orchestre el ses doigts agiles parurent dans le
finale avoir légèrement essoufflé les bois lancés à sa
poursuite.
Nous entendîmes ensuite des thèmes tirés du folklore
hellénique. M" 10 Speranza Calo nous chanta en grec, sans
accompagnement, trois anciennes mélodies. Le programme
nous annonçait que dans l'une d'elles M" 10 Speranza Calo
nous donnerait la sensation du quart de ton « comme elle
l'ouït à Andros ». J'avoue à ma grande honte n'avoir pas
perçu ce quart de ton, et c'est sans doute pour cela que je
ne pris qu'un plaisir modéré à la Légende un peu monotone
que M me Speranza Calo nous chanta cependant d'une voix
souple à souhail. Mais que les thèmes grecs, retrouvés
par notre savant Bourgault-Ducoudray, parurent étincelanls,
habillés de la riche parure byzantine dont les orna Gla-
zounow ! Pierre de Lapommeraye.
Dimanche 6 février. — M. Cantrelle, violon solo sans
éclat ni puissance dans la Symphonie espagnole de Lalo,
séduit un très gros public.
Il ne serait pas équitable de juger comme une œuvre
indépendante et complète VEntr'acte symphonique de Ro-
siane, de M. Flament; on y voit deux parties assez dissem-
blables dont l'une doit sans doule tenir étroitement à ce qui
précède, l'autre à ce qui suit; la première, qui évoque une
marche de bohémiens la nuit dans la forêt, sonnevigoureu-
sement sur des rythmes caractéristiques; la seconde, nais-
sance du jour et, selon le programme, « réveil des fleurs »,
m'a paru user et même abuser des violons sans en faire les
messagers de grandes révélations.
Dans les Moulins de Don Quichotte, déjà donnés il y a
peu, M. Langlois ne prend pas nettement parti entre
l'humour et l'éloquence. II y a là du mouvement et de
la couleur, une abondance peut-être excessive, des trou-
vailles descriptives ou parodiques qui témoignent d'un
tempérament. Raymond Schwab.
Concerts - Lamoureux
Les Préludes de Liszt ouvrirent la séance. Nous ne nous
en plaindrons pas; nous souhaiterions au contraire qu'une
place plus importante fût réservée dans un concert à ce
noble génie, et que son Tasso, son Orphée, son Prométhée,
son Hamlel y apparussent de temps à autre. On sait que
les PréIndes empruntent leur inspiration à la XV e des
Nouvelles Méditations poétiques de Lamartine. L'amour,
l'héroïsme, le repos offert par la vie des champs en
forment les principaux éléments. Seulement, le poème du
musicien se termine sur un belliqueux crescendo vibrant
de fanfares épiques; tandis que la symphonie du poète
LE • MENESTREL
s'achève sur la peinture virgilienne des « Vallons paternels »
qu'il avait déjà chantés dans une admirable pièce des pre-
mières Méditations. Celle-ci n'est d'ailleurs pas moins belle,
si elle l'est différemment. Liszt s'est puissamment imprégné
de la poésie lamartinienne, et le chantre des Harmonies
ne lui fut pas moins favorable que celui des Feuilles d'Au-
tomne.
L'admirable Larghetto de Mozart avait récemment valu
à M. Costes, aux Concerts du Conservatoire, un légitime
succès. Celui que vient d'y remporter M. Verney, aux Con-
certs-Lamoureux, n'a été ni moins vif ni moins mérité.
Quant à la Symphonie en la de Beethoven, elle fut remar-
quablement comprise et dirigée par M. Paul Paray.
La « nouveauté » du jour était une suite de quatre mélo-
dies, sur sept qu'en renferme un cycle intitulé : Amour (i).
Les vers en sont dus à M. Abel Bonnard, et la musique à
M. André Wormser : Continuation ; Notre vie à présent est
digne de nous deux ; Je souffre de la bien-aimée ; Épilogue ;
tels sont les titres de ces différents morceaux. M. Abel Bon-
nard est un poète de talent, dont les vers sont bien frappés
et de facture classique. D'autre part, M. André Wormser
est un musicien probe et délicat, dont la musique sait res-
pecter le texte auquel elle vient s'associer. Ni l'un ni l'autre
n'a rien de commun avec la coterie des cacophonistes prêts
à acheter à tout prix une notoriété aussi coûteuse que pré-
caire. Leur œuvre commune mérite donc une sincère
attention.
Le principal intérêt offert par la musique de M. Worm-
ser consiste dans son étroite liaison avec les paroles. Peut-
être la valeur mélodique en souffre-t-elle; mais enfin cette
déclamation est sobre et juste de ton. L'orchestration est
attrayante en son coloris varié, et la seconde mélodie, avec
l'intervention de la harpe et de la flûte, est à cet égard très
heureusement partagée. M. Friant interpréta ces mélodies
avec une voix superbe et une pathétique intelligence.
René Brancour.
Concerts-Pasdeloup
Après une exécution un peu terne de l'Ouverture de
Léonore, n° 3, audition du Concerto pour piano, violon,
violoncelle et orchestre de Beethoven par l'Ensemble de
La Haye : MM. Willem Andriessen (piano), Sam Swaap
(violon), Ch. Van Isterdaël (violoncelle). Cette œuvre,
dont la parfaite élégance d'écriture et la claire inspiration
font oublier ce que son genre comporte parfois de convenu,
de formulaire pour les oreilles d'aujourd'hui, fut jouée sans
vaine virtuosité par le véritable « Ensemble » de La Haye.
Ce serait amoindrir leur mérite que de louer séparément les
qualités des trois artistes qui le composent.
Entre Beethoven et Ravel, Darius Milhaude est à une
égale distance de l'un et de l'autre.
Ancienne déjà, sa Suite symphonique (1892) est composée
sur des thèmes empruntés à la Brebis égarée de Francis
Jammes. Ce n'est pas cette musique qui l'aidera à retrouver
son chemin. M. D. Milhaud est assez doué cependant pour
qu'il nous soit encore permis d'espérer un vrai jugement
de ses premières œuvres par un D. Milhaud que nous
attendons... Le Tombeau de Couperin de Ravel a eu son
succès accoutumé. Quel charme dans ce Prélude qui ne
finit pas, mais « disparaît » avec une grâce si légère qu'il
nous reste une tristesse subite, un mélancolique regret de
cette fuite.
Une excellente exécution d'Espana, l'incomparable
Espaiia de Chabrier, terminait le concert que dirigeait
M. Rhené-Baton. G.-L. Garnier.
Jeudi 3 février. — La conférence destinée à commenter
les œuvres de M. Camille Saint-Saëns avait été confiée à
un musicographe sachant la musique et son histoire, — dou-
blé en outre d'un écrivain sobre, judicieux et impartial. C'est
dire que tout l'auditoire l'écouta avec autant d'attention
que de plaisir et de profit. M. Jean Chantavoine sait dire
(1) Extrait du recueil : Les Royautés.
la vérité sans hyperboles vaines ni obscures réticences, et
il entend à merveille l'art précieux des nuances. Son com-
mentaire nous fut un délicat régal.
Le concert débuta par l'Ouverture de cette aimable Prin-
cesse jaune, dont on pourra l'an prochain célébrer le
cinquantenaire. Elle fut suivie de l'air d'Etienne Marcel et
de la classique romance du Timbre d'argent. Le trio de
Proserpine vint ensuite, précédant le beau prologue des
Barbares. Enfin un fragment du deuxième acte de Samson
et Dalila et un air du ballet d'*4scam'o terminaient dignement
cette belle séance consacrée à une partie de l'œuvre si
variée de l'illustre maître. L'orchestre fut d'ailleurs un très
louable interprète.
Nommons parmi les chanteurs M lle Lapeyrette, Dalila
experte, et M. Duclos, grand-prêtre à la voix superbe,
M llc Laval et M. Rambaud; et félicitons tout particulièrement
M. Narçon, chanteur remarquable et artiste dans l'âme,
qui ne nous a jamais causé qu'un seul regret, c'est de ne
lui voir pas occuper la place considérable que sa voix, son
intelligence et son talent auraient dû, depuis longtemps, lui
assurer à l'Opéra et ailleurs. La Destinée oublie vraiment
trop fréquemment de s'associer avec la Justice. R. B.
CONCERTS DIVERS
Concerts du Vieux=Colombier. — Le théâtre du Vieux-
Colombier a eu l'heureuse idée d'organiser des matinées
musicales. La rive gauche si déshéritée en théâtres et spec-
tacles (sauf en cinémas) aura ainsi ses concerts. Le quatuor
Krettly y donne des auditions de musique de chambre. Le
I er février nous y entendîmes des œuvres de Glazounow,
Liadow et Rimsky-Korsakoff, la Sonate pour piano et violon
de Debussy et le Premier Quatuor avec piano de Gabriel
Fauré. J'avoue mes préférences pour cette dernière pièce
qui fut très bien interprétée par MM. Krettly, Georges
Taine et Jacques Patte et par M. Salomon au piano.
P. de L.
S. M. I. — En sa séance du 3 février, la Société Musicale
Indépendante donnait deux premières auditions d'oeuvres
de M. Alfredo Casella. Once pièces enfantines : menus
jeux d'esprit qui tiennent dans un dé à coudre, mais qui, à
rencontre de leur titre, s'adressent moins à des enfants
qu'à un pianiste comme M. Casella qui excelle à sculpter
avec minutie de la bibeloteric sonore. Cinq pièces exécutées
parfaitement par le quatuor Pascal : toutes gagneraient à
être plus courtes, plus elliptiques; nous préférâmes le sabbat
verveux du prélude et du fox-trot, ainsi que l'esprit clow-
nesque et famélique de la Valse ridicule, aux deux autres
pièces où traînent des réminiscences du Sacre du Printemps
(telle phrase qui se répète inlassable en tournant sur elle-
même rappelle celle qui accompagne les cercles mystérieux
des adolescentes au deuxième tableau de l'œuvre de M. Stra-
vinsky, etc.).
Outre une Sonata dramatica de M. Emile Frey et recueil
de mélodies de M. Carlos Pedrell De Castilla, le programme
comportait la Sonate libre pour violon et piano de M. Flo-
rent Schmitt, remarquablementinterprétée par M me Jourdan-
Morhange et M. Yves Nat. Pleine de détails intéressants,
elle est un peu déparée par des longueurs, des persistances
debussystes, des procédés propres au compositeur (mélodies
redoublées à une ou deux octaves, larges arpèges chroma-
tiques, etc.). A part ces réserves, le premier mouvement
aux volutes allant s'élargissant, le début du second tout en
interjections comptent parmi les meilleures pages de notre
musique de chambre moderne. A. S.
Concert Marya Freund. — Le concert donné le 3i janvier
témoigne à quelle qualité d'art répond la personnalité de
Mme Marya Freund. Une des plus grandes cantatrices de
notre époque : ceci traduit en notre esprit non l'idée d'un
faste éphémère — flambée de succès que le vent incline
aussitôt vers de nouvelles proies — , mais l'idée d'une joie
élevée, dispensée à des êtres qui, par delà la dispersion où
notre Europe entretient la singularité et l'inimitié de ses
57-
LE • MENESTREL
villes, vivent de mêmes souvenirs d'un art très pur, voué
tour à tour à Schumann, Chopin, Moussorgski, Mahler,
Ravel ou tel autre musicien avec une libéralité exempte
d'ostracisme national. Il y fallait la complicité d'un monde
dont aucune contingence ne venait effaroucher l'aisance,
ni borner un jeu de possibilités toujours plus illimité.
Par ses interprétations où, dépassant tout artifice, elle
atteint à un contact direct avec le génie créateur, M me Marya
Freund assemblait peu à peu une communauté d'une
espèce subtile, presque ésotérique. Mais aussi préparait-
elle à chacun de ses enthousiastes, pour un temps de
conflits superposés, la «mauvaise conscience» d'un manque,
la nostalgie d'une harmonie assoupie, et à elle-même une
douloureuse alternative entre sa carrière et la nationalité
polonaise qu'elle revendiqua au nom de ses ancêtres. Alors
s'effectua pour elle, au cours d'une vie errante en Italie, en
Suisse, en France, la poursuite d'un foyer nouveau : image
d'une Pologne déchirée ou, quoique reconstituée, noircie
des feux dévastateurs, telle que nous la percevons à travers
les mélodies de Paderewski (Mes larmes ont coulé...) et de
Karlowicz (Je me souviens des jours...), où le rêve bleu d'une
enfance lointaine rend plus sombre le présent.
Souffrances et joies de l'amour, obscur empire des morts
où l'on pleure celles-ci, où l'on est libéré de celles-là : les
thèmes se rejoignent sous les diverses formes que cristalli-
sèrent Mozart (Porgi amor), Beethoven (In questa tomba
oscura, Speran^a) et Schumann. La voix, très belle, aux
ressources multiples, d'une science rare qui la fait poser ou
la reprend en des endroits les plus périlleux, suffit déjà à
toucher notre cœur. Tantôt les éléments mélodiques appa-
raissent isolés, comme autant d'îlots sonores à l'invisible
joint sous-marin; tantôt, dans les moments les meilleurs (si
aucun texte ne vient interposer la froideur statique d'une
traduction), une allégresse intérieure donne à la voix un
halo persistant, une sorte de grelottement : alors brusque-
ment se déchire en nous la membrane qui retenait les
larmes de notre émotion...
M. Alfredo Casella, par la discrétion et le style de son
jeu, fut un parfait accompagnateur. A. S.
Œuvre Inédite. — Retenons du programme donné le
5 février par l'Œuvre Inédite, outre deux œuvres belges,
— un Quatuor à cordes de M. Marcel Orban et la Suite
nocturne pour piano de M. Paul Gilson — trois Impressions
pour piano de M. Davico, dont M llc Denyse Molié fit valoir
la délicatesse du pastel. A. S.
Concerts Golschmann (jeudi 3 février). — Beaucoup de
vie, de couleur, de respect dans l'exécution de l'Ouverture
du Freyschxit^. M. Manuel Quiroga joue avec charme et
finesse le Concerto en ré majeur pour violon, de Mozart.
Plusieurs nouveautés : M. Bolsène dans Croquis çoolo-
giques se fait l'émule du Ravel d'Histoires naturelles; ses
poissons, crabes, chiens, chats et grenouilles sont d'amu-
santes musiques imitatives qui ne nous apprennent rien sur
la nature profonde des êtres. Pastel sonore n° 8 de M.Verley
etlmpressions de M. Tansman surprennent commebeaucoup
de compositions contemporaines où le raffinement formel
semble hors de proportion avec l'importance douteuse des
choses à dire. R. S.
Concert Corbiniano Villaça. — M. Corbiniano Villaça a
donné le mardi i cr février un concert de musique brésilienne
et française. Ce sont toujours des soirées intéressantes et qui
ouvrent quelquefois des horizons sur d'autres méthodes
musicales ou des rythmes nouveaux nés de chants natio-
naux. Telle ne nous est point apparue la musique des
auteurs brésiliens que nous fit entendre M. Corbiniano
Villaça et M me Guerra.
Les mélodies qu'ils chantèrent tous deux avec beaucoup
d'intelligence sont plutôt apparentées à notre école moderne
(je parle ici de la bonne et non de la futuriste) et les noms
de Edgardo Guerra, Oswald Guerra, Gina de Aranjo et
Fr. Braga, Silvio Troës méritent d'être retenus pour la
délicatesse de leur inspiration toute de nuances et, chose
curieuse, presque toujours un peu triste.
Après avoir vanté l'intelligence de M. C. Villaça, il n'est
que juste de reconnaître la qualité de sa voix pleine, de
solide et précieux métal. E. L.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Angers. — Une première audition est toujours attendue
avec intérêt. Celle d'aujourd'hui l'était doublement, vu la
personnalité du compositeur, M. Max d'Ollone, qui est
angevin et dont nul n'a oublié la très intéressante direction
à nos concerts classiques. Sa venue au pupitre fut acclamée
autant pour rendre hommage à l'artiste — au sens le plus
complet du mot — que pour saluer le concitoyen dont
notre cité peut être fière. Compositeur, chef d'orchestre,
pianiste virtuose, poète, M. Max d'Ollone est tout cela avec,
en plus, une modestie qui lui fait grand honneur. Nous
l'avons donc retrouvé à « son » pupitre, débordant de
sensibilité, indiquant d'un geste sûr les plus subtiles
nuances de sa partition, les Amants de Rimini (prélude du
2 e acte), où s'expriment, avec une ampleur saisissante, les
tragiques amours de Paolo et de Françoise. Nous avons
applaudi longuement cette première audition en attendant
que l'œuvre complète nous soit révélée quelque jour.
La Barque de Samazeuilh, le Manoir de Rosemonde de
Duparc et principalement Kaddisch de M. Ravel furenttrès
bien dits par M me Suzanne Balguerie qui, dans le Crépus-
cule des Dieux (grande scène finale), dramatisa les accents
de la fière Brunehilde. Sa réputation à Paris ne saurait
donc nous étonner et nous applaudissons à son dernier
succès.
Avec l'Ouverture d'Obéron et l'Invitation à la Valse de
Weber l'orchestre fut parfait ainsi qu'en accompagnant les
quatre solistes, MM. Asselin, Angleber, Moncelet etTallio.
qui dans le Concerto Brandebourgeois n° 2 de Bach dialo-
guèrent avec esprit.
M. Jean Gay eut sa part de succès en dirigeant ces
pièces avec lesquelles il semble vivre et penser.
L.-Ch. M.
Annecy. — M. et M mc Jean Marteaux, professeurs de
musique à Annecy, viennent d'avoir une heureuse initiative.
Ils organisent de février à fin mai 1921, salle du Splendid-
Cinéma, une série de concerts, dont les programmes seront
consacrés exclusivement à des auditions de musique clas-
sique et moderne, trios, quatuors, sonates pour violon et
piano, œuvres de chant et piano, œuvres pour deux pianos
et piano solo.
Le premier concert sera donné le vendredi 18 février.
Auxerre. — Au Théâtre Municipal, devant une salle
comble, la société « Violes et Clavecin », que dirige avec
grande maîtrise l'excellent artiste Emile Mâcon, vient de
donner un concert qui fut une brillante manifestation d'art
musical. Nous ne pouvons que louer très fort les artistes
que sont MM. Bittar (par-dessus de viole), Mâcon (dessus
de viole et viole d'amour), P. Thibaud (basse de viole) et
M lle Germaine Portehaut (clavecin). M Ue F. Pillet a chanté
avec une belle compréhension musicale des airs anciens.
Un faible effort d'imagination et nous étions dans la ro-
tonde chez le prince de Conti, la spirituelle gravure de
Saint-Aubin s'animait et les virtuoses faisaient chanter les
vieux instruments avec tout le style et la technique de leurs
ancêtres. Le public enthousiasmé ne ménagea pas ses
applaudissements. Ce fut un enchantement.
Bordeaux. — Ninon de Lenclos. — Il n'est pas sans
intérêt, avant toute appréciation sur l'œuvre de M. Louis
Maingueneau, de dégager la valeur exacte de l'accueil cha-
LE • MÉNESTREL
leureux qui fut réservé par le public bordelais à ce drame
lyrique. Si le succès fut vif, il ne fut pas le résultat de ces
mouvements d'enthousiasme irréfléchis qui coupent une
action pour saluer de bravos un air de bravoure attendu et
conforme au goût de la majorité des dilettantes. L'audi-
toire, fort élégant, a écouté, avec une attention soutenue,
l'œuvre entière, réservant surtout pour chaque baisser de
rideau son verdict, un verdict des plus flatteurs pour
M. Maingueneau qui, à la fin du dernier acte, a été appelé
sur la scène pour recevoir, au milieu de ses interprètes,
l'hommage sincère de l'admiration générale.
Il n'était pas indifférent de noter la qualité des applau-
dissements dont on a récompensé à juste titre le jeune
compositeur. Celui-ci, en effet, a dédaigné tous les effets
faciles qui appellent, d'ordinaire, d'éphémères triomphes.
On ne lui en a gardé aucune rigueur, on l'a vu. Pour avoir
su se faire écouter, il a gagné une jolie victoire et voilà qui
en dit long sur sa persuasive éloquence.
Aussi bien le livret de M. Blanpain de Saint-Mars et
Henri Aucher était fait à merveille pour tenter la plume
juvénile de M. Maingueneau. L'héroïne, toute parée de
séduction par l'histoire et la légende, nous apparaît ici
dans son cadre brillant; mais les librettistes, s'appuyant
sur les dires de certains de ses biographes, lui font traver-
ser une épreuve quasi tragique constituant l'action de leur
drame. On se rappelle sans doute que, d'après ces
biographes, la belle Ninon eut un très vif penchant pour le
beau de Villarceaux. De cette liaison naquirent deux fils
dont l'aîné, mis en présence de Ninon, ne put résister à
son charme et, ignorant quels liens l'unissaient à elle, lui
fit une brûlante déclaration. Ninon fut obligée de lui
révéler le mystère de sa naissance. Désespéré, le jeune
homme se tua. Sur cette donnée, MM. de Saint-Mars et
Aucher ont établi un poème ingénieux et bien fait pour
servir de support à la musique.
M. Maingueneau s'est complu à commenter et à illustrer
ce thème avec une distinction et une sincérité d'accents
qui ont été justement appréciés. S'il a négligé, ainsi que
nous l'avons dit, les concessions aux goûts de certain public,
il a plu aux musiciens par le charme émouvant de la phrase
mélodique, la fraîcheur d'inspiration et de rythme des airs
à danser et de plusieurs airs à chanter dans le goût du
temps, par sa science sans pédantisme qui s'affirme, notam-
ment dans le finale fugué du deuxième acte, dans les
ensembles et à l'orchestre dont il joue avec maîtrise.
Le cadre étroit de cette correspondance ne saurait se
prêter à une analyse détaillée de l'œuvre et c'est un peu la
trahir que d'en citer quelques pages puisqu'il en est tant
qui méritent une mention.
Ninon de Lenclos a été montée au Grand-Théâtre avec
un soin qui n'est pas tout à fait une exception, car MM. Per-
ron et Chauvet mettent un point d'honneur à maintenir
notre scène au premier rang. Nos directeurs avaient offert
à celte partition le concours de leur admirable orchestre si
bien dirigé par M. Razigade et de brillants artistes.
M Ue Marie Tissier fut une séduisante Ninon, chantant avec
un goût délicat; elle sut se montrer émue et émouvante.
M. Lemaire fut excellent dans de Villiers auquel il prêta sa
voix ample et sonore. M. Raynal, parfait de Villarceaux,
M ae Ferrer, MM. Ricard, Négrié et leurs camarades con-
tribuèrent au succès ainsi que M. Perron, metteur en
scène attentif et d'ingénieuse science, M. Artus, qui
brossa de beaux décors, et les charmantes danseuses
stylées par M. de Tondeur. Henri Boularé.
— Le lendemain de la première représentation de Ninon
de Lenclos, et à l'occasion du gala militaire, le Grand-Théâtre
a représenté la Source, celui des ballets de Léo Delibes
qu'on a le plus rarement l'occasion d'applaudir. La
musique, alourdie par les apports personnels de Minkous,
est loin de témoigner toujours de la grâce élégante et dis-
tinguée qui caractérise Coppélia et Sylvia; mais la sédui-
sante personnalité musicale de Delibes apparaît encore dans
plusieurs morceaux. Certains, tels que la valse de Naïla,
jouissent même d'une légitime célébrité.
MM. Perron et Chauvet ont monté la Source avec le
goût, le soin et le sens artistique qui leur sont habituels.
Ils ont d'ailleurs trouvé un collaborateur remarquable en
la personne de leur maître de ballet, M. Soyer de Ton-
deur : le charme et l'ingéniosité de sa chorégraphie n'a
d'égale que l'harmonieuse splendeur des costumes qu'il a
établis tout spécialement pour cet ouvrage. Ce spectacle
est un enchantement par la grâce somptueuse de la mise
en scène, par la féerie des jeux de lumière, habilement dosés
dans leur variété et leurs contrastes saisissants, maniés avec
une souplesse qu'on souhaiterait parfois pouvoir admirer
au même degré sur de plus grandes scènes.
M" e Mady Pierozzi s'est montrée danseuse-étoile hors de
pair par la grâce souple et spirituelle de ses évolutions et
la sûreté de ses pointes. A ses côtés M. de Tondeur et
M Ue Del Fa ont eu leur large part de succès.
— La Damnation de Blanchefleur, d'Henry Février,
poursuit sa triomphale carrière avec M" Marie Tissier dont
la superbe plastique, la voix merveilleuse et l'incompa-
rable talent de tragédienne lyrique font merveille. Le solo
de violon, déjà célèbre, qui accompagne la muette prière de
Blanchefleur, est toujours bissé avec enthousiasme.
Paul Bertrand.
Boulogne-sur-Mer. — Le premier concert organisé par le
Conservatoire au profit des professeurs de musique a
obtenu un succès dépassant toute prévision.
Le programme dressé avec goût par M. Gripois, direc-
teur du Conservatoire, nous a permis d'applaudir M me Gri-
pois, M Ut Guillot, MM. Valata, Rouet, Bégoulle et Paul.
Ce concert sera suivi d'autres qui obtiendront sans doute
le même succès.
Lille. — Le Théâtre Municipal vient de donner une bril-
lante représentation de Lakmé avec M me Mathieu-Lutz,
l'exquise cantatrice, et le ténor Ancelin. M. Baer a rempli
avec beaucoup d'autorité le rôle de Nilakantha. Ces excel-
lents artistes s'étaient fait apprécier quelques jours aupara-
vant dans le Barbier de Séville. M me Mathieu-Lutz y fut
admirable de virtuosité. Pour la 'leçon de musique, elle
avait choisi l'air de la Perle du Brésil de Félicien David,
où sa voix souple dialogua avec la flûte de M. Bouillard,
l'excellent professeur du Conservatoire.
Ce duo fut pour eux l'occasion d'un véritable triomphe.
— Les Grands Concerts classiques ont donné dimanche,
sous la direction de M. Julien Dupuis, leur premier concert
dont nous avons inséré ici même le programme.
Cette première audition fut en tous points remarquable,
eu égard surtout au petit nombre de répétitions dont l'or-
chestre pouvait disposer. "Les chœurs, qui en avaient eu
davantage et sous la direction personnelle de M. Dupuis,
ont été excellents et n'ont pas eu de défaillance dans leur
lourde tâche, tâche qui consistait dans l'interprétation d'une
partie des Béatitudes de Franck et du final de la Neuvième
Symphonie de Beethoven. Dans ces deux œuvres, le qua-
tuor solo : M me Courso, de l'Opéra, M llc Radino, du théâtre
des Arts de Rouen et élève de M. Dupuis, M. Sabatier, des
Concerts-Colonne, et M. Noël, de l'Opéra, a été, comme les
chœurs et l'orchestre, à la hauteur de sa tâche. Il reste à
désirer pour l'orchestre que les instruments à cordes y
soient en plus grand nombre afin que l'équilibre entre le
quatuor, l'harmonie et les cuivres soit plus complètement
réalisé.
Le concert commençait par l'Ouverture du Roi d'Ys qui
fut brillamment exécutée. Le solo de violoncelle y fut joué
par M me Louvois d'une manière très expressive.
La Procession nocturne d'Henri Rabaud fut également
très bien interprétée. Tout a été dit depuis longtemps sur
cette œuvre remarquable du nouveau directeur du Conser-
vatoire de Paris. On sait la poésie sombre du début, la
majesté sereine de la marche religieuse qui, venant de loin,
s'approche, puis s'éloigne et se perd dans la nuit, l'émotion
59-
LE • MÉNESTREL
cruelle, les larmes de Faust, resté seul dans les ténèbres;
on sait aussi avec quel art M. Henri Rabaud a traduit
toutes ces choses. Nous devons remercier la direction des
Concerts classiques de nous avoir fait entendre cette belle
œuvre.
Voilà pour ces concerts un très heureux début qui nous
fait espérer des exécutions encore meilleures par la suite
quand l'orchestre aura été renforcé et qu'il aura acquis
encore plus de cohésion.
En attendant la reprise mensuelle des concerts au mois
d'octobre prochain, les Grands Concerts classiques en don-
neront un le i3 mars prochain avec le concours du célèbre
violoncelliste Hekking, professeur au Conservatoire de
Paris.
Marseille. — Gismonda vient d'être représentée au théâtre
des Variétés. On sait avec quel succès cette belle œuvre a
été déjà représentée à Nantes, à Rennes, à Rouen, à Tour-
coing, etc. ; à la couronne qui orne le front de cette jolie
princesse d'Athènes il manquait un fleuron : Marseille. On
sail quel est pour la bonne musique l'amour jaloux de la
capitale provençale et la Cannebière ne se satisfait point d'à-
peu-près. Ce n'est pas sans quelque émotion qu'auteurs et
chanteurs abordent notre public. L'émotion de M. Henry
Février doit être dissipée et sa joie sans réserve. Ce fut un
immense succès et le rideau dut se relever plusieurs fois
sous les acclamations d'une salle en délire. Je doute que
M. Février ait eu, dans sa carrière déjà fêtée, de plus belle
soirée.
Quelle musique pénétrante, faite à la fois pour émouvoir
et charmer! En grand artiste, Henry Février sait toucher
toutes les fibres du cœur humain.
Héroïsme, amour, tendresse maternelle, ruse, drame,
tout cela émerge tour à tour, à sa place, des flots d'harmo-
nie qui vous entraînent.
L'interprétation fut digne de l'œuvre. Fontaine fut un
admirable Almerio et M me Vallandri, par la noblesse de ses
attitudes, le charme de sa voix si pure, sa sûre technique
de la scène, donna un relief extraordinaire au personnage
si complexe de Gismonda.
Autour de ces deux éminents protagonistes, M. Billot et
M. Vaurs, M ,Ile Caron furent excellents.
Quant à l'orchestre, dirigé si habilement par M. Rey, il
fut à la peine, mais il fut aussi à l'honneur.
Félicitons enfin, en terminant, MM. Sandberg, Boyer et
Crémieux de la somptuosité avec laquelle ils ont monté
l'œuvre.
De telles représeniations sont un honneur pour notre
capitale phocéenne. M. C.
Nice. — Le Casino vient de donner Colomba, drame
lyrique en trois actes de M. Henri Biisser, d'après la nou-
velle de Prosper Mérimée.
C'était une véritable première, Colomba n'ayant pas
encore été représentée. Le public a fait à l'œuvre un très
bienveillant accueil : la nouvelle de Mérimée est connue,
le drame y fut habilement découpé et la musique s'y adapte
pour ainsi dire pas à pas. M lle Lise Charny, qui interprétait
Colomba, en fit une figure très curieuse; son succès per-
sonnel fut considérable. M. Rolland Conrad (Ors' Anton),
M lles Bugg, Bayle, MM. Castin, Riga, Deligny, tinrent fort
bien partie des rôles très nombreux de cet ouvrage.
Nîmes. — Le 26 janvier a eu lieu la première représen-
tation de Dalah, drame lyrique dû pour le poème et la mu-
sique à M. Chanoine-Davranches.
Le succès a été très vif et très mérité. Sur une action
attachante vient se greffer une musique à la fois moderne
et mélodique, où l'orchestration, extrêmement colorée et
chatoyante, n'empêche pas les chanteurs de déployer à l'aise
leurs qualités. La péroraison, d'une rare puissance, a déchaî-
né des acclamations qui ont forcé l'auteur a paraître en
scène avec ses excellents interprètes, MM. Audiger, Mas-
sonnat, Girard, Fréville, M mes Vallée-Stads, Després, Alex,
Norbert et Cheynet.
Bravo pour la mise en scène de M. Gala, la direction
de M. Sonnier et l'initiative du directeur, M. Crémieux.
Rennes. — Société des Concerts du Conservatoire. —
M. J.-B. Ganaye, qui préside aux destinées de notre Con-
servatoire de musique, donnait dimanche dernier, en
matinée, au Théâtre, un concert qui fut en tous points
réussi.
Le Carnaval romain de Berlioz voisinait avec les Perses,
du regretté Xavier Leroux, et la marche du Tannhâuser, si
populaire, de R. Wagner. Bonne exécution de ces trois
œuvres si différentes par l'orchestre fort bien dirigé.
M. Robert lut applaudi pour le solo de flûte de l'air de
ballet des Perses.
La Nuit de Mai, de Rimsky-Korsakow, est une œuvre très
colorée, très mouvementée; les chœurs, malheureusement,
manquent de chaleur et de conviction. L'air d'Alceste (Aux
portes de l'Enfer), du classique Gluck, valurent de vifs
applaudissements à M 110 Souveryn, qui chanta plus tard
une jolie mélodie de Duparc, la Vie antérieure, et trois
tableaux tout d'impression de M. J.-B. Ganaye, sur des
poèmes de Ch. de Bussy.
Mais la triomphatrice de la matinée fut la talentueuse
harpiste, M" Henriette Renié, soliste des Concerts-Colonne
et Lamoureux, très applaudie dans une Fantaisie, au
rythme berceur de Th. Dubois, avec orchestre, puis, seule,
dans d'exquises choses de Daquin, de Dandrieu, et...
d'Henriette Renié, qui fut élève, pour l'harmonie et la
composition, de Ch. Lenepveu et Th. Dubois. G. P.
Toulouse. — Le troisième concert de la Société du
Conservatoire ne comprenait que des œuvres éprouvées,
indiscutées et rendues par l'orchestre avec tout le respect
qui leur est dû. Ce fut d'abord Faust-Symphonie de Liszt.
L'ensemble final, avec les chœurs du Conservatoire et
M. Bouls, notre professeur de la classe de chant, fut par-
fait d'équilibre et valut à M. Aymé Kunc, à M. Bouls et à
tous les exécutants de vigoureux applaudissements. Phaéton
de Saint-Saëns et la Chevauchée des Walkyries vinrent
ensuite et reçurent leur succès habituel. C'est à M. Henri
Maréchal, violoniste, qu'était confiée la partie virtuosité,
inséparable de nos concerts. L'artiste exécuta le très mélo-
dique Concerto de Lalo, ainsi qu'une Mélodie et une Danse
espagnole de Glazounow. La technique remarquable de
M. Maréchal lui mérita les rappels d'usage.
Pendant le cours du mois de janvier divers récitals de piano
ont été donnés. Nous signalerons celui de M" e Marguerite
Long, qui reçoit toujours un accueil sympathique à Tou-
louse, et celui de Ricardo Vinès qui nous présenta exclusi-
vement des œuvres de Debussy et de Déodat de Séverac
après un commentaire de notre brillant conférencier
M. Mestre. Cette dernière séance musicale a obtenu un
très gros succès. B. Luc.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ANGLETERRE
Au Queen's Hall concert symphonique dirigé par Kusse-
vitzky. A son programme, entre autres numéros, le Poème de
l'Extase de Scriabine, qu'il fut le premier, voilà dix ans, à
faire connaître aux Londoniens, et, de notre Debussy, deux
nocturnes, Nuages et Fêtes.
— Albert Coates, revenu des Etats-Unis où l'on sait qu'il
fut accueilli chaleureusement, a repris la direction du
London Symphony Orchestra.
Il retournera la saison prochaine à New-York où, devenu
« l'associé » de Walter Damrosch, il conduira pendant
dix semaines le New-York Symphony Orchestra.
— Naguère encore, étroitement conservateurs, les Musical
News, depuis qu'ils sont devenus, comme nous l'avons annon-
cé, les Musical News and Herald, s'animent d'un esprit plus
LE • MENESTREL
libéral. Ils demandent avec raison que les tentatives d'une
école nouvelle, pour la musique comme pour les autres
arts et pour la science, ne soient pas dédaignées de parti
pris; alors même qu'elles sont ou paraissent excentriques,
elles peuvent être utiles et mériter l'examen.
— Les revues anglaises publient une information d'après
laquelle Glazounoff ne serait point mort. II aurait dernière-
ment passé la frontière et serait en Esthonie pour y diriger
deux concerts symphoniques auxquels participerait la vio-
loniste Cecilia Hansen.
— Les concerts provinciaux, ces derniers temps, n'ont
pas joué beaucoup de musique française. Dans le compte
rendu qu'en donne le dernier numéro du Musical Times
nous avons pourtant relevé les noms de Massenet, Lalo,
Saint-Saëns, Franck, Berlioz et Rabaud.
— Première audition, dans un concert privé, d'une
œuvre nouvelle, Conversations, d'Arthur Bliss, musicien de
tendances modernes, très apprécié de nos voisins. C'est une
série de quatre pièces dont aucune n'emploie plus de cinq
instruments concertés.
— La musique de chambre est de plus en plus goûtée
outre-Manche, et le succès des Chamber Music Players,
quatuor de formation récente, y va chaque jour croissant.
— La Cari Rosa Company dont la saison lyrique à
Covent Garden s'est terminée dernièrement y donnera sur
la fin de l'année une nouvelle série de représentations qui
durera de la seconde moitié d'octobre jusqu'aux environs
de la Noël. Maurice Lena.
BELGIQUE
Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie vient de faire une
très brillante reprise de la Habancra de M. Laparra.
M lle Berge et M. Roosen remplissaient les rôles principaux
avec un éclat et un sentiment dramatique qui leur a valu de
chaleureux applaudissements. L'œuvre, qui avait été donnée
à la Monnaie très peu de temps après son apparition à
Paris, a gardé toute sa vigueur d'accent, sa sombre couleur
et son mouvement frénétique. Elle dénote décidément un
musicien d'un tempérament dramatique peu ordinaire, el
elle n'a point vieilli.
Dans la même soirée, la Monnaie nous a donné l'Heure
espagnole de MM. Kranc-Nohain et Ravel. Cet acte char-
mant, spirituel et croustillant, a obtenu le plus vif succès.
Il a été joué à ravir par M"' : Terlca-Lyon, qui débuta il y a
quelques années sur un théâtre de comédie, et par
M. Boyer, excellent comédien aussi; les autres furent très
satisfaisants. El l'orchestre, dirigé par M. Ruhlmann, a
détaillé avec une exquise légèreté la dentelle instrumentale
que M. Ravel a brodée sur cette ironique bouffonnerie.
MM. Laparra el Ravel étaient présents à la représentation ;
le public leur a fait des ovations enthousiastes.
— Le deuxième concert du Conservatoire nous a fait
entendre une admirable exécution de la Neuvième Sym-
phonie de Beethoven que l'on joue un peu partout cet
hiver. Le programme comportait aussi une œuvre d'Edgar
Tinel, le précédent directeur du Conservatoire de Bruxelles,
Roies des blés, pour solo, chœurs et orchestre, inspirée par
la guerre de 1870. Œuvre de forme mendelssohnienne, très
pure, très aimable et d'un sentiment élevé.
Dans ce même Conservatoire, le groupe des « six», avec
son chef M. Erick Satie, est venu donner une audition, qui
avait réuni un public nombreux et extraordinairement
sympathique. Vous voyez que le public belge, non seule-
ment commence à comprendre la musique moderne, comme
le disait l'autre jour un correspondant anversois du Ménes-
trel, mais qu'il n'est fermé à aucune de ses manifestations,
même les plus bolcheviques. N'oubliez pas que c'est à
Bruxelles que furent jouées pour la première fois, au
théâtre et au concert, et avant Paris même, les œuvres de
MM. Vincent d'Indy, Debussy, Ravel el consorts, grâce à
l'initiative de Kufferath, de Guidé et d'Octave Mons, aujour-
d'hui disparus. El maintenant, il n'y a pas de consens où
ne soient inscrits les noms des tout derniers venus de la
musique française et où on ne les apnlaudisse. Les œuvres
de MM. Erick Satie, Poulenc, Milhaud et C ip , ont été écoutées
avec curiosité; et si elles n'ont pas eu le don d'être prises
au sérieux par tout le monde, elles n'en ont pas moins
reçu un accueil qui n'a certes pas été pour leur déplaire.
Lucien Solvay.
ESPAGNE
Madrid. — A l'une de ses séances, l'Association sympho-
nique Lassalle a donné (première audition à Madrid) une
Sérénade de Mozart pour deux petits orchestres. On y a
entendu aussi le poème la Primer Salida de Don Quijote,
du vénérable maître Emilio Serrano.
— La « tiple » Bîanquita Pozas, de retour d'Amérique, est
très fêtée à Madrid. Elle a obtenu de grands succès dans
la Galita, au Cervantes.
— La pianiste Bauer a fait, à travers la Péninsule, une
tournée triomphale.
Barcelone. — Au « Palace de la Mûsica Calalana », l'or-
ganisation chorale basque, connue sous le nom d's Orfeo
Donostiarra », a fait entendre des arrangements de chansons
populaires euskariennes. Au programme liguraientles noms
de Noberto Almandoz, Ramon Usandiga, Jésus Guridi,
Secundino Esnaola, José Usandizaga, P. Donosty, Alberti.
Raoul Laparra.
La représentation de Louise, à Madrid, a obtenu un
succès considérable.
HOLLANDE
Une saison d'opéra italien vient de s'ouvrir à Amsterdam
par une représentation de Rigoletto.
— L'orchestre du Concertgcbouw d'Amsterdam compte
donner trois concerts à Madrid, au mois de mai prochain.
— La suite d'orcheslre tirée par M. Richard Strauss de
sa musique de scène pour le Bourgeois gentiliiomme a été
exécutée au dernier concert du Concertgebouw, sous la
direction de M. Cari Muck.
— Le Théâtre Municipal d'Amsterdam représente le 12 fé-
vrier l'Electre de Sophocle, avec une musique de scène de
M. Diepenbrock, exécutée par l'orchestre du Concertgebouw.
— M. Jan Morks, compositeur et directeur de musique à
Middelbourg, vienl de recevoir les palmes académiques.
— Au cours de la saison dernière (1919-1920), l'orchestre
du Concertgebouw a donné quarante-six concerts d'abon-
nement, dont vingt-six sous la direction de M. Mengelberg,
trois sous la direction de M. Cornelis Dopper, et dix-sept
sous la direction d'autres chefs, à savoir : MM. Muck et
Nikisch (allemands), Casella (italien), Elgar (anglais), Van
Anrooy (hollandais), Pierné (français), Suter (suisse), Niel-
sen (danois), Rasse (belge) et Schônberg ( autrichien).
L'orchestre du Concertgebouw a donné en outre dix-neut
concerts populaires à 2? cents, trois concerts populaires à
5o cents.
En dehors d'Amsterdam, il a donné quinze concerts à
La Haye, dix à Rotterdam, quatre à Arnheim, cinq à
Haarlem, trois à Nimègue, cinq à Utrecht, soit en tout
quarante-deux concerts, dont trente-huit dirigés par
M. Mengelberg.
Il y faut ajouter les concerts d'été, dont douze dirigés par
M. Cornelis Dopper, les autres par MM. Nikisch, Van
Raalle, A. Hertz, W. Pijppcr et K. Kuiler.
Soit un total général de cent trente concerts.
— Par mesure d'économie, tout le personnel de l'Opéra
National voyagera désormais en troisième classe : l'écono-
mie ainsi réalisée atteindra 14.000 florins par an.
— Le concert de M. Gérard Hckking, à Amsterdam, a
valu un succès des plus vifs à l'éminent artiste qui avait
laissé en Hollande un profond souvenir.
Jean Ciiantavoine.
I TA L I E
L'excellent pianiste Bajardi s'est fait entendre à Rome
dans la a Sala Pichctti ». A l'exception de la Fantaisie de
Schumann (op. 17), le programme se composait unique-
ment de musique italienne ancienne et moderne. Œuvres
de Erescobaldi, de Scarlutti et des jeunes maîtres d'aujour-
LE • MÉNESTREL
d'hui. D'Aldo Cantarini : In una Landa sconfinata, et
A Cavallo a un Turbine ; de Castelnuovo - Tedesco :
/ Naviganti ; de Santoliquido : Danjatrice araba, et de
lui-même Bajardi a joué Une Sonata. La très alerte et très
pittoresque musique des « modernes o italiens que Bajardi
interprète remarquablement a reçu un chaleureux accueil.
— A un autre concert organisé par la société « Amici délia
Musica i> fut exécutée une « Sonata per piano fort e et violon-
cello » du jeune maestro Vincenzo di Donato, un des meil-
leurs élèves de Giacomo Setaccioli. L'oeuvre, des plus inté-
ressantes, écrit-on, avait pour interprètes Augusta Coen et
Eugenio Albini.
— La revue d'art le Maschere N\a del Mortaro, in,
Roma) organise entre ses abonnés un concours musical
pour un Poema sinfonico et pour une Stornellata popolare
qui sera clos le 3i mars 1021. Les prix sont de mille et
trois cents lires.
— A 1' « Augusteum », le violoniste Remy Principe a
consacré un beau concert à la musique italienne de Vera-
cini et Pugnani, à Lualdi et Zandonai. De ce dernier, l'émi-
nent virtuose a joué le nouveau Concerto romantico, de
forme « cyclique et qui semble avoir beaucoup plu au
public, très enthousiaste de Zandonai, l'auteur fêté de
Francesca da Rimini et de Giulietta e Romeo. Le maestro
Molinari conduisait l'orchestre avec son talent habituel.
— Au Dal Verme » de Milan Francesco Novelli, La
Légal et Barrotli ont été fort applaudis dans il Barbiere.
— Sur l'initiative de la « Scuola di cultura musicale », la
cité de Côme a vu ressusciter une œuvre de notre grand
Rameau : Platea, opéra-ballet donné à Paris en 1773. Cette
œuvre sera également donnée à Milan par les soins des
« Amici délia Musica ». Le maître Orefice avait revu la
partition qui eut pour interprètes Anita Conti, Tina Alasia,
Jana Seleska, Giraldoni et Oreste Carozzi. La danseuse
Ora Doelk fut l'étoile du ballet et partagea l'honneur des
rappels avec les excellents chanteurs qui surent conserver
son caractère à cette œuvre ancienne et charmante. Les
intermèdes, les Passepieds, le Menuet dans le goût du siècle
furent particulièrement goûtés.
— Musica d'Oggi, l'intéressante et très documentée revue
de la maison Ricordi, publie un tableau fort édifiant des
œuvres lyriques nouvelles représentées dans les théâtres
d'Italie pour l'année 1920. Nous regrettons de ne pouvoir
le donner en entier, mais nos colonnes n'y suffiraient pas.
Ce tableau ne comprend pas moins de soixante-quatre
titres, opéras, opérettes, revues, etc. Qui fera ce travail
pour la France ? La tâche, hélas ! ne serait pas bien lourde...
— Le Jury du concours organisé par Musica d'Oggi
de la maison d'édition Ricordi a couronné, sur i53 envois,
l'œuvre du maestro Gustavo Campanini.
— Les « Cantori di Firenze » se sont fait entendre à la
salle « Buonninore ». Cette société de chant, fondée par le
comte Guido Carlo Visconti di Modrone, est dirigée par
Virgilio Duplicher. Tous ceux qui ont entendu ces jours
derniers, à Paris, le Chœur National Ukrainien, ne peuvent
qu'approuver ces sociétés chorales et regretter qu'en France
elles soient si peu nombreuses ou si peu éduquées.
G.-L. Garnier.
PAYS RHÉNANS
Sarrebruck. — Le 23 décembre, quatrième concert de la
Société de Musique française. Au programme : un Concerto
de Hœndel pour orgue et orchestre; deux airs de la
Damnation de Faust, le « Roi de Thulé » et « d'amour
l'ardente flamme », chantés avec assez d'expression par
M" e Trundt, du Théâtre; le Final pour orgue de C. Franck,
joué par M. Deffner; Phaéton, de Camille Saint- Saëns;
deux airs de l'Enfance du Christ, correctement chantés en
français par un artiste alsacien, M. Lorentz. Le concert se
terminait par les Impressions d'Italie, dé G. Charpentier,
qui furent un triomphe pour l'orchestre et son chef, le
remarquable violoncelliste M. Bender.
— Le 12 janvier, concert intéressant de la Société Har-
monie. Au programme : VOuverture d'Erich Korngold,
composée par le jeune artiste viennois à l'âge de i5 ans;
une très curieuse pièce symphonique, Musique d'orchestre,
d'un compositeur allemand tué à la guerre, Stephan Rudi,
proche parente des compositions d'Igor Slravinsky; VOu-
verture académique de Brahms, pièce de circonstance assez
plate et d'intérêt local. Une cantatrice de l'Opéra de Berlin,
précédemment à Metz, M me Haafgren, chanta avec bravoure
et quelque ridicule des Lieds de R. Strauss et de Hugo
Wolff, avec le charmant Solvejgslied, de Grieg, dont elle
donna une interprétation très intéressante.
— Au Théâtre, reprise de Carmen, avec M mo Lilienfekl
dans le rôle de l'héroïne de Mérimée. M mc Lilienfeld, pro-
fesseur de chant à Sarrebruck, fait de courtes et précieuses
apparitions sur la scène. Douée d'une belle voix très
étendue qui lui permet d'aborder les rôles écrits pour
soprano et pour contralto, d'une musicalité profonde,
connaissant parfaitement la langue française, M mc Lilienfeld
contribuera très heureusement à faire connaître et aimer
aux Sarrois les chefs-d'œuvre de notre musique.
C. Schuller.
ROUMANIE
Bucarest. — A l'Opéra, après Samson et Dalila, on a
représenté Faust, Madame Butterfly et Aida. Ce dernier
opéra, notamment, jouit d'une belle interprétation, qui réu-
nissait les noms de M mcs Ivony et Brunetto, MM. Vrabiesco,
Téodoresco, Folesco, Istratty.
— Aux derniers concerts de la « Filarmonica » on a
exécuté la' la Troisième Symphonie de Brahms, Mort et
Transfiguration de R. Strauss. La musique française était
représentée par Phaéton et la Troisième Symphonie en ut
mineur de Saint-Saëns, VEglogue de Rabaud, les Scènes
alsaciennes de Massenel. Le remarquab'e violoncelliste
Enrico Mainardi (direction Jean Feder) y joua le Concerto
de Saint-Saëns avec une technique irréprochable et un sen-
timent très délicat.
— Richard Strauss est attendu pour diriger trois con-
certs.
— La société orphéonique « Cântarea României» a donné
une double audition de l'Oratorio de Noël de Saint-Saëns,
sous la direction de Marcel Botez.
— Très appréciés, les cinq récitals que la jeune pianiste
Nadia Chebap consacre à Bach, Beethoven, Schumann,
Chopin, Liszt.
— Les spectacles de danse de Lucienne Caravillot, de
l'Académie Duncan de Paris et de son école, sont suivis
avec un vif intérêt. Alfred Alessanuresco.
SUISSE
Genève. — Le huitième concert symphonique de l'Orchestre
Romand. — Ouvert par la Cinquième Symphonie de Beet-
hoven, il continuait par la Rhapsodie pour alto, chœur
d'hommes et orchestre, de Brahms, et la Quesle de Dieu, de
Vincent d'Indy, pour clore par le finale du premier acte de
Parsifal.
Deux importants chœurs d'hommes, le Cercle choral et
la Lyre de Carouge (directeurs MM. Vuataz et Denizot),
avaient été mis à réquisition. En outre, un important groupe
choral d'enfants admirablement entraînés par MM. Ludwig
et Marti et encore des dames des classes de chœurs du Con-
servatoire (direction Montillet) prêtaient leur concours. Il
n'y avait pas moins de 35o exécutants.
Le soliste était Murano, baryton.
Il convient de mentionner spécialement M" e Falk qui
possède une voix d'alto d'une pureté et d'une finesse par-
faites, et une diction expressive. Son succès fut très franc
et très justifié.
Il faut savoir gré au Comité des concerts de l'Orchestre Ro-
mand, à M. Ansermet et à l'orchestre lui-même, pour l'effort
considérable qui a été fait pour cette belle manifestation.
Le dernier concert Risler. — Risler nous y montra le
meilleur de ses qualités. C'est bien ces œuvres de grande
envergure qui conviennent le mieux à sa puissante interpré-
tation.
LE • MENESTREL
C'est dans ses dernières sonates que se révèlent avec le
plus de force le génie de Beethoven, sa vie intérieure si
intense, ses souffrances. C'est avec un profond respect et
une sincère émotion que l'on entend les derniers chefs-
d'œuvre du maître. La Sonate, op. 106, qui dure environ
quarante minutes, et que l'on appelle la Sonate des Géants,
est fatigante à entendre. Peu de pianistes se hasardent à la
jouer. Elle contient cependant un monde de nouveautés,
de richesses et son exécution est d'une exceptionnelle dif-
ficulté.
Dans la Sonate, op. 109, le thème et ses six variations
sont particulièrement admirables. La Sonate, op. 110, sorte
de confession psychologique de l'auteur, atteint le summum
de l'accent pathétique.
Enfin la fameuse Sonate, op. m, la dernière sonate du
maître, son chant du cygne, représente de façon très
typique les deux contrastes, le Sansara et le Nirvana,
comme dit de Lenz; la fougue et la puissance du premier
mouvement, la tendresse de l'ariette et de ses variations.
Et quelle poésie, quelle fantaisie, quel élan, quelle libéra-
tion de la règle dans ces variations où l'on sent l'esprit de
l'auteur s'éloigner plus de la terre pour s'approcher de
Dieu !
Nous devons à M. Risler, le grand artiste, et à Beetho-
ven, son auteur favori, une jouissance artistique de tout
premier ordre.
ÉTATS-UNIS
Au programme des concerts que Mengelberg à donnés
au Carnegie Hall : la Symphonie fantastique de Berlioz et
l'Après-Midi d'un Faune, de Debussy.
— Toute la presse musicale salue avec joie l'avènement
de Mary Garden à la direction de l'Opéra de Chicago. On
rapporte à celte occasion que, pendant plusieurs années, le
Costanzi de Rome fut également dirigé par une femme,
la Signora Carelli, qui laissa la réputation d'une parfaite
« impresaria ».
Il est possible que le chef d'orchestre français actuel,
Henri Morin, ne revienne pas, la saison prochaine, à l'Audi-
torium.
Dernières représentions à ce théâtre :
La Walkyrie et Lohengrin, en anglais; Butterfly, Tosca,
Carmen, etc. ; de nouveau, Monna Vanna avec Mary Garden
et Muratore dans ces dernières pièces.
— Première attendue et magnifique succès de Louise au
Metropolitan. La presse ne se montre pas médiocrement
fière que plusieurs des grands rôles et la plupart des rôles
secondaires aient été confiés à des artistes américains.
Orville Harold, dans un français, paraît-il, impeccable,
tut un Julien, chant et jeu, de premier ordre. Clarence
Whitehill, beau comédien et voix superbe, a magistralement
composé le personnage du Père. Quant à Géraldine Farrar,
il n'est pas d'artiste, déclare une revue, qui, dans le rôle
de Louise, « ait été jamais plus émouvante avec plus de
mesure et de sincérité ».
Louise Bérat, la Mère, fut, de même, excellente.
Acclamations et rappels sans fin. Au dernier acte ovation
enthousiaste à laquelle Abert Wolff, qui dirigeait l'orchestre,
fut chaudement associé.
— A l'un des concerts dominicaux du Metropolitan, Jacques
Thibaud a joué le Concertoen si mineur de Saint-Saëns. Parmi
les numéros de chant un air des Huguenots et, de Massenet,
un air du Roi de Lahore. De Massenet encore l'orchestre
exécuta la suite des Érinnyes.
— La représentation du Mefistofele de Boïlo donnée par
le Metropolitan au bénéfice de l'hôpital italien a rapporté,
net, dix mille dollars.
— Grand succès de Toscanini et de son orchestre dans ses
deux concerts à Boston. Au programme du second nous
relevons, de Roussel, son charmant Festin de l'Araignée.
— La Vierge, de Massenet, sera chantée le 6 mars par la
Société philharmonique — c'est une société franco-améri-
caine — de Worccster (Massachusetts).
Maurice Lena.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra : on a commencé à répéter Antar en cos-
tumes et dans les décors.
L'augmentation de subvention votée par la Chambre
reste toujours accrochée devant la commission des finances
du Sénat. Il serait bon cependant que cette question reçût
une solution.
— Ainsi que nous l'avons annoncé, la Comédie-Fran-
çaise va effectuer une reprise de Francillon, spécialement
destinée aux spectacles d'abonnement.
L'œuvre d'Alexandre Dumas sera affichée en abonne-
ment les mardi i5, jeudi 17 et mardi 22 février.
— Le Préfet de la Seine vient d'arrêter définitivement la
composition des membres du jury déclassement des parti-
tions présentées au concours musical en 1913-1918 pour la
composition d'une œuvre musicale avec soli, chœurs et
orchestre, sous la forme symphonique ou dramatique.
Elle comprend :
Le Préfet de la Seine, président ; MM. H. Rabaud, mem-
bre de l'Institut ; Paul Vidal ; Gustave Charpentier, mem-
bre de l'Institut ; Alfred Bruneau, désignes par les concur-
rents.
MM. Henry Février, Vincent d'Indy, André Messager,
Gabriel Pierné, Widor, membre de l'Institut ; d'Andigné,
César Caire, Deville, Le Corbeiller, désignés parle Conseil
municipal.
MM. Emile Fabre, administrateur général de la Comédie-
Française ; Albert Carré, directeur du Théâtre National de
l'Opéra-Comique ; R. Falcou, directeur des Beaux-Arts et
des musées de la Ville de Paris, désignés par l'adminis-
tration.
Ce concours fut institué par M. Hérold, préfet de la
Seine.
La guerre interrompit ce concours ; la tradition est renouée
aujourd'hui.
Le jury fonctionne dès à présent. Le nombre de parti-
tions soumises à son examen est de trente-sept.
— Un concours est ouvert pour la nomination i° d'un
professeur de piano (cours supérieur) ; 2 d'un professeur
de solfège (cours moyen) au Conservatoire de Rennes.
Adresser les demandes de renseignements à la mairie de
Rennes (Secrétariat).
Les candidatures seront reçues jusqu'au 10 mars inclus
pour le piano et jusqu'au i 01 ' avril pour le solfège.
— Parmi les nouveaux décorés (promotion de l'Instruc-
/ion publique) citons : MM. Gustave Charpentier, l'auteur
de Louise, dont on vient de fêter la 5oo e à l'Opéra-Comi-
que, et M lnc Sarah Bernhardt, qui sont nommés officiers de
la Légion d'honneur;
MM. de Curzon, André Gédalge, Tournemire, Claude
Terrasse, Jacques Copeau et Francell, qui sont nommés
chevaliers.
t — Le Chœur Ukrainien donnera, au Théâtre des Champs-
Elysées, plusieurs auditions aux dates suivantes : samedi
12 février et dimanche i3 en matinée, à 3 heures et
demie, lundi 14 en soirée, jeudi 17 et samedi 19 en
matinée.
— Nous avons parlé du procès intenté à M. Doumic par
M. Silvain qui demande l'insertion d'une réponse à la cri-
tique faite par celui-ci dans la Revue des Deux Mondes. Le
Ministère public a conclu dans le sens de M. Doumic ; il a
estimé que les critiques étaient convoqués pour donner
leur opinion, que les auteurs devaient par conséquent subir
sans murmurer les jugements de cette critique.
Le tribunal décidera cette semaine.
— Le mouvement pour la suppression de la taxe sur les
pianos se continue.
Une réunion des délégations de tous les groupements
artistiques représentant plus de i3o.ooo membres s'est
tenue a Comœdia, sous la présidence de M. Henri Rabaud,
assisté de MM. Vincent d'Indy, Philipp, Chapuis, Paul
Braud, Raymond Charpentier.
Elle a approuve les démarches déjà faites et décidé de
continuer 1 action entreprise pour faire revenir nos élus sur
leur première décision.
Le Conseil municipal se réunit cette semaine et l'af-
faire sera certainement évoquée devant lui.
— L'Enfant Jésus, mystère en cinq actes, de Ch. Grand-
mougin, créé à Paris voici longtemps, vient d'être redonné
avec grand succès au Havre pour le bénéfice de la maîtrise
de Notre-Dame. La musique de scène est de F. Thomé.
LE • MENESTREL
BIBLIOGRAPHIE
L'Art et les Saints : Sainte Cécile, par M. Elie Poirék
(Henri Laurens, éditeur).
Charmante et touchante monographie de la jeune Romaine qui,
martyrisée en l'an 178 de notre ère, fut, vers la iïn du moyen
âge, choisie comme patronne de la musique. Œuvre d'un érudit
doublé d'un musicographe fort estimé — auteur, entre autres,
d'une excellente biographie de Chopin — cette plaquette sera lue
avec émotion et aussi avec un vif intérêt. On y verra naître, se
développer et croître la légende ù laquelle les musiciens doivent
leur protectrice et les peintres un inépuisable sujet d'ingénieux
tableaux. Jugez-en par les quarante-deux illustrations qui émail lent
ce joli recueil. Cimabué, Raphaël, DonatcUo, Carlo Dolce, Rubens,
Mignard, Poussin, Puget, Clodion, Uelarochc, Bouguereau,
d'autres encore, ont représenté la sainte jouant tour à tour de la
cithare, du luth, de la viole, de la harpe, de In guitare, de l'orgue
surtout, puisque <■ un terme mal compris peut-être, pcut-èire
un mol omis dans la première antienne des Laudes, nu jour de
sa fête, ont donné à croire Qu'elle s'accompagnait de l'orgue
quand elle priait ou chantait. De là à la représenter touchant de
lorgne le pas devait être aisément franchi... Aussitôt née la
légende fut adoptée universellement. >■ N'oublions pas que des
poèmes furent écrits en l'honneur de sainte Cécile, que des
musiciens tels que lkendel, Liszt, Gounod, Chausson furent
inspirés par elle. Aussi toute bibliothèque musicale se doit-elle
d'enrichir ses rayons de celle attrayante étude consacrée par noire
cimnent confrère à la pure et sainte patronne des musiciens *>.
Le Mercure de France inuméro du 1" février 1921). — Paul
Rival : Un Acteur tragique : Gabriele d'Annunzio. — Marcel
Coulon : Une Minute de l'Heure symboliste : Albert Mûrier. —
André Fontainas : Devant la Mort, poème. — Gaston Danville :
Notre Corps immortel. — B. Nikitink: Quelques observations sur
les Kurdes. — Louis Dumur : Le Boucher de Verdun, roman
(suite) (VII, VIII et IX).
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
Nous donnons un fragment de Ninon de Ij?nclo$, l'œuvre de
M. Alainguencau qui vient d'être représentée avec tant de succès
à Bordeaux.
programmes âe$ <5oï?eert$
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche j3 le-
vier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubeni. — C. Franxk : Symphonie en ré mineur. —
Bach : Concerto en la pour violon et orchestre (M. G. Enesco). —
Balaktrew : Thamar. — Max d'OLLONE : Le Ménétrier, légende
pour violon et orchestre (M. G. Enesco). — Berlioz : Ouverture
de Benvenuto Cellinî,
Concerts-Colonne {samedi 12 février, à 4 h. 3/^, au Châtclet,
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Weblr : Invitation
à la Valse (orchestrée par Berlioz). — Mouret : Le Jardin des
Amours : ballet pour instruments anciens. 1. Pavane gaillarde;
2. Menuet tendre; 3. Canarie. — Beethoven : Symphonie en la. —
Alfred Bruneau : Chansons à danser : Pavane, 'Sarabande, Passe-
pied. — Debussv : a) Rondes de Printemps; b) CakeAYalk.
Dimanche i3 février, à 2 heures et demie, au Châtelet. sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Maurice Emmanuel : Sympho-
nie en la (2 e audition 1 !. — R. Wagner : Les Murmures de là Foret.
— C. Franck : Symphonie en ré mineur. — CIi.-M.Widok : Concerto
en ut mineur pour piano et orchestre tM. Emile Freyï. — R.Wag-
ner : Scène du Vcnusbcrg.
Concerts-Lamourenx (dimanche i3 février, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Schu-
mann : Ouverture de Maufred. — Jaques -Dalcroze : Rythmes de
Danse (1" audition). — Beethoven : Fideîio : a) Ouverture ; b) Air
d'Eleonore CM"" Eisa Stralia). — Rimsky-Korsakoff : Antar. —
Weber : Oberon : a) Ouverture; bj Air de Rez2ia (M" Eisa Stra-
lia). — Berlioz : Une Fête chc^ Capulei.
Concerts-Pasdeloup (samedi 12 et dimanche i3 février, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Batoni. —
Schubert : Symphonie en ut majeur. — Alfredo Casella : Le Cou-
vent sur l'Eau. — Wagner : Siegfried-ldylt ; Lohengrin (.introduc-
tion du 3 e acte).
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 12 FÉVRIER :
Concert Mark Hambourg (à 9 heures, salle Gaveau). —
Récital de piano.
Concert Roger Mendez (à S h. 3/4, salle des Agriculteurs,
avec le concours de M mc Irma Nordmann et Pierre Montpellier).
— Saint-Saëns : Sonate pour violoncelle et piano. — Haydn :
Concerto pour violoncelle; Mélodies (M» e Irma Nordmann).
Société Nationale (à 8 h. 3/4, salle du Conservatoire). —
Georges Enesco : Suite pour piano (M ,le Blanche Selva). — J. de
la Presle : Trois Elégies (M ,nc Croiza). — Josef Sue ; A Travers
la Vie et le Rêve (1» audition} (M 110 Blanche Selva). — A. de Cas-
tillon : Deux Mélodies (M" 10 Croiza et M 1 " Nadia Boulanger);
Sonate pour violon et piano (M. G. Enesco cl M lle Blanche Selva).
Schola Cantorum (à 4 heures). — Œuvres de Bach et Scnu-
mann (M' 1 " Blanche Selva).
Concert Bastide ià 3 heures, à la Chaumière). — Concert
hors série. Œuvres de J.-S. Bach, Lalo, Sceiumann, Turina,
V. d'iNDY.
Concert de M. et M"" Paul Bazelaire (à q heures, salle
Erard). — M. Emmanuel : Sonate pour piano et violoncelle (r° au-
dition). — Mendelssohn : Variations concertantes. — Paul Baze-
laire : Ballade. — P de Maleingreau : Sonate.
DIMANCHE 13 FÉVRIER :
La Damnation de Faust (ù 2 heures et demie, au Trocadéro,
sous la direction de M. Victor Charpentier).
Concert Alice Viardot (à 9 heures, salle des Agriculteurs,
avec le concours de MM. Louis Wins et Georges Dandelot).
Orohestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs). —
Œuvres de Weber, Haydn, Enesco, Granados, Podolwsky,
M. Mstneiï, L. Aubert, F. Le Borne.
Schola Cantorum ta 4 heures). — M"" Claire Hugon.
LUNDI 14 FÉVRIER :
Concert Jeanne Duchesne-Bilewslti (à g heures, salle
Gaveau). — Œuvres de Lekeu, Bach, Fauki'c, Saint-Saëns, C. Che-
villard et Chausson (Concert en ré majeur).
Société des Instruments anciens (à 8 h. 3/4, salle Pleycl).
Concert Benvenuti (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
MARDI 15 FEVRIER :
Concert Ania Dorfmann (a 8 h. 3/4, salle Erard). — Récital
de piano. Œuvres de Mozart, Schubert, Chopin, Liadow, Scria-
lilNK, RaCHMAKINOFF, DlMITRIEFF, RuniNSTKIN.
Cercle Musical Universitaire (à b' heures et demie, à la
Sorbonne, salle Richelieu). — La Chanson populaire française.
Conférence de M. Tiersot.
Concert de la Chaumière (à 4 heures). — Quatuor Bastide.
Société Philharmonique (a g heures, salle Gaveau, avec le
concours de MM. César Galeotti et Georges Enesco).
Concert Olénine d'Alheim (à 9 h., salle des Agriculteurs,
avec le concours de M ,ncl Speranza Calo et Marguerite Babaïan).
Vieux-Colombier (à 3 heures). — Troisième matinée musi-
cale. Haydn : Quatuor. — Yves Nat : Le Bûcheron; Cloivn ; la
Tempête. — Gabriel Dupont : Poème. Le quatuor Krettly et
AI. Yves Nat.
Concert M. -T. Bonhomme (ù 9 heures, salle Pleyel, avec le
concours de MM. Jean Suscinio cl Pierre Sienger).
MERCREDI 16 FÉVRIER :
Concert Evelyn-Howard -Jones (à 9 heures, salle Erard).—
Récital de piano.
Concert IVÎarya Freund (à 9 heures, salle Gaveau, avec le
concours de MM. Maurice Ravel et Alfredo Casella).
U. F. P. C. (à 8 heures et demie, salle des Agriculteurs}, avec
le concours de M™" Jane Arger, M. Chardon, Alaçarelli, S. Plis-
son, J. Schwaebel, Thuillant, Anaïs Hallcz, "Jeanne Leleu,
M»« Jeanne et Hélène Hugues, Pelliot, Thérèse Combarieu,
Suzanne Sapin, Alice Alerckel, M"" Marguerite Caponsacchî.
Al llc Bidegaray de Camproenia.
Concert Georges de Lausnay (a 4 heures et demie, salle
Gaveau, salle des Quatuors).
JEUDI 17 FÉVRIER :
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert his-
torique : Erlanger.
Concert Golschmann (à g heures, salle Gaveauï. — Rameau :
Castor et Pollux (.Danses). — Quatre pièces d'orchestre inédites
concourant pour le prix Verley (André Vaurabourg : Prélude;
Jean Cras : Ames d'Enfants; A. Honegger: Pastorale d'Eté ; Roger
Dcsormiers : Montluçon). — Fauré : Ballade (M 11 * Aussenac). —
Louis Durey : Pastorale (r_° audition).
Concert Sigismond Dygat (à 9 heures, salle Erard). — Réci-
tal de piano. CEuvres de Bach, Chopin, Ravel, Albeniz, Rachma-
Une Heure de Musique pour les Jeunes (à 2 heures et
demie, salle de l'Etoile, avec le concours de Al 01 " Jeanne Alvin,
Marcelle Meyer, Marie-Andrée Alour et de M. Pierre Berlin).
Concert ïlisler (à 9 heures, salle des Agriculteurs). — Schu-
mann : Fantaisie, op. 17; Fantaisie St'ùcl:, op. 12; Etudes sympho-
niques, op. 1?.
VENDREDI IB FÉVRIER :
Concert Maurice Amour (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
— Récital de piano.
Concert Singery Dorfmann 'à 9 heures, salle Plej'el).
Concert Spirituel (à 8 h. 3/4, égiise de l'Etoile). — Messe en
si de Bach.
Musique russe et française (à 3 heures, salle Gaveau).
Concert Jasha Heifetz (à 9 heures, salle Gaveau). — Récital
de violon).
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L'élève qui ne fait qu'imiter les rythmes exécutés parle
"■ : ' -'-jmënt, finit par les trouver seul,
études musicales, par
1
L'élève aui r_
qui, péniblement, iinil |i;ir les
sça yuui-sun s.tns eiilr.'iin ses éludes musicales, \
'■> fii.-s restent f.m viu.'iii l n» puissantes. " La Spontanéité
..'■ i.'VLh inique " ivnd t elml<' iMii'T-sswiite et rapide, par la ré"
"■■ l.i.;.-!ij..ni ;ii>t;mi;mi''c -les rythmes.
.";' G.- recueil, utilisable vers la fin de la première année, co
1° Série d'exercices sur les 5 doigts avec les valeurs : roud
blanche;
binaires et ternaires.
2° Séries d'exercices clé de sol
croches, triolets, doubles croches,
clé de fa simultanément.
Ces exercices sont composés de formules rythmiques irré-
gulicres, c'est-à-dire que toutes les formules rythmiques con-
tiennent les même-; valeurs, nmis toujours une formule quel-
conque diffère de i"lle qui l.i pnyède et de celle qui la suit,
par une nouvelle disposition de ces valeurs.
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Vendredi 18 Février 1921.
FONDÉ -ENl- 1853
LEMENESTREL
MUSIQUE • ET- THEATRES
DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTEUR,
DE-1833À1883
J.L. HEUCEL
DIRECTEUR,
DEI883À1914-
HENRIHEQGEL
SOMMAIRE
Edouard Lalo HENRY Malherbe
La Semaine Musicale :
Opéra-Comique : Forfaiture .... PAUL BERTRAND
Trianon-Lyrique : Phllémon etBauds.
La Chanson de Fortunlo (reprises). J.-H, MORENO
La Semaine dramatique :
Théâtre des Arts : Lapolnte et Ropl-
teau ; Quand vous voudrez —Le l / PIFJtRi C'OijVRAV
Temps est un songe (reprise) . .
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire ....
Concerts-Colonne
Concerts-Lamoureux
Concerts-Pasdeloup
RENÉ RRANGOUR
P.OELAPOMMERAYE
Jv^H. MORENO
RAYMOND SCHWAB
♦
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Étranger :
Allemagne
Belgique
Espagne . .
Grèce
Hollande
Italie
États-Unis |
Canada
1. CHANTAVOINE
J. BESSIER
RAOUL LAPARRA
OLIVIER GOBBE
J. CHANTAVOINE
B.-L. 6ARNIER
MAURICE LENA
JOSEPH DE VALOOR
LOUIS MIGHIELS
Échos et Nouvelles.
♦
SU
PPLÉMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnis d la musique)
MUSIQUE CE pinrio
Nos abonne's à la musique de piano recevront avec ce numéro :
SARABANDE, de Louis Maingueneau, Extrait de Ninon de Lenclos.
Suivra immédiatement : Danse des Roses, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar.
MUSIQUE DE CHANT
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonne's à la musique de chant :
O Nuit, pareille i mol, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar, conte héroïque en quatre actes et cinq tableaux,
poème de Chekri Ganem.
Suivra immédiatement : La Douce Paix, de Reynaldo Hahn, poésie de Guillot de Saix.
(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture)
Le Numéro :
luilt nul)
O " 75
J
BUREAUX:RUE VIV1ENNE 2 bis, PARIS (2?)
TÉLËPHONE:CUTENBERC: 35-32
ADRESSE TÉLÉGRAPHIQUE:: MENESTREL-PARIS
L
Le Numéro
(texte nul)
O fr 75
>6llt/U»*M'l»
LE MENESTREL
- - JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THÉÂTRES -
...... Bureaux : a b '*, rue Vivienne, Paris (a e ) . - - - -
CONDITIONS D'ABONNEMENT
A. L ANNEE SEULEMENT
Pour Paris et les Départements : ■ .
!• TEXTE SEUL • • • - : • • ■ 25 tr -
v TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) !.. 50 fr.
3» TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au 1" janvier) 50 fr.
fi 4. TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (5î morceaux, un chaque semaine, et grande prime au I" janvier) 75 fr.
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en p'" s : Texte seul, 3 tr. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ;
I Abonnement complet, 6 fr. 50.
|5 Frais d'envoi de la Prime au 1" Janvier {Province et Étranger) : 2» et 3- modes : chaque, 1 fr. 50; 4» mode : 3 francs.
V Les Abonnements partent du j" de chaque mois. .
1 En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che% tous les Libraires et Marchands de Musique
A ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal.
5US£É
HEUGEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2 bl8 , rue Vivienne, Paris (2 # )
Ouvrage créé à l' Opéra-Comique et qui doit y être repris incessamment.
Le dernier grand succès du Théâtre des Arts de Rouen, du Grand-Théâtre de Nantes,
du Théâtre-Royal de Gand, des Théâtres de Marseille, Rennes, Tourcoing, etc.
GISMONDA . \
DRAME LYRIQUE EN QUATRE ACTES
De MM. Henri CAIN et Louis PAYEN
d'après Victorien SARDOU
Musique de Henry FÉVRIER
La Partition :
Chant et Piano
Prix net : 40 francs.
LeJLwret :
Prix net : 3 francs.
MORCEAUX
ACTE I Min*.
La Chasse, Prélude (pour Piano) 4 »
La Cour florentine, airs de danse (pour Piano) ... 4 »
L'Idole Mutilée : Toute blanche, les deux seins nus. 3 50
-La même, transposée pour mezzo 3 50
Le Serment de Qismonda : Ah! chéri! mon amour,
ma joie 3 50
ACTE II
Le Couvent de Daphnê, Prélude (pour Piano) .... 3 »
La Paix du Cloître ; Pauvres nonnes 4 »
Le Cri d'amour d'Almerio : Oui, vous étiez l'enjeu
splendide _ 5 *■
■ Sois à moil Pour une nuit 3 50
DETACHES :
ACTE III M11
N" 9. — Interlude • • a
9 bis.- Le môme pour violon et piano 3
10. — Danse antique, N° I (PianoJ 3
11. — Danse antique, N° 2 (Piano) : . 4
Divertissement des Nymphes
Les 3 numéros (avec chœur ad libitum), 1 volume in-8" . . 12
ACTE IV
12. — La Fête des Rameaux, Prélude (Piano) 4
i3. — Invocation à la Mort: Oui, je m'en irai 4
1 3 bis.- La même, transposée pour baryton. 4
14. — Le Triomphe d'Almerio, Duo: Peuple, vous tous qui
m'écoutez 4
Le dernier succès du Grand-Théâtre de Rordeaux, des Théâtres de Saint-Etienne,
Montpellier, du Théâtre des Arts de Rouen, du Casino d'Aix-les-Rains, etc.
Ninon de Lenclos
La Partition :
Chant et Piano
Prix net : 40 francs.
Drame lyrique en quatre Actes dont un Prologue
Poème de Louis BLANPAIN de SAINT-MARS et Henri AUCHER
Musique de Louis MAINQUENEAU
Le Livret :
Prix net : 3 francs.
MORCEAUX DETACHES
PROLOGUE Mi n.u.
Duo (Villarceaux, Ninon) : Pour un baiser demamie.
Je n'appréhendais nul revers 6 »
- Ninon : La vie est un jardin, où je n'aurais pour récolter. 3 50
ACTE I
- Duo (M"" Scarron, Boisrobert) : Un berger plus
beau que le'jour _. _. 4 »
- Boisrobert : Un sonnet à celle que j'aime 3 50
- Villiers : Parler d'amour? Ah! comment le pour-
rais-je? - 4 »
- Ninon : L'amour vaut-il tout ce tapage 3 50
ACTE II Mi mu.
Sarabande 3 50
■ Rigaudon 3 50
- Menuet 3 50
- Ninon : Quelle femme au fond d'elle-même 4 ' »
ACTE III
- Ninon : Les feuilles tombent, c'est l'automne ..... 4 »
- Villiers : L'air que je bois est rempli d'elle 4 »
- Duo (Villiers, Ninon) : // est là-bas une forêt pro-
fonde 6 »
Tous les prit ci-dessus sont nets, majoration comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour trais de port et d'envol.
' I
Edouard LALO
- 1 823-1892 •
Conférence prononcée aux Concerts historiques Pasdeloup
(Opéra, 23 décembre 1920).
orsqu'on dénombre les réalités arrières de
cette guerre, lorsqu'on voit les destructions
inouïes de ces cinq années de lutte et de
férocité, notre angoisse est si forte que le
cœur s'arrête de battre et les regards n'ont
plus de larmes.
La mélancolie et le désespoir des artistes
sont nourris par les mêmes destins tragiques. Les ruines
proprement morales dépassent peut-être encore les
dévastations matérielles.
Il n'y a pas que des églises détruites, des maisons
éventrées, de vastes terres, jadis verdoyantes et fleuries,
aujourd'hui ravagées, mornes et bouleversées. Dans
l'âme humaine, aussi, s'est creusé un vide, de rares et
magnifiques constructions se sont écroulées.
Nos chefs les plus lucides se plaignent du désastre de
la pensée. Les préoccupations spéculatives se font,
chaque jour, plus rares. Et la guerre nous a ravi des
millions de civilisés, formés par des siècles de labeur
intellectuel et à qui des pères passionnés avaient transmis,
avec un tremblement de tout leur être, des dépôts sacrés
d'art et d'harmonie. Tant de grandes voix, annonciatrices
de beauté, se sont tues, que nos artistes regardent, avec
crainte, autour d'eux et hésitent à se produire devant
un public neuf et qu'on dit brutal.
C'est lorsqu'on considère, en pleine clarté, tous ces
événements récents, qu'on pénètre plus profondément
les intentions et la portée de ces séances d'éducation
musicale des Concerts-Pasdeloup.
Avant que de tenter de dresser devant vous l'effigie
de l'un de nos plus parfaits musiciens, qui, justement,
nous donne les plus fermes motifs d'espérer en une
rapide et décisive renaissance, je tiens à remercier ces
initiateurs, tous ceux qui ont organisé, avec tant d'ingé-
niosité désintéressée, cette Faculté libre d'art musical.
Je veux leur dire toute la reconnaissante affection que
leur réservent les artistes, infiniment émus de voir qu'ici
on leur prépare un public plus instruit, plus compré-
hensif et plus sensible à leurs efforts inspirés.
Mais quoi? L'art n'a-t-il pas une existence pure,
farouche, indestructible? N'est-il pas doué d'une force,
étrangère à toutes les actualités, heureuses ou non, d'un
continent? Si de telles convictions ne nous soutiennent
pas, toute activité généreuse de l'esprit s'éteint.
Il n'est pas inutile, aux heures de découragement, de
nous tourner vers un passé encore proche. Évocation
démodée, dira-t-on. Tant pis! Il faut nous rappeler
qu'au lendemain de la guerre de 1870, nos aînés n'ont
pas désespéré. C'est après une défaite que jaillit l'admi-
rable musique française moderne. Mais aujourd'hui,
après cette longue guerre, après cette victoire éclatanFe
et têtue, que ne devons-nous pas attendre de nos compo-
siteurs encore nonchalants?
Il y a un demi-siècle, nos musiciens s'unissaient,
dans une fraternité ardente et décidaient que la musique
française, elle, n'était pas vaincue. Parmi eux on distin-
guait plus particulièrement un homme distant et doux,
au maintien élégant et sévère. La souffrance avait creusé
son visage passionné. Un front élevé qui retenait la
clarté, des paupières alourdies, abaissées sur des yeux
fiévreux, profonds et noirs, lui donnaient je ne sais
quelle grave fierté. Brun, petit, bien pris, silencieux,
soigneux et vif, d'une courtoisie exquise et rare à nos
mœurs brusques, il ressemblait, par son aristocratique
visage, orné d'un collier de barbe cendreuse, à un sei-
gneur de l'Espagne de jadis. C'était Edouard Lalo.
Plusieurs d'entre nous l'ont connu à ses dernières
années. Les cheveux très blancs, la figure basanée,
presque dorée, lointaine et déjà empreinte de renonce-
ment, d'une mise impeccable, il traînait un peu la
jambe, mais n'avait rien perdu de sa distinction passée.
S'il est vrai que la douleur forme les grands artistes
et qu'un Mozart, un Beethoven lui doivent toute la pro-
fondeur de leur inspiration, elle n'a pas manqué, non
plus, de marquer l'œuvre d'Edouard Lalo. Elle assaillit
à tout instant l'auteur du Roi d'Ys et il n'eut pas
besoin, comme Tolstoï, aux dernières années de sa vie,
de rechercher opiniâtrement la souffrance, comme si
son plus précieux instrument de travail lui fût tombé
des mains.
Edouard-Victor-Antoine Lalo est né le 27 janvier
1823, à Lille. Il descendait d'une famille espagnole qui
s'était établie dans les Flandres, au xvi° siècle. Ses
ancêtres, amoureux de rythmes langoureux et de splen-
deurs orientales, devaient revivre en lui.
Son père, officier napoléonien, avait fait la campagne
de Russie, en 1 812, et en était revenu. Sur le champ de
bataille de Lutzen, l'Empereur avait tenu à le décorer
lui-même. Il destinait son fils a la carrière des armes,
mais sans contrarier les dispositions pour la musique
que l'enfant manifestait déjà.
Le jeune Edouard Lalo entre au Conservatoire de
Lille dans la classe de solfège de Leplus, où il obtient
un premier prix en 1 835. Elève de Muller, on lui
décerne le premier prix de violon en 1 838. Dans le même
temps il prend des leçons de composition musicale avec
Pierre Baumann, violoncelliste qui avait fait partie, à
Vienne, de l'orchestre qui, pendant dix ans, donna les
premières auditions des symphonies de Beethoven.
LE • MENESTREL
Après une violente discussion avec son père qui vou-
lait l'obliger au métier des armes, Edouard Lalo, à l'âge
de 16 ans, part de Lille et vient habiter Paris, qu'il ne
devait plus quitter. C'est lit que, dans la misère, il fait
l'apprentissage de la douleur. Il a rompu avec ses
parents, avec lesquels il ne devait se réconcilier que
vingt ans plus tard. Seul, dans une détresse affreuse,
hanté de musique, il entre dans la classe d'Habeneck, au
Conservatoire. Il étudie la composition avec Julien
Schulhoff. Crèvecœur, à qui l'Institut venait de décer-
ner un grand prix de Rome, lui donnait, d'autre part,
quelques leçons. Mais Crèvecœur, — dont le nom assez
significatif est presque un symbole, — allait, bientôt,
désabusé, abandonner les abruptes régions de l'art
pour s'établir, dans les plaines favorisées du Nord...
marchand de dentelles.
Edouard Lalo ne reste que six mois au Conservatoire.
L'enseignement meyerbeerien de cette école officielle
contrarie ses idées. En 1845, il donne son Trio qui est
peut-être la première production musicale de ce genre
en France et qui marque une date dans la musique de
chambre de notre pays.
Déjà toute sa personnalité se dévoile. Son tempéra-
ment rythmique, ennemi de toutes les œuvres d'alors,
s'y donne libre cours.
En 1 855 il connaît Armingaud et, avec Jacquard et
Mas, constitue un quatuor qui devenait célèbre. Lalo y
tenait la partie d'alto. Plus tard ils s'adjoindront des
instruments à vent et formeront la Société classique, où
l'on entendit des exécutions particulièrement brillantes
des maîtres du passé.
C'est alors qu'il se lie avec Delacroix. Ce grand
peintre, qui aimait la musique, devait laisser une
empreinte ineffaçable sur l'esprit du compositeur. Lalo
habitait alors rue Duphot. Tous les vendredis y avaient
lieu des auditions musicales. Pâle, amer et passionné,
planait là, comme un oiseau blafard et magnifique, le
masque tourmenté du maître de la Barque du Dante.
Dans la musique d'Edouard Lalo vous retrouverez
ce coloris riche et profond, cette lourde matière impé-
rissable, ce large sens du décor et toutes ces nostalgies
d'aristocrate désabusé qu'on admire sur les toiles fulgu-
rantes du grand peintre romantique. Eugène Delacroix
et Edouard Lalo entretinrent un long commerce d'ami-
tié. C'est un malheur pour les artistes que les lettres
pleines de feu qu'ils échangèrent se soient perdues et
que les lithographies et les eaux-fortes que le peintre
dédia au compositeur soient disparues.
En i865, Lalo, qui donnait des leçons d'harmonie,
s'éprend de son élève préférée, M ,k ' Julie-Marie-Vic-
toire Bernier de Maligny, qu'il épouse le 5 juillet. La
jeune femme était d'origine bretonne. Et, toute respi-
rante des odeurs marines du goémon et de l'algue,
voici Margared et Rozenn, en un seul être que le des-
tin envoie. Amour si perspicace et si ample que tous
les mystères de l'âme armoricaine de sa compagne sont
révélés au musicien et que déjà éclatent, à ses oreilles,
les musiques altières du Roi d'Ys.
Ce mariage provoque de nouvelles ambitions. En
1867 a lieu un concours de musique dramatique, dont
l'heureux_ élu devait être joué sur une grande scène
lyrique. Edouard Lalo compose sa première partition
théâtrale : Fiesque, sur un livret que Charles Beauquier
avait tiré du drame de Schiller. Naturellement, Ficsque
n'obtient pas les suffrages du jury officiel. L'œuvre de
Lalo est classée troisième, après deux petits ouvrages,
pour jamais obscurs, le Magnifique, de Philippot, et la
Coupe et les Lêrres, de Canoby.
Cette injustice flagrante émeut Perrin, qui était alors
directeur de l'Opéra. 11 reçoit l'ouvrage, mais demande
des coupures et des remaniements. Les deux auteurs se
soumettent à toutes ces exigences. Mais Fiesque n'entre
toujours pas en répétitions. Lalo, impatienté, blessé
dans son amour-propre, retire purement et simplement
son œuvre. Il la porte à Vachot, directeur de la Mon-
naie de Bruxelles. Enfin, là la pièce est distribuée,
répétée. Mais Vachot fait faillite. Et Fiesque ne fut
jamais représenté intégralement.
Lalo devait garder, toute sa vie, présenta la mémoire,
cet échec. La plaie ne devait plus se fermer. Dans tous
les ouvrages qu'il écrira plus tard, il reprendra, comme
par ressentiment, des motifs de Fiesque. Vous allez en
entendre l'Ouverture et l'Entr'acte. Le Prélude, composé
des deux principaux motifs de la partition (celui de la
conjuration et celui du duo d'amour liés et traités avec
un art souverain), en est remarquable. Après quelques
mesures d'introduction, lente, vous trouverez dans
Vinterme^-o un premier thème en pi^icati spirituel et
délicieux, puis le cantabile, d'une fine et émouvante
distinction et qui n'est pas indigne du génie de Mozart.
(L'orchestre joue l'Ouverture et l'Entr'acte de Fiesque. )
Lorsqu'on considère le morne étal de la scène lyrique
française en 1860, on s'aperçoit que Fiesque est une
partition d'une originalité audacieuse et enchantée,
malgré sa mouvance classique. D'autres beautés pathé-
tiques peuvent toucher l'auditeur. On en retiendra,
pour le moins, l'admirable monologue de Fiesque et la
magnifique scène du dernier acte où Verrina supplie
Fiesque de renoncer au dogarat, dans une progression
superbe, sur un rythme de marche funèbre. Espérons
qu'il se trouvera un jour un directeur avisé et repentant
pour monter, dans sa rayonnante version originale, cet
ouvrage dont s'enorgueillit la musique française.
Ce n'est que quatre ans après la guerre de 1870 (qui
fit tant de deuils dans la famille de Lalo et suscita en
son cœur de si profondes douleurs) que le musicien
donne une œuvre nouvelle au concert. Il délaisse le
théâtre dont il méprise les aménités brillantes, faciles et
vides et fait jouer son Concerto pour violon, puis la
Symphonie Espagnole qui le classent, définitivement, au
premier rang de nos compositeurs. Mais le grand public
l'ignore toujours.
C'est alors qu'Edouard Blau lui conte le sujet du
Roi d'Ys, qu'il tient de M. de la Morandière. Edouard
Lalo se met au travail et la partition est achevée en
1880. Carvalho en prend connaissance et la refuse.
Vizentini et Escudier la refusent également. Mais
Vaucorbeil, commissaire du Gouvernement, fait un
rapport enthousiaste sur l'œuvre et supplie Halanzier,
directeur de l'Opéra, de la monter. « Alors que l'Aca-
démie Nationale de Musique, écrit Vaucorbeil, manifeste
l'intention saugrenue de créer Aida, la France se désho-
nore en ne jouant pas le Roi d'Ys! » Halanzier est
insensible à ces objurgations.
Mais voici que Vaucorbeil, le fougueux admirateur
de Lalo, voici que Vaucorbeil lui-même succède à
Halanzier. Joie pour le musicien. Joie de courte durée.
Vaucorbeil refuse le Roi d'Ys et monte Aida!
(A suivre.) Henry Malherbe.
LE • MENESTREL
LA SEMAINE MUSICALE
Opéra-Comique. — Forfaiture, comédie musicale en
cinq épisou-
langer, dont la modestie s'accommoda mal du grand succès
qu'on lui fit partager avec M mc Croiza.
De Castillon également nous entendîmes la Sonate pour
piano et violon jouée par M" 1 Blanche Selva et M. Enesco.
Œuvre touffue, inégale, mais toujours intéressante, remplie
d'idées, de trouvailles surprenantes quand on songe que
celte œuvre fut écrite il y a plus de quarante ans. Sauf dans
l'andante que fit chanter M. Enesco, le violon y est un peu
sacrifié, le piano y occupe le plan principal. J'ai dit mon
admiration pour le talent de M lle Selva, mais il faut avouer
qu'il n'est point fait pour une Sonate piano et violon :
il est trop absorbant; il faut un véritable orchestre pour
tenir tète à la puissante sonorité de M Ue Blanche Selva.
Chacun pour leur part et séparément, M. Enesco et
M" e Blanche Selva se montrèrent d'admirables artistes, il
ne leur restait plus qu'à se fondre. La Sonate de Castillon
y eût gagné et elle le méritait. P. de L.
Concert Fourgeaud-Grovlez. — M me Fourgeaud-Grovlez
donna jeudi un récital dans la salle de l'ancien Conser-
vatoire. Elle interprétait le Concerto en la de Mozart qu'elle
avait joué peu de temps auparavant au Concert-Colonne;
nous n'y reviendrons pas. Elle apporta une virtuosité par-
faite en même temps qu'une conscience intelligente
dans les Variations sytnphoniques de César Franck. Elle
donna toute la légèreté de sa propre jeunesse et de sa fraî-
cheur aux œuvres de Debussy. M me Fourgeaud-Grovlez, à
mon goût, interprète mieux les modernes que les classiques.
M. Messager dirigea l'orchestre avec sa maîtrise et sa
souplesse habituelles. p. de L.
Orchestre de Paris. — Très curieux concert où nous
furent données des œuvres d'Enesco, de Granados de
Podolwski et de Metner. La Rapsodie de M. G. Enesco est
apparue très pittoresque dans son mélange de poésie latine
et de rythme slave. Ce fut un grand plaisir également
d'entendre M"'°Roger-Miclos exécuter un charmant Concerto
de Haydn, peu connu, qu'elle a joué avec la solidité de
mécanisme et le respect des maîtres anciens qui lui sont
accoutumés. Elle exécuta ensuite Sillages de Louis Aubert,
œuvre très colorée et joliment orchestrée. E. L.
Concerts de Lausnay. — Les Instruments anciens. —
Charmante séance consacrée à ces maîtres savants et spiri-
tuels, simples et pathétiques, qui firent les délices du
xvm e siècle et font encore les nôtres, lorsque de bons
artistes veulent bien nous restituer leurs œuvres en de
savoureuses exécutions. Tel fut le cas, et la flûte de
M lie Lucie Dragon, la viole de M. Michaux — lequel se
révéla aussi parfait vielleur, — la viole de gambe de M. de
Bruyn, la guitare de M" 6 de Laveleye vibrèrent de la
plus aimable façon. Il sied de nommer tout particulièrement
M. P. Aubert, claveciniste au jeu fin et souple, et M me Louise
Albane, cantatrice à la voix chaleureuse, à la diction nette
et intelligente qui, dans la cantate d'Orphée, de Cléram-
baull, se montra sobrement émouvante. Quelle belle oeuvre,
et que l'on peut entendre, même à côté du chef-d'œuvre de
Gluck!
Un Concerto comique entamait la séance : « La femme est
un grand embarras. » Tel en est le sujet, traité de fort
amusante manière par Michel Corrette, et dont le final
chante l'air bien connu : Allez-vous-en, gens de la noce... »
Une Suite de Couperin, faisant rendre par le clavecin des
sauts et des courses d'ours, de singes et de jongleurs, ne
fut pas moins divertissante. Les Vents en courroux-, de
Daquin, gémirent avec une grâce sans pareille. Enfin, la
viole de gambe soupira délicatement dans une Sonate de
Lœillel, et, la flûte s'associant à la guitare, toutes deux pro-
duisirent un charmant effet dans deux Suites de composi-
teurs malheureusement demeurés inconnus. R. B.
Quatuor Capet. — Une œuvre « classique » : le Quatuor
en ut majeur de Mozart; une œuvre romantique, le Quatuor
en la de Schumann ; une œuvre impressionniste, le Quatuor
de Debussy. En réalité, le classicisme de Mozart est impré-
gné de la sentimentalité du xvm e siècle, encore un peu
formelle, parfois pompeuse et se plaisant à contempler
l'harmonie de sa propre beauté et même de sa tristesse,
mais déjà romantique par sa tendresse et son emphase;
mais avant tout elle représente bien son siècle de transi-
tion, avec sa grâce et sa clarté légères.
Mais tout ce qui fait appeler Mozart classique, ce qui
l'apparente à Bach ou à Rameau, c'est cet amour de ce qui
est ordonné, clair, harmonieux, précis, mesuré, dénué
d'excès, c'est ce goût aussi du travail bien fait, du métier
soigneusement et proprement accompli. Tout cela s'ap-
plique presque aussi bien à Debussy, tant cet homme eut
de bon goût et de sens intime de la vraie tradition. On
pourrait même soutenir que celui-ci, qui reste toujours si
intelligent, si clairvoyant dans ses plus ardentes émotions,
qui déteste tant la confusion, l'enflure et l'exagération, qui
craint surtout le grossier et le barbare, est plus classique
que Mozart! Les musiciens qu'il aimait avant tout, c'étaient
d'ailleurs Mozart, Bach et Rameau. Avec sa sensibilité si
fine, son intelligence pénétrante, sa passion toujours voilée
d'ironie intérieure, il ne pouvait retenir un sourire devant
l'emphase des romantiques enthousiastes, débordants,
grandioses et toujours naïfs comme des adolescents.
Le Quatuor Capet a donné de ces œuvres une excellente
interprétation. Les deux cimes spirituelles du concert : le
LE* MENESTREL
deuxième mouvement du Quatuor de Mozart et les deu-
xième et troisième mouvements de celui de Schumann ont
été exécutés par M. Capet avec une profonde et intime
compréhension. Le reste de son groupe n'a pas la valeur
de celui que nous entendîmes jadis; entraîné par son chef,
il peut comprendre et jouer Beethoven ou Schumann avec
une certaine précision et un certain élan ; mais pour Mozart
et surtout Debussy, quelle lourdeur, quel manque de fan-
taisie, d'esprit, de finesse dans les mouvements, dans les
nuances et dans le jeu! Le Quatuor de Debussy a été
presque entièrement joué trop en dehors, trop bruyamment,
surtout pour qui se rappelle le jeu que l'auteur aimait.
Toutefois, la troisième partie est restée, au contraire, trop
lente, terne et molle. Ces jeux de sons, où semblent danser
des esprits fluides, transparents, légers comme des papil-
lons, veulent être maniés avec un tact plus fin. André S.
M. Edouard Risler, après avoir donné à l'étranger une
triomphale série de récitals, a repris, à la Salle des Agri-
culteurs, le cours de ses séances, dont le succès est tou-
jours aussi considérable. Le concert du 10 février était
consacré à Chopin. Jamais peut-être l'éminent artiste ne
témoigna d'une plus parfaite maîtrise. Les quatre Ballades
furent interprétées avec une pénétrante intelligence musi-
cale et une simplicité de moyens qui en rendit l'effet encore
plus saisissant. Emouvant dans la Fantaisie en fa mineur,
étineelant dans le Scherzo en si bémol mineur, M. Risler
dégagea toute l'intense poésie du Prélude en do dièse mineur,
tout le charme un peu mélancolique des Polonaises, des
Mazurkas et de V Impromptu en fa dièse. Chez nul autre
virtuose du clavier on ne peut admirer une si étonnante
sonorité, opposant en d'extraordinaires contrastes l'extrême
force et l'infinie douceur, évoquant l'âme ardente et rêveuse
du grand musicien slave avec une incomparable puissance.
Une foule enthousiaste fit une longue et légitime ovation
au grand artiste. P. B.
Concert Bazelaire. — M. Paul Bazelaire est un violoncelliste
du plus rare talent. Un son admirable, une justesse absolue,
un style pur, une virtuosité prestigieuse, une mémoire pro-
digieuse, telles sont ses qualités. M me Bazelaire, pianiste
excellente, sérieuse, est une partenaire remarquable. M. et
M" Bazelaire ont débuté par une Sonate de Maurice
Emmanuel, œuvre très fouillée, très intéressante, pleine de
recherches curieuses de rythme et de coloration. Le pre-
mier allegro, d'une contexture délicate, le larghetto expressif
et de sonorité vraiment délicieuse, le finale, développé d'une
façon extrêmement ingénieuse, ont reçu un accueil égale-
ment chaleureux. Les deux interprètes ont su passionner
le public avec cette œuvre d'un style si concentré, d'un
caractère si noble et si sévère... Les belles Variations de
Mendelssohn, pleines de couleur, d'éclat et de mouvement,
n'ont pas eu moins de succès. ■ — M. Bazelaire, qui est un
excellent compositeur, avait inscrit dans le programme une
Ballade pour deux violons, alto, deux violoncelles et piano,
d'après un poème de Heredia. Les différents épisodes sont
dépeints musicalement d'une façon intéressante. Mais ce
n'est point là de la musique de chambre. Une Sonate pour
violoncelle et piano du compositeur belge Malingreau,
œuvre tourmentée, dont quelques pages finement ciselées
sont attachantes, terminait le programme. I. P.
Concert A. Hekking et Maurice Amour. — Le concert
donné vendredi dernier à la salle Gaveau par ces éminents
artistes a obtenu le plus grand succès. Le maître Hekking
trouve dans son instrument des accents poignants et la
virtuosité égale en tous points une probité artistique rare
de nos jours. La Sonate de Beethoven et celle de Saint-
Saëns eurent en M. A. Hekking un interprète de premier
ordre.
Nous pouvons en dire autant de M. Maurice Amour, qui
joue du piano avecune grande intensité de sonorité et un doigté
impeccable. Les traits les plus difficiles évoluent délicieu-
sement. Aussi est-ce par des bravos enthousiastes que le
public a témoigné sa gratitude à MM. André Hekking et
Maurice Amour. M""' Molk-Frondière apportait le charme
de son beau talent de cantatrice, d'une diction très dis-
tinguée. C. F.
Concert Frey-Sampigny. — La séance donnée le 8 février
par M" e Hortense de Sampigny et par M. Emile Frey était
consacrée d'une part à la Sonate en ré mineur de Widor et
à la Sonate à Kreutzer de Beethoven, et d'autre part à deux
œuvres de M. Frey. Ce dernier possède un jeu précis et
une brillante virtuosité qui le font apprécier comme inter-
prète, qualités que nous avons également remarqué
dans le récital qu'il donna. Nous avouons moins goûter ses
œuvres où une verbosité sans pareille déborde et vient
noyer des détails parfois jolis.
M lle de Sampigny donna de la Sonate à Kreutzer une
remarquable exécution par l'ampleur et la puissance de son
jeu; elle mit en valeur les éléments de force. — M. Frey et
elle détaillèrent les Variations avec beaucoup de style.
A. S.
Concert de musique belge (Galerie Montaigne). — Voici
un concert nous apportant d'intéressantes nouveautés. La
Sonate pour piano et violoncelle de M. Paul de Malin-
greau renferme un second mouvement d'un beau sentiment
élégiaque. Par contre, le Poème écrit par M. J. Jongen
pour les mêmes instruments est d'une pâleur vraiment
trop effacée. Nous lui avons préféré la mélodie vocale de
ce compositeur, que deux autres lieder accompagnaient
sur le programme : le Départ, de M. Paul Gilson, et la
Pastourelle de M. R. Moulaert. Plus tard y apparurent
trois nouvelles Mélodies, signées, la première de M. De-
lune, les autres de M. Samuel. Quatre Pièces pour piano,
de M. A. de Boeck, bien écrites pour faire valoir le
mécanisme de l'exécutant, furent bien accueillies.
Les interprètes méritent de chaleureuses félicitations. La
cantatrice, M 1!e Evelynn Brélia, possède un style excellent
et une irréprochable technique. M. Emile Bosquet est un
remarquable pianiste qui se joue des pires difficultés. Enfin
M. G. Pitsch sait faire chanter à merveille son éloquent
violoncelle, sans abuser du vibrato, trop cher, hélas ! à
nombre de ses confrères! R. B.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
ANTAR, de Gabriel Dupont, à l'Opéra.
L'Opéra va enfin donner Antar, dont la représentation,
ajournée en raison de la guerre et différée depuis en raison
de circonstances diverses, est impatiemment attendue.
C'est, on le sait, la dernière œuvre de Gabriel Dupont,
mort le 3 août 1914, le jour de la déclaration de guerre,
succombant à la maladie impitoyable contre laquelle il
luttait depuis de longues années. Bien que le temps lui
ait manqué pour donner toute sa mesure, il est considéré à
juste titre comme un des musiciens qui honorem grande-
ment l'école française moderne. Né à Caen en 1879, élève
de Massenet et de Widor, Gabriel Dupont obtint en 1901
le premier second Grand-Prix de Rome et connut presque
aussitôt la célébrité en remportant, avec la Cabrera,
(igo3) le Prix Sonzogno de 5o.ooo francs. Dès igo5, atteint
déjà du mal qui devait l'emporter, il écrivit ses fameuses
Heures dolentes, dont le succès fut considérable et qui,
depuis, figurent en permanence au programme de tous les
grands concerts; puis deux œuvres de théâtre : l'une, la
Glu, représentée à Nice en 1910, d'une vie palpitante et
d'une pénétrante sensibilité; l'autre, la Farce du Cuvier,
jouée en 191 1 au Théâtre de la Monnaie de Bruxelles,
étincelante de fantaisie expressive et de pittoresque délicat.
Infatigable, et travaillant toujours sans souci de sa santé de
plus en plus chancelante, Gabriel Dupont composait en
même temps de nombreuses œuvres de musique pure,
LE • MÉNESTREL
parmi lequelles il faut rappeler les Poèmes d'Automne, sa
première suite de mélodies, qu'anime un sentiment drama-
tique très intense et très contenu; un beau Poème pour
piano et quatuor à cordes; le Chant de la Destinée, page
symphonique d'une ampleur incomparable; la Maison dans
les Dunes, que le temps ne lui permit pas d'orchestrer.
C'est en 1910 que fut représenté à l'Odéon, avec un
succès qui ne se démentit pas pendant près de cent repré-
sentations, Antar, conte héroïque de M. Chekri Ganem,
que, dès l'année suivante, Gabriel Dupont entreprit de
transformer en drame lyrique. M. Ganem est, en même
temps qu'un poète remarquable, une personnalité émi-
nente : il occupe dans le monde diplomatique une situation
en vue et met de tout son cœur la grande influence dont il
dispose en Orient, et particulièrement en Syrie, au service
de la France. Nous lui avons demandé quelques précisions
sur la genèse de son oeuvre et sur la nature de sa collabo-
ration avec le musicien trop tôt disparu.
« J'avais été bercé, nous dit-il, par cette légende
d'Antar que les conteurs arabes développent dans les
veillées, par l'histoire diversifiée de ce poète héroïque
dont les vers sont conservés et qui, peu à peu, est devenu
légendaire. J'avais gardé de ces contes un souvenir très
vivace et je me suis procuré, pour me documenter entière-
ment, les sept gros volumes en arabe où l'histoire et les
exploits d'Antar se trouvent exposés. Puis, refermant les
volumes dont je m'étais seulement assimilé la substance,
j'écrivis mon drame, le situant, conformément à l'histoire,
au vi e siècle de l'ère chrétienne, quelques années avant
Mahomet avec lequel j'imaginai même, grâce à un léger
accroc à la vérité historique, qu'Antar avait pu se rencontrer.
» L'ouvrage, monté en 1910 par Antoine avec un soin vigi-
lant et éclairé, fournit à l'Ôdéon une heureuse carrière et fut
représenté avec succès au cours de tournées eD province,
notamment à Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse. Il
était alors accompagné de la symphonie écrite par Rimsky-
Korsakoff, qui n'a avec la légende d'Antar qu'un rapport
extrêmement lointain, et n'offre avec elle qu'une similitude
de titre et une certaine affinité de coloris oriental.
» Henri Heugel, en qui l'éditeur avisé se doublait d'un
artiste délicat, au sens pénétrant et sûr, fut séduit par le
lyrisme de l'ouvrage et le jugea convenir particulièrement
à la musique. Il me suggéra d'utiliser le concours de Ga-
briel Dupont, que je ne connaissais pas, mais dont il
appréciait grandement le talent. Alors commença celte
collaboration dont le souvenir reste une des grandes joies
de ma vie. Je fus enthousiasmé par cette intelligence si
vive, si fine et si avertie, par cette compréhension profonde
qui révélait non seulement un musicien, mais un artiste
complet. Dupont m'a demandé non pas de transformer
mon œuvre en un livret d'opéra, mais de conserver le plus
possible les vers mêmes du drame, en faisant seulement,
en vue de la mise en musique, une sélection nécessaire.
L'œuvre originale est donc restée intacte, sans mutilation,
ni transposition, ni amputation susceptibles d'en modifier
le caractère. Gabriel Dupont s'est borné à me demander
d'ajouter un personnage : la mère d'Antar, dont il avait
besoin pour mieux équilibrer son œuvre au point de vue
musical, par l'adjonction d'une voix de contralto. Et pour
créer autour de l'ouvrage l'atmosphère, la couleur appro-
priées, il nota quelques beaux thèmes arabes que je lui
fredonnais, retenant seulement les plus , caractéristiques,
ceux en lesquels s'exprime avec intensité l'âme d'un peuple
et dont il s'est imprégné jusqu'à en faire le fond même de
sa composition. »
Et tandis qu'une flamme douce et grave éclaire son mâle
visage où rayonnent la spontanéité, la franchise et la finesse
de la race arabe, M. Chekri Ganem ajoute : a Oui, Dupont
était un grand musicien, un grand artiste, et, au moment
où notre œuvre commune va enfin voir le jour, c'est pour
moi un terrible crève-cœur qu'il ne soit plus là. J'ai des-
siné le cadre, la toile, mais c'est lui qui a composé le
tableau et qui lui a donné la vie. »
Gabriel Dupont, en effet, a écrit Antar avec passion.
L'œuvre, terminée en iqi3 à Arcachon, a été reçue aus-
sitôt par MM. Messager et Broussan. Elle devait être
représentée à l'Opéra en octobre 1914, avec M. Muratore
et M llc Yvonne Gall. La guerre est venue; puis, M. Jacques
Rouché, prenant à sa charge avec empressement l'engage-
ment de ses prédécesseurs, monta l'ouvrage et confia
l'interprétation à M lle Fanny Heldy, à MM. Franz et
Rouard, conservant, en outre, MM. Delmas et Noté dans les
rôles qui leur avaient été confiés lors de la distribution
primitive. C'est M. Camille Chevillard qui a dirigé les
études et qui conduira l'ouvrage. En l'absence de l'auteur,
ce parfait et consciencieux musicien a fait preuve d'un zèle
et d'une autorité remarquables, et aussi d'un respect scrupu-
leux de l'œuvre, qu'il aime et qu'il a mise au point avec
un soin au-dessus de tout éloge. L'orchestre, d'ailleurs,
se montre digne de son chef par l'habileté et la souplesse
qu'il apporte dans l'exécution de cette partition, d'une
instrumentation assez complexe. Mais n'anticipons pas sur
le compte rendu musical de l'ouvrage dont voudra bien se
charger notre éminent collaborateur M. Henri Collet.
Ajoutons seulement que les chœurs, sonnant parfaitement,
complètent une interprétation vocale excellente.
Antar comporte quatre actes et cinq tableaux. Les décors,
qui pourront parfois sembler un peu étranges, témoignent
d'une réelle recherche. Ils sont dus, pour les deux premiers,
qui servent pour les trois tableaux du début et représentent
l'oasis, à MM. Dufresne et Paquereau. Celui qui sert de
cadre aux deux derniers tableaux (un défilé dans la mon-
tagne) est dû à MM. Ronsin et Laverdet. La mise en scène
a été réglée par M. Merle-Forest, sous la direction de
M. Rouché secondé par M. Dethomas. Un ballet très déve-
loppé, dont la musique est un éblouissement, est intime-
ment lié à l'action et occupe une grande partie du troisième
tableau. Les costumes, établis d'après de minutieuses indi-
cations fournies par M. Chekri Ganem, sont d'une absolue
fidélité et d'un savoureux pittoresque. Le spectacle sera,
dans l'ensemble, remarquable... pourvu que réapparaisse
enfin cette indispensable lumière dont nous nous sommes
depuis quelque temps un peu trop déshabitués et qui doit
être aveuglante dans une œuvre à laquelle sert de cadre le
pays du soleil, où les nuits mêmes sont d'une clarté trans-
parente.
L'Opéra mérite le succès qu'il escompte et auquel il a
travaillé de tout cœur. En honorant la mémoire d'un grand
artiste regretté, il sert vaillamment la cause de la Musique.
Le Mouvement musical en Province
Bordeaux. — Nous avons fait part, il y a quelque temps,
de la naissance de « la Musique de chambre », tenue sur
les fonts baptismaux par M. Guy Ropartz. Cette société
dévouée à la musique française a offert une seconde séance
dédiée à Mozart et à M. Maurice Ravel. Une intéressante
conférence de notre confrère Paul Berthelot, courte mais
substantielle, a défini le talent et marqué la place dans
l'histoire de la musique des deux compositeurs. Le 23 e qua-
tuor de Mozart, Shéhérazade, une page de l'Heure espa-
gnole, Kaddish, deux mélodies grecques et le Trio de
Ravel ont trouvé en MM. Joseph Thibaud, Charles Arthur,
M. et M me Rosoor, M. Bégaud et M me Odette Talazac, — une
cantatrice expressive, accompagnée au piano par M. Ravel
lui-même, — des interprètes parfaits. M. Ravel a été l'objet
de très chaleureuses manifestations de sympathie, durant
cette belle matinée et à son issue.
— Au sixième concert de la Société de Sainte-Cécile,
M. Crocé-Spinelli, qui compose toujours ses programmes
avec un rare éclectisme, nous a offert l'audition intégrale
de la Symphonie en la mineur de notre compatriote Aris-
tide Marlz, l'auteur applaudi de Fleurette. L'œuvre de
M. Martz révèle une science vigoureuse et saine et un
souffle généreux l'anime du dramatique allegro à la triorn-
LE • MENESTREL
phale conclusion. Il y a de la grâce et de la vie dans le
« lento cantabile » et le brillant scherzo qui déroule sa
farandole animée dans la gaieté d'une scintillante atmo-
sphère orchestrale. M. Crocé-Spinelli, qui sait tout obtenir
de ses merveilleux musiciens, a conduit remarquablement
cette symphonie, et l'auteur, dont le seul défaut est d'être
trop modeste, a dû venir par deux fois s'incliner sous la
rafale des bravos. Un virtuose de l'archet, M. Jules Bou-
chent, a, au cours de ce même concert, fait applaudir
longuement sa technique souple et précise, un jeu très ex-
pressif et une pureté de son exquise.
— C'est dans la salle du Conservatoire que la société
« Violes et Clavecin » a donné une savoureuse séance de
musique ancienne. Un auditoire d'élite a été sous le
charme grâce au réel talent déployé par M lle Germaine
Portehaut, MM. Emile Maçon, André Bittar, Francis Thi-
baud et M" e Fernande Pillet.
— A l'Olympia, M. Trespaillé-Barrau nous a fait
l'agréable surprise d'inscrire à son programme, à côté de
l'Ouverture d'Egmont et du menuet d'Orphée, quelques
pages bien choisies de musique française : la Procession
nocturne de Rabaud, la Danse macabre de Saint-Saëns et
la Symphonie en ré mineur de César Franck. Ce furent de
bonnes heures que nous dispensa là M. Barrau, dont l'or-
chestre, pour son interprétation très soignée, mérita juste-
ment les bravos qui ne lui furent point ménagés.
— Le Grand-Théâtre, où l'on ne chôme guère, vient de
donner, dans un cadre qui est un enchantement, Orphée,
dans la version pour ténor. M. Francell et M" e Marie Tis-
sier, artistes émouvants et sincères, M. Chauvet et son
orchestre ont assuré à l'œuvre l'interprétation la plus pure-
ment musicale et nuancée que l'on pût désirer, tandis que
M. Perron lui avait offert le meilleur de sa science de
metteur en scène.
— L'opérette, qui règne aimablement au Théâtre des
Bouffes grâce à MM. Lescouzères et Mauret-Lafage, vient
de voir son répertoire enrichi des trois actes de Mademoi-
selle Nom-d'une-Pipe, que M. Charles Cuvillier a illustrés
de musique d'une alacrité charmante. M. Chardy, M lles Lucy
Raymond et Camille Sylvestre, MM. Caruso, Chambon,
Bedué et Mario ont vaillamment mené la nouvelle recrue
au succès qu'elle mérite. Henri Boularé.
Dijon. — M lle Jeanne-Marie Darré s'est fait entendre à un
concert donné par la Revue de Bourgogne. Gros succès
pour la jeune et charmante artiste.
Le Havre. — MM. Mischa Elzon et Yovanovitch ont
donné un concert à la salle des Employés des Nouvelles
Galeries. Un public nombreux fit un accueil chaleureux à
ces deux virtuoses dont les qualités s'affirment chaque jour.
— A la Salle des Fêtes, MM. Costa et Varella se sont
fait entendre dans un récital de musique portugaise.
— Au Grand-Théâtre, bonnes représentations de Manon,
Mignon et Hamlet. joués par M. Friant, Soudieux, Feiner,
M mes Frédéric Boyer et Dalcia. Il faut noter le succès con-
sidérable obtenu par H. Albers dont la belle voix ample
fait merveille dans Thaïs et dans le Chemineau, par M. Mor-
risson dans Cavalleria rusticana.
La direction annonce une prochaine représentation des
Troyens. G. Letoru.
Monte-Carlo. — Au dernier Concert symphonique de
Monte-Carlo, M 1 ' Marcelle Herrenschmidt se fit applaudir
dans le Concerto en ut de Mozart. M. Léon Jehin dirigea
en maître la Symphonie en ut mineur. Au même concert
signalons le succès remporté par M lle Madeleine Peltier
dans le Deuxième Concerto de Liszt.
Narbonne. — Premier Concert de la Symphonie amicale
de janvier. — Nous avons eu mardi le premier concert
symphonique classique de la saison, donné par la Sym-
phonie amicale, avec le concours de M" Marguerite
Gondy, du Grand-Théâtre de Béziers, qui a chanté avec
art des mélodies de Schumann, Massenet et Debussy, très
bien accompagnée par M Uli Cellier.
On entendit aussi avec plaisir une suite sur l'Artésienne,
la Marche Héroïque de Saint-Saëns, un Prélude de Jon-
cières et une Suite de Lacombe, très vive, mouvementée
et toute vibrante de folklore régional. Mais c'est surtout
l'admirable Symphonie inachevée de Schubert qui, dirigée
par notre chef distingué, E.-L. Fabre, fut rendue avec une
maîtrise digne de tous éloges. M. Fabre, lauréat du
Conservatoire de Paris, qui dirige la Symphonie depuis
plus de vingt-cinq ans, a réussi à constituer une belle pha-
lange de soixante musiciens. E. Rey-Andréa.
Oran. — A Oran, les concerts classiques, sous la direction
de M. Emile Cayla, jouissent d'une vogue méritée.
On y donna récemment l'Ouverture de Ruy Blas, de
Mendelssohn, et la Symphonie espagnole de Lalo, jouée
par M. Librot. M. Reuchsel interpréta le Concerto en mi
bémol de Liszt, et le concert se terminait par le Sonnet de
l'Orgue et la Cathédrale victorieuse de M. Reuchsel. Grand
succès pour l'interprète et l'auteur.
M. Reuchsel donna également deux récitals où il affirma sa
technique sûre et son émotion communicative. Nous
espérons bien le revoir l'an prochain.
A noter aussi la brillante représentation de Ninon de
Lenclos, de Louis Maingueneau. Nous y reviendrons dans
notre prochaine correspondance. L. C.
Toulon. — Le sixième concert de la Société du Conser-
vatoire était illustré par M"" Jeanne Isnard, la talentueuse
violoniste, et M. Marcel Jacquinot, pianiste virtuose. Dans
les Sonates de Fauré et de Grieg, ainsi que dans des pièces
détachées, ces deux artistes ont uni la plus parfaite tech-
nique à l'art le plus pénétrant, le plus subtil. M 1Ie Jane
Giacometti apportait au concert le concours de sa savante
et jolie voix; elle a chanté quatre charmantes mélodies de
A. Gédalge et Chabrier qui ont été très applaudies.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
Sarabande ! Voici une évocation de cette musique ancienne sur
laquelle les hommes de la Fronde, entre deux combats, menaient
la guerre en dentelles.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ALLEMAGNE
Le théâtre de Halle a donné, le 2 janvier, la première
représentation d'une pantomime, le Tableau, dont l'illustre
pianiste et compositeur Ferruccio Busoni a écrit... le livret
et dont la musique est du compositeur Othmar Schceck.
— La petite ville saxonne de Klingenthal (6.000 habitants)
a réussi à fonder un orchestre symphonique de 46 musiciens,
qui a consacré sa première séance à Beethoven avec l'ouver-
ture d'Egmont, le Concerto de violon et la Cinquième Sym-
phonie.
— L'Opéra de Berlin vient de représenter à son tour
l'opéra, célèbre en Allemagne depuis quelques années, de
M. Franz Schreker : les Stigmatisés.
— Les « Concerts Académiques » d'Iéna fêtent cet hiver
le cent-cinquantième anniversaire de leur fondation.
— Le théâtre de Hambourg vient de s'attacher comme
chef d'orchestre le jeune compositeur E.-W. Korngold.
— Le prochain festival annuel de musique, à Salzbourg,
comprendra une « semaine Brùckner », où toutes les
symphonies du maître allemand seront exécutées par l'or-
chestre de la Philharmonie de Vienne. J. Chantavoine.
BELGIQUE
Bruges. — Devant un public relativement peu nombreux,
un concert très soigné a été donné par notre Conservatoire.
L'orchestre fut dirigé par M. K. Mestdagh, directeur.
-73-
LE • MÉNESTREL
M. César Thomson, violoniste, professeur au Conservatoire
de Bruxelles, a été chaleureusement applaudi.
Anvers. — La direction de la Zoologie a consacré un
concert à Beethoven. Ce fut la grande foule, ce qui nous
montre nettement que Beethoven reste le favori. Le
pianiste virtuose Ëm. Durlet put se réjouir d'un succès
mérité. L'orchestre exécuta d'une manière magistrale Corio-
lan et la Symphonie Pastorale. Le chœur Arti Vocali, dans
l'interprétation d'une fantaisie, qui nous rappelait manifes-
tement les thèmes de la Neuvième Symphonie, sut s'imposer
par son ensemble artistique.
— A l'Opéra français eut lieu une représentation de la
Toscd avec le ténor Campagnola. On y annonce la Tra-
viala avec Victoria Fer de l'Opéra de Paris, pour le 2S fé-
vrier.
— La « Chorale Coccilia » donna le 3i janvier son con-
cert annuel sous la direction de L. De Vocht. L'Ave Maria
de Benoit fut bien le clou du programme.
— L'excellent compositeur L. Mortelmans partira sous
peu pour l'Amérique afin d'y diriger quelques concerts.
J. Bessier.
ESPAGNE
Madrid. — Au Real, le public s'est montré un peu froid
pour Carmen, mais s'est enthousiasmé pour Thaïs. Dans
celle dernière œuvre, Madeleine Bugg a été vivement
acclamée.
Je ne sais si, au fond, Carmen plaît réellement aux
Espagnols. Je me rappelle une représentation de l'ouvrage
de Bizet à Madrid, où la chaleur n'existait, ni sur la scène
ni dans la salle. L'impression était bien plus ibérienne rue
Favart. On ne se voit pas soi-même; on manque du recul
nécessaire, et, lorsque des étrangers vous présentent votre
portrait, on s'étonne. Peut-être est-ce pour cela que
l'héroïne de Bizel n'est pas prophélcsse en Espagne.
Raoul LArARRA.
GRÈCE
Athènes. — Théâtre Municipal. — Le second concert
symphonique du Conservatoire vient d'obtenir le même
très grand succès que le précédent.
La Symphonie en mi mineur de Dvorak « le Nouveau
Monde » a énormément plu par la franchise de son allure
et la vivacité de ses rythmes.
Certes, celte symphonie est loin de la forme cyclique,
forme dont nos musiciens avancés font du reste fi; mais
elle est d'une musicalité intense et dénoie une sensibilité
exquise de la part de son auteur.
L'orchestre du Conservatoire l'a détaillée avec soin et
celte œuvre a permis une fois de plus de juger de la valeur
des chefs de pupiire : violon solo, M. Lycoudis; flûte,
M. Papagiorgiou; cor anglais, M. Maurino; clarinette,
M. Caradjas.
M. W. Freeman, pianiste polonais, exécuta avec maîtrise
le Concerto en sol mineur de Saint-Saëns.
La Grande Pâque russe de Rimsky-Korsakow, œuvre
bâtie sur des thèmes de l'église russe, fut très applaudie.
Ce beau concert prit fin avec les Impressions d'Italie de
G. Charpentier, œuvre originale et sensible s'il en fût. La
« sérénade » fut l'occasion d'un beau succès pour M. Afghé-
rinos, qui joua délicieusement le solo d'alto dans la coulisse.
Napoli, avec ses rythmes si curieux, si vrais, dont
M. Gaïdemberger fit valoir le solo de violoncelle, acheva
d'enthousiasmer le public, qui acclama le chef d'orchestre,
M. A. Marsick.
Théâtre Royal. — (Troupe dramatique de l'Odéon.) —
M. Nazos, le très distingué directeur du Conservatoire,
vient de remettre l'Arlésienne au programme de cet inté-
ressant théâtre. Ce fut un gros succès. L'œuvre est fort bien
montée. Les décors et les costumes irréprochables.
M Ue Cotzali, une « Rose Mamaï » très dramatique, pos-
sède une diction très claire; elle fut très applaudie.
M. Destonis, un « Frédéric » plus que suffisant, devrait
parler plus haut, moins vite, pour être plus intelligible.
M. Condouyanis, un « patron Marc » très jovial, est un
très bon artiste.
M. Siriopoulos fut un « Père Francet » suffisamment
accablé; parfois un peu monotone.
L'excellente comédienne M 0le Koula-Zervôu joua â la
perfection le rôle ingrat et difficile de 1' « Innocent ».
Les chœurs chantent juste ; les jolies et gracieuses élèves
du Conservatoire — fort bien habillées du reste — auraient
pu mener la farandole avec plus d'animation. L'orchestre
fut parfait. Olivier Gobre.
HOLLANDE
La Société d'Oratorios de La Haye donnera, le i3 mars
prochain, la Passion selon Saint Mathieu, d'Heinrich Schùtz.
— Aux Concerts du Concertgebouw d'Amsterdam, M. le
docteur Cari Muck a dirigé la Mer de Claude Debussy.
— La troupe italienne qui séjourne en ce moment à
Amsterdam y a représenté Kigoletto, le Trouvère, la Tosca.
— Dédié aux municipalités de nos villes de province :
Voici un relevé sommaire des subsides annuels accordés
aux théâtres et orchestres par quelques villes de Hollande.
Amsterdam : Concertgebouw, 60.000 florins; Opéra Natio-
nal, 10.000 florins;
La Haye : Orchestre de la Résidence, i5.ooo florins;
Opéra National : i5.ooo florins;
Utrecht : Orchestre Municipal, 72.600 florins;
Arnheim : Orchestre d'Arnheim, a5.ooo florins;
Groningue : Orchestre de Groningue, 20.000 florins, et
3o.ooo à partir de 1921.
Nimègue et Deventer attribuent à l'Orchestre d'Arnheim
des subventions de 6.000 et 3. 000 florins et Rotterdam
accorde 10.000 florins à l'Opéra National.
La valeur actuelle du florin est d'environ 4 fr. 70 c.
Jean Chantavoine.
ITALIE
La Salomé de Strauss vient d'être donnée au « Costanzi »
de Rome. Alberto Gasco, l'éminent crilique de la Tribuna,
constate le succès de l'œuvre dont il donne une excellente
étude littéraire et musicale. Reconnaissant lous les mérites
du poème d'Oscar Wilde, il appelle cependant « décadence »
cet érotisme cérébral que la musique de Strauss a si puis-
sament souligné. Elle y ajoute par moments un déchaîne-
ment de canaillerie, une verve populacière qui fait de
l'aristocratique danseuse une sorte de « cocotte archi-
millionnaire ».
La pièce eut pour interprètes Geneviève Vix, qui chanta
son rôle ,en français, mais dont la danse élégante et la
plastique ont semblé du meilleur italien; le baryton Crabbé
et Morelli-Rossi dans Hérode et Iokanaan. L'orchestre,
sous la direction du maestro Vitale, fut, paraît-il, le
« héros » de la soirée.
— A l'a Augusteum », le dernier concert fut dirigé par le
maestro Guarnieri. Au programme la Symphonie inachevée
de Schubert, la Symphonie en sol mineur de Mozart, la
Novelletta de Martucci, l'Elégie funèbre du Crépuscule
des Dieux el le Prélude à l'Après-Midi d'un Faune.
— Le « Carcano » de Milan, à son tour, a représenté
Platea de Rameau sur l'initiative des « Amici délia
Musica ». Nous avions déjà parlé dans le dernier numéro
du Ménestrel de cette œuvre qui venait d'être donnée à
Côme. Rectifions à ce sujet une erreur de typographie.
Signalant les morceaux les plus applaudis, nous citions
entre autres le Menuet dans le goût de vièle. L'impression
porte « dans le goût du siècle ». C'est plus pompeux, mais
combien moins choisi!
— Le pianiste Backhaus a joué à Milan du Beethoven,
Brahms, Chopin, Schumann, et la Danse d'Olaï du maestro
Pick-Mangiagalli. Grand succès pour l'excellent virtuose.
— Au « Rossini » de Pesaro, Nera Marmora a obtenu un
triomphe dans la Manon de Massenet.
— Au « Comunale » de Bologne, Nemici, le nouvel opéra,
dont Guido Guerrini a écrit le livret et la musique, a reçu
un chaleureux accueil. G.-L. Garnier.
LE • MENESTREL
ÉTATS-UNIS
La troupe de Chicago est en ce moment au Manhattan
de New-York. Directrice et prima donna, Mary Garden y
chantera dans les premières semaines Monna Vanna, Car-
men, Faust et Thaïs.
Avant de quitter Chicago elle avait paru dans le rôle de
Marguerite qu'elle n'avait tenu qu'une fois à l'Auditorium,
voilà dix ans. Elle y fut acclamée, ainsi que Muratore dans
le rôle de Faust.
La saison de Chicago s'est terminée par Paillasse, Caval-
leria Rusticana, la Walkyrie en anglais, Carmen, Mignon,
l'Amour des Trois Rois et Madame Butterfly.
— A Los Angeles, où la San Carlo Opéra Company,
avec son directeur Fortune Gallo, a séjourné deux semaines,
grand succès de Thaïs.
— LTphigénie en Aulide d'Euripide, avec musique de
scène spécialement composée à cette occasion par Walter
Damrosch, fut représentée en iqi5 au Théâtre grec de Ber-
keley (Calédonie). Le Manhattan donnera ce même spec-
tacle, en avril, pièce et partition. W. Damrosch y dirigera
son orchestre, le New York Symphony Orchestra.
— Au Metropolitan, sous la direction d'Albert Wolff,
représentation de Za^a, au bénéfice de l'hôpital français.
A l'un des concerts dominicaux de ce théâtre, Samson
et Dalila, présenté « in concert form ».
— Sous la direction de P. Monteux, la Boston Symphony
a joué récemment la Mer de Debussy. Exécution magistrale,
déclare la presse.
Au programme d'un récital de la chanteuse Phœbe
Crosby, dans cette même ville, nous avons relevé les noms
de Paladilhe, Alexandre Georges, Fourdrain, Chausson,
Lalo.
— M me Poldowski (de son vrai nom Lady Dean Paul;,
fille de l'illustre violoniste et compositeur Wieniawsky, est
elle-même compositeur et pianiste. Elle habite l'Angleterre,
mais s'inspire surtout, pour ses mélodies, de textes fran-
çais. Elle a donné récemment à New- York une audition de
ses œuvres de chant et de piano. Son style musical relève
de la manière debussyste.
— La musique de César Franck est de plus en plus
goûtée aux Etats-Unis. L'autre jour, pour la première fois,
concert, à l'.Eolian Hall, exclusivement composé d'oeuvres
de ce maître. Et l'auditoire y était aussi considérable que
pour un concert Beethoven, Wagner ou Chopin.
Maurice Lena.
De notre correspondant de New- York :
M. Robert Schmitz, notre merveilleux pianiste, continue
l'heureuse série de ses auditions. Soit seul, soit avec la
collaboration d'excellents artistes tels que M. René Pollain,
il donne des œuvres françaises comme la Romance de
Gabriel Fauré, la Fantaisie de Georges Hue. Il se fit égale-
ment entendre au concert de la « Symphony Society »
dirigé par M. Damrosch; il joua une composition améri-
caine de Sowerby qui, malgré les ellorls du soliste, parut
peu intéressante. Au même concert figurait la Symphonie
de Chausson, parfaitement dirigée par M. Damrosch.
— M. Walter Damrosch est en Amérique un des chefs
qui encouragent le plus notre répertoire français et nous
devons ici lui rendre hommage. Notons, au hasard de ses
concerts, Harold en Italie de Berlioz, la Troisième Sym-
phonie de Saint-Saëns, les Variations symphoniques de
César Franck. Nous avons à New-York un ami, qu'il sache
que ses efforts sont appréciés en France comme il con-
vient. Les lettres que nous recevons de France, les
impressions que j'ai recueillies lors de mon voyage eu
Europe me prouvent que son passage au printemps dernier
a laissé un excellent souvenir.
— Cortot continue à remporter ici de véritables triomphes.
— Signalons l'heureux retour à l'/Eo!inn Hall de la
charmante pianiste M 110 Marie-Madeleine du Carp qui
obtint un succès retentissant.
- M mn Gladice Morisson chanta dans un concert donné
au Princess Théâtre. Beau tempérament artistique, timbre
sympathique et originalité. Elle interpréta des œuvres de
Rhené-Baton, Henry Février et Ravel.
— M Uc Daisy Jean, originaire du Havre, donna un récital
de violoncelle à ITEolian Hall. Très appréciée.
— Je suis heureux de pouvoir annoncer, en terminant,
que le Metropolitan Opéra House donnera la saison pro-
chaine une place importante à la musique française. Cela
est dû pour partie aux efforts de M. Albert Woîff, dont le
succès comme chef d'orchestre a été maintes lois constaté.
De renseignements sûrs, il me revient que la Navarraise
de Massenet et le Roi d'Ys de Lalo figureraient aux pro-
grammes de la saison prochaine. Ces œuvres seraient
interprétées par la grande artiste M"'" Géraldine Farrar.
Joseph de Valdor.
CANADA
Montréal (3 1 janvier). — M. J.-J. Gagnier, directeur de
la musique des Grenadiers, fait toujours une large part aux
auteurs français. A son concert du 3o janvier, il avait mis à
son programme Ascanio, le ballet de C. Saint-Saëns, les
Scènes alsaciennes de J. Massenet et la Marche Hongroise
de la Damnation de Faust de Berlioz. Excellente exécution
et très gros succès pour le chef et ses musiciens.
— Le 10 février, la Société de Musique de Chambre,
dirigée par M. A. Chamberland, nous donnera le Septuor
de Saint-Saëns.
— Jacques Thibaud, l'éminent violoniste français, donnera
un récital le 2t février.
— On annonce pour le 24 février un grand concert cho-
ral et instrumental sous la direction de M. J. Brassard. Au
programme, les Béatitudes de C. Franck.
— Aphrodite, musique de Henry Février, sera donnée
pendant une semaine au cours de ce mois.
— Au Théâtre Canadien-Français, MM. Ch. Schauten et
F. Lombard ont à l'affiche te Détour de Bernstein.
Louis Michiels.
joirgniç». <=> .:<?, o o, o ;ie< o;.Q'. o :g. ■<=■ ■ o< o ,<=> oro;
ÉCHOS ET NOUVELLES
Le « bal tricolore » du i5 février fut éblouissant; salle
archicomble, composée de tout ce que Paris possède de
hauts personnages, de personnalités brillantes et de « rares
beautés », comme on eût dit jadis. Mais, parmi tout ce luxe
officiellement clinquant, certains ont trouvé pénible le défilé
des soldats, des vrais soldats, portant les vénérables uni-
formes de la grande guerre qu'illustrèrent tant de nobles
souffrances, et passant par échantillons, réduits au rôle de
figurants de cirque ou de music-hall...
— A l'Opéra : la répétition générale d'Antar est fixée au
lundi 21 février, dans l'après-midi; la première représenta-
tion au mercredi a3.
— La subvention de l'Opéra :
La commission des finances du Sénat a repoussé le crédit
supplémentaire de 700.000 francs demandée par le ministre
de l'Instruction publique comme supplément de subven-
tion à l'Opéra pour l'année 1920.
Le Sénat reviendra-t-il sur cette décision de sa commis-
sion? Il faut le souhaiter sans cependant oser trop l'espérer.
On donne comme raison de ce refus notre situation
financière; c'est un des motifs, mais il en est un autre plus
grave et plus profond. Il résulte d'une sorte de jalousie de
la province pour la capitale. Pourquoi, pensent certains
honorables, et ils ne se cachent pas pour le dire, donner
i.Soo.ooo francs de subvention à l'Opéra, alors qu'on ne
donne rien aux entreprises de province? En province, ce
sont les municipalités qui soutiennent leurs théâtres lyri-
ques, pourquoi n'est-ce point la Ville de Paris qui soutient
1 Académie Nationale de Musique? Au fond, il y a plus dans
cette question de l'Opéra querelle de clocher que véritable
souci de nos finances. C'est d'ailleurs ce qui en fait la gra-
vité. La province, dont les intérêts sont infiniment respec-
tables (on sait combien nous encourageons ici tous les
efforts de décentralisation artistique), ne peut cependant
contester qu'aux yeux de l'étranger, Paris est le symbole de
la France, et qu'après la guerre, c'est sur les rives de la
Seine que se trouve le centre intellectuel du monde.
LE • MENESTREL
La province entretient à grands frais deux théâtres de
comédie et de drame : le Palais-Bourbon et le Luxembourg,
elle peut bien consentir quelque modesle sacrifice en fa-
veur d'un théâtre de musique.
Allons, MM. les Sénateurs, un bon mouvement. Le corps
de ballet, il en prend l'engagement, vous en témoignera sa
reconnaissance.
— A la Comédie-Française : samedi 19 février, matinée
poétique.
— Au Théâtre-Sarah-Bernhardt, dans les premiers jours
de mars, reprise de la Prise de Berg-op-Zoom, l'une des
meilleures (peut-être la meilleure) comédie de Sacha Guitry.
— La critique et le droit de réponse.
Le procès Silvain-Doumic, dont nous avons déjà parlé,
vient de se clore en première instance. L'auteur a eu gain
de cause et la Revue des Deux Mondes devra insérer la
réponse à la critique de M. Doumic, à moins que la Cour
d'appel n'en décide autrement.
Le jugement, longuement motivé, assure que les lois de
1822 et 1SS1 sont formelles. Il en résulterait que toute per-
sonne dont il est parlé dans les journaux a le droit de
réponse, Landru ou M me Bessarabo, tout comme l'auteur
dramatique ou l'acteur.
C'est peut-être la lettre de la loi, mais est-ce bien son
esprit?
— Un concours est ouvert pour la nomination d'un pro-
fesseur de chant et d'un professeur de diction au Conser-
vatoire de Nancy.
Les candidats ou candidates à ces emplois devront
déposer leurs titres au secrétariat de la mairie de Nancy
avant le i cr avril 192 1.
Le concours aura lieu le t5 avril, à 10 heures du malin,
et jours suivants au besoin.
— Un décret, paru au Journal officiel, approuve le legs
de 200 francs de rentes, fait par M IM H. Batigne en laveur
du Conservatoire National de Musique et de déclamation
pour la fondation d'un prix d'harmonie.
— Le succès de M. Gérard Hekking dans les derniers
concerts qu'il a donnés en Hollande fut tel que l'habile
directeur du casino de Scheveningen n'a pas hésité à s'as-
surer le concours de l'éminent artiste pour une nouvelle
série de concerts en 1922.
BIBLIOGRAPHIE
De Couperin à Debussy, par Jean Chantavoine. — Un volume
in-8" de la collection les Maîtres de la Musique, dirigée par
M. Jean Chantavoine. Prix : 7 fr. 5o c— Librairie Félix Alcan.
Ce livre ne prétend pas offrir une histoire continue, même
sommaire, de la musique française entre les Couperin et Claude
Debussy.
Dans la première des études qui composent ce volume,
M. Chantavoine essaie seulement de définir quelques caractères
généraux de notre art musical, depuis ses origines jusqu'à nos
jours. Les études suivantes indiquent par quels traits ces carac-
tères, à la fois permanents et variables, se retrouvent au cours
des deux derniers siècles chez quelques compositeurs français
pris isolément et presque au hasard, de Couperin à Debussy, en
passant par Rameau, Berlioz, Chabrier et Massenet, et chez un
étranger tel que Gluck, que la pensée française seule sut mettre
en possession de son génie.
programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 20 fé-
vier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — Saint-Saëns : Symphonie en la mineur.
— Sgambati : Concerto pour piano (M." Ernesto Consolo). —
M. Ravel : Shéhérazade (M"" Marcella Doria). — Beethoven :
Symphonie pastorale.
'Concerts-Colonne (samedi 19 février, à 4 h. 3/4, au Châtelei.
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Beethoven : Sym-
phonie en fa. — Chausson : Poème pour violon et orchestre
(M. L. Bellanger). — Glazounow : Rapsodie sur des Thèmes de
l'Ukraine (M. André Salomon). — Alex Oléntne : La Chanson
populaire russe (M— Olénine d'Alheim; au piano M" 1 D. Swain-
son). — Glazounow : Stenka Racine.
Dimanche 20 février, à 2 heures et demie, au Chàtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Beethoven : Ouverture de
Coriolan; Syniphonie en la. — Wagner : Le Vaisseau-Fantôme
(Ouverture)'; Tristan et Yseult (Prélude du 3" acte; Prélude du
1" acte; Mort d'YseuIt) (M"° Demougeot); Les Maitrcs Chanteurs :
a) Rêverie de Hans Sachs; b) Danse des Apprentis; c) Marche des
Corporations; Le Crépuscule des Dieux : Marche funèbre; Mort de
Brunehilde (M"< Demougeot).
Concerts-Lamoureux (dimanche 20 février, à 3 heures, salie
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Schu-
mann : Ouverture de Geneviève. — Planchet : Matinée de Printemps
(i" audition). — Marcel Bertrand : Deux Mélodies (1™ audition)
(M"' Jane Raunay). — César Franck : Les Djinns (M. Gontran
Arcouet). — Bourgault-Ducoudray : Rhapsodie cambodgienne. —
a) J.-S. Bach : Air du Magnificat ; b) Monteverde : Air de YOrfeo
(M me Jane Raunay). — Beethoven : Symphonie en ut mineur.
Concerts-Pasdeloup (samedi 19 et dimanche 20 février, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baton). —
Wagner : Ouverture des Maîtres Chanteurs. — Sibelius : Chant
d'Automne (M lle Anna Hagelstain). — Lalo : Concerto pour violon-
celle (M"" 1 Caponsacchi-Jeisler). — Roland-Manuel : Isabelle et
Pantalon (i rc audition). — Saint-Saëns : Suite pour violoncelle et
orchestre (M m0 Caponsacchi-Jeisler). — Wagner : Rêve d'Eisa;
Rêves (Esquisse pour Tristan et Yseult) (M"" Anna Hagelstain). —
Sibelius : Finlandia.
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 19 FÉVRIER :
L'Œuvre Inédite (à 3 heures et demie, salle Touche). — Mar-
celle Soulage : Sonate pour piano et violon. — Ernest Vavin ;
Pièce pour piano; Crépuscule. — Ch. Baudoin : Trois Mélodies. —
Gennaro : Trio. — Constantin Gilles : Deux Pièces pour violon
et piano; Symphonie sur un thème alsacien.
Concert Victor Grille (à 9 heures, salle des Agriculteurs). —
Récital Chopin.
Concert Pierre Fol (à 4 heures et demie, Boîte à Fursy). —
Récital de violon.
Concert Mignon Trévor (à 4 heures, salle des Agriculteurs,
avec le concours de MM. Yves Nat el Gaston Poulet).
Concert Yves Nat-Robert Krettly (à 8 h. 3/4, salle Erard).
Concert Lorée-Mourey-Marie-Antoinette Pradier et
Léon Zighera (à 8 h. 3/4, salle des Agriculteurs).
DIMANCHE 20 FÉVRIER :
Concert Sfordzan (à 3 heures, salle des Agriculteurs). —
Colomer : Les Noces de Fingal. — Chausson : Poème. — Beetho-
ven : Romance. — Brahms : Danses hongroises. — G.-R. Simia :
Quintette. — Camille Chevillard : Variations.
LUNDI 21 FÉVRIER :
Concert Jeanne-Marie Darrè (à 9 heures, salle Érard). —
Récital de piano.
Concert Gontran Arcouet (à 9 heures, salle Gaveau). —
Récital de piano.
Concert Marty-Zipelius (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Lorée-Mourey (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
Concert Boucherit-Le Faure (à 8 heures et demie, salle des
Annales).
MARDI 22 FÉVRIER :
Concert de M™" Van Vladeracken (à 9 heures, salle Pleyel).
— Chansons populaires hollandaises.
U. F. A. M. (à 3 heures, salle Gaveau).
Concert Clara Haskil (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
Société Philharmonique (à 9 heures, salle Gaveau).
Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). —
Quatuor Bastide.
Salon des Musiciens français (à S heures et demie, salle du
Conservatoire). — Audition d'oeuvres françaises. Concert dirigé
par M. Maxime Thomas.
MERCREDI 23 FÉVRIER :
Concert Jascba Heifetz là 9 heures, salle Gaveau). — Récital
de violon).
Concert Gomez Anda là 9 heures, salle Erard).
Concert Yvonne François (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Moscovitz (à g heures, salle des Agriculteurs). —
Récital de violon.
Concert Madeleine de Valmalète (à 9 heures, salle de l'an-
cien Conservatoire, avec le concours de l'Orchestre de Paris).
Concert Georges de Lausnay {à 3 heures et demie, salle
Gaveau, salle des Quatuors).
JEUDI 24 FÉVRIER :
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert his-
torique : Saint-Saëns (2 e programme). Conférence de M. Jean
Chantavoine.
Concert G. Enesco (à 9 heures, salle Gaveau). — Récital de
violon. Concert au profit de l'Œuvre de préservation de l'enfance.
Concert M. Grandjany (à 9 heures, salle Erard).
Concert Risler (à 9 heures, salle des Agriculteurs). — Liszt :
Sonate en si mineur. — Wagner-Liszt : Ouverture des Maîtres
Chanteurs; Chœur des fileuses du Vaisseau- Fantôme; Mort
d'Yseult. — Liszt : Napoli; Un Sospiro; Rhapsodie espagnole.
Tous les Arts (à 4 heures, salle La Boëtie).
VENDREDI 25 FÉVRIER :
Schola Gantorum (à 4 heures, salle Gaveau).
Quatuor Loiseau (à 3 h., salle Gaveau, salle des Quatuors).
Concert Huberman (à 9 heures, salle Gaveau).
Concert Peltier-Davesne (à 9 heures, salle Erard).
Concert Moger-Powell (à 9 heures, salle Pleyel). — Concert
de musique anglaise ancienne et moderne.
Vendredis du Lyceum (à 4 heures, salle du Lyceum).
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méthode Raymond Thiberge, ce cahier aidera au
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tanément. — c) Lignes supplémentaires. Indications des
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MUSIQUE • ET- THEATRES
DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTEUR,
DE1833À.1883
J.LHEUCEL
DIRECTEUR,
DE18.83À1914
HENR1HEUCEL
SOMMAIRE
Edouard Lalo (Fin) HENRY MALHERBE
La Semaine Musicale :
Gaîté-Lyrique : Nelly
Théâlre des Champs-Elysées :
Ballets Suédois
Théâtre-Mogador : La Petite Mariée
La Semaine dramatique :
Odéon : La Paix
Nouveau-Théâtre l . Spectacles
Les^fjeux-Masques \ d'Inauguration
Marigri* : J'avais une marraine. .
, Les Grands Concerts :
Concè'ris |u Conservatoire P.de LAPOMMERAYE
r™*^, *>«!„.,„» I P.DE LAPOMMERAÏE
Concerts^Colonne j ml smmo
■ _ Con^èrt^Lamoureux RENÉ BRANDOUR
PAUL BERTRAND
P.DE LAPOMMERAYE
PIERRE D'OUVRAY
JACQUES HEUGEL
ts-Pasdeloup
RAYMOND SCHWAB
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Étranger :
Allemagne J, CHANTAYOINE
Angleterre ..MAURICE LENA
. Espagne . RAOUL LAPARRA
Hollande J. CHANTAYOINE
États-Unis MAURICE LENA
Echos et Nouvelles.
SUPPLÉMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnis à h musique)
TflUSIQTJE DE CftPHÏT
Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro :
LA DOUCE PAIX, de Reynaldo Hahn, poésie de Guillot de Saix.
Suivra immédiatement : O Nuit, pareille à moi, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar, conte héroïque
en quatre actes et cinq tableaux, poème de Chekri Ganem.
MUSIQUE DE PIANO
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano :
Danse des Roses, de Gabriel Dupont, Extrait de Antar.
Suivra immédiatement : Au temps des Pastorales, de Maurice Pesse.
Le Numéro :
(texte seul)
O ,r 75
(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couverture)
1
BUREAUX: RUE VIVIETSNE -ainsi- PARIS (2?)
télephone-gutenberc: 35-352
adresse télégraphique;: ménestrel-paris
Le Numéro
seul)
75
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LE MENESTREL
- JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THÉÂTRES -
..... Bureaux : a bl *, rue Vivienne, Paris (*•) - - - - -
CONDITIONS D'ABONNEMENT
a l'année seulement
Pour Paris et les Départements :
!• TEXTE SEUL 25 tr.
a» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (a6 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 50 fr.
3» TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (a6 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 50 fr.
4» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (5a morceaux, un chaque semaine, et grande prime au I" janvier) 75 fr.
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 tr. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5- fr. ;
Abonnement complet, 6 tr. 50. m
Frais d'envoi de la Prime au i" Janvier (Province et Étranger) : a" et 3- modes : chaque, 1 ir. 50; 4' mode : 3 francs.
Les Abonnements partent du i" de chaque mois.
En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, chej tous les Libraires et Marchands de Musique
ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal,
HEUGEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2 blg , rue Vivienne, Paris (2*)
Ouvrage créé à l' Opéra-Comique et qui doit y être repris incessamment.
Le dernier grand succès du Théâtre des Arts de Rouen, du Grand-Théâtre de Nantes,
du Théâtre-Royal de Gand, des Théâtres de Marseille, Rennes, Tourcoing, etc.
La Partition :
Chant et Piano
Prix net : 40 francs.
GISMONDA
DRAME LYRIQUE EN QUATRE ACTES
De MM. Henri CAIN et Louis PAYEN
d'après Victorien SARDOU
Musique de Henry FÉVRIER
Le Livret :
Prix net : 3 francs.
MORCEAUX
ACTE I M"*.
La Chasse, PrOlude (pour Piano) 4 •
La Cour florentine, airs de danse (pour Piano) ... 4 »
L'Idole Mutilée : Toute blanche, les deux seins nus. 3 50
-La même, transposée pour mezzo 3 50
Le Serment de Gismonda : Ah ! chéri ! mon amour,
ma joie '• 3 50
ACTE II
Le Couvent de Daphné, Prélude (pour Piano) .... 3 »
La Paix du Cloître: Pauvres nonnes 4 »
Le Cri d'amour d'Almerio : Oui, vous étiez l'enjeu
splendide 5 *•
Sois à moi/ Pour une nuit 3 50
DETACHES :
ACTE III Mi.it.
N" 9. — Interlude 2 »
qbis.-Lt même pour violon et piano 3 50
10. — Danse antique, N' 1 (Pianol 3 50
n. — Danse antique, N' 2 (Piano) 4 •
Divertissement des Nymphes
Les 3 numéros (avec chœur ad libitum), 1 volume in-8» . . 12 »
ACTE IV
ia. — La Fête des Rameaux, Prélude (Piano) 4 »
i3. — Invocation à la Mort: Oui, je m'en irai 4 »
i3£is.-La même, transposée pour baryton 4 »
14. — Le Triomphe d'Almerio, Duo: Peuple, vous tous qui
m'écoutez 4 »
Le dernier succès du Grand-Théâtre de Rordeaux, des Théâtres de Saint-Êtienne,
Montpellier, du Théâtre des Arts de Rouen, du Casino d'Aix-les-Ralns, etc.
Ninon de Lenclos
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Drame lyrique en quatre Actes dont un Prologue
Poème de Louis BLANPAIN de SAINT-MARS et Henri AUCHER
Musique de Louis MAINGUENEAU
Le Livret :
Prix net : 3 francs
MORCEAUX DÉTACHÉS
PROLOGUE Mm».
Duo (Villarceaux, Ninon) : Pour un baiser de ma mie.
Je n'appréhendais nul revers 6 »
■ Ninon : La vie est un jardin, où je n'aurais pour récolter. 3 50
ACTE I
■ Duo (M"° Scarron, Boisrobert) : Un berger plus
beau que le jour ^ ... . 4 »
■Boisrobert: Un sonnet à celle que j'aime 3 50
• Villiers : Parler d'amour? Ah! comment le pour-
rais-je? 4 »
• Ninon : L'amour vaut-il tout ce tapage 3 50
ACTE II
7. — Sarabande ; 3 50
8. — Rigaudon 3 50
9. — Menuet ^ ^ n
0. — Ninon : Quelle femme au fond d'elle-même .
ACTE III
1. — Ninon : Les feuilles tombent, c'est l'automne
a. — Villiers : L'air que je bois est rempli d'elle 4
3. — Duo (Villiers, Ninon) : // est là-bas une forêt pro-
fonde
Tous les prit ci-dessus sont nets, majoration comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol,
nîHiiTifî^rTBr^i
Edouard LALO
- I 823- 1892-
Gonférence prononcée aux Concerts historiques Pasdclottf:
(Opéra, 23 décembre 1920). (1)
(Fin)
Ine des légendes les plus répandues en Bre-
tagne, écrit Ernest Renan, est celle d'une
prétendue ville d'Ys qui, a une époque in-
connue, aurait été engloutie par la mer. On
montre à divers endroits de la côte l'empla-
cement de cette cité fabuleuse et les pêcheurs
vous en font d'étranges récits. Les jours de tempête, assu-
rent-ils, on voit, dans le creux des vagues, le sommet des
flèches de ses églises; les jours de calme, on entend mon-
ter de l'abîme le son des cloches modulant l'hymne du
jour. lime semble souvent que j'ai au fond du cœur une
ville d'Ys qui sonne encore des cloches obstinées ou con-
voque aux offices sacrésdes fidèles qui n'entendent'plus. »
Ce sont ces mêmes tintements nostalgiques que Lalo
dut percevoir dans les battements de son cœur, lorsqu'il
composa la partition du Roi d'Ys. A l'entrée de son
œuvre, il équilibra une Ouverture impressionnante
comme un pcecile, primitive et lourde de souvenirs
comme un dolmen. Dans le majestueux portique, le
musicien apparaît, entouré de ses instrumentistes, pour
esquisser le drame musical qu'il va développer au cours
du spectacle. « Voilà ce que je vais vous raconter »,
s'écrie-t-il d'une voix inflexible.
C'est l'orchestre des Concerts-Pasdeloup qui, le
14 novembre 1876, exécuta en première audition, l'ou-
verture du Roi d'Ys. Lalo devait ensuite la modifier. Le
chant du violoncelle et l'allégro des cuivres subsistèrent
seuls dans la version définitive.
Le 29 avril 1876, le baryton Manoury chante à
la Société Nationale un air du Roi d'Ys intitulé, pour
la circonstance, « Veille de Combat ». Et, en 1880,
M mc Edouard Lalo, qui possédait une fort belle voix de
contralto, et M mc Fuchs y interprétaient le duo de
Margared et de Rozenn.
(L'orchestre exécute l'Ouverture du Roi d'Ys, M"" La-
peyreite et Borello chantent le duo de Margared et
de Rozenn.)
L'Ouverture du Roi d'Ys que vous avez écoutée est
naturellement composée des motifs de la partition. Le
retour de Mylio est interprété par la clarinette dans
l'andante à trois-quatre. L'allégro et l'allégro appas-
sionato peignent le désespoir de la farouche Margared. Le
chant du violoncelle à six-quatre nous dit la chaste
mélancolie et la douceur rêveuse de Rozenn. Enfin
un retour magistral de l'allégro nous restitue le chant
(1/ Voir le Ménestrel du 18 février.
de guerre de Mylio. Le duo, si remarquablement inter-
prété par M"« Lapeyrette et Borello, dessine à larges
traits les visages des sœurs ennemies.
Le Roi d'Ys ne put être joué que le 7 mai 1888. Il
fallut un directeur novice de l'Opéra-Comique, M. Pa-
ravey, pour créer l'ouvrage. C'était la première pièce
qu'on montait dans un nouveau théâtre sous une nou-
velle direction. On avait lancé partout des invitations.
Mais on avait oublié de numéroter les places! Près de
3.5oo personnes se pressaient dans une salle surchauffée
qui pouvait à peine contenir 2.000 spectateurs. Personne
n'avait confiance dans la réussite de la pièce. Les invités,
qui ne savaient où se placer, étaient furieux. Le succès
au premier acte fut douteux. Mais, dès le second acte,
se déchaîna un tumulte enthousiaste, malgré la détestable
mise en scène de Paravey. L'air de Rozenn fut trissé,
tous les morceaux de la partition bissés. En moins d'un
an, le Roi d'Ys fut joué 60 fois. (L'œuvre fut reprise en
1902, à l'Opéra-Comique, avec une nouvelle mise en
scène de M. Albert Carré. Elle a atteint aujourd'hui
35o représentations.) Mais Lalo avait 65 ans. Il devait
mourir le 22 avril 1892.
L'aubade de Mylio, que va interpréter M. Laffitte, est
d'une exquise élégance. A la scène, elle s'intercaleentre
des chœurs dialogues d'une fraîcheur d'inspiration et
d'une grâce heureuse incomparables.
(M. Laffitte chante l'aubade du Roi d'Ys.)
Des critiques fantasques ont prétendu que Lalo était
wagnérien. Les pages que vous venez d'entendre ont,
sans doute, fixé votre opinion à ce sujet. La connais-
sance que Lalo avait de l'art de Wagner ne l'a point
influencé. Mylio n'est pas le frère de Tristan ni de
Siegfried. Sans doute, par de certains côtés, il est Tris-
tan. Mais un Tristan de France, un ancêtre héroïque
et tendre de notre Cid. Il est l'incarnation majestueuse
et passionnée de la généreuse âme française. Lalo, qui
pendant de longues années s'était fait l'interprète des
grands classiques, procède plutôt de Weber, parfois
même de Mozart. Le leitmotiv ne se retrouve dans ses
partitions que trois ou quatre fois. Son orchestration,
nourrie, savante, riche, est coupée d'accords brusques,
comme dans les œuvres classiques. Il peint à fresque,
avec fougue. Aucun développement inutile. Une écri-
ture cursive, synthétique, mais d'une incomparable
élégance. Une nerveuse et étincelante puissance. Plus
de déclamation pompeuse, prétentieuse, si souvent gro-
tesque. Un sens du goût exquis et rare. Cette mu-
sique du Roi d'Ys a je ne sais quoi de royal. Et, cepen-
dant, tout le désespoir qui monte de la lande bretonne,
le flux et le reflux des grandes solitudes glauques de là-
bas, cet air vif, iodé, salé qui brûle les lèvres et les
yeux, et, enfin, l'écume et les embruns et toute l'atmo-
LE • MENESTREL
sphère tragique de cette Baie des Trépassés sont redites
en musique avec la perfection minutieuse et nuancée
qu'on découvre dans les descriptions de Bretagne d'Er-
nest Renan.
La partition du Roi d'Ys est une magistrale leçon de
musique française de théâtre. Lalo nous offre ainsi le
tracé idéal de notre drame lyrique. Voici les préceptes
impérieux que j'y puise et que j'offre à la méditation
de nos compositeurs :
i° Agrandir la signification du sujet qu'on traite;
2° Epuiser techniquement, mais sans complaisances
brillantes, les motifs qu'on aborde;
3" Peindre à larges touches l'atmosphère locale;
4° Faire dominer, à l'orchestre, la psychologie des
personnages, dont on dessine, d'un trait violent et sûr,
les caractères;
5° Faire jouer le drame à l'orchestre avec plus d'in-
tensité que sur
scène, dételle sorte
qu'un auditeur
puisse suivre, sans
voir les^ chanteurs,
chaque péripétie de
l'intrigue ;
6° Un récitatif
simple, humain,
haletant, rapide;
7° Toute musi-
que doit avoir sa
valeur propre, sa
valeur pure en de-
hors de la valeur
du texte, et un frag-
ment jugé indigne
de figurer au con-
cert ne devra ja-
mais se trouver
dans une partition
théâtrale.
Il n'est pas inu-
tile d'affirmer ici U Roi d'Ys.
ces principes, trop
souvent ignorés sinon dédaignés. La formule de ce
qu'on appelle railleusement la musique de théâtre ne
doit pas tenir prisonnière l'inspiration de nos composi-
teurs. Une industrie scénique qui ose se réclamer de la
musique ne craint pas de flatter la sottise d'un public
ignare. Elle est, ces dernières années, descendue à une
bassesse d'accent, à une manière de courtisanerie
éhontée. Ces détestables habitudes ont été ainsi prises.
Le public inculte manifeste des enthousiasmes indécents
pour des productionstotalement étrangères à la musique.
Je ne veux pas citer ici les noms de ces ouvrages gros-
siers qui encombrent les affiches de nos théâtres et même
de quelques concerts et qui ont donné un si déplorable
goût à la foule. Mais le scandale doit cesser. Une scène
lyrique de Paris ou de province est avant tout un
centre d'éducation musicale. Elle est destinée, par prin-
cipe, à la musique pure et non au mélodrame amphi-
gourique, à l'opérette fade et niaise, à la sottise préten-
tieusement étalée.
Edouard Lalo a sauvegardé, lui, la dignité de la
musique de théâtre dans un temps où tout artiste origi-
nal et sincère était banni de la scène.
Nous avons vu quelles vicissitudes il traversa à
l'époque du Roi d'Ys. Vaucorbeil, malgré l'admiration
qu'il lui portait, dans un rapport officiel, avait refusé
de monter l'ouvrage. En guise de consolation, il demanda
à Lalo un ballet. Et le compositeur, attristé, découragé,
dut accepter cette proposition. De Nuitter prit le sujet
de Namouna dans les Mémoires de Casanova. Et en
quatre mois, l'une des partitions les plus pimpantes, les
plus fleuries, un chef-d'œuvre frais et rare était éclos.
Lalo travaillait quatorze heures par jour. Le danseur
Mérante lui conseillait d'écrire comme Adolphe Adam.
Indigné, le compositeur lui répondit :
— Croyez-vous donc que je vais vous faire la musique
de Giselle ?
Cet esprit indépendant devait lui créer, à l'Opéra,
d'irréconciliables ennemis. L'enthousiaste Vaucorbeil
reçoit, avec une froideur glaciale, le manuscrit de
Namouna. Il demande des corrections. Pendant la
maladie de Lalo; Gounod, dont l'autorité, au théâtre,
était toute-puis-
sante, accepte d'or-
chestrer les der-
nières scènes. Cha-
que jour, il soumet,
avec une attentive
humilité, une page
àLalo,dontilessaie
de s'assimiler la fa-
çon d'instrumen-
ter. Quelques ga-
zettes impriment
déjà : « La mu-
sique de Namouna
est insuffisante,
M. Vaucorbeil y
renonce. » Le corps
de ballet, habitué
aux fadaises de
Métra et d'Adolphe
Adam ne trouve pas
la musique de Lalo
de son goût. Les
;cor du 3° acte. rép et i ti ons com-
mencent, mais dans
une atmosphère d'hostilité et de dénigrement. Aussitôt
les ennemis de Lalo suscitent des incidents.
C'est M" Sangalli qui fut désignée pour créer le rôle
de Namouna. Au premier acte, dans une scène de séduc-
tion, elle devait fumer une cigarette en dansant. Petipa
avait réglé spirituellement cette scène, sur un délicieux
gazouillis de flûte. Mais le Directeur de l'Opéra fait
valoir de fallacieux risques d'incendie et veut supprimer
cette scène plaisante et inédite. D'autre part, Mérante
affirme que fumer une cigarette en dansant est un jeu
de scène qui lui appartient, qu'il existe dans une de ses
propres productions et menace d'intenter un procès en
contrefaçon! Après d'âpres discussions, on autorise la
ballerine à rouler une cigarette, sans la fumer. Sur ces
entrefaites, le malheureux Lalo tombe paralysé. Par
des soins assidus, on le guérit incomplètement. Et
M 110 Sangalli s'écorche un pied à la répétition générale.
Les répétitions sont interrompues. Une cabale se
monte. Partout on répand que Namouna ne sera pas
jouée. Des intervieweurs complaisants vont trouver
M Uo Sangalli. Mais celle-ci, farouchement, réplique :
« Je répéterai Namouna samedi 4 mars et, le lundi 6, je
danserai, ou je serai morte! »
Enfin la première représentation a lieu. Mais les
LE • MENESTREL
abonnés sont furieux. Ils tournent ostensiblement le dos
à la scène et personne n'applaudit. C'est un désastre.
Léo Delibes, reconnu dans la salle, est salué d'acclama-
tions. L'œuvre, dirigée froidement par Aidés, inter-
prétée par des instrumentistes distraits, nonchalants ou
ironiques, s'effondre. On lui consacre des articles d'une
violence absurde. Seuls, quelques musiciens admirent
Namouna. Claude Debussy, le génial musicien de Pel-
le'as qui venait souvent chez Edouard Lalo, écrira plus
tard : « Parmi trop de stupides ballets, il y eut une
manière de chef-d'œuvre, la Namouna de Lalo; on ne
sait quelle sourde férocité l'a enterré si profondément
que personne n'en parle plus. »
Le compositeur dut étouiîer la voix d'or des fanfares,
modifier « le Carnaval à Corfou » et replacer PEntr'acte
en tête de l'ouvrage. Namouna se traîna, avec une lan-
gueur tout orientale, pendant quelques représentations,
puis disparut de l'affiche. Il y a une dizaine d'années,
on la ressuscita. Depuis, elle s'est de nouveau évanouie.
M. Pierre Lalo, l'éminent critique du Temps, de qui
je tiens tous ces détails, n'a pu se défendre d'une grande
émotion en évoquant ces douloureuses étapes de la glo-
rieuse carrière de son père. Elles troubleraient les sen-
sibilités les plus indigentes.
En réalité, l'appréciation de Claude Debussy, que son
admiration pour Namouna avait failli chasser du Con-
servatoire, n'est pas éloignée de la vérité. Namouna est
un chef-d'œuvre. Qui de nous ne se rappelle cet admi-
rable thème de la tartane développé par tout l'orchestre
pour le débarquement de Namouna et d'Ottavio? Vous
verrez avec quelle maîtrise cette page est traitée. Vous
entendrez les répliques de l'harmonie à ces premiers
appels de cors sur la dominante, le motif d'orchestre
exposé dans l'aigu par les violons et les harpes, pendant
que s'insinue un chant de violoncelle, repris par la con-
trebasse et, dans une progression prestigieuse, l'entrée
des cors et des trombones. Et les notes d'or des fanfares
qui se croisent se joignent et se délient sur des harmo-
nies, toujours ingénieusement différentes, pendant que
coule le contrechant d'Ottavio. C'est là l'un des mor-
ceaux souverains de la musique française.
Lalo voulut encore écrire une partition sur un Savo-
narole d'Armand Silvestre. Il emprunta les motifs de
Fiesque pour composer Néron, qui fut représenté à
l'Hippodrome. Il écrivit enfin le premier acte de la Jac-
querie qui fut terminée par M. Arthur Coquard et jouée
à Monte-Carlo.
Toujours, il pensa avec mélancolie à Namouna. C'est
celte esclave d'Orient, avec sa coiffure aux sequins d'or,
et spirituelle et fastueuse, que j'évoque moi-même
aujourd'hui. Petit fantôme ambitieux, voluptueux et
furtif d'un rêve jamais assouvi... Edouard Lalo, qui
avait retrouvé dans ses plus lointaines hérédités des
accents inoubliables pour l'appeler et l'exhorter à le
suivre, ne l'a jamais conquise. Elle lui a manqué toute
sa vie. Un jour, peut-être, elle viendra, soumise enfin,
rêver sur sa tombe. (L'orchestre joue Namouna.)
Henry Malherbe.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
La première d'Antar n'ayant pas eu lieu au jour fixé, nous offrons
à nos abonnés une mélodie de Rcynaldo Hahn dont la musique est
pour tous nos lecteurs l'amie des bonnes comme des mauvaises
heures, car elle réjouit et console.
LA SEMAINE MUSICALE
Gaîté-Lyrique. — Nelly, opérette en trois actes, de
MM. Jacques Bousquet et Henri Falk, musique de
M. Maurice Lattes.
C'est un charmant spectacle, qui tient à la fois de
l'opérette, du vaudeville et de la revue, et qui se trouve
ainsi agrémenté, le plus heureusement du monde, de
jolies mélodies écrites de façon piquante, de quiproquos
hilarants que rehausse un dialogue assaisonné de beau-
coup d'esprit et d'une verve satirique qui s'exerce à
souhait aux dépens de personnalités fort connues qu'un
voile transparent dissimule à peine.
Nelly, une charmante petite main de la couture,
ressemble étonnamment à Maud, une célèbre étoile du
cinéma. Son ingénieux parrain Jim, qui a fait un peu
tous les métiers et s'est provisoirement échoué comme
garçon d'ascenseur, a précisément un ami qui, lui, a
réussi : Galichon, le célèbre lanceur de plages. Jim met
a profit la ressemblance en question pour procurer à
Nelly le moyen de passer quelques jours à Bainville, en
la faisant passer pour Maud. Nelly est éprise d'un
jeune mondain, qui s'affiche avec une théàtreuse, mais
finit par s'éprendre d'elle en croyant courtiser l'étoile
du cinéma, quand la vraie Maud arrive, et le subterfuge
est découvert. Mais tout s'arrange, dans une ferme où
le toujours ingénieux Jim exploite les snobs et fait con-
currence au Casino. Bien entendu, le traditionnel ma-
riage survient au dénouement.
La musique de M. Lattes, pas très neuve ni très
originale au premier acte, se distingue ensuite par des
rythmes heureux, des mélodies bien venues, orchestrées
avec goût et distinction, de spirituelles parodies d'opéras
ou d'opéras-comiques célèbres, et, à la fin, par une note
sentimentale, émue et discrète, qui a beaucoup plu.
M. Oudart anime toute la pièce dans le rôle à trans-
formations de Jim, qu'il joue avec un entrain endiablé
et une rare souplesse de moyens. M 1Ie Exiane fait
preuve d'un fin tempérament et chante avec charme.
M. Defreyn est, comme toujours, un agréable jeune
premier, d'une élégance irréprochable bien qu'un peu
apprêtée. M. Henry Jullien est un amusant tenancier
de grande station mondaine. M lle Denise Grey joue,
comme toujours, dans un excellent mouvement.
Des décors et un ballet fort réussis contribuent à l'a-
grément de l'ouvrage, dont le succès a été vif.
Paul Bertrand. ,
Théâtre des Champs-Elysées. — Ballets Suédois.
Saluons avec satisfaction le retour des Ballets Suédois
qui ajoutent à leurs précédents spectacles un élé-
ment nouveau : la Boite à Joujoux, l'exquise pantomime
enfantine dont Claude Debussy composa la musique
d'après les malicieuses images de M. André Hellé, et
dont l'éphémère Théâtre-Lyrique du Vaudeville nous
donna, en décembre 1919, une ingénieuse adaptation
scénique, due à M. Quinault. La chorégraphie de
M. Jean Borlin, plus naïve, moins fine peut-être, ne
manque cependant pas d'un charme réel, et la musique
de Debussy, aux louches si discrètes, n'a rien perdu de
sa séduction.
Le reste du programme de cette nouvelle saison est
formé des divers ouvrages déjà représentés par la troupe
des Ballets Suédois, il y a quelques semaines (1). P.B.
(1) Voir le Ménestrel des 2g octobre, 19 et 26 novembre 10,20.
= LE • MÉNESTREL
Théâtre-Mogador. — La Petite Mariée, opéra bouffe en
trois actes de MM. Liîterrier et Vanloo, musique de
Charles Lecocq (reprise).
« Ne faites point aux autres ce que vous ne voudriez
pas qu'on vous fit. » Telle est la morale qu'il faut tirer
de cette opérette. Le jeune San Carlo, favori d'un Podes-
tat italien du xvi e siècle, eut le malheur un jour de
détourner M mo la Podestate de ses devoirs. M. le Podes-
tat, marié sans doute depuis quelque temps, estime que
l'amitié d'un favori est plus précieuse que la fidélité
d'une femme : il se sépare de celle-ci et pardonne à
San Carlo, lui jurant toutefois que, le jour où à son tour
il convolerait en justes noces, il lui rendrait la pareille.
Or San Carlo s'est laissé prendre aux beaux yeux de
Graziella, fille d'un noble seigneur portant le nom de
CasteldémolU! Peu soucieux (il est il peine marié
depuis quelques heures) de subir la peine du talion, il
va chercher par tous les moyens à cacher son mariage
au Podestat. Vous imaginez 'facilement les péripéties,
les quiproquos auxquels ce mariage tout d'abord secret,
puis découvert par le Podestat, va donner lieu. Heureu-
sement et naturellement tout s'arrange à la fin, et San
Carlo pourra passer en tout repos une nuit de noces
bien gagnée.
Ah! ces nuits de noces, comme elles semblent avoir
préoccupé nos auteurs d'opérettes. Au hasard, citons :
la Petite Mariée, le Jour et la Nuit, Giroflé-Girofla,
toutes trois de Lecocq; la Timbale d'Argent deVasseur,
etc., etc. .
Il y eut à certaine époque comme une sorte d épi-
démie de gaillardise légitime qui réjouissait nos parents.
Le livret de la Petite Mariée est quelconque, ni meil-
leur, ni pire que tant d'autres, et l'esprit n'en a pas trop
vieilli.
En revanche la musique de Lecocq est restée jeuneet
alerte. La Petite Mariée et le Jour et la Nuit, sans en
excepter la Fille de Madame Angot, sont peut-être les
meilleures partitions de Lecocq : très souvent il s'y
élève jusqu'à l'opéra-comique (celui de nos pères). Le
duo du premier acte, « mon cher mari », celui de la lec-
ture et l'air du rossignol au second acte ont une poésie
discrète, une distinction qui les apparente aux plus
jolies romances de notre xviii c siècle. A noter que, sans
être très compliquée, l'orchestration est amusante.
La direction de Mogador a fait magnifiquement les
choses : les décors sont harmonieux, les costumes somp-
tueux. M"' c Mathieu-Lutz chante et dit à ravir. M.Jean
Périer joue avec autorité. M. Vilbert est plein de trucu-
lente fantaisie dans le rôle de Montefiasco. M. A. Lamy
a fait un véritable tour de force en prenant pour ainsi
dire au pied levé le rôle de San Carlo.
Pierre de Lapommeraye.
LA SEMAI NE DR AMATIQUE
Odéon. — La Paix, pièce en quatre actes
de Marie Lenéru.
L'œuvre de Marie Lenéru a été écrite en 1917, et, si
aucune main pieuse n'y apporta de retouche, l'auteur
fit preuve d'une sorte de divination : il y a dans la pièce
d'ingénieux aperçus sur la future Conférence de la
Paix auxquels les événements quotidiens se sont char-
gés de donner une singulière réalité.
Le titre indique le sujet de l'œuvre, sujet à la mode
en ce moment, qu'il soit porté à la scène en vers par un
ancien combattant, comme dans les Porte-Glaires, ou en
prose, comme hier dans la pièce de l'Odéon. « Guerre à
la guerre », tel est le cri de ralliement de ceux qui font
aujourd'hui profession d'intellectuels. Ce ne sont certes
pas les sept ou huit millions de soldats français mobili-
sés pendant cinq ans, ce ne sont pas les familles endeuil-
lées qui éprouveront le moindre regret de voir dispa-
raître les conflits sanglants dont l'humanité sort
meurtrie. Les mercantis sont les seuls qui puissent
désirer le retour des horreurs traversées... par les
autres. Il ne faudrait donc pas croire qu'il y a origina-
lité quelconque à émettre pareille théorie : elle n'a
même pas, depuis l'armistice, l'intérêt d'être subver-
sive. La seule chose qui soit peut-être regrettable dans
ces manifestations, ce n'est pas leur tendance que tout
le monde approuve, c'est le fait que, par leur multipli-
cité, elles pourraient amener l'étranger à croire que la
France est le seul pays auquel on ait besoin de prêcher
la paix. Souhaitons que d'habiles imprésarios achètent
le droit de représenter toutes ces pièces à Berlin, à
Moscou, à Angora et qu'elles y fassent beaucoup de
prosélytes. La France n'a pas besoin d'être convertie,
elle sait trop aujourd'hui ce qu'il en coûte même d'être
victorieux en se défendant.
D'action, il n'en est point, ou si peu. Une riche
anglaise, Miss Mabel, a perdu son frère, tué dans une
des batailles du Nord de la France. Elle a juré de con-
sacrer sa vie à combattre la guerre. Elle cherche, d'ac-
cord avec un travailliste anglais, à répandre les idées
pacifistes. Elle veut même convertir un jeune général
français, le général Peltier, qui l'aime. Elle ne l'épou-
sera que s'il donne sa démission. Le général refuse.
Miss Mabel retourne en Angleterre poursuivre son
œuvre de propagande.
Action bien légère, ce qui ne surprend point si l'on
songe que Marie Lenéru eut la louable volonté d'écrire
une pièce d'idées : ses personnages sont de véritables
symboles. Ni hommes ni femmes, ce sont des raisonne-
ments vivants qui disent tour à tour le pour et le contre
de la guerre et de la paix. Mais s'il n'y a point d'action,
il y a des discours qui ont tout à fait l'allure de discus-
sions parlementaires, en ce sens qu'ils ne font changer
l'opinion de personne. Tout a été tellement dit et redit
sur ce sujet! M" e Lenéru n'y apporte, au point de vue
doctrinal, aucune contribution.
Elle nous a montré un général, type « dernière
guerre », partisan d'une réduction du service militaire,
ouvert à tous les sentiments de pitié, intelligent, pas
assez toutefois, d'après Miss Mabel, pour admettre que,
si l'on est attaqué, il ne faut pas se défendre. Ce pauvre
homme est assez arriéré pour penser comme le Prési-
dent du Conseil belge, je crois, qui disait dernièrement:
ci Nous voulons la paix avec passion et nous saurons la
maintenir jusqu'à ce que notre honneur ou notre liberté
soient menacés. » Il paraîtrait que Joseph Prudhomme
parlait ainsi.
De tous ces personnages de type assez banal émerge
cependant une figure intéressante, celle d'une femme,
frappée dans ses plus chères affections (la guerre lui a
ravi son mari et ses deux fils). Par une étude psycholo-
gique très profonde et très vraie de la détresse d'une
intelligence privée de tout ce qu'elle a aimé, vivant dans
le souvenir et non pour l'avenir, M" c Lenéru a plus
fait surgir l'horrible spectre de la guerre que par les
raisonnements généreux, mais un peu naïfs, de Miss Ma-
LE* MÉNESTREL
bel. Une femme seule pouvait comprendre et exprimer
cette immensité de désolation dans la résignation.
Ce rôle de mère, jeune encore et belle, a été traduit
par M lle Andral avec une sensibilité, une justesse d'into-
nation et une simplicité qui donnent une impression de
grandeur. C'est une des meilleures créations de l'artiste
et qui la classe en tout premier rang.
M Ue Servières a bien composé le caractère entier et
rigoureusement logique de Miss Mabel. M. Vargas fut
un séduisant général, plein de souplesse en même temps
que d'autorité. MM. Jacquin et Clément, M 1Ie Denise
Hébert complètent une distribution excellente. On ne
saurait vraiment trop louer l'application, l'ardeur et le
talent de cette jeune troupe de l'Odéon.
Pierre d'OuvRAY.
Nouveau -Théâtre. — L'Ombre rouge, mimodrame de
M. Alfred Mortier, musique de M. Nouguès. —
Pierrot Ministre, de M. Lachaze. — Sophie Arnould,
comédie de M. Gabriel Nigond.
En regardant le mimodrame de M. Alfred Mortier,
je songeais qu'il est vraiment inutile d'apprendre les
langues étrangères alors que Ton peut par gestes expri-
mer les sentiments les plus variés, la joie, la faim, la
soif, l'amour, la terreur, les discussions d'intérêt; il est
clair que, si M. Séverin avait vécu quelques milliers
d'années plus tôt, la Tour de Babel eût pu être achevée
malgré la confusion des langues. Un travail de maçon-
nerie devait être beaucoup plus aisé à débrouiller que
le crime si facilement éclairci pour les spectateurs
dans l'Ombre rouge.
Sans le moindre programme, à la vue, tout le
monde a parfaitement compris que miss Betsy, fille
d'un hôtelier, est courtisée par deux marins, Tom et
Jim, mais que son père, sans écouter les battements du
cœur de sa fille, qui s'accélèrent au contact de Jim, ne
l'accordera qu'au plus riche. Pour s'enrichir, Tom
assassine un marchand descendu en l'hostellerie, mais
fait arrêter Jim en glissant dans un manteau oublié par
celui-ci quelques pièces d'or ayant appartenu à la vic-
time; grâce cependant à un bouton de pantalon trouvé
sur le lieu du crime par l'ingénieuse Betsy, le véritable
coupable est découvert. Pour obtenir l'aveu du criminel,
un habile shérif reconstitue la scène du drame sous les
yeux de Tom épouvanté, qui se croit l'objet d'un rêve.
Jim est sauvé et épousera Betsy. M. Séverin joue le rôle
de Tom avec une puissance et en même temps une sim-
plicité de moyens auxquels la pantomime nous avait peu
habitués. Point de grands gestes, mais une physionomie
très expressive, mobile, sans grimaces, où les passions
se lisent à livre ouvert. M" e Jasmine, qui avait joué avec
Séverin à l'Olympia dans Mains et Masques, a réalisé
de considérables progrès. Ses bras, ses mains et ses yeux
pétillent d'intelligence.
La partition de M. Nouguès est facile, elle se modèle
sur les péripéties du drame : excellente musique de
cinéma.
Pierrot Ministre est un aimable badinage dans le
genre « rosse ».
L'acte de M.Gabriel Nigond, Sophie Arnould, évoque
la plus spirituelle des actrices du xvin e siècle, et l'une
des plus jolies, dit-on. M. Nigond nous l'a montrée
retirée du théâtre, ruinée par la Révolution, mais tou-
jours souriante. Elle songe à son passé de gloire, à ses
amants, au comte de Lauraguais, le père de son fils, beau
jeune homme, hussard à l'armée du Rhin. Lauraguais
survient, et tous deux sous la lampe évoquent les heures
tendres d'autrefois... mais ils se séparent pour la nuit.
La belle Sophie Arnould n'est plus qu'une maman.
Sur ce léger tissu, M. Nigond a brodé de jolis dessins
aux couleurs éteintes comme les aimait le xvni e siècle,
toutes de nuances apaisées; de l'esprit, une pointe d'é-
motion, un sourire, une larme, c'est exquis.
M lle Blanche Toutain y est adorable.
Spectacle varié et de très belle tenue, avec une
recherche d'art qui repose de toutes les grivoiseries que
les petits théâtres affectionnent trop souvent.
Pierre d'OuvRAY.
Théâtre des Deux-Masques
(Théâtre d'Epouvante et de Rire).
Côté épouvante : les Détraquées, pièce inutile, c'est le
moins qu'on en puisse dire.
La Griffe, pièce déjà ancienne de M. Sartène.
Le mime Farina a fait d'un personnage de paraly-
tique une figure angoissante et terrible. Grand succès
pour ses jeux de physionomie.
Côté rire : Un Monsieur trop chéri, bluette sans pré-
tention; le Dindon de la Farce, fantaisie courte et
bonne de MM. Willemetz et Despras; Maud, satire
bon enfant des nouveaux riches, légèrement troussée
par M. Guy de Téramond : des mots drôles, des situa-
tions baroques mais possibles : tout cela pas trop
appuyé et très gai.
Dans le côté rire une vraie découverte, M Ue Maud
Loti, mélange de Lavallière, de Spinelly et de gentil
gavroche montmartrois : une fantaisie naturelle, de la
gaieté spontanée, un sourire de... très peu de printemps.
A elle seule M" e Maud Loti fait le succès d'un spectacle.
Si elle consent à travailler et à se discipliner un peu,
pas trop, elle sera une de nos meilleures fantaisistes.
Toute la troupe est d'ailleurs excellente : M llcs Suzanne
de Behr, Blanche Derval; MM. René Bussy, Serra et
Billard, tour à tour horrifiques et souriants, forment
une troupe homogène dans sa diversité.
Dans ce menu copieux il y a un plat à supprimer :
la chair en est trop faisandée. Pierre d'OuvRAY.
Théâtre-Marigny. — J'avais une marraine, comédie
en trois actes de M. Paul Moncousin.
Jacques de Valcreuze, tout à fait par hasard, a eu,
durant la guerre, pour marraine sa femme, dont il
était séparé depuis quelque temps. Elle ignorait qu'il
fût son correspondant et cessa de lui écrire aussitôt
qu'il voulut risquer quelques phrases d'un caractère
un peu intime. Jacques, ayant appris par ce moyen à
« connaître » sa femme, qu'il avait eu la maladresse
de négliger, l'aime maintenant profondément, et, la
guerre terminée, après des événements variés et l'ébauche
d'un divorce, les deux époux, fatalement attirés l'un
vers l'autre, se réconcilient dans un amour désormais
inaltérable.
Telle est, dégagée d'une intrigue complexe, l'histoire
imaginée par M. Moncousin. C'est là, sans doute, un
sujet assez mince, mais qui eût pu, cependant, servir
de base à une pièce réellement intéressante. Malheureu-
sement, au lieu de développer ce que son sujet pouvait
contenir d'originale psychologie, l'auteur a préféré
l'étouffer sous une foule d'incidents extérieurs; il a
allongé et alourdi les scènes, et ses deux personnages
principaux se sont perdus dans l'agitation des person-
LE • MÉNESTREL
nages secondaires, épisodiques, qui, au surplus, ne sont
guère que des fantoches inconsistants.
M" e Maille, M me Fontanes, MM. Rémy, Jacques de
Féraudy, Gallet, Vandenne et Krimer forment une
troupe remarquable par sa cohésion et sa souplesse.
Jacques Heugel.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire
Tout d'abord la 2 e Symphonie en la de Saim-Saëns, écrite
en i85g et donnée en première audition au Conservatoire
le 25 mars 1S60. Le premier allegro et le finale, clairs,
abondants, révèlent déjà la science de l'auteur de la Sym-
phonie en ut mineur, le chef-d'œuvre de Saint-Saëns.
Bien qu'un peu maigre, le scherzo témoigne de curieuses
recherches de timbre.
Nous entendîmes ensuite un Concerto pour piano, de
Sgambati. Cet auteur italien, peu connu en France, est né
en 1843 à Rome. Pianiste remarquable, il fut l'élève de
Liszt et se fit en Italie le propagateur de la musique alle-
mande. Wagner, paraît-il, s'intéressa à ses œuvres (1).
Celles-ci sont au nombre d'une centaine. Le Concerto que
nous présentait dimanche M. Consolo est fait pour nous
consoler de la quasi-ignorance où nous étions jusqu'ici de
l'œuvre de M. Sgambati. Grandiloquenle, visant à des
effets dramatiques qu'elle n'atteint pas, on trouve dans
celle-ci, juxtaposés, le mauvais goût de la musique vériste
italienne et la lourdeur de l'orchestration germanique,
avec, çà et là, des réminiscences de Beethoven ou de Men-
delssohn, d'une imitation vraiment trop fidèle.
Le talent de M. Ernesto Consolo est de beaucoup supé-
rieur à l'œuvre qu'il interprétait, et les applaudissements
qui accueillirent la fin du Concerto s'adressaient à l'artiste
et au chef d'orchestre plutôt qu'à l'auteur. M. Consolo a un
jeu net et puissant, d'une agréable sonorité, et il a su éviter
les gros effets qu'appelait l'œuvre de M. Sgambati.
Combien délicate apparut ensuite la Shéhérazade de
M. Maurice Ravel, avec ses harmonies enveloppantes et sa
mélodie toute de nuances. M me Marcella Doria, qui dit cette
mélodie d'une voix de soprano étendue et bien timbrée, en
évoqua la variété avec un talent souple et très expressif.
Cette fois le public unit l'auteur et l'interprète dans la
même ovation.
La Symphonie Pastorale terminait le programme. Comme
toujours ce fut parfait. Pierre de Lapommeraye.
Concerts-Colonne
La Symphonie en fa (8 e ) est comme un retour de Beetho-
ven à sa toute première manière (Symphonies 1 et 2), mais
quel progrès dans le maniement des thèmes, quelle autorité
dans leur développement, quelle mesure aussi! Faut-il
rappeler le célèbre andante scher^ando d'une légèreté
inouïe et le final si brillant?
Avant de nous initier au folklore russe, M. Pierné nous
fit entendre le Poème de Chausson pour violon et orchestre
qui se développa en sa sérénité; il y a bien, par-ci par-là,
quelques mesures de remplissage, mais l'ensemble est de
belle tenue. Le violon y chante clair et l'auteur a demandé
à l'instrument tout ce qu'il peut donner, mais rien que ce
qu'il peut donner. M. Bellanger le joua dans un style excel-
lent, sans tomber dans une exagération de sentimentalité
qui attire trop de virtuoses.
Le folklore russe était représenté par une Rapsodie sur
les thèmes de l'Ukraine de Liapounow, œuvre peu intéres-
sante, longue, où l'auteur s'est contenté de noter les thèmes,
sans imagination et sans en exprimer ce qui est la princi-
pale qualité de la musique russe : la couleur. M. Salomon
(1) Tous ces renseignements sont tirés de la notice toujours très
documentée de M. Maurice Emmanuel.
fit tous ses efforts pour donner à la partie de piano de la
vie et de la variété. Mais là où il n'y a rien, le meilleur
talent (et c'est le cas) perd ses droits.
Venaient ensuite trois courtes chansons populaires, dites
par M me Olénine d'Alheim, œuvres trop menues pour l'im-
mense vaisseau du Châtelet et qui, sauf la dernière, n'ont
rien de particulièrement original (« La Fraise des bois »
rappelle notre fameuse ronde « Nous n'irons plus aux bois ») .
Ai-louli, seule des trois, est vivante, fraîche et sauvage à la
fois; M me Olénine d'Alheim les dit au mieux et M lle Swain-
son fut l'accompagnatrice que l'on sait, mais je préfère
M me d'Alheim dans les œuvres de Moussorgsky, Schumann
ou Chopin.
Le programme se terminait par Stenka Racine de Gla-
zounow, où l'on sent l'influence de Rimsky-Korsakoff et sa
manière. Deux ou trois passages rappellent Shéhérazade,
qui ne parut, s'il faut en croire les dates, que deux ou trois
ans après. Rimsky avait-il indiqué à son élève quelques
thèmes à développer ou a-t-il utilisé, en les transformant,
quelques parties du travail de celui-ci? Problème difficile à
élucider. Prise en soi, l'œuvre de Glazounow ne manque
pas d'intérêt. Elle suit pas à pas l'histoire du fameux
pirate qui, sur le point d'être pris par les soldats du tzar,
jeta dans la Neva sa favorite la princesse persane. Tour à
tour douce ou violente, l'orchestration, abondante, riche de
timbres, remplace l'invention mélodique et donne une
agréable illusion de puissance. C'est souvent, il y a de
souveraines exceptions, le cas de la musique des Cinq.
Aussi les applaudissements allèrent-ils surtout aux exécu-
tants et à leur chef. Pierre de Lapommeraye.
Dimanche 20 février. — Concert consacré à Beethoven
et Wagner, les deux auteurs favoris du public de nos
grands concerts. Une salle bondée et enthousiaste acclama
tour à tour la dramatique Ouverture de Coriolan, la Sep-
tième Symphonie, dont M. Pierné accusa remarquablement
la verve tourmentée et impétueuse, quasi shakespearienne;
puis l'impressionnante Ouverture du Vaisseau-Fantôme, et
les célèbres fragments de Tristan et Yseult (les deux pré-
ludes et la Mort d'Yseult), des Maîtres Chanteurs (frag-
ments du troisième acte), du Crépuscule des Dieux (marche
funèbre et scène finale), qui ont repris leur place prépon-
dérante aux programmes de nos séances dominicales.
M Ue Marcelle Demougeot fut tour à tour une Isolde et une
Brunehilde très belle, très émouvante, mais les deux scènes
fameuses furent prises, surtout au début, dans un mouve-
ment bien ralenti. Paul Bertrand.
Concerts - Lamour eax
Remercions d'abord M. Chevillard d'avoir exhumé l'ex-
quise et pittoresque ouverture de Geneviève, l'un des deux
ouvrages destinés au théâtre par Schumann. Cet opéra,
inspiré à la fois par les vers de deux poètes, Hebbel et
Tieck, le fut aussi par VEuryanthe de Weber. L'ouver-
ture, avec ses poétiques fanfares de cors, est digne de
celles de ce maître. Et maintenant, oserons-nous demander
la réapparition des ouvertures de la Fiancée de Messine et
de Jules César?
Inutile d'ajouter que l'exécution de celte ouverture, aussi
bien d'ailleurs que celle des autres pièces orchestrales,
fut irréprochable. La Symphonie en ut mineur, qui formait
la magnifique conclusion de la séance, y vibra triomphale-
ment. La Rapsodie cambodgienne, du. regretté Bourgault-
Ducoudray, originale et puissante évocation de la Fête des
Eaux que célèbre la population après les inondations
annuelles, fut aussi pleinement mise en lumière avec ses
multiples effets de coloris. Les Djinns, « sorte de poème
symphonique sur le sujet de l'Orientale de Victor Hugo,
mais qui n'a avec le sujet que d'assez lointains rapports »,
nous apprend M. Vincent d'Indy en un commentaire qui
nous laisse rêveur, furent interprétés par l'orchestre,
M. Gontran Arcouet y tenant la partie de piano (on sait que
le pianiste est ici traité en « exécutant » et non en soliste de
concert). M. Arcouet, premier prix du Conservatoire en
LE • MENESTREL
1902, possède un goût sûr et un irréprochable mécanisme,
lesquels, joints à une sonorité symphathique, lui valurent
de légitimes applaudissements.
Je voudrais de grand cœur applaudir également deux
« premières auditions » dont nous fûmes gratifiés. Mais je
ne le puis, en dépit de toute ma bonne volonté. La Matinée
de Printemps de M. Ch. Planchet, inspirée par des vers
quelconques de M me de Noailles, n'est guère printanière.
Des thèmes falots y sautillent, s'y juxtaposent, puis s'y
superposent en un babillage instrumental totalement dénué
d'intérêt. « Ce que l'œuvre musicale essaie de suggérer »,
nous affirme la notice, « c'est uniquement l'idée panthéiste
de l'universelle jeunesse des êtres et des choses. » Vrai-
ment? — Allons, tant mieux, mais cette jeunesse nous parut
singulièrement vieillotte.
D'autre part, M. Marcel Bertrand nous offrit deux
« poèmes lyriques » dans lesquels des vers de Baudelaire
s'attachent assez péniblement aune notation consciencieuse,
mais dépourvue de la poésie qu'eussent exigé le Recueille-
ment et VÉlévation de l'auteur des Fleurs du Mal. Nous n'y
rencontrâmes ni l'intense mélancolie, ni l'élan passionné
qui animent ces deux pièces. M me Jeanne Raunay apportait
le concours de sa longue expérience à ces honorables ten-
tatives d'inspiration lyrique. René Brancour.
Conceris-Pasdeloap
Il faut de grands efforts d'imagination ou de mémoire
pour entendre dans toute leur vigueur et leur pureté les
œuvres exécutées dans les conditions où elles le sont à
l'Opéra. Le violoncelle de M me Caponsacchi lutta avec
avantage et grand mérite contre les deux absurdités (qui
s'ajoutent au lieu de se compenser) du rideau de fer et de
la salle démesurée; pour la première fois se produisait
avec orchestre la Suite pour violoncelle et piano de
M. Saint-Saëns. M lle Anna Hagelstam, dont la voix est
puissante, interpréta le Rêve d'Eisa et Rêves de Wagner,
après Chant d'Automne de Sibélius ; de ce compositeur nous
entendîmes aussi Finlandia : ni un maître ni une école ne
s'y révèlent. Raymond Schwab.
Jeudi 1 7 février. — Matinée qui devait être consacrée à
Camille Erlanger. Après Forfaiture, qui reçut l'accueil un
peu froid que l'on sait, l'autre jour à l'Opéra-Comique, les
amis d'Erlanger étaient en droit d'attendre de cette séance
quelque bénéfice pour la mémoire de celui-ci; une confé-
rence très étudiée et très sympathique de M me Catulle
Mendès avait préparé l'auditoire à écouter avec bienveil-
lance quelques fragments de l'œuvre du compositeur. On
sait, en effet, que Catulle Mendès fut, non seulement le
librettiste, mais un des amis les plus chauds du composi-
teur, et que, dans son enthousiasme amical, il allait même
jusqu'à le traiter de « Wagner français ». Comparaison que
les événements rendirent bien imprudente. Au programme,
en effet, figurait le duo du premier acte d'Aphrodite, mais
un incident arrivé en dernière heure empêcha qu'il fût
exécuté, et M. Rhené-Baton eut alors la fâcheuse inspira-
tion, pour Erlanger, de jouer, afin de corser le programme
devenu trop maigre, le prélude de Lohengrin, le prélude
de Tristan et Yseult et la Mort d'Yseult. La comparaison
ne pouvait être, hélas! malgré l'appréciation de Catulle
Mendès, qu'au désavantage du compositeur français dont
les qualités certaines ne purent lutter avec le génie de
Wagner. Ce sont là de vilains tours à jouer à un ami, d'au-
tant plus que M. Rhené-Baton ne crut pas devoir, pour la
circonstance, restreindre son habituel talent et conduisit en
maître ces deux préludes.
Mues Gros et Haramboure, MM. Dubois, Bruyas et
A. Combes nous avaient auparavant fort bien présenté des
fragments du Fils de l'Etoile, du Juif Polonais et de l'Aube
rouge. Le prélude du troisième acte du Juif Polonais, le
prélude du quatrième acte de l'Aube rouge, ce dernier parti-
culièrement, avaient prouvé toute la virtuosité et l'habileté
d'Erlanger à manier les thèmes et à colorer son orchestra-
tion. Pierre de Lapommeraye.
CONCERTS DIVERS
Société des Instruments anciens (14 février). — La
société, fondée et dirigée par M. Henri Casadesus, dont la
viole d'amour fut fort applaudie dans un Divertissement de
Borghi, retrouve, c'est-à-dire révèle tout un monde musi-
cal. Sonorités pures, émouvantes, étonnamment cohérentes
du quatuor de violes soutenu par le clavecin (M me Patorni
y fut excellente) : alors les instruments non encore indivi-
dualisés se trouvaient d'emblée unis et fraternels. Jamais
plus la musique ne pourra être aussi profondément « con-
certante ». Ce que doivent, il me semble, s'interdire de telles
entreprises, c'est, dans l'interprétation comme dans le choix
des œuvres, ce qui rapetisserait l'image des époques évo-
quées; or, les airs chantés par M me Marguerite Dupont
furent de trop petites choses. R. S.
Concerts Olénine d'Alheim (i5 février). — Les fidèles
ont profondément déploré la maladie qui les privait d'en-
tendre M me d'Alheim et M lle Swainson, et su gré à M me Croiza
de la bonne grâce avec laquelle elle a chanté à l'improviste
des chansons françaises. M lle Babaïan, dans des chants
populaires arméniens, nous a fait assister par une étonnante
évocation à la naissance même de la musique : ces longues
phrases flexibles où les paroles semblent, pour plus de sou-
plesse, exclure à peu près les consonnes, où la mélodie,
sans règles apparentes, ne semble jaillir et varier que selon
des nécessités intérieures, venaient du plus loin des pays
et des temps. La voix de M me Speranza Calo est belle, mais
elle ne s'interdit pas de substituer une personnalité indivi-
duelle à l'art collectif, ethnique de chants populaires.
R. S.
Concert Evelyn- Howard Jones. — Deux récitals de piano
viennent d'être donnés par M. Howard Jones, La multipli-
cité des concerts ne nous a permis d'assister qu'au dernier,
mais le nombre et la qualité des auteurs interprétés permet
de jeter un coup d'œil d'ensemble sur le talent de l'artiste.
M. Howard Jones a tout d'abord une qualité précieuse qu'il
tient de sa race. M. Howard Jones est anglais, il y a de
l'ordre et de la méthode dans son jeu, il détache aussi bien
les divers sujets d'une fugue que les « impressions » domi-
nantes d'une pièce de Debussy. Cette précision n'exclut
point le mouvement, et VApp assionata de Beethoven fut, sur-
louldans son dernier morceau, jouée dans un excellent style ;
la progression triomphante en sonna très puissante. Le
mécanisme est excellent; il serait souhaitable cependant
que M. Howard Jones travaillât la sonorité de sa main
gauche qui, dans les forte, est trop dure. C'est une question
d'assouplissement que résoudra facilement l'artiste.
M. Howard Jones joua trois œuvres de John Ireland,
une Rhapsodie un peu confuse et deux morceaux humoris-
tiques charmants : Chelsea Reach et Ragamufpn (gavroche).
Cette dernière pièce rappelle un peu par sa facture le Géné-
ral Lavine, de Debussy, qui figurait au même programme.
M. Howard Jones est un des meilleurs artistes anglais
que nous ayons entendus jusqu'ici. Nous le reverrons en
France avec plaisir. P. de L.
Concert Jeanne-Marie Darré. — Jeanne-Marie Darré
confirma dans son second concert l'impression qu'elle fit
au mois de décembre dernier, et le public lui a fait un
accueil triomphal. Le programme était considérable et il
faudrait tout citer en détail.
Tout fut parfait. Mais ce n'est pas la perfection ennuyeuse.
Non, la technique de cette enfant est impeccable, mais
spirituelle, si je puis dire; les effets de contraste sont
placés en lumière avec une rare intelligence, la mémoire
semble infaillible et la tenue au piano est simple et calme.
Elle a dit avec un sentiment d'une profondeur merveilleuse
certaines variations de ce chef-d'œuvre de Paul Dukas,
Variations sur un thème de Rameau, et elle a donné au
final toute la grâce, toute la fraîcheur, tout l'esprit qu'il
faut. De la première Étude de Concert de son maître
Philipp elle fit une chose féerique et ailée; de Pierné elle
LE • MÉNESTREL
joua le Nocturne avec une poésie exquise, et elle termina
par une stupéfiante exécution de la Campanella de Liszt.
On peut prédire à cette enfant — sous peu — une réputa-
tion universelle. P. A.
Conservatoire de Musique (Exercice des élèves du
17 février). — Cet exercice était principalement consacré à
la classe d'ensemble instrumental, dirigée avec un admira-
ble talent et une légitime autorité par l'éminent musicien
qu'est M. Lucien Capet. 11 fut tout à l'honneur du profes-
seur et aussi de ses collègues titulaires des classes instru-
mentales.
Le Trio en ré mineur de Schumann fut partagé entre
deux groupes d'instrumentistes dont chacun exécuta deux
parties de cette œuvre si mélancoliquement expressive. Ce
furent, pour le piano, le violon et le violoncelle, d'une
part, M Ue Blouet (2 e prix), MM. Barras et Dechesne
(i ers accessits) ; d'autre part, MM. Manuel (i er accessit),
Gaullet (2 e prix) et M" e Alexandre (t cr accessit). L'ensemble
fut véritablement remarquable et d'un sentiment sobre et
juste.
Une des Sonates en si bémol de Mozart, pour piano et
violon, permit d'apprécier en M !les Dury (i er accessit) et
Tronche (2 e prix) de jolies qualités de sonorité accompa-
gnées d'une intelligente compréhension de l'oeuvre inter-
prétée. Enfin, M llcs Marcelle Bleuzet (i er prix), Deslaurier,
MM. Chacaton (2 e accessit) et Boulmé (2 e prix) exécutèrent
le Quatuor en ut mineur (n° 4) de Beethoven, avec une
parfaite unité de style. En somme, cet « exercice » fit
grand honneur à l'enseignement donné par le Conser-
vatoire.
La poésie vint fournir des intermèdes à la musique.
M 1 ' 6 Larsay dit intelligemment, mais sans une articulation
suffisante à certains passages, la Mort du Loup ; M" c Cou-
tan-Lambert (i er accessit de comédie et 2 e accessit de tra-
gédie) montra de la bonne humeur en deux fables de La
Fontaine ; — mais le fabuliste assurément eût applaudi à
sa Jeune Veuve, que détailla avec beaucoup de finesse et
de naturel M 1Ie Jeanne Malber (i er accessit de comédie).
R. B.
Concert Anne-Marie Brisson-Ginisty. — Le 14 février,
à la salle des Annales, M me Anne-Marie Brisson-Ginisty
donnait un concert avec le concours de MM. Louis Ruyssen
et Koubitzky. Nous avons dit souvent ici le talent de ces
deux artistes. Quant à M me Brisson-Ginisty elle porte deux
noms connus et aimés dans la presse. C'est dire qu'on
l'attendait avec un intérêt qui devait se doubler chez cer-
taines amies ou camarades d'un peu de jalousie et qu'on
était tout prêt à être beaucoup plus exigeant avec elle
qu'avec d'autres.
M me Brisson-Ginisty a triomphé de cette épreuve ; on ne
peut souhaiter talent plus délicat : elle s'est révélée très
grande artiste et nous avons, comme tout le monde,
applaudi à son légitime succès.
L'Œuvre Inédite. — Dans sa séance du 19 février, l'Œuvre
Inédite présentait un certain nombre d'eeuvres anodines.
Seuls méritent d'être cités un Trio pour flûte, hautbois et
clarinette de M. Marcel Gennaro, exécuté par MM. Le
Roy, Bas et Périer, à l'écriture parfois un peu désuète,
mais aux 3 e et 4° mouvements très expressifs ; une Sonate
en ré mineur pour violon et piano de M Ile Soulage, inter-
prétée par M 1 ' 8 Sapin et l'auteur, et qui dénote, comme les
œuvres antérieures, une certaine vivacité des plus agréables,
mais aussi un peu de superficialité. A. S.
Concert Ania Dorfmann. — Retenez bien ce nom. Cette
jeune élève de Philipp ne tardera pas à avoir la réputation
que mérite son talent. C'est à Annette Essipoff qu'on peut
la comparer. C'est le même jeu spirituel, vivant, coloré,
rythmé, original. La technique n'est pas extraordinaire,
mais cependant les coins les plus difficiles sont ciselés et
tout est fait avec souplesse et sans aucun effort. Aussi le
succès a-t-il été spontané et très grand. Que ce soit dans
des pièces classiques, Mozart, Schubert, Weber (le Rondo
délicieusement joué) ou dans Chopin (Ballade., Ecossaises
et Études) et Liszt-Busoni (la Campanella, amusant feu
d'artifice), que ce soit dans la charmante et poétique Barca-
rolle de Paul Vidal, dans les Feux follets de Philipp (bissés),
dans les gracieuses Variations de Liadow, dans une grave
et noble Étude de Scriabine, dans la spirituelle Polka de
Rachmaninow, dans le tourbillonnant Trépak de Rubinstein,
partout Ania Dorfmann sut rendre le style particulier, par-
tout elle fut expressive ou gaie, tendre ou emportée. Rap-
pelée plusieurs fois, elle joua la Tabatière de musique, de
Liadow, d'une façon charmante. P. A.
Concert Ronchini. — Par les titres mêmes qu'il donne
aux trois « mouvements » de sa 2" Sonate pour violoncelle
et piano, M. Guy Ropartz suggère, semble-t-il, que son
intention fut d'élucider un problème rythmique d'une qua-
lité très subtile : « I. Lent; II. Lent et calme; III. Très
lent, assez animé. » Quels sont les sentiments très variés
que peut éveiller la lenteur des déroulements thématiques,
à mesure que, comme par une série de réactifs, les divers
degrés de l'ardeur, du calme et de l'animation viennent
tour à tour mettre en évidence tout ce qui se dissimulait?
M. et M" e Ronchini, par leur interprétation très nuancée et
très souple, indiquèrent que tel doit bien être le sens le
plus intime de l'œuvre. D'un coup d'archet, qui tantôt
éveille la note à son sommet le plus aérien, tantôt, au con-
traire, l'investit en toute son étendue et en toute sa pro-
fondeur, M. Ronchini donna à chaque passage son maxi-
mum d'intensité et ainsi empêcha que cette sonate d'une
construction très rigoureuse parût jamais scolastique ou
froide.
Les Fantasiestûcke pour piano, violon et violoncelle, qui
furent exécutés ensuite avec une égale maîtrise, — à
laquelle collabora le jeu tout à la fois très strict et très
intense de M. Hayot, — ne permettent de distinguer qu'une
part du génie de Schumann. En revanche, le Quatuor en
sol mineur de Brahms, par lequel se termina le concert,
est l'une de ces synthèses puissantes où une personnalité
parvient à condenser, un jour, tout ce qu'en d'autres
moments elle ne voulut exprimer que de façon éparse et
successive. Il semble que Brahms, durant toute sa vie, ait
subi comme la tentation de deux formes d'art opposées :
l'une, presque statique, évoquant l'image d'un être qui se
replie sur soi et ne consent à nul oubli ; — l'autre, au con-
traire, toute frémissante et spontanée, ne tenant compte
que de l'immédiat. Se donner tour à tour et de toute la
force de son être, à chacune de ces ambitions rivales, —
tel fut le pathétique destin de Brahms. Mais voici que par-
fois, — et par exemple en ce quatuor, — ce destin même
est surmonté. Nul antagonisme n'apparaît plus. Le courant
est devenu si vaste que rien, maintenant, ne lui résiste.
L'esprit a tout d'un coup perçu son unité la plus secrète.
Avec M. Hayot et M. Drouet, M. et M lle Ronchini surent
pénétrer en tous les replis d'une telle œuvre. J. B.
Concerts-Qolschmann. — L'intérêt du sixième concert
Golschmann (17 février) portait sur l'attribution du prix
Verley. Des pièces symphoniques qui lui avaient été pré-
sentées, un Comité en avait retenu quatre, — toutes les
quatre intéressantes et supérieures à plus d'une composi-
tion figurant en « première audition » sur le programme de
nos concerts dominicaux. Le public devait enfin, par un
scrutin, décerner le prix de i.5oo francs à une de ces
quatre œuvres. Clause bien dangereuse — mais qui, heu-
reusement, n'eut aucune conséquence fâcheuse. Par 36i
sur 762 voix, la Pastorale d'Été de M. Arthur Honegger
remporta le prix. A part un effet plutôt facile où apparaît
un thème de la Symphonie Pastorale, à part un court
instant où se hasardent quelques procédés debussystes,
l'œuvre est d'une perfection que M. Honegger ne semble
pas jusqu'à présent avoir atteinte : un perpétuel et léger
scintillement, où pourtant tout demeure clair et à l'aise, où
aucune forme ne disparaît dans une confusion trouble,
LE • MÉNESTREL
sous une lorpeur alourdissante ; par l'égal équilibre des
timbres et par l'absence d'agressivités, une qualité singu-
lière de grâce qui rappelle en peinture la délicatesse d'un
Fauconnet, mais conciliée avec la pâte diaprée d'un Flan-
drin; sous le « bleu dallage » du ciel une joie palpite à
demi étendue ou danse en de brefs ébats sur le damier
improvisé dont « l'ombrage et le soleil quadrillent la
pelouse... » (i).
La pièce de M. Jean Cras, au titre presque dostoïews-
kien : Ames d'Enfants, recueillit 253 voix; elle reste d'une
esthétique très hésitante et oscille de M. Vincent d'Indy à
Claude Debussy. Le Prélude de M" e Andrée Vaurabourg,
aux longues lignes soutenues qui s'enchevêtrent, va retrou-
ver, mais par des moyens très artificiels, un effet du pré-
lude de Tristan : étouffement sous la pesée d'une atmo-
sphère qui ne cesse de se condenser, puis explosion qui
nous libère... Montluçon de M. Roger Désormière tente de
traduire musicalement la poésie whitmaniste dont mainte-
nant notre littérature se lasse un peu : pensée « unanime »
qu'appellent les cheminées « bleues dans le brouillard
gris... respiration de la ville laborieuse... ».
M. Golschmann dirigea en outre une Pastorale de
M. Louis Durey aux dimensions disproportionnées, la
Ballade de M. Fauré, — où M lle Marie-Antoinette Aussenac
montra un talent dont on peut espérer beaucoup, — une
Danse slave de Dvorak et quatre beaux fragments de Cas-
tor et Pollux, ceux-ci avec une fine précision et celle-là
avec bravoure. A. S.
Voir à /a dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Angers. — Le huitième concert de la Société des Concerts
populaires fut, à l'égal des précédents, unanimement
apprécié.
C'est d'abord la Symphonie n° 4 en si bémol de Beethoven
qui nous saisit par la joyeuseté de son charme et dont
l'« Adagio » est une merveille de poésie.
M. Maurice Maréchal, un jeune violoncelliste que nous
eûmes déjà le bonheur d'applaudir l'an passé, nous est
revenu avec le Concerto de Haydn, un Arioso de Bach et
Trois Pièces dans le style populaire de Schumann. Ici
comme là, il s'est montré impeccable de technique, d'auto-
rité et de délicatesse. Rappelé, il nous donna Danse, de
Granados, qui lui valut une nouvelle ovation.
Sadko de Rimsky-Korsakoff et la fougueuse Ouverture de
Givendoline de Chabrier encadraient le premier tableau de
Tannhàuser.
M. Jean Gay a droit à tous nos compliments autant pour
la composition de son programme que pour son talent de
chcl incontesté. L.-Ch. M.
Lille. — Le « Quatuor lillois », composé de MM. Callant,
i Er violon, Bécu, second violon, Roussel, alto, et Darcq,
violoncelliste, a donné sa seconde séance avec le concours
de M me Darcq, cantatrice, et de M" c Néroguez, pianiste.
Après une chaleureuse exécution du Quatrième Quatuor
de Beethoven, nous eûmes le plaisir d'entendre M ma Darcq
dont la voix pure et expressive conquit l'assistance par une
interprétation poétique de la Prière de Charles René, de
la Berceuse de Mozart et de l'Attente de Saint-Saëns. Elle
retrouva ce succès d'émotion avec le Rêve d'un Soir de
Chaminade et une Mélodie de Moniuszko, œuvres dans les-
quelles elle fut excellemment accompagnée au violoncelle
par son mari.
Les Trois Pièces pour violoncelle de Rubinslein furent
pour M. Maurice Darcq l'occasion de démontrer la maî-
trise de sa technique et ses qualités d'interprétation. Il y
fut longuement applaudi.
Comtesse de Noailles : Les Fo;
éternelles (Matin d'Eté).
Quant à M m0 Néraguez, elle fut également goûtée dans la
romance du Concerto de Chopin, transcrite pour piano
seul par Balakirew ; dans l'Élude de Schumann sur un
thème de Paganini et dans la truculente Rapsodie (n° 12) de
Liszt, ainsi que dans le beau Quintette de Chevillard, qui
terminait le concert. Cette œuvre est la première qu'ait
écrite ce compositeur; on peut dire qu'elle est parfaite,
son architecture égale celle des plus grands maîtres, tous
les développements y sont à leur place logique et l'on ne
saurait — comme dans beaucoup d'œuvres modernes —
en changer la disposition. Les idées y sont abondantes,
claires et nobles; l'andante surtout, sorte de marche funè-
bre que traversent les accents du Dies irœ, est d'un effet
saisissant. L'exécution fut digne de l'œuvre.
— Le célèbre violoniste et compositeur Enesco vient de
donner un concert à la Salle Industrielle avec le pianiste
Kartun dont la notoriété naissante a été consacrée derniè-
rement aux Concerts-Colonne. M. Kartun est un remar-
quable technicien, mais on croirait que l'acquisition de sa
technique a absorbé tous ses efforts au détriment de l'ex-
pression. »
Une Pièce de Mendelssohn, un Impromptu de Fauré ont
manqué d'interprétation. Il fut plus particulièrement goûté
dans des compositions de haute virtuosité telles qu'une
qu'une originale et inédite Toccata d'Enesco et les Compli
ments galants de Granados.
Quant à Enesco, dont la maîtrise s'affirme chaque jour
davantage, s'il était permis de mêler une légère critique
aux éloges qu'il mérite, on pourrait, tout au contraire,
trouver qu'il met trop d'expression, ou plutôt une expres-
sion trop moderne dans les œuvres d'Hsendel, de Vitali et
de Pugnani. Mais quelle belle compréhension et quelle
belle exécution de la Havanaise de Saint-Saëns et dans la
Sonate de Lekeu, où M. Kartun fit preuve à son tour d'une
très grande musicalité.
Nice. — Après la Colomba de M. Bùsser et en attendant
au Casino Municipal la création à Nice de la Rôtisserie de
la Reine Pédauque de M.Levadé, l'Opéra vient de nous don-
ner une excellente première représentation de la Damna-
tion de Blanche/leur de MM. Maurice Lena et Henry Février.
Créée à Monte-Carlo le 8 mars 1920 par M"" c Marguerite
Carré et M. Vanni-Marcoux, montée à Bordeaux cet hiver
où elle tient depuis trois mois l'affiche avec succès, la
Damnation de Blanchefleur a été fort bien accueillie à
Nice.
Cette exquise et poétique fiction sur laquelle le jeune et
talentueux auteur de Monna Vanna, d'Aphrodite, de Car-
mosine et de Gismonda a brodé une musique excessive-
ment mélodique et tendre où le violon soupire délicate-
ment tandis que les harpes égrènent de suaves harmonies,
constitue une des formes les plus attrayantes du théâtre
lyrique : la forme légendaire.
Nous ne reviendrons point, en détail, sur cette œuvre
déjà connue des lecteurs du Ménestrel (1); bornons-nous à
constater que M llc Suzanne Sabran personnifie la plus belle
et la mieux chantante des Blanchefleur qui se puisse rêver,
que M llM Dalmas et Mauroy prêtent leurs voix fraîches et
leurs attitudes eurythmiques aux autres rôles féminins et
que M. Arnal est un Thierry de grande autorité.
M. Céfail, maître de ballet, a groupé en des ensembles
clairs et vivants son essaim de gracieuses ballerines, et
M. Brunetti, premier chef d'orchestre, a assuré avec une
conscience digne de tous les éloges (ceux de l'auteur ne lui
furent pas ménagés) les études musicales de la Damnation
de Blanchefleur qu'il conduisit lui-même à la victoire.
Et c'est au milieu des rappels du public conquis par ce
spectacle tout de charme que M. Henry Février dut paraî-
tre en scène entre ses deux principaux interprètes.
— Les séances de musique de chambre jouissent de la
même faveur que l'an dernier. Notre distingué et érudit
confrère Georges Avril y est fort goûté dans des causeries
(1) Voir le Ménestrel du 2G mars 1920.
LE» MENESTREL
préliminaires, de même que les exécutants Navone, Juni-
no, Dimouro, Basso et le célèbre trio Ciampi, Hayot et
Hekking.
— La conférence sur Gabriel Fauré et Debussy, que
donna M. Louis Vuillemin au même cercle, obtint grand
succès, de même que M me Lucy Vuillemin qui exécuta avec
talent les exemples musicaux qui accompagnaient la confé-
rence.
— Enfin, profitant du passage à Nice de l'auteur des
Noces Corinthiennes, le Casino Municipal donna hors série
un grand concert de musique moderne.
— Aux classiques, sous la direction du maître Jacques
Miranne, directeur de la musique, on entendit tour à tour
les excellents violonistes Tenenbaum et Bouchent; les
maîtres du clavier Ricardo Vinès et Loyonnet;le parfait
violoncelliste Fernand Pollain et M me Aussenac, interprète
follement fantaisiste des classiques. H. de Cousmont.
Nîmes. — Excellente exécution intégrale des quatuors de
Beethoven par le quatuor Zimmer.
M. Reille continue, avec sa foi d'apôtre, à organiser ses
concerts populaires avec des programmes-conférences de
plus en plus variés et intéressants.
Le violoniste Marcel Herwegh nous donna, avec
M mc Schultz Gaugain, un concert très varié qui obtint un
très joli succès.
Une Schola vient d'être fondée sous la direction de
M. Thouzellier. On nous y annonce le Messie de Htendel.
Salnt-Étienne. — Le succès de Ninon de Lenclos, l'œuvre
de M. Louis Maingueneau, s'est affirmé à chaque représenta-
tion devant des salles combles. MM. Castrix, Cochera,
Francès, M me Beaujon sont accueillis par des applaudisse-
ments unanimes après chaque acte. Rarement une œuvre
nouvelle avait rencontré pareille faveur.
Strasbourg. — Deux exécutions méritèrent de prendre,
dans les programmes des dernières semaines, le relief qui
convient à des œuvres bien faites pour jalonner à la fois
l'évolution récente de la musique française et le mérite
singulier qu'elle s'est acquis au cours de ce quart de siècle;
œuvres où l'avenir reconnaîtra certainement les signes d'un
néo-classique musical aussi éloigné des petites voluptés
byzantines que des langueurs faciles de la sentimentalité
romantique. La Troisième Symphonie de Magnard (concert
du 12 janvier) a paru surprendre le public strasbourgeois,
habitué à goûter surtout, dans la musique française moderne,
le chatoiement et la recherche ingénieuse : au lieu que
l'auteur de Bérénice, dans une sorte d'ascétisme exigeant,
s'interdit toutes les grâces que ne comporte pas la vie
essentielle de ses rythmes et de ses thèmes. Or si, à travers
les trouvailles des orchestrations et les dislocations des
pensées mélodiques, il persiste dans la musique occiden-
tale une veine proprement « classique », c'est-à-dire qui
satisfasse en premier lieu la logique supérieure de l'esprit,
ce sont des œuvres comme celle-là qui la pourront jalonner.
L'émotion y est plus authentique et plus profonde que
dans bien des compositions toutes sentimentales; mais elle
est contenue, disciplinée, contrainte de servir à des faits
artistiques. Rien de plus noble que le choral de l'introduc-
tion, de plus suave que l'adagio pastoral, de plus vivant
que le premier rythme du final ; mais comme toute cette
vigueur est encadrée, d'une manière qu'on pourrait dire
proprement « racinienne », dans une exigence bienséante
et mesurée! Et comme l'allégro qui termine le n° i, les
danses du n° 2 montrent quelle vigueur — très capable
de s'émanciper humoristiquement, mais c'est, au fond, si
facile! — donnait sa substance à cette forte nature d'artiste!
La « Queste de Dieu » du Saint Christophe de Vincent
d'Indy (concert du 2 février) fut l'autre grande page pro-
posée par M. Ropartz à un auditoire qui n'avait été ren-
seigné que partiellement sur les « réalisations » musicales
de la France. Plus complexe par nature, visant à la grandeur
et à l'émotion par des moyens moins concentrés, mais
recueillant, au service des hautes intentions que l'on sait,
les trouvailles et les habiletés techniques les plus variées,
cette « symphonie descriptive », avec son prologue, a pro-
duit grand effet : même ceux qui l'avaient entendue à
l'Opéra, dirigée par l'auteur, ont subi l'emprise de cet art
impérieux.
— Le sixième concert d'abonnement, dont c'était là le
plat de résistance, avait débuté par la Pastorale et fini par
le tableau de Novak, Dans les Monts Taira : un orage
rhénan et un orage tchèque purent, ainsi, s'offrir à la
comparaison. M.R. Casadesus, dans la Fantaisie de Fauré,
avait tiré le meilleur parti d'une œuvre dont l'excellence
n'a point paru évidente. Au cinquième concert, M Ue Made-
leine Grey avait fait valoir la grâce levantine des Croquis
d'Orient de M. Georges Hue, mais n'avait peut-être qu'à
demi servi le style de Purcell et de Gluck.
— Le deuxième concert populaire (16 février) a été dirigé
par M. Mùnch avec son entrain accoutumé : répertoire
allemand romantique pour sa première partie, avec
M. Slennebruggen au piano pour le Concerto en la
mineur de Schumann, répertoire français moderne pour
la seconde, d'où émergea surtout le morceau symphonique
de Rédemption. Une première audition de deux fragments
de Phosphoréine, drame lyrique de M. Marvet, sous la
direction de l'auteur, permet d'espérer de celui-ci des réa-
lisations intéressantes quand sa personnalité se sera dégagée
et affirmée.
— Parmi les concerts de musique de chambre, mention-
nons la séance donnée, le 10 janvier, par M. E. Trillat,
l'excellent pianiste lyonnais, qu'accompagnaient MM. Jean
Witkowski, un jeune violoncelliste qui, en fait de ferveur
musicale, a de qui tenir, et M. Reynal, violoniste qui se
fera sa place à Strasbourg. Le Trio à l'Archiduc permit à
cette trinité improvisée de se faire apprécier dans le réper-
toire, qui reste, malgré tout, la pierre de touche du vrai
mérite musical. D'autre part, les séances de sonates — en
particulier celle de MM. Mùiich et Stennebruggen le
26 janvier — continuent à fournir aux amateurs la trame
continue d'une vie musicale plus intime. Un public réduit
mais enthousiaste a fait des ovations répétées à M. Gaillard,
qui s'est prodigué dans un programme de piano multiplié,
varié, prolongé à souhait.
— Signalons enfin, comme une garantie de durée donnée
à une caractéristique musicale de Strasbourg, que nos
musiciens auraient tort d'ignorer la fondation d'une
Société des Concerts de Saint-Guillaume » qui permettra
à la musique religieuse, et à Bach en particulier, de garder
la place qui lui convient dans l'activité artistique de la cité.
C'est désormais sous le patronage de cette société que se
donneront les auditions de chant sacré que 'nous avons
souvent signalées et qui se continuent au cours de cet hiver.
Fernand Baldensperger,
Professeur à la Faculté des Lettres
de Strasbourg.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ALLEMAGNE
Le Théâtre-Wagner, de Bayreuth, rouvrira ses portes le
6 mars prochain, jour du « Deuil national », pour une
grande fête de charité.
— On annonce la mort du baryton Francesco d'Andradc,
qui lournit en Allemagne une longue carrière italienne.
— Les expériences publiques faites sur les violons Ohl-
haver (voir le Ménestrel du 4 février 1921), tout en donnant
des résultats honorables pour l'inventeur hambourgeois, ne
semblent pas ruiner la supériorité des vieux Stradivarius.
— D'après une déclaration de la direction des Concerts
Wolff et Sachs au Berliner Tageblatt, le nombre dss con-
certs s'est accru à Berlin dans la proportion de 25 0/0 par
rapport aux chiffres d'avant-guerre. Les douze salles de
concerts de Berlin sont occupées tous les soirs. Le nombre
LE • MENESTREL
des concerts, par saison, est de i.5oo à 2.000. Cela semble
tenir à ce que, le prix des places ayant subi une augmenta-
lion moindre que d'autres prix, les concerts représentent
aujourd'hui le divertissement le moins coûteux qui soit
offert au public.
— Dans le même journal, M. Franz Schreker, directeur
du Conservatoire de Berlin, déplore l'influence de la situa-
tion économique sur les études musicales. Beaucoup
d'élèves doivent gagner leur vie en jouant dans les restau-
rants, cinémas et dancings. L'un d'eux ayant négligé ses
travaux d'école pour composer des danses à i.5oo marks
pièce, M. Schreker a dû lui donner à choisir « entre le
fox-trot et la fugue ». Jean Chantavoike.
ANGLETERRE
Concert, à Londres, donné par Miss Gwendolen Mason,
la harpiste réputée, avec le concours du chanteur John
Coates et d'un groupe d'instrumentistes. Parmi les œuvres
qu'elle exécuta, la Suite de Goossens pour flûte, violon et
harpe et le Trio èlègiaaue de Bax (flûte, alto et harpe)
furent particulièrement goûtés.
— A Liverpool, au sixième Concert Philharmonique,
dirigé par Geoffrey Toye, M m0 René Chemet a joué le Con-
certo en fa mineur pour violon de Lalo.
— Aux approches de Pâques, les concerts et récitals de
musique sacrée se multiplient à Londres et dans les pro-
vinces. Aux programmes, Bach, Purcell, Hasndel (notam-
ment son Israël en Egypte) et les œuvres chorales, très
nombreuses, des compositeurs anglais.
— A l'Albert Hall, sous la direction de Sir Frederick
Bridge, exécution « in concert form n, par la Royal Choral
Society, de Samson et Dalila, chanté en anglais.
— Une application nouvelle du sans-fil. On a dansé à
Sheffield, dans un établissement public, sur les airs d'un
gramophone qui « tournait » à deux milles de là et dont le
sans-fil a transmis le son que des récepteurs spéciaux
amplifiaient. Maurice Lena.
ESPAGNE
Madrid, — A propos du Crépuscule des Dieux, José Forns
écrit : « A côté de passages superbes, d'inspiration vérita-
blement géniale, figurent des scènes pesantes et monoto-
nes. » Une autre personnalité espagnole me donnait, ces
jours derniers, son avis, au sujet du système du leitmotiv
qu'elle trouvait beaucoup plus varié sur le papier à musi-
que que dans l'impression ressentie. Elle ajoutait même
que ce parti, poussé à l'extrême, entraînait parfois l'ab-
sence de contraste entre les actes. Et, à mon avis, elle
n'avait peut-être pas tout à fait tort, surtout en ce qui con-
cerne une vaste portion de la tétralogie.
Quoi qu'il en soit, les représentations wagnériennes, à
Madrid, ont eu un formidable succès.
— Parmi les premières de cette saison, il faut signaler,
au Reina Victoria, celle d'El Principe Carnaval, zarzuela
à la musique de laquelle collaborèrent deux compositeurs:
Pepe Serrano et Quinito Valvcrde. Le premier est consi-
déré comme un auteur éminemment espagnol, tandis que
le second, fort talentueux aussi, s'expatrie vers les fox-trots,
two-steps, etc., que l'actuelle mode suggère aux musiciens
du monde entier. Est-ce un bien, est-ce un mal, cette
récente épidémie ? Tout dépend, après tout, du parti que
l'on tire des données, même les plus triviales. Quoi déplus
plat que le rythme de la valse ? Chopin, cependant, en fil
jaillir des poèmes. Raoul LArAURA.
HOLLANDE
L'Opéra National d'Amsterdam vient de représenter
Siegfried, avec le ténor allemand Urlus dans le rôle prin-
cipal, et le Vaisseau-Fantôme.
— Le concert du Concertgebouw du to février, sous la
direction du chef d'orchestre allemand D r Cari Muck, a
été consacré à la musique française avec l'Ouverture de
Benvenuto Cellini de Berlioz, la Symphonie espagnole
d'Edouard Lalo (soliste : M. Ferd. C. Helmann) et la Sym-
phonie en ut mineur de M. Camille Saint-Saëns.
— Aux concerts de l'« Eruditio Musica » de Rotterdam,
M. Marcel Ciampi s'est fait applaudir dans le Quatrième
Concerto de Beethoven.
— MM. Lucien Capet et Paul Loyonnet ont donné un
concert à Amsterdam dimanche dernier, 20 février.
— La saison d'opéra italien d'Amsterdam se poursuit
avec la Traviata, Cavalleria rusticana et Paillasse.
Jean Chantavoine.
MONACO
Monte-Carlo. — Première représentation de Sadko, l'opéra-
féerie en quatre actes et dix tableaux de Pouchkine, musique
de Rimsky-Korsakow. On imagine les difficultés scéniques
qu'il y avait à vaincre pour évoquer les aventures du poète
Sadko et les diverses transformations de son épouse,
l'ondine Volkhova. Grâce aux décors lumineux, la mise en
scène a pu être réalisée. L'interprétation fut de tout premier
ordre. M. Smirnoff (Sadko), M" c Nadina Borino (Volkhova),
M me Amazar, MM. Georgesvsky, Vassilief, Malmek et Val-
pesco, formaient un ensemble parfait.
— Aux Concerts classiques, M m0 Marcella Doria, qui
venait de Lyon, où elle avait chanté deux fois la Neuvième
Symphonie, a obtenu un grand succès dans l'air célèbre du
Freischïït^ et dans des œuvres de Claude Debussy el René
Doire.
ÉTATS-UNIS
Au Manhattan, la troupe de Chicago a donné Rigoletto
avec Titta Ruffb et Schipa, Monna Vanna, qui retrouve le
même succès qu'à Chicago, avec Mary Garden, Muratore et
Baklanoff, que l'on a surnommés « la trinité poétique », et
le Chemineau, avec Dufranne, dont le chant et le jeu furent
également loués par la critique. Yvonne Gall et Baklanoff
ont partagé son succès.
— Georges Polacco vient d'être engagé par Mary Gar-
den. Il a dirigé Manon, ces jours derniers, au Manhattan.
— Fortune Gallo, le directeur de la San Carlo Grand
Opéra Company, se propose d'organiser un grand nombre
d'autres compagnies, affiliées à la San Carlo, qui donne-
raient dans les Etats de l'Union et au Canada des représen-
tations d'opéra à des prix populaires.
— La presse new-yorkaise salue avec joie la rentrée au
Metropolitan d'une artiste exquise, Lucrezia Bori. Elle y a
chanté l'autre soir Mimi, de la Bohème, devant une salle
comble dont l'enthousiasme a fêté son art parfait du chant
et de la scène. Ce fut la grande ovation. Rodolphe, c'élait
Gigli, le nouveau ténor, dont le succès au Metropolitan se
confirme et s'amplifie.
— A Boston :
Au programme de la Boston Musical Association,
Georges Longy directeur : Debussy, Lekeu, Roussel ;
Au concert Eva Gauthier, Maier et Pattison : Paul Lad-
mirault, Alexandre Georges, Massenet, Ravel, Debussy,
Saint-Saëns ;
Au récital Charles Thomas : Debussy, Bemberg, Rey-
naldo Hahn, Pessard.
Le Boston Symphony Orchestra, d'autre part, a donné
les Djinns, de Franck (Robert Schmitz, soliste) et la Suite
française de Roger Ducasse. Maurice Lena.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra :
Par suite d'une indisposition de M. Franz, la répétition
générale d'Antar, qui devait avoir lieu lundi dernier, a été
remise au lundi 28 février la première aura lieu le mercredi
2 mars.
— La Chambre, aussi impitoyable que le Sénat, vient de
refuser à l'Opéra pour 1921, l'augmentation de subvention
de 700.000 francs, qu'elle avait accordée pour 1920 et que
le Sénat n'avait pas ratifiée.
-87
LE • MENESTREL
Le Parlement paraît entrer dans la voie des économies.
Espérons que nous ne paierons plus l'année prochaine
ioo francs le blé aux ruraux alors qu'on peut en avoir pour
70 francs. Voilà encore une subvention qui coûte bien cher!
— Les droits de la critique. L'incident X...-Doumic n'est
point terminé. Les associations de presse, émues du juge-
ment rendu par le Tribunal de la Seine, vont demander au
Parlement la modification de la loi sur la presse en ce qui
concerne le droit de réponse.
De leur côté, les auteurs, tout heureux du cadeau que
vient de leur confirmer la jurisprudence, en demandent le
maintien intégral.
Notons que, légalement, le droit de réponse appartient
aux héritiers des auteurs, et ce à l'infini. Ne nous avisons
donc point de critiquer Agésilas ou Attila... il y a encore
un héritier de Corneille.
— Le Théâtre des Arts répète une comédie nouvelle de
M. François de Curel : La Comédie du Génie.
— Le Caducée, pièce de M. André Pascal qui avait été
donnée en représentation privée, sera jouée au Gymnase, à
partir de juin prochain. On dit que M. Henri de Rothschild
présidera aux répétitions.
— Signalons à la Renaissance la reprise de Mon Homme.
— Les journaux annoncent que la femme de chambre de
M. Vanni-Marcoux a dérobé à ses maîtres divers bijoux cl
effets. M. Vanni-Marcoux, le cruel Japonais de Forfaiture.
s'est contenté de remettre l'infidèle domestique entre les
mains du commissaire de police.
— Grand succès à la Galerie de La Boëtie et à la salle
d'auditions du Grand-Palais pour M llu ' Kryzanowska, dans
l'interprétation d'auteurs français et polonais, ainsi que
dans ses œuvres.
— La place de professeur du cours de chant est vacante
à l'Ecole Nationale de Musique de Valenciennes.
Les candidatures (avec titres et références) seront reçues
jusqu'au i5 mars 1921; les adresser à M. le Maire de
Valenciennes.
Pour tous renseignements, s'adresser à la direction de
l'Ecole, rue Ferrand, à Valenciennes (Nord).
Recensement artistique. — La réalisation pratique de cette
ingénieuse idée ne manquera certainement pas d'être accueillie
avec grand intérêt par les Artistes et Professionnels du Théâtre,
de la Musique, du Music-Hall, de la Danse et du Cinéma. Tous
les renseignements les concernant (nom et prénoms, pseudo-
nyme, adresse permanente, qualité, rôle ou emploi) vont être
centralisés à l'Office général de la Musique, i5, rue de Madrid, à
Paris, qui en fera l'inscription gratuite dans la prochaine édition
dt l'Annuaire des Artistes entièrement transformé et mis à jour.
programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche 27 fé-
vrier, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — Beethoven : Huitième Symphonie. —
Rimsky-Korsakoff : Concerto pour piano (M. Edouard Gares). —
Berlioz : Béatrice et Bénédict (Nocturne) (M"" Laval et Lapey-
rettej. — Wagner : L'Or du Rhin (1" scène) (M"" Laval, Laute-
Brun, Lapeyrette; M. Duclos). — Wagner : Ouverture de Tann-
hduser.
Concerts-Colonne (samedi 26 février, à 4 h. 3/4, au Châtelet,
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Wagner : Ouver-
ture du Vaisseau-Fantôme. — Enesco : Troisième Symphonie, en
3 parties (1" audition). — Wagner : Siegfried-Idyll.'— Borodine :
Le Prince Igor (Danses polovtsiennes avec chœurs).
Dimanche 27 février, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Lalo : Ouverture du Roi d'Ys.
— Debussy : Trois Nocturnes. — Berlioz : Tristia (Chœurs avec
orchestre) : a) | la Mort d'OphéJie (Ballade); b) Marche funèbre
pour la dernière scène d'Hamlet. — Borodine : Le Prince Igor
(Danses polovtsiennes avec chœurs).
Concerts-Lamoureux (dimanche 27 février, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray). — C. Franck :
Symphonie en ré mineur. — A. Caplet : Hymne à la Naissance du
Matin. — Schumann : Quatre Esquisses orchestrées par M. Camille
Chevillard. — E. Lalo : Concerto pour violoncelle et orchestre
(M. Gérard Hekking). — Wagner : Le Venusberg. — Borodine :
Le Prince Igor (Danses polovtsiennes).
Concerts-Pasdeloup (samedi 26 et dimanche 27 février, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhenê-Baton). —
Haydn : Symphonie n' i3 en sol. — Chevillard : Ballade sym-
phomque. — Debussy : Nocturnes. — Méhul : Slratonice (Ouver-
ture). — Paul Dukas : La Péri. — Wagner : Les Adieux de Wotan
et Y Incantation du Feu.
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 26 FÉVRIER :
Société Nationale (à 8 3/4, salle du Conservatoire). —
M. Casadesus : Quatuor à cordes n" 2 (i rB audition). — Rhené-
Raton : Chansons bretonnes. — Rohozinski : Suite brève en
six mouvements. — .1. Neymarck : Psaumes d'Amour (M me Suzanne
Thévenet). — Chausson : Concert pour piano, violon et quatuor
à cordes.
Concert Anna Ghichkina (à 9 heures, salle Gaveau). —
Chansons tziganes et russes.
Concert Maurice Amour (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
— Récital de piano.
Concert Jean Duhem (ù 9 heures, salle Erard). — Récital de
piano.
Festival Chausson là 4 heures, Université des Annales). —
Quatuor Bastide. M' uen Ch. Lormont, Yvonne Lévy.
Orchestre de Paris (à 9 heures, Trocadéro). — Festival
Wagner, sous la direction de M. Georges de Lausnay.
Concert Marie-Thérèse Gil Baer-Louise Geoffroy (à
4 heures, salle du Journal, avec le concours de M. Winkopp).
Concert Marguerite Long (à 3 heures et demie, salle Erard).
— Beethoven : Sonate « l'Aurore ». — Chopin : Barcarolle ; Trois
Etudes : Fantaisie en fa mineur. — Debussy : I er Recueil d'Images ;
Deux Préludes: Masques; l'Isle joyeuse.
DIMANCHE 27 FÉVRIER :
Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs). —
Beethoven : Symphonie Héroïque. — Léo Sachs : Les Cygnes ; les
Tsiganes dans la Lune; Sérénade. — Louis Aurert : Fantaisie. —
X. Leroux : /..• Chemineau.
Concert Claire Hugon (à 3 heures, Schola cantorum).
LUNDI 28 FÉVRIER :
Concert Chailley-Richez (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Jean Smeterling (à 9 heures, salle Gaveau). —
Récital de piano.
Concert de M" 1 * Marthe Martine (à 9 heures, salle des
Agriculteurs, avec le concours de MM. Pierre de Bréville, Albert
Roussel, Florent Sclimilt, M. et M" Paul Bazelaire, M"» Hélène
Léon, M. Lucien Bcllanger).
Concert de M m0 Delavrancea (à 9 heures, salle Erard).
Quatuor Carembat (à 4 heures, salle Gaveau, salle des Qua-
tuors).
MARDI I" MARS :
Concert Juliette Lampré (à q heures, salle Erard, avec le
concours de l'orchestre de la Société des Concerts du Conserva-
toire).
Société Philharmonique (à 9 heures, salle Gaveau). —
MM. Ciampi, Hayot, Hekking. — Beethoven : Trio en ut mineur.
— Schumann : 2" Trio. — Brahms : Trio eu ut mineur.
U. F. A. M. (à 4 heures, salle Gaveau).
Cercle Musical Universitaire (à 9 heures, à la Sorbonne).
Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). —
Quatuor Bastide.
Concerts du Vieux-Colombier (à 4 heures et demie, Théâtre
du Vieux-Colombier). — Lekeu : Quatuor inachevé. — Vaughan
Williams : On Wenlock Edgc. — Glazounoff : Quatuor slave,
MERCREDI 2 MARS :
Concert Moscovitz (à 9 heures, salle des Agriculteurs). —
Récital de violon.
Concert Huberman (à 9 heures, salle Gaveau). — Récital
:.l.,n.
Concert Georges de Lausnay (à 4 heures et demie, salle
Gaveau, salle des Quatuors).
Concert de M lle Joly (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Suzanne Bréval (à 9 heures, salle Erard, avec le
concours de M llc Marie-Louise Àsso).
JEUDI 3 MARS :
Concert Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert histo-
rique : Alfred Bruneau.
S. M. I. (à 9 heures, salle Pleyel). — Alexandre Cellier : Sonate
pour piano et violon (i rc audition). — Léo Sachs : Les Heures
d'Amour; Dernières Roses; le Tsigane dans la Lune (M. Kou-
bitzky). — Gabriel Fauré : 5' Barcarolle; 4' Nocturne (M"" Mar-
guerite Long). — Ernest Lévy : Quatuor (1" audition) (le quatuor
Capellei.
VENDREDI 4 MARS :
Festival "Wagner (à g heures, salle Gaveau). — Orchestre des
Concerts-Lamoureux dirigé par M. Weston Gales.
Concert de M™ Baltus Jacquard (à 9 heures, salle Erard,
avec le concours de MM. Joseph Salomon, André Asselin, Pierre
Villain).
Quatuor Loiseau (à 3 heures, salle Gaveau, salle des Qua-
tuors).
Concert spirituel ut Q heures, Eglise de l'Etoile).
Concert Chizalet (à 9 heures, salle des Agriculteurs, avec le
concours de M mB Gabrielle Gills).
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DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTEUR.
DE1833À1883
J.L. HEUGEL
DIRECTEUR,
DEI883À1914-
HENRIHEUGEL
SOMMAIRE
La Réalisation de la basse chiffrée
dans les œuvres de J.=S. Bach.
La Semaine dramatique :
Théâtre-Moncey :
La Puissance des Ténèbres.
Capucines :
SI que je s'ralsrol
JACQUES HEUGEL
PIERRE O'OUVRAY
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire RENÉ BRANCOUR
Concerts-Colonne P.oeLAPOMMERAYE
Concerts-Lamoureux RAYMOND SCHWAB
Concerts-Pasdeloup MAURICE LENA
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Étranger :
Allemagne J. CHANTAÏOINE
Angleterre MAURICE LENA
Belgique LUCIEN SOLVAY
Hollande J. CHANTAVOINE
Italie G.-L. GARNIER
Suisse GÉO-A. GOGNIAT
États-Unis MAURICE LENA
Échos et Nouvelles.
♦ ♦ ♦
SUPPLÉMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnés à la musique)
MUSIQUE DE PlfllMO
Nos abonnés à la musique de piano recevront avec ce numéro :
MADRIGAL, de Paul-Silva Hérard, extrait de Dou^e divertissements.
Suivra immédiatement : Danse des roses, de Gabriel Dupont, extrait d'Antar.
MUSIQUE DE CHANT
s vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant :
Nuit pareille à mol, de Gabriel Dupont, Extrait d'Antar, conte héroïque
en quatre actes et cinq tableaux, poème de Chekri Ganem.
immédiatement : Matin d'Octobre, de Théodore Dubois, poésie de François Coppée.
Le Numéro
(UXU.tut)
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(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couverture)
1
Le Numéro :
BUREAUX:RUE VIVIENNE 2biiPAR1S (2?)
TÊLEPHONErGUTENBERC: 35-352
ADRE55E TÉLÉGRAPHIQUE: MENESTREL-PARIS
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2' TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (26 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au i" janvier) 50 fr.
3> TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (a6 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au I" janvier) 50 fr.
4* TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (5j morceaux, un chaque semaine, et grande prime au i" janvier) 75 fr.
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Les Abonnements partent du i" de chaque mois.
En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che^ tous les Libraires et Marchands de Musique
ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal.
HEUQEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2 bl », rue Vivienne, Paris (2')
PÂQUES
Cesses
A DEUX VOIX
Bordèse (L.). — Deux Messes faciles, pour deux soprani :
N'M. En sol. Partition chant et orgue 4 95
2. En fa. Partition chant et orgue. . . ■ 4 95
Parties vocales séparées, chaque » 80
Dubois (Th.). — Messe facile en sol, à deux voix égales.
Partition chant et orgue ' 6 60
Chaque partie vocale . 1 25
A TROIS VOIX
Dubois (Th.). — Messe en si mineur, à 3 voix, S. T. B. (Dans l'esprit du.
Motu proprio, de SS. Pie X sur le Chant sacré.) Partition chant et orgue. 8 25
Chaque partie vocale séparée 1 25
Fauchet (P.). — Messe brève (n° 4) en sol mineur S
quintette à cordes ad libitum :
Partition, chant et orgue
Chaque partie vocale
Premier violon, second violon, allô, chaque .
Violoncelle et contrebasse, chaque . . . .^.
8 25
1 25
4 15
3 30
A QUATRE VOIX
Lambillotte (L.). — Messe pascale en ré, brillante et facile, soli et chœurs
à 4 voix, avec accompagnement d'orgue ou d'orchestre.
Partition chant et orgue 24 75
Chaque partie vocale 2 50
Parties d'orchestre (en location).
NlEDERUETElt (L.). — Deux messes brèves à .',
de piano ou orgue :
N°M. Messe en ré. Partition chant et orgue 6 60
2. Messe en sol : Partition chant et orgue 6 60
— Chaque partie vocale 1 65
x, avec accompagnement
Qfyante xetiQïeux
Bordèse (L.). — Pâques, chant religieux, à \, 2 ou 3 voix ad libitum, en
soli ou chœurs
Le même, sans accompagnement '
Deslandres (A.). — Pâques, Église sainte, ô mère bien-aimée. Cantique, solo
et chœur à 3 voix
— Lee Rameaux : Fils de Sion, tressaillez d'allégresse, cantique, solo
et chœur à 2 voix
— Le Vendredi-Saint : D'un long voile de deuil la terre était parée,
soïo
Les parties de chœur de ces trois cantiques, séparément, chaque.
Dietsch (L.). — Stabat Mater, soli, duos, chœurs à 3 voix égales
Dubois (Th.). — Les sept Paroles du Cbrist, soli et chœur à 4 voix. . .
(Partie de chœur, partitions et parties d'orchestre en location).
— Cbristus resurrexit (extrait de Marcello), solo de baryton et
chœur avec grand orgue
— Ecce panis, en mi bémol, duo soprano et baryton
— O Salutaris, en sol, ténor et chœur
Parties séparées, chaque
— O Salutaris, en sol, duo ténor et baryton
— Illuxit dies tertia, chœur à 4 voix, avec grand orgue
Parties séparées, chaque
— O Filii et Fi lise, chœur à 4 voix, avec violoncelle, orgue, contre-
basse et harpe ad libitum
Parties séparées
Fauchey (P.). — Panis angelicus (de la messe des Saints).
N° \. En la, soprano ou ténor et chœur ad libitum
N° 2. En sol, mezzo-soprano ou baryton et chœur ad libitum
N° 3. En la, soprano ou ténor avec chœur, violon, violoncelle, harpe,
contrebasse et orgue
N° *. En sol, mezzo-soprano ou baryton avec chœur, violon, violon-
celle, harpe, contrebasse et orgue
(Le violoncelle, la harpe, la contrebasse et le chœur sont ad libit.)
Parties de chœur séparées, chaque
Faure (J.). — Ave verum, à 2 voix
— Ecce panis :
Baryton ou mezzo-soprano et chœur
Le même, pour ténor et soprano
1 65
» 65
2 50
2 50
3 30
» 50
19 80
13 20
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2 90
2 90
» 35
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3 30
3 30
4 95
4 95
» 50
2 50
1 65
1 65
Faure (J.) (suite). — Tantum ergo :
Mezzo-soprano ou ténor
Le même avec violon
Gounod (Ch.). — Ave verum à 2 voix
Hahn (Reynaldo). — O salutaris, soprano ou ténor
Lam nu lotte (L.). — Pâques. Premier salut, avec accompagnement d'orgue
ou d'orchestre :
Adoremus, en sol, solo et chœur
Ciia.
Hœe dies, chœur.
Regina cœli, chœur
ique partie vocale pour le salut
Parties d'orchestre .
— Pâques. Deuxième salut, avec accompagnement d*orgue :
N°« A. Te nascens (Mertiam)
2. Ave Maria (De Doos)
3. Iste confiteor (Alfieri)
4. Resurrexit, oratorio de Pâques (L. Lambillotte)
Chaque partie vocale pour le salut
Leroux (X.) —Ave Maria (1. 2. 3.)
Miné (A.). — Ave Maria :
N°M. En sol mineur, ténor ou soprano
2. En fa mineur, mezzo-soprano ou baryton
3. En sol mineur, ténor avec violon S
4. En fa mineur, mezzo-soprano avec violon
Parties de chœur ad libitum
Nbueomm. — Pange lingua, à 2 voix
Rousseau (S.). — Ave verum. Soprano ou ténor
Le même, mezzo-soprano ou baryton . . .
— Regina cœli. Soli et chœurs avec violon, violoncelle, orgue, harpe
4 95
4 95
4 95
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49 50
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2 90
4 15
4 15
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La RÉALISATION de la BASSE CHIFFRÉE
dans les œuvres de J.-S. Bach
\ basse chiffrée, dit Bach, est le fondemenl le
plus parfait de la musique; on l'exécute des
deux mains. La main gauche joue les notes
prescrites et la main droite y joint des conso-
nances et des dissonances, pour que le tout
glSJ^ggin donne une harmonie agréable en l'honneur de
P-'N'rfrw £>j eu et pour la réjouissance légitime de l'âme. »
L'importance de l'art rétrospectif du déchiffrage (dans le
sens littéral du mot) est donc bien démontré par cette
déclaration, et l'utilisation que fait Bach de la basse chiffrée
ou continue* présente un haut intérêt théorique et pratique
dont nous allons inventorier brièvement les manifestations.
A priori, un profane peut s'étonner de ce que les maîtres
anciens aient pu user avec prédilection de la notation
chiffrée pour une partie aussi importante que celle du
claveciniste ou de l'organiste accompagnateur. Cependant
ils avaient de bonnes raisons pour cela, et la moindre n'est
pas que les virtuoses de l'ancienne époque étaient, beau-
coup plus que de nos jours, doublés de musiciens consom-
més et de compositeurs de valeur, capables de s'adapter à
ce schéma dont ils réalisaient les données avec d'amples
variations. Une autre des raisons était que la tablature des
instruments était difficile à noter expressément, surtout en
ce qui concernait les instruments à clavier, construits de
façon si disparate jadis; de nos jours, l'unité de facture
instrumentale étant réalisée absolument en ce qui concerne
le piano et beaucoup plus que jadis en ce qui concerne
l'orgue, le compositeur peut écrire une partie ne varietar.
Et cependant, combien il faut transcrire souvent, ce qui
est l'écueil moderne, lorsqu'on change de clavier; jadis on
transcrivait en même temps que l'on déchiffrait; on impro-
visait en quelque sorte selon l'instrument et son rôle.
Pour en revenir à Bach, nous ne saurions trop admirer
combien ce système convenait à la mise en valeur parfaite
des grands plans musicaux de sa conception musicale, si
architecturale en son ordonnance; la marche déliée du
plus riche contrepoint qui fut jamais, s'appuyant sur le
« fondemenl parfait » de la basse chiffrée lui servant d'ar-
mature, peut s'avancer d'un pas sûr, sans craindre même
les frottements harmoniques que donnerait un fond d'in-
struments d'orchestre réalisant les accords de continuo par
exemple, et qui serait trop caractérisé pour ce rôle.
Dans les grandes œuvres de Bach qui sont les plus fruc-
tueuses à étudier pour notre sujet, deux catégories dis-
tinctes de réalisation s'offrent à notre analyse :
i° Réalisation dans les airs;
2° Réalisation dans les choeurs.
Dans les airs ou duos, nous décomposons généralement
les éléments sonores suivants :
i° Le soliste ou les duettistes;
2° Un instrument soliste (i);
(i) Ou plusieurs, jusqu'à trois dans l'air Quoniam tu solus
sanctus de la Messe en si où il y a le cor de chasse et deux
bassons.
3° Les accords réalisés du continuo;
4° La basse elle-même.
Il s'ensuit que de toute façon solistes, chanteurs et
instrumentistes viennent au premier plan sur le fond neutre
du continuo et leur individualité ressort admirablement;
de même la basse, jouée par les violoncelles et contrebasses
généralement, garde une grande individualité aussi. Le
continuo constitue alors, quoique à un moindre degré que
dans les ensembles, ce léger enveloppement harmonique,
celte pédale du pianiste qui arrondit les contours et com-
plète l'harmonie. Il enrichit aussi l'harmonie, car Bach
indique souvent un chiffrage de 4 ou 5 sons là où instru-
ments ou voix n'en réalisent que deux ou trois. Malgré
son nom de continuo, il s'en faut que la basse chiffrée dure
sempiternellement; procédant par retraits et ajoutés de
groupes sonores pour son orchestre, Bach applique ce
principe au continuo. Tanlôt l'indication taslo solo, interdi-
sant de réaliser l'harmonie chiffrée pour ne jouer que la
note de basse, allège un passage qu'il veut léger et clair,
dépouillé de volume sonore, tantôt au contraire ce sont
les instruments qui se taisent, laissant seules aux prises la
basse et la réalisation du chiffrage; et par une absolue
logique, ce sont surtout les fins de phrases où le soliste
a besoin de ralentir et d'en prendre à son aise que des
instruments, qui attireraient trop l'attention ou seraient
gênants, cèdent la place au bel canlo (1). Quant au nombre
de parties du continuo, il sera déterminé par le caractère
de l'air, le nombre d'instruments et la texlure harmonique
du passage. Généralement trois parties suffisent avec la
basse, parfois deux seulement dans les passages légers et
certaines fins de phrases. Pour chaque morceau l'expé-
rience est à recommencer d'ailleurs. Cependant, dans les
airs sans instruments accompagnateurs, assez rares d'ail-
leurs, ainsi que dans le recitativo secco, c'est-à-dire sans
autre accompagnement que la basse et l'instrument déchif-
frant, i! faudra le plus souvent réaliser à 4 parties (2).
Le registre préférable pour la réalisation du continuo
correspondra opportunément à celui qui est souvent confié
aux altos dans l'orchestre, auxquels on prodigue volontiers
force doubles cordes d'ailleurs, ce qui démontre cette
nécessité d'un bon remplissage harmonique de ce registre.
Pour la réalisation de la basse chiffrée dans les ensem-
bles, il faudra d'une façon générale amplifier et varier
encore la réalisation, ainsi que la force, et les timbres à
employer. Plus que dans les airs encore, elle constitue le
fond harmonique et il est logique que l'armature harmo-
nique d'un chœur soit plus largement conçue que celle
d'un air. Les accords pourront être sans inconvénient de 5
à 6 sons, mais il faudra, encore plus que dans les airs, se
garder d'alourdir, et certaines réalisations devront être très
détachées ou avec des respirations nombreuses. Et particu-
lièrement dans les chœurs, le continuo sera le soutien des
voix, sans parler des chœurs sen^a stromenli où on le dou-
blera tout simplement. Certains chœurs ont une harmonie
où instruments et continuo marchent presque note contre
(1) On remarquera particulièrement cet emploi dans le Bene-
diclus de la Messe en si.
(2) Dans la pratique même, on supprime de nos jours la basse
continue des violoncelles et contrebasses pour la confier à l'orgue
ou au clavecin seul.
LE • MENESTREL
note; d'autres, au contraire, ont des dessins instrumentaux
qu'il serait impossible et ridicule de vouloir faire réaliser
au continue En tout cas il résulte de ces différentes com-
binaisons sonores, si éloignées de nos conceptions mo-
dernes, une richesse et une variété jointes à une plastique
architecturale trop oubliée, hélas!
Nous terminerons cette étude très spéciale aux œuvres
de Bach par quelques réflexions sur la façon dont on réa-
lise la basse chiffrée dans les éditions modernes, où deux
écoles sont en présence : les uns réalisent note contre note
dans un registre neutre, comme un devoir d'harmonie;
d'autres écrivent une réalisation plus contrapuntique, plus
écrite, avec notes de passages, broderies, batteries,
arpèges, etc.
Les éditions allemandes, en particulier, nous offrent pour
les classiques des réalisations très écrites et même trop
écrites le plus souvent; nous en voyons des exemples dans
des éditions de sonates d'Hfendel, sonates anciennes, airs
de cantates, etc. En ce qui concerne Bach, ces réalisations
fleuries me semblent avoir tort et en voici les raisons :
Lorsqu'il veut un accompagnement symphonique et
riche, il le confie aux instruments, et c'est lorsqu'il est
démontré qu'un simple fond harmonique suffit, comme
dans les mélodies du cahier d'Anna Magdalena ou dans
des récits, qu'il se sert de la basse chiffrée seule. En
somme, chez lui, c'est toujours le fond neutre et discret.
La meilleure preuve en est que les sonates pour clavecin
et violon ou viole de gambe ont la partie de piano écrite,
et de très rares coins sont chiffrés qu'il faut réaliser
simplement. Cela a donc été une grave erreur des éditions
allemandes des a Passions », cantates, etc., que de réaliser des
chiffrages avec d'inutiles complications, gênant les chan-
teurs, ôlant tout caractère et toute élégance aux parties
écrites, tout cela par une inopportune manifestation d'un
pédantisme prétentieux voulant se mesurer avec Bach.
Certains airs sont ainsi complètement dénaturés dans les
réductions de piano.
Dans les œuvres d'autres auteurs ayant un caractère plus
foncièrement concertant et souvent teintées d'italianisme,
comme les sonates anciennes italiennes, les concertos,
suites, etc., des xvir 3 et xvnr 2 siècles, une réalisation plus
instrumentale et plus ornée est parfaitement admissible.
Encore une fois, la basse chiffrée doit s'interpréter, presque
s'improviser, et, lorsque les maîtres ne nous ont laissé que
deux accolades de textes avec chiffres, le déchiffrant a
d'autant plus le droit d'enrichir sa partie qu'il n'y a, comme
dans une sonate, par exemple, que deux interprètes sur
lesquels se concentre l'attention de l'auditoire.
En résumé, cette science vaudra à celui qui la pratiquera
le sentiment profondément captivant qu'elle le situe au
centre de l'harmonie qui s'épanouit autour de lui; il aura
de plus la satisfaction de se rapprocher de Bach qui
aimait à jouer l'alto en musique de chambre parce qu'il
entendait mieux les autres parties graviter autour de lui.
Et n'est-ce pas un symbole même que ce rôle qu'il s'attri-
buait comme exécutant, mais qu'on peut lui attribuer his-
toriquement aussi, étant un centre absorbant et résumant
ce qui était avant lui, mais aussi servant de guide et de
modèle à tout ce qui a été fait après lui? Alex. Cellier.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Théâtre Moncey. — La Puissance des Ténèbres, drame
en cinq actes et sept tableaux de Léon Tolstoï, tra-
duit du russe par M. et M rae Pitoëff.
La nuit morale dont s'enveloppe la vie des paysannes
russes, l'inconscience avec laquelle elles accomplissent
les actions les plus atroces, légèrement, en invoquant
le Christ, — car, tels les Espagnols, ces orientaux
de l'Occident, les Russes ont pris à la religion ses rites
et ses superstitions, mais sont restés fermés à son esprit,
— et puis la révolte suprême de l'homme faible qui
s'est laissé entraîner par ces êtres irresponsables, sa
noble renonciation à tous les biens de la vie, et sans
doute à la vie elle-même, pour mériter le pardon de sa
propre conscience, tout cela enfermé dans des lignes
simples et robustes, avec une singulière force drama-
tique qui finit par subjuguer le spectateur, — voilà
l'œuvre de Tolstoï que nous ont présentée, dans un
cadre des mieux choisis, M. et M mo Pitoëff et l'une des
« compagnies » les plus remarquables que Paris puisse
applaudir de nos jours. C'est l'œuvre d'un grand pri-
mitif, mais d'un primitif qui aurait lu Shakespeare et
Diderot.
On connaît l'histoire de ce jeune paysan qui, pour
vivre riche et oisif, ne recule devant aucune lâcheté,
— consentant à l'empoisonnement de son patron pour
pouvoir épouser sa veuve, consentant ti supprimer
l'enfant né de son adultère avec la fille du défunt, —
jusqu'au jour où son âme, comprimée par les ténèbres,
rebondit en pleine lumière et donne à tous l'exemple
d'un cœur qui ne craint plus de reproche que celui de
son Dieu. Peu de choses, au théâtre, sont aussi belles
que la scène effrayante où la petite Anioutka devine
qu'on est en train d'enterrer le nouveau-né; et tout le
dernier acte de la fresque fait songer à Giotto.
Outre M. et M mc Pitoëff, remarquables dans les rôles
de Nikita et d' Anioutka, citons M llc Sylvère, une Anissia
tragique d'inconscience cruelle; M lle Roschina-Insa-
rowa, souple et féline Akoulina; M" e Reichen, Matrena
dont la candide perversité déconcerte; M. Hort, qui fait
du vieillard Akim une belle et noble figure; M. Jim
Geralds, excellent dans le rôle de l'ouvrier Mitrich;
M. Penay, parfait dans le rôle un peu ingrat du riche
paysan Petr; enfin, M me Marie Kalff, qui, dans le rôle
de l'émouvante Marina, parvient à nous réconcilier
avec le sexe des « fauves », pour employer l'expression
du brave Mitrich. Jacques Heugel.
Capucines. — Si que je s'rais Roi, fantaisie-revue
en deux actes, de MM. Rip et Gignoux.
Que de fois chacun de nous n'a-t-il pas dit : « A la
place du Gouvernement, je ferais... ! » Ah ! qu'il est facile
de gouverner quand on n'est pas au pouvoir!
C'est ce qu'éprouve le brave Bobard, ancien marchand
des quatre-saisons devenu député, puis ministre, puis roi
plébiscitaire, sous le nom de Bobard I er . Voulant donner
a tous le bonheur, il mécontente chacun et une révo-
lution bienfaisante le fait tomber du pouvoir.
Sur ce thème d'opérette, MM. Rip et Gignoux ont
bâti une symphonie burlesque et satirique de nos
mœurs d'après-guerre, où la fantaisie sert de prétexte à
l'observation la plus aiguë, où le rire découvre des dents
acérées qui mordent ferme. Ainsi comprise, la revue se
relie aux traditions du vieux fabliau français ou aux
comédies d'Aristophane, elle conserve la gaieté du
premier et l'amertume du second.
Portés par leurs rôles, les interprètes furent meilleurs
qu'eux-mêmes. M me Marguerite Deval, MM. Berthez,
Pauley, George, Piérade, M lles Andrée et Camille
Alvar, Gaby Gladys, Christiane d'Or et Arletty com-
posent un peuple à la fois turbulent et charmant au
milieu duquel il est agréable de vivre à condition
de ne le point vouloir gouverner. Pierre d'OuvRAY.
9°
LE • MENESTREL =
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts da Conservatoire
De la Huitième Symphonie de Beethoven, du Nocturne
à deux voix, de Béatrice et Bénédict et de la première
scène du Rheingold, je ne vois absolument rien de nouveau à
dire, et me borne donc à constater que l'interprétation en fut
de tous points excellents, tant par l'orchestre, toujours
superbement conduit par M. Philpipe Gaubert, que par les
remarquables cantatrices dont les voix nous charmèrent :
M mes Jeanne Laval, Lapeyrette et Laute-Brun, auxquelles
un seul chanteur, M. Duclos, donnait dignement la
réplique
Parlons donc du très beau Concerto pour piano, en ut
dièse mineur, dédié par Rimsky-Korsakow à la mémoire
de Liszt, et dont M. Arthur Pougin a pu justement dire, en
son intéressant ouvrage sur la Musique en Russie, que
« c'est une œuvre de premier ordre, d'une belle ordonnance
et d'une conception supérieure ». Un motif central s'y épa-
nouit en de multiples transformations — motif emprunté à
une Chanson des Conscrits dont voici les paroles :
« Rassemblez-vous, camarades, mes chers enfants, et
venez dans mon modeste quartier; cotisez-vous, camarades,
mes chers enfants, et payons-nous un demi-flacon de
vin. »
Qui croirait que de ce demi-flacon de vin s'exhala tant de
musique verveuse, originale et fantaisiste! Décidément le
Iago de Shakespeare a raison : « Le bon vin est une bonne
création familière, si l'on sait bien s'en servir. » Rimsky-
Korsakow possédait évidemment celte science, et son con-
certo en porte un ardent témoignage. L'auteur et son oeuvre
furent très servis par M. Edouard Garés, premier prix de
1902, pianiste de haute valeur, que le public remercia par
d'unanimes applaudissements. René Brancour.
Concerts-Coîonne
Samedi 26 et dimanche 2j février. — Le programme de
ces deux séances est dominé par l'exécution d'une très
importante symphonie de M. Enesco. M. Enesco est une
des personnalités les plus sympathiques du monde musical.
Son immense talent de violoniste qui lui valut jeudi dernier
l'enthousiasme sans fin d'un auditoire transporté, sa pro-
bité artistique, sa générosité, son dévouement aux œuvres
de bienfaisance, son travail acharné, ses œuvres déjà con-
nues, attachant mélange de qualités sociables et de dons
créateurs, entouraient ces deux premières auditions d'une
atmosphère de bienveillante curiosité. Deux auditions sont
à peine suffisantes pour jugerune œuvre aussi considérable,
tant par son étendue que par les intentions qu'y mit le
compositeur. Ces deux auditions ayant été publiques, il
est permis de faire état de l'une comme de l'autre.
Tout d'abord, qu'a voulu l'auteur? Le programme, géné-
ralement si complet, est, volontairement sans doute, muet
sur ce point; il faut donc nous laisser guider par nos
seules sensations. J'ai vu, pour ma part, une sorte de
poème symphonique, né de la dernière guerre, le premier
morceau évoquant le tourment d'un monde agité de passions,
s'adonnant au plaisir avec une sorte de fièvre angoissée;
le second surgissant comme l'image de la guerre même
avec la marche joyeuse des soldats se pressant, ignorants,
vers la mort; puis le combat, avec les cris des mourants, le
tumulte de la lutte; le troisième, c'est la paix, non la paix
joyeuse, mais la paix encore embuée des voiles de deuil où
1 esprit, comme terrassé, s'élève en prière, poussé par une
sorte de sentiment religieux de reconnaissance pour ceux
qui se sont sacrifiés et d'espoir en une divinité pitoyable.
Impressions personnelles sans doute et qui ne cadrent peut-
être aucunement avec la pensée de M. Enesco.
L'accueil du public fut réservé, justement parce que le
dessein de l'auteur n'apparut point. Noyé dans un flot,
presque une tempête d'instruments déchaînés, l'auditeur
chercha vainement un fil conducteur qui lui permît de se
diriger au milieu de cet océan de thèmes et de sonorités.
Ce qui paraît avoir manqué à M. Enesco, c'est l'art de
composer et d'ordonner; il n'a point discipliné sa facilité
et n'a pas fait le choix nécessaire dans les idées : il les a
toutes accueillies sans essayer leur qualité et les traitant
toutes sur un mode grandiloquent qu'elles ne comportaient
pas toutes.
M. Enesco semble mépriser l'art des préparations, d'où la
surprise, que manifesta le public, de cette levée en masse
de cuivres (six cors, six trompettes et je ne sais combien
de bugles, trombones, etc.), et de cette sonnerie cristalline
du triangle, évocatrice de l'élévation de la messe qui, mieux
amenée, n'eût point été accueillie par des sourires. L'expé-
rience servit d'ailleurs à M. Enesco, et dès la seconde
audition des modifications heureuses atténuèrent, vers la
fin, partie de cet effet.
Toutes les ressources que la science musicale offre à nos
compositeurs furent mises à contribution par l'auteur,
depuis l'orgue et le piano jusqu'à la crécelle; il renforça
même son orchestre de la voix des chœurs, mais plus les
moyens employés furent colossaux, plus l'impression s'a-
menuisa.
Une pareille œuvre, si touffue, si décomposée dans son
unité (fréquemment les cordes marchent par quatre), récla-
mait une étude approfondie et une mise au point parfaite.
L'orchestre des Concerts -Colonne ne mérita que des
éloges.
Ayant sous sa baguette les chœurs nécessaires à la sym-
phonie de M. Enesco, M. Gabriel Pierné eut l'heureuse
idée de nous les faire entendre dans des œuvres rarement
données, telles Sirènes (troisième partie de Nocturnes, de
Debussy), la Mort d'Ophélie et les Funérailles d'Hamlet,
de Berlioz, œuvre si puissante où Berlioz a mis tant de
lui-même. Mais comme le grand romantique, malgré sa
fougue, connaissait l'art des préparations ! et par quel habile
crescendo est amenée la salve de mousqueterie qui semble
là tellement naturelle que pas une femme ne sursauta : le
procédé disparaît sous l'émotion. Enfin les fameuses danses
du Prince Igor bien enlevées, auxquelles l'accompagnement
de la voix humaine donne encore plus de vie et de carac-
tère.
A noter au concert du samedi une délicieuse interprétation
de Siegfried-Idyll. Pierre de Lapommeraye.
Concerts - Lamowreisx
L'intelligence analytique, l'art de la progression, avec
lesquels M. Paul Paray développa la Symphonie de Franck,
renouvelèrent cette œuvre dont la jeunesse, quoi qu'en
disent certains, semble se prolonger par une singulière
alliance de naïveté et de science.
Chanté par M 1 »' Croiza, l'Hymne à la naissance du Matin
de M. A. Caplet s'entendit sans ennui, mais sans émotion.
M. Gérard Hekking fut fort applaudi dans le gentil Con-
certo pour violoncelle de Lalo.
Les Quatre Esquisses pour le piano à pédales, de Schu-
mann, instrumentées par M. Chevillard, parurent lourdes.
M. Paray dirigea avec une fougue efficace, mais à mon
goût trop mimée, le Vènusberg et les Danses Polovtsiennes
(sans leurs chœurs). Raymond Schwab.
Concerts- Pasdeîotip
Haydn et Méhul représentaient les classiques à ce beau
concert : Méhul avec la noble et symétrique Ouverture de
Stratonice, Haydn avec la Symphonie n° i3, en sol. Peut-
être son largo n'est-il pas sans monotonie. On a goûté le
preste babillage du finale, conduit par M. Rhené-Baton
avec la plus délicate gaîté.
Après la Ballade Symphonique de M. Chevillard, où
l'élégance du thème s'habille d'une riche et moelleuse in-
strumentation que traverse discrètement l'éclat apaisé des
cuivres, ce fut le délice, toujours nouveau, de ces deux
poèmes, Nuages et Fêtes, de Debussy. L'Angleterre et
[Amérique ne les aiment pas moins qu'on ne fait chez
LE • MENESTREL
nous : il n'est guère d'oeuvre de ce maître qui s'inscrivent
plus fréquemment à leurs programmes. Modèles achevés de
sa manière, les musiques d'une fête s'y transposent, psy-
chiquement, en écho mélancolique où déjà rêve le Passé;
le muet glissement des nuages dans un ciel qu'on imagine
d'automne y devient un murmure d'harmonies lointaines,
et, saisi par les yeux de l'artiste, mais interprété par son
âme, leur mouvement, sans y perdre sa vérité picturale, s'y
mue en impression orcheslralement analysée.
L'art différent de Paul Dukas, d'une égale supériorité,
d'ailleurs, dans son admirable beauté plastique, égrena les
gemmes de la Péri, le féerique éblouissement d'un Orient
légendaire et surnaturel. C'est toute l'opulence de la plus
savante polyphonie; et pourtant ni surcharge, ni longueurs.
Les adieux de Wotan à sa fille coupable furent exprimés
par M. de la Cruze-Frcelich avec la tendresse et la majesté
qu'il faut (un peu de lourdeur par instants).
M. Rhené-Baton a dirigé tout le programme avec une
souple et fine sûreté. Maurice Lena.
Jeudi 24 février. — Seconde séance consacrée au grand
musicien qu'est M. Camille Saint-Saëns. En écoutant celte
musique si vivante et si vraie, et en la comparant à certaines
extravagances jetées en pâture à l'ignorance des snobs,
entretenues par d'adroits compères, je ne pouvais m'empê-
cher de songer aux lignes si justes écrites par le maître
dans Portraits et Souvenirs : « De malheureux jeunes gens...
retournent à l'état sauvage de la musique;... quelques-uns
arrivent à écrire des choses informes, analogues à ce que
font les enfants, quand ils posent au hasard leurs petites
pattes sur le clavier d'un piano. » Si encore ce n'était que
sur un piano, mais c'est l'orchestre tout entier qui subit
leurs coups de matraque!
Le programme, toujours établi selon la rigueur de la
chronologie, comprenait des fragments d'Ascanio (i8go),de
Phryné (1893), de Samson et Dalila (1877) et de Henri VIII
(i883). Phryné demeura modestement dans la coulisse, ce
que nous ne pûmes que regretter.
L'interprétation vocale offrait de bons éléments, et
d'autres aussi. M n,ra Lapeyrelte et Demougeot, MM. Du-
treix, Eranno et Rambaud appartiennent sans conteste à la
première catégorie.
Il est à peine besoin de déclarer que l'étude critique et
analytique, due à M. Jean Chantavoine, était de tous points
intéressante. L'exécution musicale fut généralement satis-
faisante. Qu'il me soit permis, en manière de conclusion,
de rappeler ces lignes écrites, il y a de cela vingt-cinq ans!
par le regretté Louis de Fourcaud, au sujet du maître dont
le nom avait légitimement attiré dans la salle de l'Opéra un
nombreux et respectueux auditoire : M. Saint-Saëns a la
grande et solide ordonnance des ensembles, l'inépuisable
ingéniosité des détails, la franchise des sonorités, la verve
descriptive et la correction suprême. On peut dire de lui
qu'il garde ses dons de maître classique jusque dans les
fantaisies impressionnistes dont il a semé sa route... Pour
trancher d'un mot, j'ai beau regarder du côté des nations
étrangères, vers le. midi ou vers le nord, je ne reconnais
nulle part, en ce moment, un compositeur aussi complet
que lui. » Après un quart de siècle, ce jugement n'a rien
perdu de son actualité. René Brancour.
CONCERTS DIVERS
Société Nationale. — Un Quatuor à cordes de M. Marius
Casadesus... Qui ne sut se borner... M. Marius Casadesus
devrait relire Boileau non pour l'harmonie de ses vers, mais
pour les excellents conseils qu'il donne dans son Art poé-
tique et qui valent aussi bien pour la musique que pour la
littérature. Tout le talent de virtuose de l'auteur n'a pu
rendre court ce quatuor plein de bonnes intentions et de
rythmes curieux.
Huit Chansons Bretonnes de M. Rhené-Baton, exhalant
un parfum de terroir, furent dites tour à tour avec gaieté
ou avec une gentille émotion par M»" Madeleine Grey
Une Suite brève en six mouvements de M. Rohozinski
pour flûte, viole d'amour et harpe, de très joli sentiment et
très bien écrite pour ces trois instruments, nous fut présentée
en ses plus beaux atours par M 1 ' Lili Laskine, MM. René
Le Roy et R. Siohan. Voilà une œuvre que certainement
l'on jouera souvent dans les séances de musique de
chambre.
M" c Suzanne Thévenel déploya une belle voix et du
talent pour nous engager à apprécier les Psaumes d'amour
de M. Jean Neymarck. On resta sourd aux appels de la
sirène.
Enfin le quatuor Casadesus et M. Robert Casadesus au
piano jouèrent l'admirable Concert de Chausson, peut-être
la plus belle œuvre du musicien. MM. Marius et Robert
Casadesus s'y donnèrent tout entiers. P. de L.
Concert Yvonne François (23 février). — ■ M llc François,
qui est toute jeune, a fait preuve de dons certains et d'une
technique fort remarquable pour son âge. Elle obtint de
puissants effets sonores et pittoresques dans Méphisto-
Valse de Liszt et Lesghinka de Liapounow. R. S.
Idéal et Réalité (26 février). — Voici un groupe nou-
veau qui annonce ces découvertes théoriques : « La pensée
est la lumière du monde... La mission de l'art est de
manifester la pensée. » Samedi dernier, c'est la musique
qui était chargée de « l'élévation de la pensée ». Dans les
Poèmes chinois de M. Yred Barlow j'ai retrouvé avec plai-
sir des sonorités à la mode. Les conditions dans lesquelles
ses Interludes furent présentés permettent mal de démêler
les raisons qui les firent écrire. Peut-être aussi les Mélodies
de M. Ernst-Lévy, interprétées autrement, auraient laissé
un souvenir. Si la musique de chambre de Franck se perd
jamais, la Sonate pour piano et violon de M" c de Manziarli
deviendra un document précieux. R. S.
Concert Edouard Risler. — Avant son départ pour une
tournée dans le midi de la France, M. Edouard Risler a
donné, le 24 février, une dernière séance dont le succès a
été triomphal. Le concert, consacré à Liszt, comportait en
outre quelques fragments de l'œuvre de Wagner. Et jamais
peut-être ne s'accusa mieux qu'à cette occasion la prodi-
gieuse faculté que possède ce très grand artiste de meure
au seul service de la musique ses dons incomparables de
virtuose.
Tout le romantisme enflammé de la Sonate en si mineur
de Liszt fut exprimé avec un lyrisme débordant, avec de
saisissants contrastes de lumière et d'ombre.
Puis l'exécution de l'Ouverture des Maîtres Chanteurs, du
Chœur des Fileuses du Vaisseau-Fantôme et de la Mort
d'Yseult valurent à M. Risler de longues ovations. Par
l'exactitude scrupuleuse des mouvements, par la netteté
avec laquelle chaque thème apparut à son plan, parle sen-
timent profond et vrai dans lequel chacun de ces trois
morceaux fut interprété, ils produisirent une impression
d'émotion intense qui est souvent loin de se dégager au
même degré de bien des exécutions à l'orchestre.
Enfin ce fut l'éblouissement de la Légende de Saint
François d'Assise prêchant aux oiseaux, le charme délica-
tement ému d'Un Sospiro et la truculence de la Rhapsodie
espagnole. Cédant à l'insistance d'un public en délire,
M. Edouard Risler dut ajouter à son programme uue
Danse de Granados, une Rhapsodie de Liszt et une seconde
exécution de la Mort d'Yseult, qui parut peut-être plus
prenante encore que la première. P. B.
École française de rythme. — M. Jean d'Udine vient de don-
ner une nouvelle suite de séances fort remarquables consa-
crées à la mise en œuvre de la Géométrie rythmique dont, il y
a un an, M. Jacques Heugel définissait ici même les origines
et les éléments caractéristiques (1). On sait qu'adoptant les
principes de la méthode de gymnastique rythmique créée
par M. Jaques-Dalcroze, M.Jean d'Udine les applique à la
division non plus seulement duTemps, mais aussi de l'Espace.
(1) Voir le Ménestrel du 26 mars 1920.
LE • MENESTREL
11 créc'ainsi une danse collective évoquant les évolutions
rythmées du chœur antique et représentant la forme la
plus artistique et la plus harmonieuse de la chorégraphie.
La réalisation des figures essentielles de la géométrie, puis
du blason, alterna avec la figuration plastique des rythmes
élémentaires, des superpositions et des transmutations
rythmiques; puis la souple variété des pas s'appropria au
caractère de chacune des quatorze variations de la Chaconne
en sol d'Haendel; puis la pantomime entra en jeu pour ren-
forcer l'expression d'études rythmiques traduisant certaines
entités (le Destin, Apaisement, etc.) ou certains aspects de
la Nature (l'Été, Feuilles mortes, la Pluie, la Neige, le
Vent). L'extrême ingéniosité de ces diverses créations, la
perfection avec laquelle elles ont été réalisées, font le plus
grand honneur à l'artiste délicat, éclairé, qu'est M. Jean
d'Udine, à sa personnalité, à son imagination vive et
souple, et aussi à son étonnante maîtrise de professeur.
P. B.
Schola cantorum. — La séance que M. Vincent d'Indy
avec le concours de la Schola cantorum consacra le 25 fé-
vrier à Claudio Monteverdi constitue une manifestation
nouvelle de ce mouvement qui, environ depuis une tren-
taine d'années, ramène l'attention des musiciens surundes
premiers compositeurs des temps modernes (1567-1643) et
dont MM. Vincent d'Indy et Romain Rolland en France,
Robert Eitner et M. Hugo Goldschmidt en Allemagne, sont
parmi les artisans les plus autorisés. Tout l'effort tend — du
moins celui de M. d'Indy et tel que ce dernier l'indiqua
brièvement dans les Tablettes de la Schola — à ne faire
considérer plus Monteverdi d'un point de vue exclusive-
ment historique (comme l'inventeur d'un accord de sep-
tième), mais à le mettre au rang des très grands musiciens
dramatiques : par la perfection de la composition et par
l'intensité de vie qu'on découvre de nos jours dans une
œuvre comme YOrfeo a cessé pour Monteverdi ce sommeil
de momie sous quelque vitrine de l'archéologie musicale,
et maintenant on voit en lui, suivant les préférences du
moment ou de chacun, le précurseur encore étonnamment
vivant d'un Wagner ou d'un Debussy, ou plus simplement
un des auteurs des drames lyriques les plus beaux.
Respectons la volonté de M. d'Indy qui est moins d'obtenir
des effets de détail, mais un « continu » sous une lumière
tempérée. L'interprétation du 25 février, malgré quelques
petites défectuosités d'ordre vocal, parvint aune harmonie,
à une unité et à une science des nuances qui sont une tra-
dition de l'enseignement donné à la Schola : l'élément
symphonique notamment y gagna une protondeur insoup-
çonnable; telle voix du quatuor en s'enflant appela en nous
ce qu'il y a de plus caché; tel thème infernal projeta à plu-
sieurs reprises au cours du 3 e acte de VOrfeo une sinistre
lueur plombée. L'aventure d'Orphée, grâce autant à
M. d'Indy qu'à Monteverdi, atteignit à cette particulière
résonance mythique où il semble que tous les êtres vivants
et la nature entière participent au drame : chœur des
bergers, chœur des esprits infernaux, ris des bois et des
prés, masse livide des roches stygiennes — les deux amants
ne portaient pas leurs pas au milieu d'un décor insensible à
leur infortune...
Dans un duo tiré de VIncoronapone di Poppea et dans
trois des Madrigali spirituali « a capella », nous fûmes saisis
par l'audace d'expression que Monteverdi met à traduire la
passion : ainsi dans le dernier des madrigaux (Ah! il faut
que je meure!) où, dans une pâmoison qui fait haleter tout
le chœur, chavire d'une voix à une autre un poids
enflammé...
M mes Ghins, Legrand-Philip, Pironnay, Rogué, Seyrès,
MM. Gébelin, Hazart, Josselin, Tremblay furent au milieu
du parfait ensemble des chœurs et de l'orchestre de pré-
cieux soli. A. S.
Récital Jean Duhem. — M. Jean Duhem avait divisé en
trois parties son programme. Dans la première, il semblait
avoir voulu mettre en relief tout ce que la musique prébeet-
hovénienne du xvm e siècle comporta de richesse rythmique,
de grâce sinueuse, de flexible mélancolie. Dès le début, la
Fantaisie en ut mineur de Bach érigea une sorte de fronton
mouvant. Et l'on entrevit que le choix des œuvres avait été
déterminé par une intention architecturale. UAria con
Variajioni en si bémol et la Gigue en sol mineur de Haandel
suggérèrent le spectacle de cortèges rapides ou graves sous
d'amples portiques; et les Pastorale et Capriccio de Scar-
latti, dont l'interprétation fut particulièrement remarquable,
laissèrent deviner des paysages comparables à ceux qui
s'élargissent en tels poèmes de Chénier. Enfin, ce fut la
Sonate en la de Mozart, dont le dernier mouvement, « alla
Turca», devient avec M. Duhem quelque chose de tournoyant
et qui se hâte, tandis que des cristaux étincellent et se
transmettent de toute part des lueurs vite effacées. Ce que
Mozart imagina, ne fût-ce point cependant, peut-être, une
féerie plus lente, — et tout à la fois, pour ainsi dire, plus
solennelle et plus sournoise?
La deuxième partie fut consacrée à Trois Pièces de
M. Pierné : Preludio e Fughetta; — Nocturne en forme de
valse, qui s'ouvre par d'ingénieuses modulations, où deux
tons en apparence très disparates parviennent à se rejoindre
et se livrent, en une série d'avances et de reculs, leurs
richesses jusqu'alors lointaines et leurs secrets longtemps
cachés; — enfin, Etude Symphonique, qui fut jouée avec
fougue et sincère intensité.
Des œuvres de Chopin formaient la troisième partie.
M. Duhem sut traduire la nostalgie qui, dans la Quatrième
Ballade, tour à tour s'alanguit et s'irrite. Puis il montra
comment, dans le Nocturne en ut dièse mineur, l'espérance
et le désespoir s'entrelacent, — surgissent de la même paix
initiale, — puis peu à peu s'étirent, s'agitent et retombent.
Quatre Études et la Polonaise en la bémol terminèrent ce
Récital, en lequel, par son jeu tout ensemble très strict et très
souple, — constamment scrupuleux à l'égard des œuvres
interprétées et en même temps très attentif à en mettre
incessamment en pleine lumière l'intention la plus vivante,
— M. Duhem s'est affirmé comme l'un des mieux doués et
des plus remarquables parmi les jeunes pianistes français.
J. B.
Les Fêtes du Peuple. — Poursuivant un véritable apo-
stolat, M. Albert Doyen, à la tête d'une phalange d'excellents
artistes, initie le monde du travail aux beautés des princi-
pales œuvres musicales. Samedi dernier le concert donné
à la Bourse du Travail comprenait des œuvres de Bizet, de
Berlioz, le Concerto en ut mineur pour piano de Beethoven,
l'Hymne à la Raison de Méhul, des mélodies et des chœurs
de Moussorgsky, Saint-Saëns, etc.
Un public frémissant, beaucoup moins sceptique que
certains auditoires de nos grands concerts, acclama les
artistes, juste au bon moment, avec une intelligence qui
fait autant d'honneur aux spectateurs qu'aux artistes qui
ont su l'éveiller.
Félicitons la chorale et l'orchestre des Fêtes du Peuple,
M mcs Louise Albane, Blanche Albane, Duhamel, Schulz-
Gaugain, de leur cohésion, de leur talent individuel et de
l'excellent esprit qui les anime. E. L.
Concert Valmalète. — Félicitons d'abord M llc Madeleine
de Valmalète du goût avec lequel elle a composé son pro-
gramme : Concertos en ré mineur de Bach, en ut mineur de
Beethoven, en sol mineur de M. Saint-Saëns. Ces trois
œuvres permirent à M"* de Valmalète de mettre en valeur
une belle virtuosité et une grande fermeté de jeu dont on
pourrait presque dire qu'elle est excessive et produit un
peu de sécheresse. A. S.
La Cantoria a donné, le 24 février, une audition consa-
crée aux Maîtres de la Renaissance et aux chants popu-
laires de France et de l'étranger. Cette œuvre, dont M. le
Comte Bérenger de Miramon a, en quelques mots, indiqué
le but, recueille des orphelins et les instruit.
L'étude approfondie de la musique et du chant fait de la
93 -
= LE • KENESTREL
Cantoria une véritable école professionnelle de musique.
L'audition donnée à la salle de Géographie a montré l'ex-
cellence de l'instruction donnée. Soitseuls, soit à plusieurs
voix, soit en chœurs, les élèves, sous la direction de
M. Jules Meunier, maître de chapelle de Sainte-Clotilde,
ont interprété, avec un goût et une sûreté qu'on ne pouvait
s'attendre à trouver chez d'aussi jeunes gens ou jeunes
filles, de vieux airs populaires.
Il faut souhaiter prospérité à cette œuvre si intéressante.
Concert Gômez Anda. — Dans le concert qu'il vient de
donner M. Gômez Anda a fait preuve de modestie, d'éclec-
tisme et de courtoisie. Modestie, éclectisme, courtoisie ne
courent pas les salles de concert, petites ou grandes.
Modeste, M. Anda qui, compositeur, aurait pu certaine-
ment donner un programme où n'auraient figuré que ses
œuvres, s'est contenté d'en jouer deux, originales et pleines
de talent : une Suite composée de cinq pièces et une So-
nate. Éclectique, il a interprété des œuvres de Hrcndel,
Mozart, M. A. Rossi, Liszt. Courtois, comme le sont en
France les gens bien élevés, il a, lui Mexicain, à l'inverse
de certains virtuoses exotiques, rendu hommage à la mu-
sique française en exécutant quatre morceaux de Debussy.
M. Gômez Anda a remporté un gros succès en tout point
mérité. Il a un acquis technique considérable, des dons natu-
rels merveilleux. Si ce tout jeune homme travaille à la façon
dont Edouard Risler a travaillé, je ne dis pas qu'il arrivera
à l'âge mûr à être un Risler, non, — on ne devient pas plus
un Risler qu'on ne devient un Beethoven, un Chopin, un
Schumann ou un Liszt, — mais il sera un très grand virtuose
de son école qui, pour un compositeur, est la seule vraie.
Ed. L.
Concert Madeleine Peltier-M.-Louise Davesne. — Avec
l'orchestre delà Société des Concerts, dirigé avec le plus
grand soin et une rare habileté par le second chef, M. An-
dré Tracol, M Ues Peltier et Davesne ont fait entendre plu-
sieurs œuvres intéressantes, dont deux peu entendues.
M" e Peltier a joué tout d'abord avec une surprenante légè-
reté et une verve étourdissante le Rondo, op. 29, de Men-
delssohn, que je n'avais pas encore entendu. Cette œuvre,
orchestrée à ravir, est du plus pur Mendelssohn, gracieuse,
fine, élégante. Le succès du virtuose a été grand — et plus
grand encore après son interprétation vraiment superbe du
Deuxième Concerto de Liszt, qui a fait impression.
M" e Davesne s'est d'abord fait applaudir longuement dans
la Symphonie espagnole, chef-d'œuvre de Lalo, puis dans
une Légende, œuvre très remarquable de M. Fernand Le
Borne, qu'elle a détaillée avec le plus grand talent. L'accom-
pagnement orchestral — d'une haute difficulté — a été d'une
précision rythmique, d'une justesse et d'une délicatesse
rares et a valu un succès personnel à M. Tracol. P. A.
Concert Marya Freund. — Le second concert de M me Ma-
rya Freund, donné le 16 février, prêta matière à des consi-
dérations d'ordres différents — outre celle que nous
développions dans l'avant-dernier numéro du Ménestrel sur
l'art de cette noble cantatrice. Bornons-nous ici à en indi-
quer schématiquement deux.
En premier lieu, une considération générale et, par les
conséquences qu'il est permis d'en déduire, assez périlleuse
en des temps qui entretiennent une irritabilité toujours
latente. L'auditeur de musique mélodique répond à un cas
psychologique bien décevant. On devine combien est
encore restée en vigueur la conception d'une mélodie-
vocalise, où peu importent la qualité sonore et la valeur
dramatique propres au texte qui éveilla pourtant dans
l'esprit d'un Schubert ces notes et ces harmonies dont
aucune n'est dissociable du rythme et des sonorités obsé-
dantes d'un Gœthe ou d'un Heine. Un enseignement comme
celui de M. Vincent d'Indy subordonne la composition
mélodique à l'accentuation Ionique de la langue et à l'ac-
centuation expressive du poème. Sansallerjusqu'à l'exemple
extrême des Enfantines de Moussorgsky — où le caractère
onomatopéique de presque chaque mot original ajoute un
élément « bruitique » de plus — , il iaut reconnaître que
les lieder chantés dans une langue autre que celle pour
laquelle ils furent conçus deviennent à peu près semblables
à une symphonie dont aurait été partiellement transformée
l'orchestration et détruite l'harmonie des rapports instru-
mentaux. D'où le malentendu auquel M me Marya Freund
dut une interruption tardive, mais d'autant plus vigoureuse
et d'autant plus susceptible d'allumer le courage des faibles
dénués d'opinions personnelles : la pornographie délica-
tement voilée de M. Pierre Louys et de Claude Debussy
eut le don d'apaiser vite ceux qu'avait scandalisés la Muse
tragique de Gœthe et de Schubert...
Une considération d'un tout autre genre nous fut proposé
par l'exécution successive des Lyriques japonais et des
Poèmes de Mallarmé que MM. Slravinsky et Ravel compo-
sèrent pour voix et huit instruments : si l'écriture du
premier est avant tout contrapuntique, celle du second
paraît harmonique; autant l'art de M. Stravinsky répond
sans cesse à l'idée d'éclosement ou de jaillissemnt et donne
à chaque ligne instrumentale une autonomie propre dans
un ensemble bruissant, et en perpétuel renouvellement,
autant l'art de M. Ravel, malgré une science orchestrale
prodigieuse, ressort encore de la géométrie plane du piano
et ne superpose une ligne à une autre que dans un suren-
chérissement d'ornementation; l'un est tout spontané,
l'autre raffiné.
M. Casella dirigea les Poàmesde Mallarmé et les Lyriques
japonais et tint à la fois la partie de piano avec une
adresse rare. M me Marya Freund commença son concert
par deux mélodies caractéristiques de la première manière
de M. Stravinsky (Rosjanka, Printemps au monastère) et
termina par les Histoires naturelles et une pièce de Shéhé-
razade qu'accompagna l'auteur (rendant ainsi par son
concours hommage aux deux artistes qui avaient coopéré
au Festival Ravel donné à Vienne l'automne dernier).
A. S.
Concert Contran Arcouët. — A ce récital du 21 février,
plusieurs, sans doute, avaient été attirés par le désir de
compléter une vive impression, qu'ils avaient éprouvée la
veille. Le dimanche 20, en effet, M. Gontran Arcouët avait,
dans les Djinns de César Franck, associé son jeu ample et
ardent à l'orchestre dont M. Chevillard, par sa puissance
évocatrice, tout ensemble unifiait et multipliait les voix.
Ceux qu'une telle curiosité appelait durent ressentir quelque
étonnement. Certaines qualités d'interprétation auxquelles
ne s'était point prêté le poème symphonique de Franck
apparaissaient. En revanche, certaines autres, qui s'y étaient
épanouies, restaient désormais dans la pénombre. M. Ar-
couët sera pleinement un grand pianiste quand se rejoin-
dront et se concentreront les forces qu'éveillent en lui
successivement le sentiment de l'accord avec d'autres
volontés et la conscience de la solitude.
Ce qui rend certaine cette future concentration, c'est que
de part et d'autre se déploie une même faculté dominante
l'aptitude à distinguer, dans les diverses parties d'une
œuvre musicale, l'élément poétique. Ade nombreuxpassages
du Nocturne en mi majeur, de la Berceuse, de la Troisième
et de la Quatrième Ballades de Chopin, M. Arcouët sut
donner ainsi une constante valeur de rêve. Aucun lien,
presque, ne subsistait entre les lignes mélodiques et quelque
prétexte extérieur. Autour des notes errait une atmosphère
subtilisée. Que manquait-il donc pour que nulle objection
ne fût possible? Uniquement, peut-être, entre ces «moments»
successifs, la perception d'une assez ferme continuité. II y
a dans la durée elle-même quelque chose de contraignant,
qui communique à certains esprits, et parfois aux plus sen-
sibles, une sorte de crainte malaisément surmontée. Dès
lors, ils ne l'affrontent pas directement, mais la morcellent.
Et c'est ainsi que des deux rythmes qui se supperposent en
toute grande œuvre, — l'un par lequel se manifeste le caractère
spécial du chœur des instants traversés, — l'autre qui
transcrit, sans nulle interruption, la pulsation régulière et
comme la constance vitale de l'ensemble, — M. Arcouët
LE • MENESTREL
traduit subtilement le premier, mais trop souvent hésite en
présence du second. Cette inégalité fut particulièrement
perceptible dans Prélude, Choral et Fugue de Franck et
dans la conclusion des Études Symphoniques de Schumann.
Mais la réserve qu'elle contraint de formuler ne doit point
obscurcir les éloges que suscite le talent très ample d'un
pianiste profondément doué. J- B.
Concert de M me Ciertrude Van Vladeracken (22 février).
— M me Van Vladeracken, qu'accompagne au piano son
mari, M. Jean Portenaer, s'est donné mission de faire
revivre l'ancienne musique populaire. Revêtant différents
costumes, pittoresquement dessinés par son époux, elle
apparaît successivement sous les habits d'une Hollandaise,
d'une Française, d'une Ecossaise et d'une Anglaise, chantant
des cantiques médiévsux, des Noëls, des rondes, le tout fort
bien choisi, et chanté avec goût, avec verve et avec émo-
tion. C'est un très joli spectacle, et les yeux ne sont pas
moins satisfaits que les oreilles.
Notre contrée bénéficia d'un Noël harmonisé par Wecker-
lin, de Verduronette, chanson du xvn° siècle, de la célèbre
Chanson Lorraine dans laquelle vibrent si allègrement les
sabots. Les Iles Britanniques ne furent pas moins bien ser-
vies avec le premier refrain des Campbells auquel se rat-
tache un héroïque épisode de la vie de Marie Stuart, et la
non moins renommée élégie de Barbara Allen. Enfin la
Hollande nous sourit avec le Chant des Paysans et la
légende des Jeunes Filles légères de Kieldrecht. Un auditoire
sympathique fit légitimement fête à l'aimable cantatrice.
R. B.
Concert de musique anglaise (Salle Pleyel, 25 février). —
Seuls, deux compositeurs non britanniques y figurèrent :
Mozart, avec un air d'Idoménée, et Logroscino, ce maître
que nous connaissons si peu et que pourtant l'admiration
que lui vouèrent Léo et Pergolèse devrait suffire à recom-
mander à notre attention. Les maîtres d'autrefois étaient
Purcell, à qui nous aurions désiré une plus large place,
Henry Lawes, qu'admirait Milton, et une charmante ano-
nyme du xvii e siècle. La plus grande partie du programme
était réservée aux contemporains. Une Sonate pour piano
de M. John Ireland contient de rares idées se diluant sans
fin en une averse de notes grisâtres. M. Frank Bridge
imite de son mieux Debussy, et arrive sans grande peine à
réussir son ce à la manière de... ». Toutefois, il faut tirer de
pair un impromptu, Fireflies, qui est un élincelant joyau.
Différentes compositions de MM. Cyril Scott, Vaughan
Williams, Eugène Goossens, Armstrong Gibbs, Gérard
Williams, Joseph Holbrooke, Herbert Howels, Albert
Mallinson et Arthur Bliss nous permirent d'apprécier chez
leurs auteurs de bonnes études et de louables intentions,
parfois réalisées.
Miss Gladys Moger est une lort intelligente cantatrice.
Sa voix chaude et sympathique, sa prestance élégante, ses
gestes heureux furent extrêmement goûtés. On eût cepen-
dant souhaité une plus parfaite justesse d'intonation.
M. Lloyd Powell, de son côté, se montra très habile
pianiste. Sans effets inutiles, sans abus de sonorité, il sut
expressivement traduire le choix très varié des œuvres
qu'il présentait au public. R. B.
La Chanson tzigane. — Depuis que les Bolchcvistes ont
chassé de Russie toute joie et tout bien-être, Paris accueille,
comme il convient, les fugitifs et il y gagne de connaîtra
ainsi toute une série de petites choses curieuses qu'il eût
sans doute ignoré longtemps.
M mc Anna Schischkina nous initiait samedi dernier au
charme de la chanson tzigane. Celle-ci est d'un caractère
tout particulier. Elle n'a point la sauvagerie des mélodies
populaires russes ; très musicale, elle a conserve de ses
origines indo-aryennes une sorte de fatalisme résigné et
insouciant qui s'exprime parun mélange de tristesse atténuée
et de gaieté chercheuse d'oubli. M"" ! Schischkina, d'une
voix très émouvante et de timbre rare, a évoqué la poésie
spontanée de ce peuple lointain, autrefois comme aujour-
d'hui chassé de pays en pays par le hasard des révolutions
ou des persécutions. La destinée de cette race semble
pareille à celle du peuple juif; mais, égaillée dans le monde
entier, au lieu de se faire fourmi, elle devint cigale
A côté de M" ,e Schischkina, MM. Leonardi et Vassilieff,
M raes Egoroff, Karpoff, A. Grews et Sergheef chantèrent
et dansèrent pour notre plus grand agrément et justifièrent
l'enthousiasme que manifesta un public ami et initié.
Cette troupe va, parait- il, partir pour l'Angleterre et
l'Amérique. Elle y rencontrera la même faveur car elle
apporte quelque chose d'original. P. de L.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Avignon. — Ninon de Lenclos vient d'obtenir à Avignon
un gros succès. Nous y reviendrons.
Béziers. — Pour la reprise de ses séances, interrompues
depuis la guerre, la Société littéraire et artistique donna
le dimanche 20 février, à l'Hôtel de Ville, une conférence
avec auditions.
Le conférencier, M. Jules Milhau, fondateur et cher
d'orchestre de la Chambre musicale, traita de l'Evolution
de la Musique. Sa conférence était illustrée d'exemples
allant des œuvres de Chopin à celles de Debussy, Duparc
et Fauré.
A côté d'artistes aux dons servis par une science sûre,
tels que M me Serres, professeur de chant, M. Coste et
M me Donnadieu, se trouvaient des amateurs d'infiniment
de goût, comme M lle Paget et M. Laurent.
Les chœurs montrèrent leur suavité et leur magnificence
sous la baguette de M. Audirac, maître de chapelle de la
Madeleine, dont l'organiste, M. Rozier, tenait le piano
d'accompagnement quand M. Milhau était à l'harmonium.
L'auditoire, enthousiaste, ovationna conférencier et exé-
cutants. J. B.
Bordeaux. — Jamais, peut-être, de mémoire de mélomane
bordelais, les amateurs n'eurent l'occasion d'assister à un
raz musical aussi prodigieux que celui qui déferla sur les
scènes et dans les salles durant la période s'étendant entre
le 19 et le 26 février.
Pendant ces huit jours, quatre concerts importants et un
nombre égal de représentations intéressantes sollicitèrent
les auditeurs... et les critiques.
On conçoit que, même pour passer une revue rapide de
ces manifestations, il faut avoir recours pour s'y reconnaître
à l'ordre chronologique.
— Le samedi 19, la Société de Sainte-Cécile offrait son
septième concert. M. Crocé-Spinelli l'avait fort judicieuse-
ment dosé de sévère et de plaisant. Sous sa direction l'or-
chestre fit merveille dans la Symphonie en ut majeur de
Mozart, le Deuxième Concerto brandebourgeois de J .-S. Bach
(MM. Arthur, Charles Fcillou, Edmond Dufouret Laborie.
quatuor prépondérant, y remportèrent un beau succès per-
sonnel), la Grande Pdque russe de Rimsky-Korsakow et
la Chevauchée des Walkyries. Une cantatrice au style très
pur, M m0 Suzanne Balguerie, se fil justement applaudir dans
des pages de Gluck, Duparc, Franck, Ravel et Samazeuilh,
interprétées avec une sensible musicalité.
— Dimanche 20, troisième concert de « La Musique de
Chambre » dédié à Ernest Chausson et Gustave Samazeuilh.
En disciple fervent, le second parla pieusement du premier.
M""; Rosoor, MM. Rosoor et Arthur, M" 1, Tatiana de Zan-
zewitch, excellente pianiste prodige, et M me Suzanne Bal-
guerie, déjà appréciée la veille à Sainte Cécile », unirent
leur talent pour nous faire goûter les œuvres des deux
compositeurs inscrits au programme.
LE • MENESTREL
— Mardi 22, au Grand-Théâtre, M lle Alice Raveau, l'inou-
bliable interprète de Gluck, chante Charlotte de Werther,
et jeudi 24 recueille l'unanimité des bravos dans Orphée,
son rôle de prédilection.
— Vendredi 25, le Théâtre des Bouffes nous offre une
soirée exquise. On joue pour la première iois la Fille de
Figaro, un opéra-comique-opérette où le regretté Xavier
Leroux se révèle savoureux d'esprit, de malice et d'humour.
M. Caruso, M" cs Lucy Raymond, Sylvestre, MM. Gamy,
Ghambon, M m " Jane Lacoste, Marcelly et Lejeune,
M. Brouillac et l'orchestre assurent le succès de ce même
chet-d'œuvre de joie musicale.
— Samedi 26, tandis que M. Trespaillé-Barreau honorait
à l'Olympia Beethoven, Chopin, Bach, Saint-Saëns, Rach-
maninoff, avec la précieuse collaboration de M mc Capon-
sachi-Jeisler et de M. Joseph Thibaud, M. Crocé-Spinelli,
à Sainte-Cécile, rendait hommage à César Franck en lui
consacrant tout son programme.
La Symphonie en ré mineur, le Chasseur maudit, deux
chœurs pour voix de femmes et Rédemption valurent à l'or-
chestre, au groupe choral féminin, et à M. Crocé-Spinelli,
chef valeureux et musicien de race, de flatteuses ovations.
M" c Lucie Calîaret collaborait à cette matinée. Celte char-
mante virtuose du clavier, revue et entendue avec plaisir, a
fait encore applaudir son éblouissante technique et le charme
de ses nuances et de sa sonorité.
— Pour clôturer cette semaine bien remplie et finir une
journée où la cause musicale avait été dignement servie, le
Grand-Théâtre reprenait en soirée le Trouvère. Ce fut le
feu d'artifice qui couronne toute fête un peu longue. Après
les divertissements un peu austères de l'après-midi, on eut
comme une sorte de joie, pas très raffinée, évidemment, à
assister à celte orgie vocale. La musique brille un peu par
son absence dans l'œuvre de Verdi. Le public n'en eut que
plus de loisir pour écouter les chanteurs : M. Morisson,
ténor ardent; M I,B Conies, MM. Carrie, Galinier et
M mc Monlazel el applaudir leur vaillance.
Henri Boularé.
Dijon. — Très belle représentation de Cléopâtre à Dijon.
M llc Delécluze, de l'Opéra-Comiquc, spécialement engagée,
a magnifiquement évoqué le personnage de la reine
d'Egypte. Trois représentations ont été données devant des
salles enthousiastes.
Lyon. — L'accueil que réserva le public lyonnais au
maître Vincent d'Indy fit la preuve que si l'enthousiasme
n'est pas ici chose fréquente, il sait du moins se déchaîner
à propos. L'illustre musicien était venu faire, aux Petits
Concerts, devant un auditoire attemif et nombreux, une
causerie sur Emmanuel Chabrier. Et ce fut un paradoxe
amusant que d'entendre l'éloge admiratifde l'auteur humo-
ristique delà Ballade des Gros Dindons par lepèredeFei'vaal.
Dans les intervalles de la causerie, le maître interpréta
lui-même au piano quelques-unes des œuvres de Chabrier,
tantôt seul, tantôt avec l'excellent violoniste, M. Trillat.
M me de Lestang chanta avec beaucoup de finesse la
Ballade des Cochons roses, la Villanelle des Petits Canards et
la Ballade des Gros Dindons.
A la sortie du Conservatoire, le maître se rendit à la
Salle Rameau, où M. Witkowski donnait un concert
populaire au programme duquel figurait sa Deuxième
Symphonie. Le compositeur y recueillit une ovation aussi
chaleureuse que celle dont avaient bénéficié un moment plus
tôt l'exécutant, le conférencier. Bach, Beethoven et Wagner
complétaient la soirée.
— Quelques jours plus tard, les Grands Concerts offraient
à leurs habitués fidèles un menu copieux où figuraient
trois grandes œuvres symphoniques et quelques mélodies
avec orchestre. La Quatrième Symphonie de Beethoven
fut suivie des Paysages franciscains de Gabriel Pierné,
pages limpides et claires, peut-être un peu monotones, et
des trois tableaux lumineux de Claude Debussy, la Mer.
On applaudit en outre la Voie lactée de M. Sérieyx, et
surtout la Forêt de M. André Caplet, mélodie d'un lyrisme
profond et d'une émotion vibrante.
— M. Monlcharmont nous donna, au cours de cette
dernière quinzaine, deux magnifiques spectacles d'art au
Grand-Théâtre. Les Ballets russes retrouvèrent le triomphal
succès qui les avaient accueillis, il y a quelques années,
lorsque l'Association de la Presse lyonnaise les avait
révélés pour la première fois dans notre ville. Les spec-
tateurs, d'ailleurs les moins nombreux, qui ne vinrent pas
pour le seul plaisir des yeux, regrettèrent qu'un orchestre
réellement trop insuffisant ne leur eût pas permis d'ap-
plaudir les belles pages de Rimsky-Korsakoff, de Stra-
vinsky, de Ravel, de Schmitt ou de Falla, dont s'accom-
pagne la merveilleuse gymnastique rythmique des danseuses
et des danseurs.
On réentendit également avec un plaisir extrême les
admirables chœurs ukrainiens, qui composent le plus
parfait, le plus prodigieux orchestre vocal qu'il soit pos-
sible d'imaginer. Le programme était, à peu de chose
près, celui que nous avions entendu déjà il y a un an,
échantillons étrangement curieux de la musique populaire
de l'Ukraine, que suivit la Marseillaise, chantée sur un
rythme lent et grave d'hymne religieuse.
— Aux Célestins, Offenbach et sa Vie Parisienne ont
remplacé Louis Ganne et son Hans, le joueur de flûte. Ces
deux œuvres et les deux auteurs obtinrent un égal succès.
L'opérette garde ses fidèles, qu'effraie un peu la pure
musique symphonique.
— L'Association de la Presse quotidienne lyonnaise
annonce pour sa fête annuelle, qui aura lieu le 8 mars, une
audition des Concerts du Conservatoire. B. C.
Marseille. — La Rôtisserie de la Reine Pédauque. —
Création à Marseille... Mais c'est aussi « création en pro-
vince » qu'il faut dire, et cette circonstance augmente l'in-
térêt de cette grande première. C'est pourquoi je veux
débuter par rendre hommage aux efforts de MM. Louis Boyer
el Crémieux, les actifs directeurs des Variétés, qui
compensent un peu l'absence de notre Opéra, en nous don-
ainsi de grandes solennités musicales, admirablement pré-
parées.
Ceci dit, je me permettrai de donner exactement mon
opinion sur l'œuvre, qui me paraît une « erreur ». Elle a
de très grandes qualités et serait très intéressante... s'il
n'y avait pas le livre d'Anatole France! Mais voilà : il y a
le livre d'Anatole France'! et alors, que voulez-vous? la
comparaison s'impose inévitablement à l'esprit, et on est
bien obligé de dire que tout ce qui fait le charme du livre
est absent de la pièce...
La Rôtisserie de la Reine Pédauque est un roman déli-
cieux, mais c'est un roman philosophique. Or, la musique
vit d'action, ou de psychologie et de sentiment; elle ne peut
pas se nourrir de paradoxes et de philosophie.
Ceci dit, on comprendra comment je qualifie d'« erreur »
cette œuvre musicale, malgré ses incontestables qualités.
Ces réserves faites, on peut louer l'œuvre, qui le mérite.
Autant que c'était possible, M. Charles Levadé a créé l'am-
biance propre à la pièce. Traitée un peu dans le mode
wagnérien, mais avec plus de simplicité, la partition est
d'une technique impeccable. Elle abonde en récitatifs, sou-
lignés par une orchestration originale, précise et évocatrice.
Elle fait aussi une très large part à la mélodie, qui se pré-
sente avec élégance, et dans une jolie note un peu surannée. '
Les passages les plus applaudis, il faut le signaler, ont
été, au premier acte, l'air de Jacques; au deuxième, la mé-
lancolique phrase : « Lorsque le soir tombe »; au qua-
trième, la mort de Jérôme Coignard.
L'interprétalion fut parfaite.
M. Vigneau incarnait Jérôme Coignard qui, malgré tout,
reste, dans la pièce, le personnage central. Il y a apporté
un beau talent de comédien, avec de la verve, de la fan-
taisie et une truculence sagement mesurée. Sa voix colorée,
large et vibrante a produit une grande impression.
M me Jenny Syril jouait Catherine, avec aisance, et a
LE* MENESTREL
chanté son rôle avec expression. M ]nc Rose Elsie, joliment
émue, et avec une voix claire, incarnait Jahel.
Citons encore M m0 Caron (Jeannette), M m - Sauveur
(M mc Ménétrier), M. de Creus (Chevalier d'Anquetil),
M. Vaurs (Frère Ange), M. Barthe (Ménétrier), M.Tirmont
(Jacques), M. Berthaud (la Guéritaude) et M. Billot qui
campa une belle silhouette du magicien d'Astarac.
Et l'orchestre! toujours admirablement dirigé par M. Rey,
et qui fournit un travail dont on peut se rendre compte,
quand on sait que les Variétés jouent dix fois par semaine.
Emile de Vireuil.
Nîmes. — L'Opéra Municipal a donné avec une réussite
complète Ninon de Lcnclos, l'œuvre de Louis Maingueneau.
Le public en a apprécié la délicate musicalité, l'inspiration
si fraîche et la science qui s'y affirme à chaque tableau.
Sans être révolutionnaire, la musique de M. Maingueneau
utilise les recherches modernes qu'elle sait plier aux règles
anciennes qui restent encore les meilleurs guides.
M. Crémieux, le directeur de l'Opéra Municipal, avait
monté la pièce avec grand soin. Les deux rôles principaux,
celui de Ninon et celui de Villiers, ont été admirablement
tenus par M llc Marie Tissier et par M. David.
Dans les rôles de moindre importance, M""'' Vallée Stach,
Suzy Després, Mary Allex, Norbert et Guillaumont,
MM. Massonnat, Girard, Audiger et Compan.
La mise en scène, très soignée, fait le plus grand honneur
à M. Galas et l'orchestre et les chœurs, sous la direction de
M. Sonnier, firent merveille.
L'œuvre obtint un tel succès à la première que le
directeur décida d'en donner deux autres représentations.
Rennes. — Matinée Mendels. Au Cinéma-Pathé fort inté-
ressant programme organisé par le jeune et talentueux vir-
tuose violoniste Emile Mendels qui s'était assuré le con-
cours du compositeur Léon Moreau et de la chanteuse
Claire Galeron. Léon Moreau n'est pas seulement le prix
de Rome que l'on connaît, il est aussi le merveilleux pia-
niste pour qui Chopin et Liszt n'ont plus de secret. Quant
à Emile Mendels, son jeu élégant, son style impeccable,
son aisance à se jouer des difficultés se sont retrouvés
dans la belle interprétation de Deux Pièces de d'Ambrosio,
une Romance en si bémol de Gabriel Fauré cl Pastorale de
Léon Moreau accompagnés à ravir par ce dernier qui
trouva en Claire Galeron l'interprète idéale de trois mélo-
dies bien venues et très prenantes, surtout grftcc à l'organe
enchanteur de la délicieuse artiste.
Il est bon d'associer a ce trio fameux M llc " Lesné, Maro
et M. Bénard pour la belle exécution d'un Quintette pour
piano, deux violons, alto et violoncelle de Schumann.
Cette audition aurait dû attirer tout Rennes au Cinéma,
car il n'est pas donné tous les jours aux Rennais d'entendre
des virtuoses comme Mendels et Léon Moreau. Espérons
que nous les reverrons et qu'il n'y aura pas ce jour-là
d'abstentionnistes.
Théâtre. — Après le succès de Gismonda, la belle œuvre
d'Henry Février qui fait son tour de France, après le suc-
cès... facile de Phi-Phi, l'opérette à la mode, la direction
a monté Louise de son mieux, qui valut un triomphe, jus-
tifié, à M' ls M. Carmel, puis la Navarraise du maître Mas-
senct, œuvre où la mélodie est abondante comme dans
toutes les partitions de cet enchanteur. M llc Souveryn
triompha dans cet ouvrage qui, espérons-le, aura encore
de beaux soirs sur notre scène municipale.
L'orchestre, sous la direction de M. Subtil, fut parfait.
G. P.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
Voici l'œuvre d'un jeune, aussi agréable compositeur que bril-
lant professeur. Non abonnés trouveront à la fois agrément ut
prolit a jouer ce charmant Madrigal.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ALLEMAGNE
On annonce la mort de M. Oscar von Haase, ancien
directeur de la maison d'édition Breitkopf et Hiirtel.
— Le Théâtre Municipal de Dresde a donné, le 24 janvier,
la première représentation à'Ikdar, opéra en trois actes de
M. Gustave Mzaczek, musique de M. Guido Gluck.
— En Haute-Silésie, où l'on sait qu'un plébiscite doit
avoir lieu le 20 mars prochain, pour décider de l'attribution
de cette province à l'Allemagne ou à la Pologne, la propa-
gande allemande a multiplié, depuis un an, les manifes-
tations musicales, non seulement au moyen des ressources
locales, mais avec le secours des orchestres et théâtres de
Berlin, de Breslau, de Beuthen, de Meiringen, de Vienne,
etc.
Paris n'étant soumis, Dieu merci, à aucun plébiscite,
notre Chambre n'a pas cru devoir accorder à M. Rouché
les 700.000 francs promis par le précédent Ministère...
— L'Opéra de Weimar vient, à son tour, de donner les
Stigmatisés, de M. Franz Schreker.
— Le Conseil municipal de Dresde a accordé une sub-
vention de 75.000 marks à la « Semaine » musicale de Dresde,
où l'on doit entendre, durant la semaine de Pâques, la
Passion selon Saint Mathieu, la Neuvième Symphonie de
Beethoven, la Huitième Symphonie de Gustave Mahler,
Parsifal et un opéra de Mozart.
Mais la Chambre — la nôtre — refuse 700.000 francs...
(Voir plus haut.)
— Le neuvième « festival allemand Bach » aura lieu du 3
au 7 juin prochain à Hambourg.
— A Cologne aura lieu, du 7 au 10 juin, le premier con-
cours des Sociétés chorales allemandes d'hommes.
— La Diète de Saxe-Meiningen vient de décider l'achat
par l'État de l'ancien théâtre de la Cour, de Meiningen,
pour la somme de 2.000.000 de marks. L'Etat de Saxe-
Meiningen compte environ 3oo.ooo habitants et sa capitale
une vingtaine de mille.
A Paris (3. 000.000 d'habitants), capitale de la France
(40.000.000 d'habitants), la Chambre a refusé à l'Opéra...
(Voir plus haut.) Jean Chantavoine.
ANGLETERRE
A l'jEolian Hall, concerts à deux pianos, où M" ra Mar-
joric Truelove et Gladys Pullick ont exécuté des œuvres
de Franck, Ravel, Chopin et Debussy.
Elles s'y sont livrées ensuite au petit jeu d'improviser sur
un thème quelconque fourni par l'auditoire.
— A l'une des réceptions du Music Club, exécution
d'œuvres diverses de compositeurs anglais. M" 10 Anne
Thursfield y chanta, d'autre part, une série d'anciennes
chansons françaises harmonisées par Arnold Bax.
— Busoni retrouve en Angleterre les mêmes triomphes
que l'an dernier.
— Déception à Dublin. On y espérait le fameux ténor
Mac Cormack, irlandais d'origine. Mac Cormack n'y viendra
pas, retenu par Monte-Carlo, où il chante cette saison la
Flûte enchantée. Le bruit court dans la presse anglaise que
ce grand artiste songerait à quitter, en plein talent, la
scène et l'estrade, afin d'y laisser une intacte réputation.
Cette retraite, d'un avis unanime, paraîtrait singulièrement
prématurée.
— Une nouvelle publication musicale. La Fédération
of British Music Industrie vient de fonder un journal
d'information.
— Les Pays-Bas n'ont plus le monopole de la fabrication
des belles cloches. Les meilleurs jeux de carillons, les plus
justes, les mieux accordés sont fondus maintenant en
Angleterre, à la fonderie Tnylor, de Loughborough, dont
les Pays-Bas sont même devenus tributaires. Quatre villes
de Hollande, parmi lesquelles Amsterdam, ont des carillons
venus de cette fonderie. Maurice Lena.
LE • MENESTREL
BELGIQUE
Pour la première fois depuis la guerre, on a exécuté
dimanche, à Bruxelles, du Wagner! Le Prélude et l'En-
chantement du Vendredi-Saint de Parsifal, la Mort d'Yseult
et l'Ouverture de Tannhàuser étaient inscrits au programme
du troisième concert du Conservatoire. L'exécution,
dirigée par M. Léon Du Bois, en a été excellente, et
l'accueil que le public leur a fait a été chaleureux, sans
excès. Chose curieuse, si la Mort d'Yseult a paru toujours
émouvante, Parsifal et Tannhàuser ont donné générale-
ment une impression de défraîchi, de déjà vieilli... Peut-
être la raison en est-elle qu'avant Sa guerre nous avions
été saturés de Wagner et que plus aucune surprise, dès
lors, ne nous attendait. Et peut-être aussi nos oreilles se
sont-elles habituées depuis deux ans à tant de musique
nouvelle, d'un extrême raffinement, que la simplicité du
répertoire wagnérien ne suffit plus à satisfaire leur avidité.
Je laisse à de plus pénétrants esthètes le soin de trancher
la question.
Dans le même concert, M. Du Bois nous a rendu la belle
symphonie d'Ernest Chausson et son Poème de l'Amour et
de la Mort, que M llc Lina Gelly a chanté avec un sentiment
exquis. Très vif succès.
— Les Concerts-Ysaye poursuivent la réalisation du fes-
tival Beethoven qu'ils ont entrepris courageusement dans
la salle Patria, défectueuse à bien des points de vue. Le
quatrième programme comprenait les Symphonies n m 7 et
S; M. Van der Sluclcen y a mis tout le soin et toute l'intel-
ligence qu'on attendait de sa direction sobre et expérimen-
tée; et M mc Balguerie a chanté remarquablement l'air de
Fidelio. Pour le prochain concert, on annonce la Neuvième
avec chœurs et la Fantaisie chorale, avec M. Amour au
piano.
— L'École de Musique de Sainl-Josse-ten-noode-Schaer-
beck, dont la réputation comme école de chant individuel et
choral est depuis longtemps consacrée, nous a donné, pour
son concert annuel de distribution des prix, la Croisade
des Enfants de M. Gabriel Pierné. La première partie avait
été entendue, il y a quelques années, à cette même École;
mais elle ne l'avait jamais été entièrement à Bruxelles.
L'œuvre a produit une impression profonde et a été accla-
mée avec enthousiasme, — ce à quoi l'interprétation y a
largement et dignement contribué. Les quatre cents voix
d'hommes, de femmes et d'enfants dont dispose l'Ecole y
ont apporté une chaleur, une justesse, un rythme, une
verve sans pareils. M. François Rasse, qui a mené cette
œuvre admirable et charmante à la victoire, a droit aux
plus sincères éloges.
Une série de petits concerts sont à signaler pour l'intérêt
qu'ils ont présenté : celui qui a été consacré par la Société
des Concerts français à l'œuvre de M. Florent Schmitl
(son Quintette et des mélodies chantées par M mc Houben) ;
celui de M" 10 Marthe Cornélis, une chanteuse légère abso-
lument remarquable, une véritable révélation; celui de
M. Casella (les mêmes œuvres qui furent entendues récem-
ment à Paris); celui de M" Berthe Bernard, une aimable
pianiste, élève du maître Arthur de Greef; celui de
M. Vilain, un de nos meilleurs organistes, au Conserva-
toire... J'en passe, mais non des meilleurs.
Lucien Soi.vay.
HOLLANDE
La troupe d'opéra italien, qui donne en ce moment
des représentations à Amsterdam, y a joué le Faust de
Gounod.
— Après s'être fait entendre en compagnie de l'éminent
violoniste Lucien Capet, le pianiste Paul Loyonnet a donné
un récital à Amsterdam le 1 e1 ' mars.
— L'association chorale « Cecilia'», de La Haye, célébrera,
le 15 mai, le 90" anniversaire de sa fondation, qui tombait
le 17 février dernier.
— L'Opéra National hollandais donnera trois représen-
tation de Tristan et Isolde au théâtre des Champs-Elysées
dans le courant du mois prochain.
— Un Comité de musiciens appartenant à l'orchestre du
Concertgebouw, d'Amsterdam, a adressé au Conseil muni-
cipal d'Amsterdam et à la Reine une requête à l'effet de
participer à la direction de l'entreprise.
Jean Chantavoine.
{TA LIE
Rome. — Aux concerts de l'« Augusteum », le pianiste
Edoardo Calli s'est fait entendre dans le Concerto de
Tschaïkowsky, deux pièces de Brahms, deux préludes et
la Polonaise en la bémol de Chopin. Le succès du virtuose
s'est ressenti du choix de son Concerto, œuvre médiocre
que la critique juge sévèrement.
Une œuvre nouvelle était inscrite au programme : Varia-
jioni Sinfnniche du maestro Ezio Carobella, jeune compo-
siteur romain dont l'œuvre fut accueillie avec une grande
sympathie et très favorablement commentée. Le maestro
Molinari conduisait.
Milan. — Le quatuor Zimmer de Bruxelles a donné
un intéressant concert au Conservatoire. Œuvres de Beetho-
ven, Glazounow, Schubert.
— Les sœurs Paganini, Andreina et Giuseppina, descen-
dantes du' grand Nicolo, l'une pianiste, l'autre violoniste,
ont donné, dans la même salle du Conservatoire, un
concert très applaudi; Grieg, Corelli, Chopin, et un Con-
certo inédit de Paganini composaient le programme.
Florence. — L'orchestre de 1' « Augusteum » s'est fait
entendre à Florence sur l'initiative des « Amici délia
Musica». De véritables acclamations ont accueilli Morte e
Transfigurapone de Strauss, l'Ouverture de Tannhàuser,
l'Apprenti sorcier de Dukas, le Fontane di Roma de Res-
pighi, exécutés remarquablement par l'excellent orchestre
que dirigeait son éminent chef Bernardino Molinari.
Naples. — Représentation sensationnelle de Parsifal au
« San Carlo ».
La Weidt, du Théâtre Impérial de Vienne, chantait
le rôle de Kundry, parmi des artistes tels que Franci, Tirci-
Rubini, Tomarchio, Zuccarelli, etc. L'orchestre sous la
direction éminente de Weingartner.
— La presse musicale italienne l'ait l'éloge du maestro
Luigi Mancinelli, violoncelliste, chef d'orchestre, directeur
du Conservatoire de Bologne et compositeur de nombreux
opéras, dont un encore inédit : Sogno di una nolte d'estate.
G.-L. Garnier.
SUISSE
Genève. — Le Neuvième Concert de l'Orchestre Romand.
— Ce fut l'une des meilleures séances de la saison. Une
place importante était faite à notre concitoyen Ernest
Bloch, dont M. Ansermet dirigea le diptyque sympho-
nique.
Hiver-Printemps et le Schelomo pour violoncelle et
orchestre. La première de ces partitions date de 1904; la
seconde de 1916. De l'une à l'autre il y a la distance d'un
musicien qui se cherche encore à un artiste qui a trouvé sa
voie et qui, maître désormais de sa pensée et de sa tech-
nique, révèle une personnalité exlraordinairement puis-
sante. Ce sont là deux épisodes de sa vie d'adolescent où
l'on retrouve toute la sensibilité, toute la fraîcheur de
sentiment dont il donnait alors tant de preuves et qui font
si attachantes certaines pages de sa Symphonie en ut dièse
mineur, presque contemporaine de ces deux tableaux.
M. Hekking avait dans Schelomo une partie d'une impor-
tance extrême. Il s'en est acquitté avec l'autorité splendide
qu'on lui connaît. Le concert avait débuté par la Troi-
sième Symphonie de Schumann, la plus mal instrumentée,
je crois, des quatre dues à ce maître, et avec le Concerto de
violoncelle du même auteur, dont M. Hekking donna une
interprétation magistrale.
Tout ce programme fut excellemment dirigé par M. An-
sermet et joué par l'orchestre.
— Le Onzième Concert symphonique populaire. —
M. Closset s'affirme de plus en plus directeur sûr, ferme.
LE • MENESTREL
L'Ouverture de Léonore (n° 3) de Beethoven ouvrait la
séance dans un style clair et une parfaite précision. Le
Concerto pour basson et orchestre de Mozart valut uu
succès justifié à M. Dutro. La Symphonie en sol mineur,
de Mozart, est en tous points ravissante. Excellente inter-
prétation, alerte et vivante. Le menuet, cependant, aurait
pu être plus léger. Le Scherzo de Chaix fut redonné avec
raison. C'est une œuvre solide, savante, d'une magnifique
allure et très pittoresque, avec son rythme alternant. Enfin,
l'ouverture du Roi d'Ys, de Lalo, malgré qu'elle soit
d'une école bien plus ancienne, est une des très belles et
très nobles pages de la musique française.
— Le Concert de M me Panthès. — Depuis plusieurs
années, M me Panthès ne s'était pas produite à Genève.
Pour son concert, M me Panthès avait choisi un certain
nombre de pages classiques, parmi lesquelles la Sonate en
la mineur, op. 143, de Schubert, qui date, — croit-on — ,
des ultimes années du maître. Au début de la séance, nous
entendîmes trois Préludes et Fugues du Clavecin bien
tempéré, dont quelques-uns ont semblé pris dans un
mouvement un peu rapide; puis la Sonate en ré de Haydn,
celle en la mineur de Mozart, où quelques passages furent
un peu trop accentués, mais dont l'andante tut dit avec un
charme émouvant. Et le programme fut clos par la Sonate,
op. 57, de Beethoven, dont l'accent passionné et dramatique
fut pleinement mis en lumière. M me Panthès nous a con-
vaincu qu'elle était demeurée la grande interprète, l'artiste
à l'esprit enthousiaste et généreux dont Genève a gardé
l'impérissable souvenir. Geo. A. Gogniat.
ÉTATS-UNÏS
Au Metropolitan le grand succès de Lucrezia Bori s'est
confirmé dans une représentation de l'Amore dei tre Re.
Reprise, à ce théâtre, de Lohengrin, en anglais.
Au Manhattan, d'autre part, première à New-York de
Jacquerie, donné précédemment à Chicago. Cet opéra de
Marinuzzi rencontra dans la presse new-yorkaise les plus
contradictoires appréciations. Il semble bien qu'il relève,
au total, de Stravinsky, Debussy, et de la nouvelle école
italienne.
Au Manhattan, également, représentation de Thaïs, devant
une salle comble, avec Mary Garden et Dufranne.
— Au Carnegie Hall de New-York, exécution par la
jeune pianiste EUen Ballon et l'Orchestre Philharmonique
du Concerto en ut mineur de Saint-Saëns.
— La tournée que Toscanini et son orchestre lont en
ce moment à travers les états de l'Union et le Canada suit
un long itinéraire dont voici les principaux jalons : Mont-
réal, Toronto, BufTalo, Rochester, Cleveiand, Détroit, Cin-
cinnati, Saint-Louis, Chicago, Milwaukee, Minneapolis.
Des Moines, Kansas City, Pittsburgh, Philadelphie. Ils
rentreront à New-York le 6 mars.
— Quand la Boston Symphony se mit en grève, au prin-
temps if)20, nous avons relaté que les dissidents formèrent
alors une société nouvelle. Elle a pris le nom de Boston
Peoplc's Symphony. Son orchestre, excellent, paraît-il,
dirigé par Emil Mollenhauer, compte 60 exécutants.
Le prix des places est uniforme et populaire : 5o sous.
— Mary Garden se proposerait de monter à Chicago
Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas, ['Orphée de Gluck
et le nouvel opéra de Prokofieff.
— La « Société des Chanteurs Américains » va commen-
cer en octobre une tournée d'opéra dans soixante villes de
l'Union et dans plusieurs villes du Canada.
— A Boston :
Récital Thibaud-Cortot. Au programme : Franck, Lalo,
Dvorak, Saint-Saëns, Chopin, Debussy, Albeniz. Public
enthousiaste ; l'un des événements, à Boston, de la saison
musicale.
Concert où Cyril Scott, avec la chanteuse Ethyl Hayden,
fit applaudir une sélection de ses œuvres.
Maurice Lena.
La Taxe sur les Pianos
Cette taxe a été adoptée par le Conseil Municipal par
4G voix contre iS sur 64 votants (on sait que le Conseil
Municipal comprend 80 membres).
Ont voté la taxe sur les pianos :
MM. Achille (Archives), Bellan (Le Mail), Béquet (Vivienne),
Besombes (Grenelle), Brunet (Epinettes), Calmels (la Salpfitrïère),
de Castellane (Ecole Militaire), Cherioux (Saint-Lambert), Colly
(la Gare), Delsol (Petit-Montrouge), Deslandres (Croulebarbe),
Desvaux (Amérique), Dherbécourt iClignancourt), Faure (Bel-
Air), Fiancette (Combat), Fiant (Arts et Métiers), Fleurot (Jardin
des Plantes), Florent-Matter (Arsenal), Froment-Meurice (laMade-
Ieine), Garchery (Picpus), Gay (Porte-Dauphine), Godin (Saint-
Georges), Grangier (Plaisance), Guillaumin (Roule), Héraud
(Sairit-Germain-des-Prés), Lallement (Saint-Ambroise, Lalou
(Monnaie), Le Corbeiller (Saint-Merri), Le Trocquer (Quinze-
Vingts), Levée (Palais-Royal), Lhenry (Pont de Flandre), Loyau
(Pèfe-Lachaise), Missoft're (Champs-Elysées), Morin (Bercy), Paris
(Villettel, Perrot (Sainte-Avoye), Poiry (Javel), Rahgnon (Porte
(Saint-Denis), Rebeillard (Bonne-Nouvelle), Reisz (Charonne),
Renault (Roquette), Robaglia (Sorbonne), Rolland (Saint-Louis),
Sellier iGoutte-d'Or), de Tastes (Neckeri, Varenne iGrandes-Car-
rières).
N'ont pas pris part au vote :
Caire (Europe), Denais (Batignolles), Lambert (Rochechouart),
Latour (Montparnasse!, Lemarchand (Notre-Dame), Luquet (Bel-
leville), Oudin (Chaussée-d'Anvin), Riotor (Saint-Gervais), Rous-
selle (Maison-Blanche), Teneveau (Saint-Fargeau).
Absents par congé :
Chausse (Sainte-Marguerite), Dausset (Enfants-Rouges), Hé-
naffe (Santé), Jolly (Chapelle), Le Menuet (Saint-Germain-l'Auxer-
rois), ReDdu (Saint-Thomas-d'Aquin).
Les autres ont voté contre.
A la suite de la campagne de presse et des démarches
entreprises, dix conseillers qui avaient voté pour ont pris
l'engagement formel de revenir sur leur vote. Nous ne
publions pas leur nom, ne voulant point paraître exercer
sur eux la moindre pression; nous espérons que, le jour du
vote, ils tiendront leur engagement.
Il faut que ce bon exemple soit suivi et qu'un plus grand
nombre de conseillers reviennent sur leur première
décision.
Il est toujours spirituel de reconnaître son erreur.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra :
Par suite d'une indisposition de M 110 Fanny Heldy, la
répétition générale d'Antar s'est trouvée ajournée encore
une fois. Elle est reportée au lundi 7 mars et la première
au vendredi suivant. Espérons que cette fois il n'y aura
plus de contretemps.
— A l'Opéra-Comique :
Par suite d'une rechute de M. Vanni-Marcoux, les repré-
sentations de Forfaiture sont interrompues. On ne sait
quand elles reprendront...
— La Comédie-Française a fêté lundi soir le centenaire
de la naissance de Rachel. Un poème de circonstance de
M. Clerc fut dit par M lll! Madeleine Roch. Puis on repré-
senta la Nuit d'Octobre et le Souper de Rachel d'Alfred de
Musset. Enfin on donna Phèdre qui fut un des rôles où la
célèbre tragédienne montrait toute l'ampleur de son admi-
rable talent.
Aussi, pour fêter Rachel, couvrit-on M me Segond-Weber
de fleurs qui fut une Phèdre non moins belle.
Pendant les entr'actes, le public put admirer divers sou-
venirs de Rachel groupés dans le foyer : un moulage de
son pied, une mèche de ses cheveux, des portraits, des
caricatures.
Le Musée des comédiens est devenu à la mode.
Le matin, M. Emile Fabre, administrateur général, avait
fait déposer une palme, au nom de la Comédie-Française,
sur la tombe de Rachel.
— Le Conseil d'administration de la Société des Auteurs,
compositeurs et éditeurs de musique a reçu une délégation
du Comité franco-belge des auteurs et compositeurs, com-
posé de MM. Wambach, directeur du Conservatoire d'An-
vers, président; François Simon, secrétaire général, et
LE • MÉNESTREL
Fernand Rooman, agent général des droits d'auteurs en
Belgique.
— Le droit de réponse :
Diverses propositions, modifiant la loi de 1SS1 dans
un sens favorable aux droits de la critique, ont été déposées
au Parlement; signalons notamment au Sénat une propo-
sition de M. Cruppi.
— Les récitals de M mP Marguerite Long qui devaient
avoir lieu les samedis 26 février et 5 mars sont renvoyés aux
23 et 3o avril. Les billets restent valables pour ces deux
séances.
— Par arrêté du 17 février 1921, M. le Ministre de l'In-
struction publique et des Beaux-Arts a nommé M. Ch.-M,
Widor, directeur général des études, et M. Francis Casa-
desus, directeur technique du Conservatoire franco-améri-
cain (Ecole des Hautes Etudes musicales de France) institué
au Palais de Fontainebleau.
— Un'dessin duMusical^Amenca représente Mary Garden,
dans son costume du Jongleur de Notre-Dame, jonglant,
des mains, avec les trois boules Chicago - Opéra - Asso-
ciation et, des pieds, avec deux cerceaux, l'Auditorium et
le Manhattan. « Le Jongleur, nous dit le commentaire de
ce dessin, n'est plus seulement un rôle pour Mary Garden. »
Directrice, maintenant, de deux théâtres, ne faut-il pas
qu'elle jongle réellement avec de nombreuses difficultés?
— Commentant la décision de la Fédération du spectacle,
en France, qui limite à un certain chiffre le nombre des
étrangers à admettre parmi leurs camarades français, le
Corriere délia Sera écrit sans aucune amertume que cette
mesure, si elle vient à se répandre à l'étranger, nuira plus
aux Français qu'elle ne les servira, la France comptant
beaucoup plus de ses artistes à l'étranger que celui-ci ne
compte des siens en France.
— Le Musical Courier, dans un article ' récent, exprime
cette opinion que le centre d'attraction pour les grands inter-
prètes lyriques, c'est aujourd'hui New-York et non plus
Paris, mais que Paris, d'autre part, dans les arts plastiques,
en poésie, en musique, est aujourd'hui le foyer des écoles
nouvelles et reste « le centre du monde ».
BIBLIOGRAPHIE
Du Chant, par Reynaldo Hahn. — Tous ceux qui ont entendu
chanter RI, Reynaldo Hahn ont apprécié son interprétation si
variée et si savante sous son apparente simplicité. Dans l'essai
d'esthétique vocale, qu'il publie aujourd'hui, on trouvera, en
même temps que des conseils pratiques fondés sur l'expérience,
des vues générales sur l'art et des observations psychologiques
où tout chanteur, même « arrivé », pourra puiser des enseigne-
ments.
La forme littéraire de cet ouvrage, les exemples et les anecdotes
dont il est rempli, en rendront la lecture agréable, même aux
profanes. C"est un livre précieux.
Le Mercure de France (numéro du i5 février 1921I. —
E. M. R. : John Keats. — Georges Batault : Le Problème juif :
l'Exclusivisme juif. — Gabriel-Tristan Franconi : Poèmes. —
Renée Frachox : Escales. — Henry-D. Davrav : Un Déraciné
anglo-américain, Henry James, d'après sa correspondance. —
W. Deonna : Au Héros inconnu.— Louis Dbmur : Le Boucherde
Verdun, roman (suite).
programmes de$ Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche
6 mars, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — Bach : Suite en ré. — C. Chevillard :
Le Chêne cl le Roseau. — Wagner : Prélude du 3' acte de Tristan
etYseult;VOrduRhin{i" scène) (M"" Vuillemin, Laute-Brun,
Lapeyrette et M. Duclos). — Rimsky-Korsakoff : Shéhérazade.
Concerts-Colonne (samedi 5 mars, à 4 h. 3/4, au Châtelet,
sous la direction de M. Gabriel Piernè). — Lalo : Ouverture
du Roi d'Ys. — Schumann : Symphonie en ré mineur. — E. Gou-
pil -.Prélude symphonique [v audition). — Tuiuna : Procession du
Racio. — Debussy : Ibéria. — Chabrier : Espana.
Dimanche 6 mars, à 2 heures et demie, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Beethoven : Symphonie en fa
— Charles Kœcblin : L'Astre rouge; le Nénuphar '(M'" Dolorès dé
bilveira) (1" audition). — Schubert-Liszt : Fantaisie pour piano
et orchestre (M. Lazare Lévy). — Rimsky-Korsakoff : Shéhé-
razade.
Concerts-Lamoureux (dimanche 6 mars, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Camille Chevillard). — Beet-
hoven : Première S)'mphome en ut majeur. — Wagner : Ouverture
de Tannhâuser. — Beethoven : Neuvième Symphonie avec chœurs.
Concerts-Pasdeloup (samedi 5 et "dimanche 6 mars, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baton). —
J.-S. Bach : Suite en si mineur. — Sciiumann : Concerto pourpiano
et orchestre <M" e Lucie Caffaret). — Grassi : Deux Mélodies
(M"" Germaine Lubin). — Glazounow : Stenka Racine. — Ber-
lioz : La Damnation de Faust (fragments symphoniques).
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 5 MARS :
Concert Madeleine Veyron-Lacroix (harpe) (à 9 heures
salle Gaveau).
Concert Olénine d'Alheim (à 9 heures, salle des Agricul-
teurs, avec le concours de M m " Croiza, Bathori-Guito, May et de
MM. André Caplct et Marcel Laisné).
Concert Emma Boynet (à 3 heures et demie, salle des Agri-
culteurs). — Concert de musique moderne.
Concert Théodore Cohen-Katz. — Récital de violon.
DIMANCHE 6 MARS :
Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs, sous
la direction de M. Georges de Lausnay). — Bruneau : Messidor.
— De Breteuil : Le Portrait de Dorian Gray. — Weber : Air du
Freischiitz (M" 1 " Marcella Doria). — Mendelssohn : Concerto pour
violon (M. Cremencio de Arrue). — Berlioz : Valse des Sylphes.
— a) René Doire : Orakon ; — b) Ch. Morac : Une Ame qui se
tait; — c) Auteur du xvm" : Tambourin (M™ 1 Marcella Doria).—
Rabaud : Divertissement sur des Airs russes.
Concert Marie Boegner (à 3 heures, salle de la Schola Can-
torum, avec le concours de M" u Paule Piédelièvre).
LUNDI 1 MARS :
Concert Joachim Nin-Le Feuve (à 9 heures, salle des Agri-
culteurs).
Concert Mary Villot (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert M. Lemierre (à 9 heures, salle Erard).
Concert Johnny Aubert (à 9 heures, salle Gaveau).
MARDI 8 MARS :
Mardis de la Chaumière (à 4 heures, à la Chaumière). —
Quatuor Bastide.
Concert de M"" Van de Velde (à 9 heures, salle Erard).
Concert Robert et Marius Casadesus (à 9 heures, salle
Pleyel).
Concert Croiza-Jean Batalla (à 8 h. 3/4, salle des Agricul-
teurs). — Œuvres de Beethoven, Schubert, Debussy, Chausson.
MERCREDI 9 MARS :
Concert Simone et Madeleine Filon (à 9 heures, salle
Gaveau). — Œuvres de César Franck, Ed. Lalo, Debussy, Mel.
Bonis, Guiraud, Saint-Saëns.
Quatuor Chailley (à 9 heures, salle Pleyel).
Concert Isnard-Dufrane (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
JEUDI 10 MARS :
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra, sous la direction
de M. Rhené-Baton).
Concert Golschmann ta 9 heures, salle Gaveau).
Quatuor Andolfi (à 4 heures, au Parthénon).
Concert H. Cerceau (à q heures, salle des Agriculteurs).
Concert Yvonne Herr-Japy (à 9 heures, salle du Conserva-
toire).
VENDREDI II MARS :
Concert S. et L. Leonardi (à g heures, salle Gaveau).
Concert Louise Sauvai (à 9 heures, salle des Agriculteurs,
avec le concours de M"" Chailley-Richez et du quatuor Chailley).
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I" VENTE, le lundi 7 mars igsz, à 14 heures 1/2. Exposition
publique : samedi 5 et dimanche 6 mars de 14 heures à 17 heures.
2 P VENTE, le mercredi p mars ig2i } à 14 heures 1/2. Exposi-
tion publique le mardi 8 mars, de 14 à 17 heures.
3'' VENTE, le vendredi 1 1 mars 1 9- / ,à 14 heures 1/2. Exposition
publique lejeudi 10 mars, de 14 à 17 heures.
Par le ministère de M. DESBLEUMORTIERS, administrateur-
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Les DERNIERS EXEMPLAIRES
de l'édition de Bruxelles de
LA CHËLONOMIE OU LE PARFAIT LUTHIER g»»"""
C \A Recherches sur la facture et la restauration des instruments à archet, augmentée d'une notice et d'un appendice Ortl/4/N
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recherchés, leur date de fabrication, leur valeur, les caracteresfà l'aide desquels on peut les reconnaître.
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LE VIOLON
Ses Luthiers célèbres et leurs Imitateurs
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4428. • 84* Année. - N" 10.
Paraît tous les Vendredis.
\ Vfci
Vendredi 11 Mars 192!.
FONDÉ -EN- 1833
LE-MENESTREL.
MUSIQUE -ET- THEATRES
DIRECTEUR J7VCQUES HEUGEL
DIRECTEUR.
DE1833À1883
J.L. HEUGEL
DIRECTEUR,
DEI883À1914-
HENRIHEÛGEL
S OMMAIRE
La Critique, ses devoirs, ses droits...
et ses ennuis p.de lapommeraye
La Semaine Musicale :
Théâtre des Champs-Elysées : La \
Loïe Fulleret son école de Danse I
Théâtre des Marionnettes : l PAUL BERTRAND
Cendrillon )
Armen Ohanlan, là danseuse persane LÉANDRE VAILLAT
La Semaine dramatique :
Vaudeville : La Tendresse . . . . i
Théâtre de Paris : Cœur de Lllas . \ JACQUES HEUGEL
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire RENÉ BRANCOUR
Concerts-Colonne { P.°E LAPOMMERAYE
! RAYMOND SCHWAB
Concerts-Lamoureux I
P.DE LAPOMMERAYE
Concerts-Pasdeloup
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Etranger :
Angleterre .
Belgique .
Espagne .
Hollande .
Italie . . .
Suisse. . .
États-Unis
Canada . .
MAURICE LENA
ARMAND MASSAU
RAOUL LAPARRA
J, CHANTAVOINE
G.-L. GARNIER
GÉO-A. GOGNIAT
MAURICE LENA
JOSEPH DE VALDOR
LOUIS MIOHIELS
Échos et Nouvelles.
♦ ♦
SUPPLÉMENT
MUSICAL
(pour les seuls abonnés à la musique}
MUSIQUE DE CflflrlT
Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro :
MATIN D'OCTOBRE, de Théodore Dubois, poésie de François Coppée.
Suivra immédiatement : O Nuit, pareille à moi, de Gabriel Dupont, Extrait d'Antar, conte héroïque
en quatre actes et cinq tableaux, poème de Cheicri Ganem.
MUSIQUE DE PIANO
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano :
Danse des Roses, de Gabriel Dupont, extrait d'Antar.
Suivra immédiatement : Au temps des Pastorales, de Maurice Pesse.
Le Numéro :
tlixli seul}
O «r- 75
(Voir tes Quatre modes d'abonnement en page 2 de ta couverture)
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BUREAUX:RUE-VtVlENNE-2bis-PAR1S-(2î)
TELEPHONE : GUTENBERG : 35-352
ADRES5ETÉLEGRAPHIOUE: MENESTREL-PARIS
L°
Le Numéro :
75
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ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal,
HEUGEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2 b ", rue Vivienne, Paris (2')
PÂQUES
2&es$cs
A DEUX VOIX
Borobse (L.). — Deux Messes faciles, pour deux soprnni :
iV I. Kit sol. Partition chant et orgue 6 »
a. En fa, partition chant et orgue 6
Parties vocales séparées, chaque 1 »
Dunois (Th.). — Messe faoile en sol, à deux voix égales.
Partition chant cl orgue 8 »
Chaque partie vocale 1 50
A TROIS VOIX
en si mineur, a ;t voix, s. t. B. (Sans l'esprit du
. Pie X sur le Chant sacre. i Partition chant et orgue. 10 »
diaque pallie vocale séparée 1 50
Fauchbt (P.l. — Masse brève (n° *) en sol mineui
quintette à cordes ml libitum :
Parution, chant et orgue
Chaque partie vocale
Premier violon, second violon, alto, chaqu
Violoncelle cl contrebasse, chaque . . .
S. T. B. avec orgue et
A QUATRE VOIX
muu.lotti; [L.J- — Mesee pascale en iv, brillante et facile, soli et chœur!
à i \oi\. avec acronipagiienu-nl d'orgue ou d'orchestre.
Partition chaut cl orgue ,
Chaque partie vocale
Parties d'orchestre (en location),
L.). — Deux messesbrèvesu-i voix, £
de piano OU orgue ;
K°* i. Messe en ri Partition chant et orgue .
2. Messe en sol : Partition chant il orgue.
— Chaque partie vocale .
ree accompagnement
géante xeftQieux
BonnisK (l..). — Pâques, chant religieux, a, 1, s ou 3 voix ad libitum, en
soit ou chœurs
le mtftne, sans accompagnement
Deslandres (A.), — Patiues, Église sainte, 6 mère bieiiaimèe. Cantique, solo
et chœur à 3 voix
— Les Rameaux : Fils tic Sion, tressaillez d'allégresse, cantique, solo
et chœur a S voix
— Le Vendredi-Saint: D'un long voile île deuil la terre était parée,
solo
Les parties de chœur de ces trois cantiques, séparément, chaque.
Diittsch (L.). — Stabat Mater, soli, duos, chœurs a. 3 voix égales
Dubois (Th.). — Lee sept Paroles du Cbrist, soli et chœur a ; voix. . .
nPartie de chœur, partitions et parties d'orchestre en location).
— Christus resurrexit (extrait de Marcello), solo de baryton et
chœur avec grand orgue
— Ecce panis, en mi bémol, duo soprano et baryton
— O Salutaris, en sot. ténor et chœur
Parties séparées, chaque
— O Salutaris. en sol, duo ténor et baryton
— Illuxit dies tertia, chœur à * voix, avec grand orgue
Parties séparées, chaque
— O Filii et Filiee, chœur à 4 voix, avec violoncelle, orgue, contre-
basse et harpe (uNioitum
Parties séparées
Favcset (PO- — Panis angelicus (de la messe des Saints).
N» 1. En la. soprano ou ténor et chœur ad libitum.
N» s. En sol, m etEO- soprano ou baryton et chœ
N» 3. En la. soprano ou ténor :
contrebasse et orgue
N° 4. En sol. mezto-soprano ou baryton avec chœur, violon, violon-
celle, harpe, contrebasse et orgue
tLe violoncelle, la harpe, la contrebasse et le chœur sont ad KM.)
Parties de chœur séparées, chaque
Faure(J.ï. — Ave verum, à 2 voix
— Ecce panis :
i soprano et chœur
, pour ténor et soprano.
Fauhb (J.t (suite). — Tantum ergo :
Mezso -soprano ou ténor 2
Le même avec violon 4
Gounod (Ch.). — Ave verum à 2 voix l
Haun (Reynaldo). — O salutaris, soprano ou ténor 2
Lamdillotte (L.). — Piques. Premier salut, avec accompagnement d'orgue
ou d'orchestre :
N°* i. Adorcmus, en sol, solo et chœur e
2. Heec dies, chœur 6
3. Regina cteli, chœur 6
Chaque partie vocale pour le salut 2
ies d'orchestre 60
Parti
- Paq
vec accompagoement d'orgue :
Deuxième salut, 1
N« i. Te nascens (Merliam).
2. Ave Maria (De Doos» 2
3. Iste confiteor (Alfieri) 4
4. Resurrexit. oratorio de Pâques {L. Lambillotte) 8
Chaque partie vocale pour le salut 2
Leroux (X.) — Ave Maria (i. 2. 3.) 3
Miné (A.). — Ave Maria :
N«M. En sol mineur, ténor ou soprano 3 !
En fa mineur, mezzo -soprano ou baryton 3 1
, téuor
4. En fa mineur, mezzo -soprano
Parties de chœur ad libitum. .
violon .
Nrukomh. — Ponge lingua, a 2 voix
Rousseau tS.). — Ave verum. Soprano ou ténor
Le nu' me, mexro-soprano ou baryton
— Regina cœli. Soli et chœurs avec violon, violoncelle, orgue, harpe
Parties instrumentales .
x, soprano et contralto, avec piano
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LE MENESTREL
4428. — 83" Année. — N° 10.
— ^V*~-
LA CRITIQUE
ses devoirs, ses droits... et ses ennuis
Leûl été surprenant, après les bouleversements
nés de la guerre, que la critique sortit de
cette tourmente sans quelques horions. Les
directeurs de théâtres estiment que son juge-
ment est non seulement inutile, mais nuisible
et les auteurs, sans aller aussi loin, pensent
qu'il est de leur droit de répondre aux appréciations
bienveillantes ou malveillantes que le malheureux cri-
tique a émis sur leur œuvre. Cette dernière prétention
s'appuie sur une jurisprudence constante et qui vient
d'être encore confirmée dans l'affaire Silvain-Doumic.
La question de la critique est donc de nouveau posée.
Ce n'est point le premier assaut qu'elle subit : il en
fut de plus graves. Zoïle faillit autrefois être crucifié
pour avoir prétendu que les œuvres d'Homère étaient
d'auteurs différents et Fréron fut emprisonné pour avoir
jugé trop sévèrement ses contemporains. Pareil sort
n'est point à redouter aujourd'hui pour M. Abel Lefranc
qui affirme que les pièces de Shakespeare ont été écrites
par lord Stanley ou pour M. Doumic qui eut l'impru-
dence de ne pas apprécier à leur juste valeur les vers de
l'honorable sociétaire de la Comédie-Française. Mais
les ennuis de la critique, pour être moins tragiques,
existent cependant et jamais dicton ne fut plus faux que
ce fameux vers de Destouches : « La critique est aisée
et l'art est difficile, a
Bien entendu, par critique il ne faut point entendre
ces jugements brels et par conséquent décisifs que porte
le public : ce livre est idiot, cette pièce est charmante,
cette symphonie est ennuyeuse. La tâche du critique est
autre : il doit donner les raisons de son jugement, ten-
ter, ce qui n'est pas toujours facile, de pénétrer la pen-
sée de l'auteur, placer l'œuvre dans l'évolution littéraire
ou musicale, la rapprocher de celles qui l'ont précédée,
rechercher les influences qui ont amené son éclosion.
Tâche difficile qui demande du travail antérieur, de
l'intelligence, de la sympathie et de l'indulgence. Tout
cela, les auteurs sont en droit de l'exiger du critique;
inutile, je pense, de parler de la probité.
Mais, après avoir offert ces garanties, le critique a le
droit d'exprimer en toute liberté son opinion sans avoir
à redouter les poursuites, les vengeances ou les inter-
minables réponses d'auteurs mécontents ou irrités.
Aujourd'hui la critique se heurte, non seulement à
l'amour-propre des auteurs et artistes, mais à leur inté-
rêt pécuniaire et à celui des directeurs ou des éditeurs.
Comme toutes choses maintenant, musique, peinture ou
littérature sont devenues pour beaucoup affaire commer-
ciale ; auteurs et éditeurs estiment qu'il est suffisant
d'insérer, à prix d'or, au courrier des théâtres ou à la
rubrique « Bibliographie », des éloges dithyrambiques
de la pièce ou du livre pour que le public se presse
aux guichets, tout comme il achète chez le droguiste les
produits pharmaceutiques qui assurent une jeunesse
éternelle, une peau de pêche et un intestin ramoné. Ce-
genre de publicité parait d'ailleurs avoir fait son temps,
le public se montre déjà plus rebelle aux alléchantes
promesses du courrier des théâtres et nombre de pièces,
malgré des recettes colossales (on n'avait jamais vu
pareil succès), ont dû arrêter subitement leur carrière à
la vingtième représentation, faute de place sans doute
pour loger commodément la foule des spectateurs. Il
serait cruel, je pense, de relever ici les pièces ainsi arrê-
tées en plein succès.
La critique n'aurait qu'à sourire de ces fantaisies com-
merciales (les receltes l'ont vengée depuis longtemps) si,
par un phénomène bien connu d'autosuggestion méri-
dionale, les auteurs et artistes ne s'étaient habitués aux
éloges que leur décernaient les communiqués inspirés.
Ils finissent par croire que leurs plus modestes écrits
sont pour le moins des chefs-d'œuvre, il n'y a plus d'ap-
plaudissements, mais des ovations; le public n'est plus en-
thousiaste, il délire! Combien paraissent pâles les éloges
sincères qu'en toute bonne foi nous pouvons décerner I
Un jour, je rencontre une charmante artiste; elle
m'aborde en proférant ces mots qui me parurent cruels,
car elle était jolie : « Alors vous m'en voulez? — ??? —
Vous ne vous rappelez pas ce que vous avez dit de moi
le ...? — Mais si, chère amie, j'ai dit que vous aviez
très bien chanté trois mélodies de M.X... — Alors vous
pensez que ce « très bien » est suffisant I Tout le monde a
compris que j'avais élé exécrable!... » Et celte aimable
femme était sincère en son injuste courroux. Les épi-
thètes sont un peu comme le papier-monnaie, elles
subissent les fluctuations du change.
La situation du critique, vis-à-vis de l'auteur ou de
l'artiste, est comparable à celle du mari auquel sa femme
demande un avis sur une robe ou un chapeau. Il y a
deux systèmes : le premier consiste à affirmer d'autant
plus fortement qu'on est moins convaincu que la robe
et le chapeau sont admirables, qu'on n'en a jamais vu
de plus seyants et qu'ils rehaussent encore la beauté et
le charme de celle qui les portent, c'est la solution des
hommes sages. Le second consiste à vouloir exercer le
droit de critique que vous confère l'invitation qui vous
a été adressée, .le n'apprendrai à personne le résultat
et les conséquences ordinaires de la moindre observation,
m atténuée suit-elle. Malheureusement, un critique con-
sciencieux n'a point le choix : il écrit pour ses lecteurs
et non pour l'auteur, il leur doit ce qu'il croit être la
vérité, car à l'infaillibilité il n'a jamais prétendu.
L'argument le plus sérieux qu'on invoque contre la
critique, c'est le dissentiment qui paraît exister trop
souvent entre son jugement et celui du public cl qu'on
exagère d'ailleurs à plai'sii .
LE • MÉNESTREL
On cite fréquemment, à ce propos, l'opinion de
Molière dans la Critique de l'jicole des Femmes. « A le
prendre en général, dit Dorante, je me fierais assez à
l'opinion du parterre, par la raison qu'entre ceux qui le
composent il y en a plusieurs qui sont capables de
juger d'une pièce selon les règles et que les autres en
jugent par la bonne façon d'en juger, qui est de se. laisser
prendre aux choses et de n'avoir ni prévention aveugle,
ni complaisance affectée, "ni délicatesse ridicule. »
Est-il besoin de rappeler à nos lecteurs que, dans ce
passage, le parterre est opposé non à la critique, mais
aux gens de la cour qui tenaient alors assez bien la place
de ceux que nous appellerions aujourd'hui « les snobs» ?
En outre, le parterre à cette époque était composé
d'amateurs, tout comme le parterre d'aujourd'hui, les
confortables fauteuils étant, par leur prix élevé, réservés
désormais aux nouveaux nobles du commerce et de
l'industrie. Plût au ciel que le public d'aujourd'hui fût
trié comme le parterre de Molière !
En tout cas, le succès immédiat n'a jamais été le
témoin de la valeur d'une œuvre. Il serait piquant d'op-
poser les engouements inconsidérés du public à la sage
réserve de la critique et, lorsqu'on veut écraser celle-ci
sous de soi-disant succès réparateurs et tardifs, ne com-
met-on pas encore une nouvelle erreur? La Damnation
de Faust fut fort bien accueillie par la critique, le public
y fut longtemps rebelle. Pelléas et Mélisandc fut assez
maltraité, le public y vient-il beaucoup plus? Quand
Debussy a fait trois ou quatre salles pleines, son public
est épuisé. La valeur de l'œuvre en est-elle diminuée
pour cela? Il est stupide, et j'allais presque dire malhon-
nête, d'opposer le jugement du public et de la critique, ils
ne partent pas du même point. L'un désire un plaisir
qu'il veut généralement facile, l'autre s'efforce, au
contrsire, comme il le doit, de dégager la valeur nou-
velle de l'œuvre, le procédé inconnu qui la rend pré-
cieuse, l'idée qui la rattache à la grande tradition
humaine. Il ne faut donc point être surpris de la sévé-
rité de la critique pour certaines œuvres écrites seule-
ment en vite de la recette et pour satisfaire les goûts
faciles d'un public à distraire.
Les auteurs, c'est de mode aujourd'hui, s'élèvent
contre la critique, bien que nombre d'entre eux, véri-
tables maîtres Jacques, soient auteurs aujourd'hui,
critiques demain (sorte d'assurance contre les rosseries
des confrères). Ils ne sauraient pourtant s'en passer.
L'essentiel, en effet, pour un auteur, c'est qu'on parle
de lui; l'idéal est la division de la critique, car il y a
chance de polémique, d'où prolongation de publicité;
le silence est la plus néfaste des critiques.
Laissons donc passer l'orage. « La critique, a dit
La Bruyère, est un métier où il faut plus de santé que
d'esprit, plus de travail que de capacité, plus d'habitude
que de génie. » Acceptons, en toute humilité, ce juge-
ment d'un homme qui fut le meilleur critique de son
temps, et cependant... Santé, travail et habitude, voilà
trois qualités qui sont des gages de longue vie. A com-
bien d'auteurs faudrait-il les souhaiter?
Pierre de Lapommeraye.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
Dans Matin d'octobre que nous citrons à nos abonnés, on
retrouve l'inspiration toujours claire et la mélodie toujours
fraîche du maitre Théodore Dubois.
LA SEMAINE MUSICALE
Théâtre des Champs T Élyséss. — La Loïe 1-uller et sou
licole de Danse.
M. Jacques Héberlot, qui donne la preuve de l'acti-
vité la plus louable, fait se succéder dans le magnifique
Théâtre des Champs-Elysées des spectacles variés, mais
d'un intérêt toujours soutenu. Sachons-lui gré de nous
avoir ramené la Loïe Fuller, dont le succès fut si con-
sidérable au temps déjà assez lointain de ses débuts, et
dont l'art si personnel n'a rien perdu de sa séduction.
C'est que personne, avant elle, ne semble avoir aussi
bien senti quel parti on peut tirer de l'incomparable
magie de la Lumière, cette subtile variété de la Vibra-
lion dont est fait tout l'Univers, car les couleurs, les
formes mêmes, ne sont que des vibrations de nombre
constant. Et nous avons revu l'enchantement de ces
draperies déployées, sur lesquelles se succèdent des
projectionsd'écrans lumineux, cette prestigieuse harmo-
nie de colorations diaprées.
Ce fut d'abord le Songe d'une nuit d'été, de Men-
delssohn, qui suggéra une affabulation ingénieuse : un
vieux berger qui s'endort, revivant en rêve sa jeunesse
et ses premières amours, puis se réveille au moment
où il retrouve le bonheur et où -Satan le rejette sous le
voile magique. Puis M. Honegger, le musicien le plus
vraiment original peut-être du bruyant groupe des
« Six », après une exécution de son Chant de Nigamou,
déjà entendu cet hiver, fournit la musique de deux
danses, l'Ombre et/a Mer, dont, il y a deux ans, le Vieux-
Colombier nous avait donné un avant-goût avec le Dit
des Jeux du Monde. Le spectacle se complétait par le
Capriee espagnol de Rimsky-Korsakoff, aux rutilances
chatoyantes, la Petite Suite et le Grand Voile de
Debussv, qui fut un éblouissement. Et tout eût été par-
fait sans un fâcheux violoniste qui dévida — fort bien
d'ailleurs — un interminable chapelet de morceaux
intercalés au milieu d'un programme où, vraiment, ils
n'avaient que faire. Paul Bertrand.
Théâtre de Marionnettes. — Cendrillon, conte de fées,
d'après Perrault, en quatre actes et six tableaux,
d'Henri Cain, musique de Massenet.
Pour la joie des petits, et même des grands, voici
Paris doté d'un théâtre de marionnettes conçu à
l'instar de celui qui, depuis de longues années, vit et
prospère en Italie. M. Charles Zibell a très heureuse-
ment transformé l'ancienne salle des Truands, sise à
proximité de l'ancien Moulin-Rouge, en un coquet et
confortable théâtre, dont la scène, les décors et les
accessoires sont réduits à l'échelle des poupées qui sont
appelées à y évoluer.
i.e spectacle possède un caractère d'art dont n'est pas
susceptible le rudimentaire Guignol. C'est la Cendrillon
de Massenet qui a été choisie comme pièce d'ouverture,
mais un répertoire complet doit très rapidement se con-
stituer. Le livret d'Henri Cain a été fort habilement
arrangé par M. Camilio Traversi, et la musique de
Massenet adaptée avec un art et une fidélité extrêmes
par M. André Colomb. Et c'est merveille de voir, mus
par des fils à peine visibles, ces petits personnages, par-
faitement articulés, dont les pas, les gestes et même les
lèvres accompagnent avec une étonnante précision les
paroles ou les chants des artistes dissimulés dans
l'orchestre. Au bout de très peu d'instants, on oublie
LE • MÉNESTREL
l'artifice, et on a l'impression de personnes vivantes, tant
sont exactes les attitudes de ces poupées qui s'asseyent,
se couchent, se lèvent et dansent en faisant admirer —
telles des ballerines accomplies — la grâce de leurs révé-
rences et la sûreté de leurs pointes. P. B.
ARMEN OHANIAN, la danseuse persane
Armen Ohanian, la danseuse persane, est de nouveau
parmi nous; elle est venue, elle a dansé, elle a parlé sur
la petite scène de la galerie La Boëtie. Oui, elle a parlé
en s'excusant, avec son joli sourire, des difficultés d'une
langue qu'elle écrit pourtant bien, si Ton en juge d'après
son roman la Danseuse de Sflàmakha, préfacé par Ana-
tole France. Ou plutôt elle a fait précéder ses danses
d'une petite causerie pour en expliquer le véritable
caractère. Cela n'était pas inutile, bien des spectateurs
étant habitués à ne considérer en celles-ci que des
évolutions de filles dans des bouges d'Orient, de même
qu'ils jugent la littérature de l'Inde sous les apparences
trompeuses de quelques livres erotiques mal traduits et
augmentés de commentaires pornographiques par des
éditeurs occidentaux peu scrupuleux.
En vérité, toutes ces danses ont une origine reli-
gieuse. Même la danse du ventre, si vulgaire de nos
jours, avait au début ce caractère mystique. Il faut
la voir, m'assurait Armen Ohanian, dans de lointains
coins de l'Asie, où le souffle destructif de l'Occident
n'a pas encore pénétré, en cette Asie antique qui a
conservé sa pureté primitive. Alors cette danse, qui
nous dégoûte dans les bouges de l'Asie méditerranéenne,
prend des aspects hiératiques et nobles. C'est la mater-
nité avec sa mystérieuse conception, avec ses douleurs
et ses voluptés, qui s'extériorise dans les gestes instinctifs
de la femme primitive d'Asie. C'est grâce à cette véné-
ration de la maternité, qui est presque un culte chez
tous les peuples d'Orient, qu'il y a des pays et des
tribus qui ne jurent pas autrement que « par le ventre ».
De même, Armen Ohanian m'a raconté comment
les possédés dansaient autour des piscines où ils
cherchaient la guérison, comment les Chamanns, der-
viches mongols, venus de quelque steppe lointaine,
s'adonnaient à des mouvements étourdissants, pour
atteindre dans un évanouissement le Nirvana. L'ori-
gine de la danse, elle la voit, ce n'est pas douteux, dans
des cérémonies religieuses. Et c'est peut-être ce carac-
tère sacré qui a donné son tour à la danse et à l'édu-
cation des danseuses en Orient. De l'enfance, en effet,
jusqu'à la puberté, elles étudient la musique, le chant
et la poésie. Elles connaissent des centaines de légendes
pour distraire « l'assemblée des rêveurs d'Asie », elles
savent les plus brillantes pages de l'épopée nationale,
les œuvres de ce Fcrdoussi qui furent récitées, comme
on sait, pour la première fois, en présence du sultan
Mahmoud, à l'accompagnement des luths et des gestes
cadencés de ballerines; elles parsèment leurs dialogues
de proverbes spirituels où se reflète l'âme de leur
peuple. Pour se défendre, elles vivent en caste fermée,
formant en Perse des groupes de dix ou douze. Invitées
aux fêtes, elles y paraissent ensemble et non séparément.
Que nous voilà loin des ballets de nos rats, de nos
premiers sujets et de leurs exercices à la barre! Armen
Ohanian, pénétrée de cette culture raffinée, connaissant
à la perfection la littérature et la religion de son pays,
dans leurs moindres nuances ou variations sectaires, a
voulu réaliser une série de miniatures, chacune se
suffisant à elle-même pleinement, fortement, profon-
dément, comme un quatrain mystique d' Omar Khayam
mais pouvant se relier aux autres par des rappels et des
transitions subtiles, à la manière des gha^els, de ces
séries de poèmes persans dont chacun forme un tout,
mais dont l'ensemble marque une évolution des senti-
ments humains. Pareillement, Armen Ohanian exprime
successivement le songe, le rêve, la volupté, puis la
déchéance et la tendance surhumaine qui aboutit au
Nirvana; et c'est successivement le charme de la jeune
fille, l'esclavage de la femme mariée, la prison des
jardins odoriférants, mais entourés de murs contre
lesquels se heurte l'épouse, sa révolte, son évasion, son
changement de condition, son enthousiasme facile de
courtisane, puis la déchéance des bazars, enfin l'impas-
sibilité absolue, libération de la souffrance morale.
Ainsi, chez elle, le sentiment crée la forme, il détermine
les pas, les gestes, les attitudes, l'expression du visage,
un visage fin qui atteint parfois à l'énigme souriante
d'un portrait de Luini et, par ailleurs, à l'immobilité
frémissante de Bouddha. Tandis qu'elle évoluait sur la
scène de la galerie La Boëtie, j'entendais encore en moi
la vibration des mélodies orientales que M"'° Hania
Routschi chantait, pendant les entr'actes, avec un art
si délicat, et il me semblait qu'Armen Ohanian, elle
aussi, en dansant, composait et vivait des poésies et des
chants de l'Asie. Léandre Vaillat.
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Théâtre du Vaudeville. — La Tendresse, pièce en trois
actes de M. Henry Bataille.
Barnac, célèbre auteur dramatique, académicien, pré-
sident d'honneur de la Société des Auteurs, a pour amie
Marthe, une jeune actrice qui interprète ses œuvres.
Elle aime profondément le grand homme vieillissant,
mais, douée de sens indomptables, elle ne peut renoncer
à d'intermittents et épidermiques rapprochements avec
tel ou tel adolescent séducteur. Impôt de la chair qu'elle
n'acquitte qu'avec dégoût. Un jour, Barnac apprend ses
infidélités, la surprend presque en flagrant délit. C'est
la rupture, cruelle pour l'un et l'autre, mais irrévocable,
car il est humilié dans son orgueil de grand homme et
dans sa vanité de mâle.
Après deux années de séparation douloureuse, un
hasard les rapproche, — lui, plus vieux, morne, éteint
comme un automne sans soleil ; elle, qui a gardé la nos-
talgie de l'ancienne affection. Elle trouve toujours en la
personne du jeune et beau Sergyll la passion charnelle,
ce « vin des sens acre et délicieux » dont parle Baude-
laire; il lui manque la lumière du cœur, la tendresse.
Et voilà que, d'accord avec Sergyll qui, très humble,
s'efiace devant le grand homme, elle et lui décident de se
revoir, dans la mélancolie des soirées, pour recréer de
la joie profonde, de la tendresse...
Disons de suite que l'interprétation de celte œuvre
émouvante, grâce à M" 5 Yvonne de Bray et à M. Félix
Hugucnct, est hors de pair. Il est inutile d'analyser les
qualités de ces deux grands artistes : qui ne les connaît?
A leurs côtés nous avons goûté les talents, plus discrets
mais encore excellents, de M" :c Herrouett, de MM. Lu-
guet, Bour, Mauloy, Juvenet, etc.
L'œuvre de M. Bataille a reçu, et du public et de la
presse, un accueil très chaleureux; et, pourtant, je ne
puis admettre qu'elle soit une des meilleures de son
LE • MENESTREL
auteur. Sans doute on y retrouve l'adresse à nuancer
l'émotion, à en faire palpiter tous les flux et reflux, a la
faire enfin crier au paroxysme de son intensité; et tout
cela agit sur le système nerveux de la plus étourdissante
façon. Et ce serait très bien si ces incontestables qualités
étaient mises au service d'idées dramatiques moins parti-
culières et, disons-le, moins banales. L'antithèse entre
la jouissance charnelle et la tendresse spirituelle, for-
mulée pour la première fois dans sa force par le moyen
âge mystique et passionné, pour mériter d'être objec-
tivée sur un théâtre, devrait au moins être étudiée d'un
point de vue plus largement humain, plus général.
L'aventure d'une jeune actrice dont les débuts dans la
vie ont été plus que regrettables et d'un vieux monsieur
qui semble n'avoir vu la vie et le monde qu'à travers des
jumelles de théâtre, n'est qu'une anecdote trop spéciale
pour pouvoir toucher en nous autre chose que le sy-
stème nerveux et le grand sympathique. Je sais que toute
l'humanité palpite dans le plus pauvre geste, dans la
plus médiocre souffrance., mais, — et c'était l'opinion
des grands romantiques autant que des grands clas-
siques, — l'art a justement pour but de dégager l'élément
humain, de lui donner toute sa valeur, non pas en le
dépouillant de toute vie extérieure, mais en lui donnant
une ambiance aussi peu spécialisée que possible. C'était
l'avis de Molière, celui de Shakespeare; c'était l'avis de
Tolstoï, qui cependant ne renonçait pas pour cela à la
« couleur locale ». Il me semble qu'ainsi seulement
peuvent être réalisées des œuvres vraiment durables,
des œuvres de « grand art ». Le reste peut être exquis
dans la nouvelle, dans l'étude psychologique, — même
au théâtre, mais alors à la condition de ne point donner
aux sentiments évoqués un caractère factice d'humanité
profonde et générale, qui se trouve en contradiction
avec le milieu même où on les fait évoluer.
Jacques Heugel.
Théâtre de Paris. — Le Cœur de Lilas, pièce en 3 actes
de MM. Tristan Bernard et Charles-Henry Hirsch.
Ce nous a été une surprise de voir M. Tristan Ber-
nard mêlé à une histoire d'apaches et de policiers, aussi
tragique qu'elle est sentimentale. Au premier acte, la
surprise ne fut pas désagréable : des scènes vivement
conduites, une situation vraiment émouvante; on pou-
vait espérer quelque chose de très bien. Le deuxième
acte nous laissa perplexe : l'action demeurait pittoresque,
un agréable prélude de duo d'amour se faisait entendre;
mais on ne savait plus très bien où l'on allait. Le troi-
sième acte, après encore quelques scènes jolies, — à
regarder surtout, — apporta une solution du plus pur
mélo. Et l'on partit le cœur gros et l'esprit déconcerté.
Un bourgeois, directeur d'usine, a été assassiné dans
un terrain vague. On soupçonne une fille. On l'arrête.
Mais, faute de preuves, et pour ne pas nuire à la répu-
tation du défunt, on la relâche. Les soupçons, vite
étayés d'indices précis, tombent alors sur un contre-
maître, à qui on ne laisse guère la possibilité de se
défendre. C'est alors qu'un jeune policier, convaincu de
l'innocence de cet homme, et voulant le sauver, obtient
de son chef direct la permission de mener une enquête
discrète dans un hôtel louche des environs. Personne,
en effet, ne doute que l'assassiné n'ait eu des relations,
d'une galanterie... de terrains vagues, avec certaines
des habituées de cet hôtel.
André, notre policier ingénu, y fait la connaissance
de Lilas, la fille qu'on a arrêtée, puis relâchée. Elle est
différente des autres, celle-là; indépendante, rêveuse,
très triste, peut-être n'est-elle pas à sa place en ce milieu
de primitifs et de dégénérés. André a de la pitié, puis
de la sympathie, puis de l'amour. Il la défend, — et de
poings de maître, car il a été moniteur à Joinville, —
contre un souteneur qui l'importune, puis il l'emmène,
vaincue et souriante.
L'amour a transformé la petite pierreuse. Mais,
hélas! André doit rendre compte de sa mission. On
vient le chercher. Lilas apprend alors que son ami
appartient à la police. Elle croit un moment qu'il l'a
fait tomber dans un piège, que son amour pour elle
n'est qu'une infâme comédie. Alors elle lui avoue que
c'est elle qui a tué le riche usinier, dans un mouvement
de révolte contre sa vicieuse brutalité. L'erreur ne dure
pas longtemps, et André n'a point de mal à persuader
Lilas de toute la réalité de son amour et de toute la géné-
rosité de ses actes. Elle tombe dans ses bras... Oui, mais
que va-t-il faire? Lui qui connaît le meurtrier, va-t-il
laisser condamner celui qu'on a faussement accusé? Elle
embrasse André, s'éloigne un moment, écrit à la police
une lettre où elle s'accuse, puis, s'étant tirée un coup de
revolver en plein cœur, elle vient mourir dans les bras
de son ami désespéré, heureuse de se sentir aimée...
M" 8 Madeleine Lély a été une Lilas exquise. Est-il
possible qu'il en existe d'aussi charmantes? C'est à ne
pas croire. Elle fut énigmatique, touchante, tour à tour
hautaine et tendre; son succès, très grand, fut très
légitime. M. André Brûlé fut un jeune policier char-
mant et léger. Citons encore M. Gaston Séverin, très
émouvant dans le rôle de Darny, le contremaître
accusé, et M. Roger Karl, le souteneur Martousse. dont
la prestance est impressionnante.
Je ne veux pas terminer sans avoir rendu l'hommage
qu'ils méritent aux décors très joliment réussis de
MM. Ronsin, Laverdet et Marc-Henri.
Jacques Heugel.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire
Programme composé d'œuvres classiques et d'oeuvres
modernes connues de tous. Donc rien à dire que ces mots :
Exécution excellente; félicitations particulières à M. Bleu-
zet qui joua magistralement le solo de Tristan et Yseult.
René Brancour.
Concerts-Colonne
Samedi S mars. — Il ne se passe point de semaine que
M. Gabriel Pierné n'offre à son public des œuvres nou-
velles. Il est le seul qui, cette année, l'ait fait avec une per-
sistance qu'on ne saurait trop louer quand on n'ignore point
le travail préliminaire qu'exige toute première audition.
Après l'œuvre considérable de M. Enesco, donnée la
semaine précédente, nous eûmes samedi un Prélude sym-
phonique de M. E. Goupil. C'est une œuvre simple, j'en-
tends par là qui ne vise point à l'effet, mais jolie, bien
ordonnée, aux thèmes clairs, développés complètement et
habilement combinés vers la fin, un orchestre léger sans
surcharges inutiles. Voulant dire peu de chose, l'auteur le
dit brièvement. Quelle précieuse qualité! Cette Suite avait
été précédée d'une parfaite exécution de l'Ouverture du
if 01 d'Ys et de la Quatrième Symphonie de Schumann.
Les trois derniers numéros du programme : La Proces-
sion du Rocio de M. J. Turina, Ibéria de Debussy elEspana
de Chabrier étaient réunis sous le titre général: l'Espagne et
LE • MÉNESTREL
les musiciens. Je m'excuse de pénétrer ici dans un domaine
dont la chasse est réservée à notre excellent collaborateur
Laparra, mais dût notre amour-propre national en souf-
frir, il faut avouer que celui des trois qui a le mieux évo-
qué l'Espagne, c'est... l'auteur espagnol, Turina. Nous avons
trop l'habitude en France de n'envisager la musique espa-
gnole que sous la forme de musique de danse, fandango,
habanera, etc. Cela tient sans doute à ce que les Français
qui visitent l'Espagne cherchent plus à se griser de couleur
et de soleil qu'à pénétrer l'âme espagnole si complexe de
ses hérédités multiples. La Procession à Triana (Triana est
le faubourg de Séville) exprime ce mélange de gaieté, de
religiosité profonde et de rêverie mélancolique qui carac-
térise l'Espagne du sud où le passage des Maures a laissé
tant de l'Orient sensuel et mystique. Debussy, dont la sen-
sibilité était si aiguë, a traduit les impressions d'un homme
du nord sous les magnifiques nuits lumineuses de Séville
ou de Grenade ; il n'a pas rendu l'ardeur contenue, si chaude,
qui fuse des yeux andalous et que la mantille baissée tamise
à peine. Plus de musique, certes, chez Debussy; plus d'Es-
pagne chez M. Turina. Quant à VEspana de Chabrier, elle
n'a guère d'espagnol que le titre, c'est une fantaisie sur des
thèmes espagnols, mais quelle truculente fantaisie !
Pierre de Lapommeraye.
Dimanche 6 mars. — Correcte exécution de la Huitième
Symphonie de Beethoven. Première audition de deux
mélodies de M. Kcechlin : l'une commente l'Astre rouge
des Poèmes tragiques; tandis qu'à l'orchestre frémissent
sourdement « les houles léthargiques », la voix grave, bien
timbrée, soutenue, de M me Dolorès de Silvera évoque le
globe rouge de Sahil, couvant « d'un œil sanglant l'univer-
sel sommeil ». Le paysage chaotique apparaît bien à qui
écoute cette émouvante mélopée, elle-même un peu molle
comme l'art de Leconte de Lisle; pourtant n'apparaît-il pas
aussi bien à qui se contente de lire les vers? J'ai préféré la
mise en musique de Nénuphar d'Haraucourt : le facile
symbolisme de ce poème donne du moins au musicien
prétexte à une explosion finale de sentiment, que M. Kcech-
lin a bien réalisée dans la partie vocale, puis prolongée
en « râle d'amour» par un savant decrescendo de l'orchestre.
Beau succès de M. Lazare Lévy, très brillant dans la diffi-
cile Fantaisie de Schubert-Liszt pour piano et orchestre.
Raymond Schwab.
Concerts - Lamoureux
La Première Symphonie de Beethoven, l'Ouverture de
Tannhâuser et la Neuvième conduites par M. Camille Che-
villard! Joie, émotion, acclamations sans fin d'une salle
bondée. Triomphe. Beethoven fait recette. Voyons M. Che-
villard, souriez un peu malgré votre fatigue. On vous a
applaudi de si bon cœur et si sincèrement et vous le méri-
tiez si bien, vous, vos artistes et vos chœurs!
Pierre de Lapommeraye.
Concerts-Pasdeloup
Jeudi 3 mars. — Pendant qu'à l'Opéra se montait le
plancher du bal masqué et que sur les boulevards défilait
le cortège de la Mi-Carême, M. Rhené-Baton nous invitait
à nous recueillir un peu à l'écart de la foule, sur les gradins
retrouvés du Cirque d'Hiver. Il semblait que de ce retour
passager au berceau familial, l'orchestre eût retrouvé une
fraîcheur de jeunesse. M. Rhené-Baton parut moins sérieux
que sous les ors de l'Opéra, son sourire eut quelque chose
de plus amical et de moins compassé, ce qui ne l'empêcha
point de conduire avec respect et fidélité la Symphonie de
César Franck et d'enlever avec un entrain qui n'en exclut
point la netteté la Chevauchée des Walkyries qui fut rede-
mandée et que, bon enfant en ce jour de réjouissances
populaires, l'orchestre bissa complaisamment.
M. Dorson s'était taillé un joli succès personnel dans
l'Ouverture du Déluge qui a paru un peu marquée. Ce n'est
point en vain qu'on remonte aussi loin.
Samedi 5 mars. — Retour à l'Opéra. Le salut de M. Rhené-
Baton se fait plus cérémonieux, on sent qu'on est dans
un temple officiel. Aussi le concert débute-t-il par une
Suite en si mineur de Jean-Sébastien Bach. Le premier
temps rappelle à s'y méprendre le Concerto brandebourgeois
pour trompette du même Jean-Sébastien. La douceur élé-
giaque de la flûte s'est seulement substituée à l'éclat un
peu criard de l'instrument guerrier.
La flûte de M. Delangle y fit merveille comme dans les
bourrées, polonaise et badinerie qui suivirent cette ouver-
ture; un peu plus de légèreté eût été souhaitable dans les
cordes.
M lle Lucie Caffaret, toute blonde et toute mince, joua le
Concerto pour piano de Schumann, l'une des meilleures
œuvres du compositeur. La mélodie, la vie, la passion y
coulent de source et, tenu par le genre du concerto, Schu-
mann ne les a point alourdies de son orchestration massive
habituelle : l'équilibre des instruments y est soigneusement
maintenu. M lle Caffaret a enlevé avec agilité, douceur et
jolie sonorité l'intermezzo et l'allégro final faisant ressortir
avec une netteté parfaite les arabesques aériennes que le
piano dessine sur le fond de l'orchestre.
Les œuvres de M. Grassi ne sont jamais indifférentes.
M. Grassi ne se contente pas d'évoquer le pittoresque de
l'Extrême-Orient qu'il connaît si bien, il cherche à émou-
voir notre sensibilité autant qu'à exciter notre curiosité. Sa
Nuit tropicale est d'une volupté angoissante et la pensée
de l'au-delà pèse plus encore sur l'âme grisée que les lourds
parfums du sommeil de la forêt. La Procession évoque les
cérémonies funèbres célébrées lors de la mort des rois
siamois; ce doit être une notation très exacte des mélopées
qui accompagnent le cortège. Scandées par les roulements
des gongs et des tambours, elles sont très impressionnantes.
Avec un art consommé, M. Grassi, sans se laisser aller à
des dissonances faciles, a maintenu son orchestre dans des
harmonies qui entourent ces deux pièces d'une atmosphère
extrêmement fluide et enveloppante. Orchestre excellent.
Le concert se terminait par Stenka Racine de Glazounow
et par des fragments de la Damnation de Faust.
Pierre de Lapommeraye.
CONCERTS DIVERS
Audition des envois de Rome : Œuvres de M. Noël Gal-
lon, grand prix de Rome de 1910 (salle des Concerts du
Conservatoire de musique, mercredi 2 mars).
M. Noël Gallon possède un véritable tempérament de
compositeur, et le programme très varié qui vient de se
dérouler a prouvé qu'une sûre technique est chez lui
mise au service d'inspirations intéressantes.
D'abord une Suite symphonique, composée d'un Prélude,
d'une Sérénade, d'un Scherjo, d'un Nocturne et d'un
Final, nous a fait apprécier des thèmes bien présentés et
revêtus d'une orchestration chaude et colorée. Le deu-
xième et le quatrième de ces morceaux nous ont plu tout
particulièrement. Peut-être pourrions-nous reprocher à la
Sonate pour violon et piano qui leur succéda des dimen-
sions un peu exagérées, notamment dans la première
partie. Cette œuvre — fort bien exécutée par M. Georges
Enesco et l'auteur — eût assurément gagné à être conden-
sée.
Trois mélodies, chantées avec goût par M. Parmentier,
le sympathique baryton de l'Opéra-Comique, vinrent
ensuite commenter, la première, des vers de Victor Hugo :
Nuit de Juin, les deux autres des poèmes d'Albert Samain :
Soir païen et le Repos en Egypte. Ces dernières plurent
particulièrement, et par leur grâce mélodique et par
l'accompagnement orchestral tout à fait charmant.
Mais la Fantaisie pour piano et orchestre nous parut
être, soit par l'intérêt qu'en présentent les motifs, soit par
leur disposition, la meilleure des compositions de M. Noël
Galion. Ses proportions en sont heureuses, et c'est une
œuvre qui mérite d'entrer et de demeurer au répertoire de
nos concerts.
LE • MÉNESTREL
L'audition se conclut avec une Ouverture de Paysans et
Soldats, débutant par une évocation belliqueuse à laquelle
succède un thème pacifique, le tout s'achevant sur une
éloquente péroraison. L'auteur fut applaudi, et les applau-
dissements s'adressèrent aussi, comme de raison, à l'excel-
lent orchestre de l'Opéra, dirigé par M. Henri Bûsser, ce
qui revient à dire que la direction en fut irréprochable.
R. B.
M me et M lle Watto ont donné mardi I er mars à la salle
des Agriculteurs une séance intéressante, au programme de
laquelle figuraient des oeuvres des maîtres Paul Vidal et
Alexandre Georges. On fit fête aux éminents compositeurs
et à leurs excellents interprètes, notamment à M"° Ger-
maine Pouant, violoniste, premier prix du Conservatoire.
Au piano d'accompagnement, M. Paul Fiévet, qui fit
apprécier une fois de plus son intelligente musicalité.
Concert Pierre Fol. — Le jeune violoniste a donné un
concert fort remarquable. Il possède de grandes qualités
de sonorité, un style juste et sobre, un sentiment exquis.
M. Fol a joué délicieusement, avec la pointe d'archaïsme
qui convenait, une Pièce de Mozart qui lui valut un succès
très vif; dans la Sonate de Hasndel et une Romance de
Beethoven, il fut aussi très applaudi par une assistance
nombreuse et choisie.
Concert Juliette Larnpre. — M lle Juliette Lampre donna le
I er mars un récital de piano avec orchestre. Elle sut mettre
en valeur un jeu aux nuances variées et au toucher délicat
dans la Ballade de M. Gabriel Fauré, dans la Fantaisie où
M. Louis Aubert a peut-être écrit ses meilleures pages —
tantôt claironnantes, tantôt ondoyantes, avec de curieuses
combinaisons de timbres — enfin dans le Concerto de Schu-
mann que M" e Lampre exécuta plutôt froidement. L'orchestre
du Conservatoire, sous la direction de M. Gaubert, prêta son
concours. A. S.
S. M. 1. — Rarement la Société Musicale Indépendante
donna un choix d'ceuvres plus maussades qu'au cours de la
séance du 3 mars. Cette soirée de Mi-Carême, nous eûmes
le loisir de constater que la scolastique ignorait les fron-
tières et abondait autant en France que dans les pays
germaniques : un quatuor de M. Ernest Lévy, d'une austé-
rité ligneuse, empruntait à la Sonate de Liszt une forme
dramatique presque démesurée ; une Sonate pour piano et
violoncelle de M. Cellier, bien ordonnée et de construction
savante, a paru manquer cependant un peu d'originalité.
Ne passons pas sous silence les nouvelles romances de
salon de M. Léo Sachs dont l'une [le Tjigane dans la
lune) constituait un iéel morceau à surprise : un violon,
génialement caché dans la coulisse, exhalait in extremis un
air d'une fadeur lamentable. A. S.
Concert Emma Boynet. — M" E. Boynet possède une
superbe virtuosité, une grande sûreté d'attaque et une cer-
taine finesse de toucher. Il est regrettable qu'elle n'ajoute
pas à ces qualités un jeu un peu moins sec. Au cours du récital
donné le 5 mars, M Ue Boynet exécuta, outre différentes
pièces de musique moderne française et russe, une jolie
Sonate de M. Ph. Gaubert dont M. Le Roy tint élégamment
la partie de flûte. A. S.
Concert Moscovite. — M. Moscovitz, ce jeune violoniste
dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises, vient de
donner deux récitals fort intéressants. Nous y avons constaté
à nouveau de solides qualités d'intelligence, de sonorité et
de mécanisme. C'est à dessein que je n'emploie pas le mot
de virtuosité, car M. Moscovitz cherche moins à se pro-
curer un succès personnel qu'à donner une interprétation
complète des œuvres. Qu'il conserve longtemps encore
cette précieuse modestie, c'est l'accompagnement nécessaire
de la réelle valeur. M. Moscovitz doit très vite s'affirmer
comme un de nos meilleurs artistes. P. de L.
Concert Huberman. — M. Huberman s'est fait entendre
dans toute une série de concerts. Il a un mécanisme étour-
dissant, une ampleur et une pureté de son inégalables. Je lui
ai entendu jouer le Trille du Diable comme certainement
peu de violonistes peuvent le faire, mais M. Huberman vise
trop à l'effet dans les morceaux qui demandent que l'exé-
cutant s'efface devant l'auteur (telle la Sonate de Franck).
M. Huberman risque de n'être ainsi qu'un merveilleux
violoniste.
N'oublions pas M. Paul Frenkel, qui tint parfaitement
dans ces récitals l'ingrate partie de piano. E. L.
Voir à la dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Angers. — La tonalité de ré mineur fut la dominante du
dixième concert avec deux œuvres importantes : le Con-
certo en ré mineur pour piano et orchestre de Mozart et la
Symphonie en ré mineur de Franck.
Le premier, que défendit au clavier avec une virtuosité
touchante M. José Iturbi, fut longuement acclamé. Ce
jeune pianiste, doué des plus sûres qualités de délicatesse
et de précision, s'entendit rappeler à maintes reprises. Plus
grand encore fut son succès avec des pièces de Chopin,
Debussy et Liszt dont la dernière, la Campanella, exécutée
dans une forme des plus particulièrement brillantes. M. José
Iturbi est un grand pianiste.
Quant à la Symphonie en ré mineur de Franck, elle est
une des plus belles pages dont puisse s'enorgueillir la
musique française. Tout ici est grand, depuis l'apparition
des premiers accords jusqu'au triomphal enchevêtrement
des thèmes qui termine l'œuvre. M. Jean Gay, qui la con-
duisit en savant musicien, en recueillit un succès tout per-
sonnel.
Commencé par la chantante ouverture de Rosamunde de
Schubert, le concert prit fin avec Catalonia, pochade
vivante et fantaisiste d'Albeniz, un des meilleurs composi-
teurs de l'école moderne espagnole. L.-Ch. M.
Cannes. — Première représentation des Trois Mousque-
taires, l'œuvre nouvelle de MM. Henri Cain et Louis Payen,
musique d'Isidore de Lara.
Tirée du fameux roman d'Alexandre Dumas, cette pièce
prêtait à des développements musicaux variés, tour à tour
gais, tendres ou dramatiques. Le public a très chaleureuse-
ment accueilli l'œuvre et ses excellents interprètes,
MM. Maguenat, Vieuille, Trantoul, M llea Chenal, Vécart et
Symian.
Laval. — Une belle manifestation d'art vient d'avoir lieu
ici. C'est devant une jolie salle, des mieux composées, que
le compositeur Léon Moreau, prix de Rome, le violoniste
connu Emile Mendels, premier prix de Paris, et la canta-
trice Claire Galeron se sont fait entendre et triomphèrent.
Le virtuose Emile Mendels donna deux pièces de d'Am-
brosio, visant surtout à l'effet : Orientale et Humoresque;
mais c'est surtout Romance en si bémol de G. Fauré qui
mit en valeur son « phrasé » si enveloppant et si caressant.
Une Pastorale de L. Moreau et Ronde des Lutins de
Bazzini montrèrent un mécanisme étonnant se jouant des
difficultés. G. P.
Limoges. — Gismonda, continuant son tour de France,
vient d'être jouée à Limoges. Très grand succès, public
très nombreux et très emballé.
M" e Carmel (Gismonda), M. Orand (Almerio), M. Valère
Blouse (Zaccaria), M mes Clariot, Vandernoot, Berlan,
MM. Paul Cargue, Gauthier, Lambrette, Alexandre furent
des interprètes remarquables.
L'orchestre était excellemment conduit par M. Géo
Moreau.
Marseille. — Concerts classiques. — La dernière séance
avait pour principal attrait l'audition de M"" Nadia Boulan-
ger, qui tenait la partie d'orgue dans l'œuvre de sa sœur,
LE . MENESTREL
Lili Boulanger, Pour les Funérailles d'un Soldat. C'était, à
Marseille, la première audition de cette œuvre émouvante,
et qui a ému davantage encore un public averti qui regrette
la disparition prématurée d'une compositrice de cette valeur.
Au programme, également, le Concerto en sol mineur de
Haendel; Prélude et Final de Vierne; Chasse de P. Baze-
laire (première audition) ; la Danse Macabre de Saint-Saëns ;
les Danses polovtsiennes du Prince Igor.
M. Sechiari, au pupitre, dirige toujours son orchestre
avec la précision d'un artiste.
Salle Messerer. — Cette semaine, MM. André Andoli et
Georges Derbesy ont exécuté la Sonate pour piano et vio-
lon d'Albéric Magnard, une Sonate de M. Henry Février,
et la Sonate de Franck.
Majestic. — Les derniers récitals du Majectic nous ont
fait entendre M. Koubitzky, ténor, et M. Yovanovitch, pia-
niste, dans un intéressant programme de musique russe.
Et ensuite M. Marcel Hubert, violoncelliste, jeune artiste
précoce, — il n'a que quatorze ans, — élève d'André Hek-
king. M. Marcel Hubert, accompagné au piano par sa
soeur, a joué délicieusement une Sonate de Rachmaninow
et VElégie de Fauré, M Ile Hubert a ensuite joué, au piano.
Thème et Variations de Chevillard et Jardins sous la pluie
de Debussy.
Société de musique de chambre. — Toujours trois séances
par semaine, avec des programmes très variés. Citons :
M. Max d'Ollone, compositeur, dans un Trio original et
coloré; M me Mazzoli dans les Amours du Poète, de Schu-
mann; M. Lacour, clarinettiste, avec le quatuor Derbesy
dans le Quintette de Mozart; M me Francescatti, violoniste,
et M me Chaudoin, pianiste, dans la Sonate en ré de Schu-
mann; MM. Derbesy, Maurech, Rey et Botto, dans des
quatuors de Mozart et de Beethoven; M lle Paule Tempier,
violoniste. M me Jeanne Auquier, pianiste, et M. François
Jean, hautboïste.
Les Théâtres. — Les théâtres, après avoir souffert un peu
de la « crise », paraissent avoir retrouvé leur prospérité.
Les Variétés continuent à donner d'excellentes représenta-
tions d'opérettes du répertoire et trois représentations par
semaine d'opéra-comique; le Grand Casino donne des
reprises parfaites et somptueuses d'opérettes à grand spec-
tacle, comme les Saltimbanques, qui sont un gros succès.
Au Gymnase, c'est la comédie. Et les music-halls jouent
des revues. Mais ceci sort de notre cadre.
Emile de Vireuil.
Montpellier. — Très belle représentation devant une salle
comble de Ninon de Lenclos, le drame lyrique de Louis
Maingueneau. Les interprètes (qui avaient déjà joué la
pièce à Bordeaux), M lle Marie Tissier, MM. Lemaire et
Raynal, obtinrent un succès complet, ils furent rappelés
plusieurs fois par un public très chaud, qui a tout particu-
lièrement apprécié la variété, le charme de cette musique
à la fois savamment écrite et agréable à entendre.
La mise en scène de M. Raveau, régisseur, était remar-
quable de vie, d'exactitude et de goût.
M. Bergalonne a particulièrement bien dirigé l'orchestre.
Nice. — Au Casino Municipal un grand concert de
musique moderne sous la direction de M. Henri Rabaud.
Au programme son admirable Symphonie en mi mineur.
Succès triomphal pour l'andante et le scherzo.
— A l'Opéra, excellente reprise de Marouf, sous la
direction de l'auteur avec M. Francell et M lte Saïman. A la
fin du deuxième acte le maître dut paraître en scène, rap-
pelé trois fois.
— Création de Melit^a, ballet en un acte de M. Tasse-
rieu, musique de M. Heim.
Les femmes peuvent-elles aimer d'amour et demeurer
insensibles aux bijoux, aux parures? Melitza prouvera que
oui en dédaignant les présents d'un vieillard qui la veut
séduire et elle tombera dans les bras du prince jeune et
beau qui usa de ce stratagème pour éprouver sa vertu.
Musique suivant la coupe ancienne des ballets; mais bien
rythmée, entraînante et aimable. Costumes signés Pascaud
aussi beaux que luxueux. Partie chorégraphique impeccable
et brillamment enlevée par M lles Lucy Maire et Engel et
M. Céfail, maître de ballet.
— Au Casino, création de Petit Conte d'antan, un acte
en vers du charmant poète Emile Boucher. Agréable
musique de scène du bon pianiste Trousset. Excellente
distribution : M Ues Suzanne Demay et M. Mathis.
— Au Casino, splendide représentation des Contes
d'Hoffmann avec l'acte de Venise qui n'y avait jamais été
représenté.
Un décor d'un charme prenant, très belle mise en scène.
Interprétation parfaite avec M me Ritter-Ciampi, MM. Fon-
taine et Combes, M lles Guiddi et Cortot.
Orchestre sous la direction du maître Jacques Miranne.
— A la Jetée-Promenade, création à Nice de S. A. R.
(Son Altesse Royale), opérette de MM. Xanrof et Charnel,
musique de M. Ivan Caryll.
Livret tiré du fameux Prince Consort joué jadis à l'Athé-
née, mis en musique et créé à Paris, en 1908, par Margue-
rite Deval et Cazalis. Fort bien interprétée par MM. La-
roche et Chambéry, M mes Dalbe et Malbos.
H. de Cousmont.
Rennes. — Soirées Georges Enesco. — Le célèbre violo-
niste roumain, le roi des violonistes, Enesco est venu ici,
et, comme César, il pourrait dire : Veni, vidi, vieil La
première soirée avait lieu au théâtre avec l'orchestre du
Conservatoire, dirigé de main de maître par M. J.-B. Ga-
naye. Le Concerto en mi de Bach et le Concertstïtck de
Saint-Saëns valurent des ovations sans nombre au maître
Enesco.
M me M. Carmel, très à l'aise sur cette scène qui lui est
familière, chanta avec art deux mélodies de Léon Moreau
et la romance de la Damnation de Faust; elle obtint un
joli succès. Cette artiste doit se révéler bientôt, ici, dans
l'héroïne de la passionnée Sapho de notre grand Massenet.
On applaudit encore, par l'orchestre, la Symphonie en la
de Beethoven et l'Ouverture d'Obéron. Une suite sympho-
nique sur l'Aphrodite de Pierre Louys, écrite par M. Lar-
rieu, venu exprès d'Angoulème pour diriger son œuvre, ne
transporta pas les foules.
— La deuxième soirée avait lieu au Cinéma-Pathé :
Enesco et le jeune pianiste russe Léon Karlun tenaient tout
le programme; le succès, si cela est possible, fut encore
plus grand que la veille. A la fin de la soirée la salle, bon-
dée, était debout, haletante, et c'est avec grande peine que
les deux éminents artistes purent sortir de scène. G. P.
Rodez. — Poursuivant son œuvre de vulgarisation musi-
cale dans le Rouergue, M. Faure-Muret, violoniste, direc-
teur-fondateur de la Société philharmonique de Rodez,
vient de donner dans cette ville un très intéressant concert
avec le concours de M Ue Artus, pianiste, de M. Biberon,
clarinettiste, et M. P.-L. Neuberth, l'excellent altiste des
Concerts-Colonne, protagoniste de la « viola alta ».
L'accueil flatteur qui fut fait à M. Faure-Muret et à ses
artistes est de bon augure pour l'avenir musical d'une
région jusqu'ici peu privilégiée en manifestations artis-
tiques.
Saint-Brieuc. — Soirée Mendels. — Dans la grande salle
de l'Hôtel de Ville, sous la présidence d'honneur de
M. Tardif, préfet des Côtes-du-Nord, le délicat virtuose
■Emile Mendels a donné un concert fort réussi avec le con-
cours de M" e Claire Galeron et du compositeur-pianiste,
grand prix de Rome, Léon Moreau.
Soirée de grand art. P. G.
Strasbourg. — Dirons-nous qu'en cette année d'anniver-
saire et de commémoration dantesques il y avait une cer-
taine actualité à nous offrir le Dante de Liszt? Cette sym-
phonie, d'après la Divine Comédie, pour orchestre et chœur
de femmes tint la plus grande place au septième concert
LE • MENESTREL
d'abonnement (23 février), sans qu'on puisse dire qu'elle en
fut la pièce de résistance. Tout ce déchaînement de moyens
ne fait pas, en somme, grand effet : une présentation aussi
ostentatoire des horreurs infernales et des affres du Purga-
toire illustre une époque de la musique — celle de « l'in-
flation » romantique — plutôt qu'elle ne satisfait l'instinct
musical ou l'inquiétude religieuse. Non qu'il y ait des épi-
sodes de premier ordre dans la partition de Liszt; le motif
de la malédiction éternelle dans l'Enfer, la fugue du
remords dans le Purgatoire et le Magnificat libérateur sont
en eux-mêmes des thèmes d'une belle efficacité : c'est
l'exubérance de l'amplification et la verbosité instrumentale
qui les perd, ne laissant jamais à l'oreille l'occasion d'une
jouissance en profondeur et en intensité.
Dans la première partie du même concert, les Nocturnes
de Debussy, et surtout Fêtes, plus rythmiques, plurent par
leur complexe impressionnisme. La bizarrerie archaïque
de la Sarabande de Roger Ducasse a bien son charme.
Mais le franc succès fut pour le Poème pour violon et
orchestre de Chausson, interprété par M. Soudant, profes-
seur au Conservatoire, dans la manière sobre et pleine qui
est la sienne. Pour ceux qui entendirent Ysaye, en décem-
bre 1896, donner à Nancy la primeur de cette oeuvre si
largement bâtie, il n'y eut pas l'ombre d'une comparaison
qui pût desservir l'excellent artiste que le Conservatoire de
Strasbourg s'est attaché : dans son enseignement, dans les
séances de musique de chambre, à son pupitre des concerts
symphoniques, il fait preuve des mêmes sûres qualités de
technique sobre et de juste interprétation.
— Le grand événement de la vie théâtrale, cet hiver, à
Strasbourg, à été la « création » du Pays de M. Ropartz,
annoncé dès l'an dernier par M. Villefranck, attendue
impatiemment par les amateurs, d'avance déprécié par des
prophètes de mauvais augure. Leurs prédictions furent
vaines, et la soirée du 25 février, au Théâtre Municipal, a
certainement marqué dans les annales de la cité une date
qu'il faudrait rapprocher, pour donner à la chose son sens
complet, d'une certaine « première » de M. Pfitzner, le
prédécesseur allemand de M. Ropartz, que certains Stras-
bourgeois se rappellent bien. Il va de soi que le Pays,
avec son peu d'action extérieure, le resserrement du drame
entre trois personnages seulement, l'absence de toute enjo-
livure accessoire, ne captivera jamais le grand public. Mais
y a-t-il rien de plus significatif et de plus révélateur, pour
ceux qui de bonne foi savent réfléchir et comparer, que
cette sobriété presque austère où la musique française
s'était haussée dans ses meilleures productions d'avant-
guerre, et l'extériorité où se jetaient de leur côté les
« maîtres de l'heure » dans la musique d'outre-Rhin? II
faudra bien que l'on comprenne quelque jour l'espèce
d'épuration par laquelle avaient passé, dans le dédain des
consécrations vulgaires, certaines des meilleures activités
de la France, la musique en particulier : que ces riches
essences s'épanouissent en parfums, le moment venu, il n'y
a rien là que d'équitable et de réconfortant.
Quoi qu'il en soit, ce poème de la nostalgie bretonne a
paru éclairer d'une lumière nouvelle l'œuvre presque
entière de M. Ropartz et lui donner une sorte d'unité. En
même temps sa tendance à intensifier les sentiments en les
étalant plutôt qu'en les concentrant s'est illustrée d'une
vérification scénique évidente : il y a toujours, pourrait-on
dire, de la Cantilène dans le développement de son expres-
sion musicale. Mais comme cette solide trame orchestrale,
cette justesse et cet à-propos dans l'instrumentation et
dans l'emploi des voix ont témoigné d'un mérite que les
sourds volontaires pouvaient seuls contester! La scène du
serment et celle de la bénédiction, le poignant épisode :
« Je resterai toute la nuit près du foyer », la symphonie
accompagnant les songes de Tuai, le pathétique du dénoue-
ment, enfin, ont prouvé quelle souplesse d'inspiration pou-
vait animer la pensée musicale de l'auteur. M me Mancini,
— qui, Didon dans les Troyens à Carthage, Kœthe dans
le Pays, est décidément vouée à des abandons de naviga-
teurs — MM. Verdier et Petit, l'un quelque peu apprêté
dans sa gaucherie prétendue, l'autre évoquant d'abord un
pasteur puritain autant qu'un chasseur islandais, ont fort
bien secondé le maître, qui dirigeait lui-même son oeuvre
et fut l'objet d'ovations répétées : il s'y mêlait une vibrante
gratitude à l'égard de l'homme qui depuis deux ans main-
tient son effort, sa bonne grâce et son talent au service
d'une cause qu'il ne laisse pas glisser dans le brouillard de
ce qu'on appelle parfois le « malaise alsacien ».
— M. Petit, offrant ainsi dans la même semaine un bel
exemple de multiple adaptation, a donné le 2 mars un réci-
tal de musique vocale avec le concours de M. Max d'OIlone.
Sauf dans le Voyageur de Schubert, où l'on attendrait
plus de naïveté sentimentale, la voix de M. Petit s'est pliée
au répertoire le plus varié, depuis le raccourci d'épopée
des Deux Grenadiers jusqu'au Noël des Enfants qui n'ont
plus de maison de Debussy (d'une naïveté un peu artifi-
cielle, avouons-le), en passant par l'exquis badinage de
Fauré dans Mandoline, l'imprescriptible Invitation au
Voyage et diverses œuvres de compositeurs présents : la
Science de M. Chevaillier, la Belle au Bois dormant de
M. Erb, le Chêne gaulois de M. Bonnal et les Quatre
Poèmes à la Henri Heine de M. Ropartz. M. d'OIlone, au
piano d'accompagnement, se trouva parfois couvert par
l'intensité d'émission du chanteur : lui-même se meut si
naturellement dans le suave et le délicat! Les sept parties
de son In Memoriam ont tant de grâce dans la mélancolie!
De fait, le regret de Tennyson pour a un Ami » semble se
muer ici, par une subtile alchimie, en un autre souvenir,
celui d'une amie perdue. Oui, c'est là notre foi, la partie
centrale de l'œuvre, en quelque sorte, évoquerait aussi bien
la tendresse que l'amitié : ce n'est qu'une nuance, mais
caractéristique. Fernand Baldensperger,
Professeur à la Faculté des Lettres
de Strasbourg.
Toulon. — Le huitième concert de la Société du Conser-
vatoire fut exceptionnellement brillant. L'illustre pianiste
Risler a donné un récital comprenant Deux Sonates de
Beethoven (op. 26 et op. 53). Cette dernière devient sous
ses doigts une « Aurore » d'une limpidité merveilleuse, qui
est éclairée des rayons du beau soleil de Provence.
Vinrent ensuite un Prélude, une Mazurka, une Valse et
le Scherzo en si bémol mineur de Chopin, Soirée dans
Grenade (Debussy), VIdylle de Chabrier, Bourrée pour la
main gauche seule, de Saint-Saëns.
Et, pour clôturer un si beau programme, la 1 I e Rhapsodie
de Liszt fut jouée avec un prodigieux mécanisme, qui fit
acclamer le sincère et admirable interprète. Trois rappels
d'une salle enthousiaste.
Remerciements au directeur de notre Ecole nationale,
M. Grégoire, qui nous fait entendre des maîtres réputés à
chaque concert. L. E.
Le Mouvement musical à l'Étranger
ANGLETERRE
Londres, en ce moment, n'a pas d'autres spectacles
d'opéra que les représentations populaires de l'Old Vie où
l'on a joué la Traviata. Covent-Garden n'aura pas de sai-
son d'été. Ses portes ne s'ouvriront à l'opéra qu'en
automne.
— Aux programmes des concerts provinciaux de ces der-
nières semaines nous avons relevé les noms de Saint-
Saëns, Gounod, Florent Schmitt, Massenet, Messager,
P. Dukas, Berlioz, Grétry, Weckerlin, Fauré, Debussy,
Charpentier, Ravel, Godard, Franck. C'est une revanche
sur les semaines précédentes.
— D'un intéressant article de E.-J. Dent, dans The
Nation and the Athenœum (c'est le titre modifié du vieil
Athenœum), on peut conclure qu'il est plus difficile aux
LE • MENESTREL
jeunes musiciens d'Allemagne qu'à ceux d'Angleterre ou
qu'aux nôtres de se faire entendre dans les concerts. Ils
ont d'ailleurs, paraît-il, une « peur bleue » de la critique,
restée chez eux tyrannique et pédantesque.
Dent constate, d'autre part, que les arts en Angleterre,
et notamment l'art musical, sont toujours d'une centaine
d'années en retard. « La musique, dit-il, n'est encore, chez
nous, que l'apanage aristocratique et traditionnel d'artistes
qui, les yeux fixés sur les modèles classiques, ne conçoi-
vent pas la nécessité d'une évolution. » Dent ne méconnaît
pas les efforts de la jeune école anglaise dissidente. Mais
il craint que, s'étant affranchie du sentiment (nous pensons
bien que Dent prend ici ce mot dans son acception dange-
reusement banale), elle n'aille maintenant se perdre dans
les frivoles subtilités de la technique d'orchestre. Il vou-
drait, qu'à l'exemple de l'actuelle musique allemande, elle
se tournât, pour s'en inspirer, vers l'idéalisme philoso-
phique.
— Au Queen's Hall, la Cinquième Symphonie de Sibe-
lius fut exécutée sous la direction de l'auteur et chaude-
ment applaudie par une salle comble. Les oeuvres de ce
compositeur se distinguent, dit la presse, par une sobriété
qui ne va pas sans quelque sécheresse.
— A Hastings, festival de musique anglaise. La Rapsodie
galloise d'Edward German y fut particulièrement goûtée.
— L'Ecole de Glastonbury, faute de ressources suffi-
santes, a dû se fermer. Nous avons souvent parlé de ses
festivals d'opéra où M. Broughton, son directeur, a fait
preuve de la plus ingénieuse activité. Les dernières repré-
sentations ont été données à Glastonbury, Bath, Burnham et
Bristol. On y a joué le Bethléem de Broughton.
Maurice Lena.
BELGIQUE
Liège. — Après la distribution des prix du Conservatoire,
où l'on eut l'extrême plaisir d'entendre la Fantasia appas-
sionata de Vieuxtemps, jouée à ravir par Hector Clockers,
violoniste médaillé, actuellement élève de G. Remy au
Conservatoire de Paris, le Concerto oriental de Saint-Saëns,
exécuté par M" e A. Nagelmackers, pianiste médaillée, et la
Légende de Béatrice, cantate de René Barbier, premier
prix de Rome, élève de Sylvain Dupuis, œuvre pleine de
charme et révélant un tempérament dramatique, le Con-
servatoire a donné son second concert, le i5 janvier, avec
le concours du violoniste Bronislaw. Huberman. Cet émi-
nent virtuose a interprété avec une rare perfection, une
finesse et une distinction inouïes le Concerto en ré de
Beethoven. Cet artiste, dans toute l'acception du terme, a
conduit la pensée de l'auditoire dans les hautes cimes de
l'art. L'Adagio en mi majeur, la Clochette de Paganini, la
Gavotte de Bach et le Nocturne de Chopin furent autant
de merveilles révélées par l'âme d'un maître incontesté du
violon. Son succès fut grandiose et laissera trace dans la
mémoire des auditeurs. L'orchestre, sous la minutieuse
direction de Sylvain Dupuis, a mis en valeur une Sympho-
nie en ut mineur de Charles Radoux, solidement construite
et au plan clair comme un beau malin d'avril, la Rapsodie
espagnole de M. Ravel, très colorée par le chaud soleil du
midi et la rutilante ouverture de Gwendoline de Chabrier.
— Le troisième concert du Conservatoire eut lieu le
19 février avec le concours de Jean du Chastain, pianiste,
professeur à notre grande école de musique. Il s'est montré
interprète fidèle et exécutant remarquable des Concertos en
sot majeur de Beethoven et en la majeur de Liszt. Les
applaudissements de l'auditoire l'obligèrent à donner plu-
sieurs bis. L'orchestre, intelligemment conduit par Sylvain
Dupuis, a exécuté la Symphonie n° 4 en ré mineur de
Schumann, la Péri de P. Dukas et Benvenuto Cellini
(ouverture) de Berlioz.
— La deuxième audition d'élèves du Conservatoire
(23 janvier) comportait l'exécution de la Suite en ré majeur
pour deux hautbois, trois trompettes et cordes de J.-S. Bach,
la Symphonie en si bémol de J. Haydn, la Sonate en mi
mineur de Haendel, par J. Potier (flûtiste), l'air de Sabinus,
de Gossec, par L. Grosjean. H. Weiant et M. Raskin, deux
jeunes violonistes, se taillèrent un beau succès dans la
Symphonie concertante de Mozart. M. O. Dossin, profes-
seur au Conservatoire, dirigeait l'audition.
— La troisième audition (27 février) conduite par Léopold
Charlier, professeur au Conservatoire, permit d'entendre la
Quatrième Symphonie de C. Ditters von Dittersdorf (1739-
1799) d'après les Métamorphoses d'Ovide, où le hautbois de
L. Dickenscheid soupira à souhait les plaintes d'Andro-
mède; la Symphonie en ut mineur de J. Haydn. M" e Clara
Martin fit valoir sa jolie voix dans V Enlèvement au Sérail
de Mozart, la Rose sauvage de Schubert et Premiers
Bourgeons de Schumann ; Louis François, violoniste mé-
daillé, élève de L. Charlier, a exécuté avec une grâce char-
mante le Troisième Concerto en sol majeur de Mozart.
Belle sonorité et technique éprouvée. Il fut largement
applaudi.
— D'autres concerts intéressants ont eu lieu. Le 19 jan-
vier, le quatuor Charlier, O. Lemal, J. Rogister, A. De-
chesne et M llc G. Lejeune, pianiste, ont donné une remar-
quable exécution du Poème de Gabriel Dupont pour piano
et archets, du Quatuor en fa majeur de M. Ravel. L. Char-
lier^'ioloniste, et M" c G. Lejeune ont ensuite traduit avec
ferveur le sentiment profond qui se dégage de la Sonate
en sol majeur de G. Lekeu.
— Signalons aussi le concert donné le n février, au
Théâtre Royal, par Charles Radoux. Au programme :
Quatrième Concerto en ut de Saint-Saëns; Poème pour
soprano, harpes et cordes (première audition) de Charles
Radoux; Variations pour piano et orchestre (première
audition) de Charles Radoux; Concerto en mi bémol de
Liszt, avec le concours du pianiste A. Braïlowsky.
— Enregistrons enfin les succès des nombreux récitals
organisés par l'éditeur Guilleaume. Armand Massau.
Anvers. — Les deux derniers concerts à la Zoologie ont
mérité toute notre attention. Le violoncelliste Robert
Livin, de Paris, s'est fait entendre et fut surtout applaudi
dans la Source de Cari Davidofl. Ce numéro fut bissé, et,
au point de vue de la technique, ce succès fut très légi-
time. La pièce de résistance était le Poème dramatique
de Vincent d'Indy d'après la trilogie de Schiller. Nous
y trouvons l'influence de Wagner et, en particulier, de
Lohengrin. L'interprétation de l'orchestre était très artis-
tique. Phèdre, la belle œuvre passionnée de Massenet
figurait également au programme.
Au concert suivant, nous avons admiré la Fantaisie de
Claude Debussy, les Variations symphoniqties de César
Franck et l'Ouverture du 3° acte de Tristan et Yseult de
Wagner.
— La représentation du Barbier de Séville de Rossini, le
22 février, fut un triomphe pour le ténor David, de l'Opéra-
Comique, ainsi que pour Huberty. Inutile de dire que la
représentation était très soignée à tout point de vue. Le
même jour eut lieu une soirée musicale consacrée à
Grieg.
— Le festival Beethoven se composera de six grands
concerts symphoniques qui auront lieu les 5, 12 et 19 mars,
les 2 et 17 avril et le 7 mai.
Gand. — Vendredi 25 février première représentation de
l'œuvre inédite : ht Route d'Fmeraude de A. de Boeck.
J. Bessier.
ESPAGNE
Madrid. — L'administration du théâtre Real prévient le
public que le Tannhàuser et le Lohengrin, chantés par la
troupe allemande, diffèrent de la version italianisée à
laquelle on est habitué ici. Cet avertissement donne la
mesure des altérations que, selon les climats et les habi-
tudes, subissent les œuvres, alors que le goût local devrait,
au contraire, tendre à s'assimiler les productions étrangères
dans leur intégralité.
LE • MENESTREL
— Sous l'égide de Pérez Casas, les énergies de la
a Filarmonica » s'exercent dons les directions les plus
variées delà musique actuelle. L'un de ses récents concerts
était entièrement consacré à l'école russe. Rimsky-Korsa-
koff et Borodine y figuraient, ainsi que Scriabine avec son
Divin Poème en première audition. Dans la séance précé-
dente, on avait entendu VIbéria de Debussy. Le public n'a
manifesté qu'un enthousiasme limité.
José Forns le lui reproche vivement et lui conseille de ne
pas prendre trop sérieusement sa mission de juger des
oeuvres consacrées dans le monde entier. Je crains que
l'avis ne fasse pas grand effet à Madrid où le peuple s'en
remet plus à son instinct qu'à son éducation. A-t-il tort ou
raison? « That is the question! a dirait don Guillermo
Shakespeare. Raoul Laparra.
HOLLANDE
Au dernier concert de la « Madrigal Vereeniging » d'Am-
sterdam, on a entendu, outre la Bataille de Marignan de
Jannequin, VAve. Veruin de M. Guy Ropartz, le Lamento
de M. P. Le Flem, les Cloches s'envolent, de M. R. Bonheur,
et Nicolette de M. Maurice Ravel.
— La Société Bach, de Rotterdam, vient d'exécuter la
Passion selon saint Jean.
— Le mercredi 2 mars, M. Evert Cornelis a donné, dans
l'église luthérienne du Spuj, à Amsterdam, un récital d'orgue
consacré aux œuvres de César Franck.
— La section de La Haye de l'Association pour le progrès
de la Musique met à ses prochains programmes le troisième
acte des Maîtres Chanteurs, la Messe en ut mineur de
Mozart, le Benvenuto Cellini de Berlioz et l'Enfant pro-
digue de Debussy.
— Le quatuor Poulet effectue présentement une tournée
de concerts en Hollande. Jean ChAntavoine.
ITALIE
Rome. — Le cycle de concerts donné par le quatuor du
professeur Zimmer de Bruxelles et consacré à Beethoven
se poursuit avec un noble succès.
— Au Quirino, salle comble pour la reprise de la Bel/a
Elena, montée par la compagnie Davico-Fineschi. Le
chef-d'œuvre d'Offenbach, une lois de plus, a suscité la
bonne humeur, le rire et les plus joyeux applaudissements.
— Au Morgana Gardenie Park, la nouvelle opérette du
maestro Falghcri, a reçu le meilleur accueil.
— Au Costanzi, Geneviève Vix se fit acclamer dans
Manon. Son succès était doublement mérité par son talent,
par son courage. Un accident, en effet, lui survint la veille
de la première : l'éclatement d'une lampe à alcool qui lui
causa de sérieuses brûlures. Sans écouter les conseils de
ses amis accourus, la charmante et vaillante artiste, à
l'heure dite, incarnait l'héroïne de Massenet, au milieu
d'applaudissements enthousiastes.
Que M"' Vix trouve ici nos souhaits de guérison.
M" Vix suscita également, dans Salomé, œuvre de
Strauss, comme chanteuse et comme danseuse, les plus
udmiratifs éloges.
— Les concerts se succèdent à Rome avec une abondance
telle que nous ne pouvons les mentionner tous.
Entre les plus intéressants, citons celui du violoniste
Mario Corti et du pianiste Francesco Baiardi dans la sala
Sgambati»; celui de la jeune pianiste Nina Borelli; celui de
la pianiste Augusta Coen, comprenant un important pro-
gramme de musique italienne, ancienne et moderne.
Parmi cette dernière, relevons des œuvres de Sgambati,
Martucci, A. Gasco, M. E. Bossi et Rendano. que l'inter-
prète rendit à la perfection.
Ferrare. — Au Verdi, excellent accueil pour la Calabrese,
le nouvel opéra du maestro Poli.
Milan. — Première au Fossati par la compagnie Lom-
bardo Kde l'Ambasciatrice Leni, opérette en trois actes de
Léo Ascher.
— Le Dal Verme, après une série de représentations du
Barbicrc di Sit-iglia, reprend la Dejanice de Catalani sous
la direction du maestro Ferraris.
Les principaux interprètes sont la Mazzoleni, Mafalda de
Voltri, Luigi Abbate, Enrico Roggio et Fernando Antori.
Naples. — Le succès de Parsifal au San Carlo est consi-
dérable, malgré quelques imperfections dans la mise en
scène. L'interprétation, sous la direction de Weingartner.
réunit tous les suffrages. G.-L. Garnies.
SUISSE
flenève. — Salle du Conservatoire. — Le Concert Michc-
Faller. — M. Miche, professeur de violon au Conserva-
toire, a eu une excellente idée. Il s'est servi d'un petit
orchestre à cordes pour accompagner les Concertos de
Tartini et de Vivaldi. Ils furent interprétés par le vio-
loniste avec une sobre et simple franchise. M. Paul Miche
montra une fois de plus le style et les sérieuses qualités
que nous lui connaissons et qui sont plus de réflexion et de
travail que d'émotion. M. Faller dirigeait avec précision
l'orchestre. Il fit entendre le Prélude et Fugue en lamineur
de J.-S. Bach. La Fantaisie op. i3 de César Franck, qui
contient de charmantes choses, mais dont l'allégretto can-
tando a bien des redites, fut très bien interprétée. J'ai
infiniment goûté l'interprétation de la Fantaisie en ut
majeur de César Franck, où M. Faller parut plus maître
de lui et où il trouva de charmantes combinaisons sonores,
surtout pour l'adagio final. M. Faller, ainsi que M. Miche,
furent très applaudis.
Au Grand-Théâtre. »— Soirée de danses Sakharoff. — De
grandes tentures bleues, un vaste tapis orange, c'est le
cadre où pendant quelques instants les deux très grands
artistes que sont Clotilde et Alexandre Sakharoff ont fait
passer d'admirables visions. Il est difficile avec des mots,
de simples mots, de rendre l'ensemble d'un tel spectacle,
dont chaque détail concourt à la réussite de l'ensemble,
richesse inouïe des costumes n'excluant pas l'originalité,
compréhension parfaite du mouvement musical, d'autres
avant nous ont dit combien les Sakharoff avaient su faire
de la danse une forme d'art supérieure. Ils avaient en
M. Lidus Klein, violoniste, cl M. Karr, pianiste, d'indis-
pensables et précieux collaborateurs.
Le douzième concert symphonique populaire de l'Or-
chestre Romand. — Le programme de ce concert, consa-
cré à la a musique légère »,nous présentait un petit mani-
feste pour justifier son idée. Excellente idée que l'on
aurait pu dès longtemps mettre à exécution; la joie de
l'auditoire le prouve. Au programme : l'Ouverture de Fle-
dermaus de Strauss, la valse du Beau Danube bleu, les airs
de ballet de Rosamunde de Schubert et l'Ouverture d'Abu-
Hassan de Weber. Pour la seconde partie, de la musique
moderne : Musique à deux sous, de Dupérier, Bœuf sur le
toit de Darius Milhaud, Cinéma-Fantaisie sur des airs sud-
américains. La jolie et gaie ouverture des Joyeuses Com-
mères de Windsor, terminant plus rationnellement le
concert.
Le Récital de M. Brailowsky. — Voici un pianiste excep-
tionnellement doué au point de vue technique et auquel il
manque bien peu de chose — dans le domaine de l'expres-
sion — pour devenir un interprète de tout premier ordre.
Dans son exécution, tout est en place et à la bonne place,
tout est clair; nulle confusion, nulle faute de goût ne
dépare son jeu. Son programme comprenait, à part un seul
numéro, des œuvres romantiques hautes en couleur. Après
le Concerto italien de Bach, présenté avec un goût parfait
et une précision n'excluant pas la délicatesse, le pianiste
aborda la grande Sonate de Liszt. Il y fut magnifique,
sachant garder un dramatisme sobre et un lyrisme expres-
sif. Les œuvres de Chopin (Nocturne, Valse, Polonaise)
furent mises tout à fait artistiquement , en relief. Pour ter-
miner, des Préludes fort intéressants de Scriabine, d'un
mystique romantisme, et inspirés de Chopin, une Étude de
Stravinsky et la rutilante Fantaisie orientale Islaméy, de
Balakirew, très brillamment enlevée, avec une très claire
LE« MÉNESTREL
mise en relief de tous les plans et thèmes, et une étourdis-
sante virtuosité.
Saint-Gall. — Le Théâtre de Saint-Gall, qui nous donne
d'excellentes interprétations d'œuvres lyriques, possède
également une troupe de comédie. Elle vient d'interpréter
remarquablement VEgmont de Gœthe avec le commentaire
musical de Beethoven. Après avoir joué la Média de Grill-
partzer, Au delà des forces humaines, de Bjornson, elle
prépare une première, celle de la Couronne secrète, la der-
nière tragédie d'Emmanuel Bodman.
La Musique suisse à l'Étranger. — Arthur Nikisch a
inscrit la Symphonie eu ut de M. V. Andreae aux pro-
grammes des concerts du Gewandhaus, à Leipzig.
Geo. A. Gogniat.
ÉTATS-UNIS
Au Manhattan, seconde représentation de Monna Vanna,
aussi chaleureusement accueillie que la première. Même
ovation à Muratore et Mary Garden. Georges Polacco qui,
cette lois, dirigeait l'orchestre, a partagé leur triomphe; il
a dû paraître sur la scène à leurs côtés.
A ce même théâtre : l'Amore dei tre re avec Mary Gar-
den, profondément émouvame dans le rôle de Fiord, les
Joyaux de la Madone, le Barbier de Séville et Roméo et
Juliette avec Muratore, incomparable Roméo, Dufranne,
Paillard et Colreuil.
— Au récital de Miss Taylor, écouté, l'autre soir, avec la
plus grande faveur, à lVEolian Hall, figuraient plusieurs
compositeurs français : Duparc , Nadia Boulanger,
Alexandre Georges, Fauré, Leroux.
Mabel Garrison, la soprano fameuse du Metropolitan, a
fait également une place à la musique française (Saint-
Saéns et Debussy) dans son récital annuel du Carnegie.
— Padcrewski est à New-York. 11 n'y restera que quel-
ques jours. II ira s'installer ensuite dans son rancho cali-
fornien de Paso Robles. Comme il représente encore la
Pologne à la Ligue des Nations, il sera de retour en Europe
pour la réunion de septembre.
Il a 05 ans. Il désire se reposer. L'estrade ne le reverra
plus.
— James Gibbons Iluneker, le critique d'art et critique
musical du World, vient de mourir. Il avait une autorité
considérable. Dans le dernier article qu'il ait écrit, Ilune-
ker exprimait le désir qu'on reprit à New-York la Salammbô
de Reyer avec Mary Garden dans le rôle principal.
— Au Metropolitan, reprise de Manon, avec Géraldine
Farrar. Louise, à chaque représentation, retrouve son
beau succès de la première. Albert Wolff dirige ces deux
ouvrages.
Eugène Onéguine de Tschaïkowsky et le. Mefistofele de
Boïto sont également donnés à ce théâtre. Nouveau
triomphe de Lucrezia Bori dans Paillasse.
— Sous la direction de P. Monteux, exécution, à Bos-
ton, d'une Suite [d'orchestre de Strauss, extraite de son
opéra le Bourgeois gentilhomme. Maurice Lena.
Le " Détroit Symphony Ensemble » a donné le 3o jan-
vier le Double Quintette de Théodore Dubois. Celte œuvre,
écrite en 1909, pour la a Decem » de Paris, a obtenu en
Amérique le plus grand sucées. Elle fut d'ailleurs admira-
blement jouée par les artistes du - Détroit Symphony
Orchestra ».
De notre correspondant de New-York :
L'Opéra de Chicago, toujours bienveillant pour notre
répertoire, donna le soir du 9 lévrier Roméo et Juliette,
avec M. Muratore et M 1 ™ Galli-Curci, récemment engagée
ou Metropolitan Opéra House pour la saison prochaine.
La cantatrice italienne, en dehors de son timbre d'une
beauté incomparable et son jeu exquis, nous émerveilla
par une dielion presque irréprochable. M. Muratore fut
applaudi dans le rôle de Roméo, où déjà, dans les saisons
passées, il laissa une impression inoubliable. N'oublions
pas M. Hector Dul'ranne dans Capulel et Edouard Colreuil
dans le rôle du prieur Laurent. M. Constantin Nicolay se
montra un véritable duc de Vérone. Au pupitre toujours
un chef d'orchestre italien.
■ — Malgré les protestations italiennes, M"° Garden, en
vaillante admiratrice de nos œuvres, continue de les placer
au même rang que le répertoire italien. Nous entendîmes
Carmen le 14 février, suivie par une éclatante reprise de
Lakmé. avec M mc Galli-Curci, la cantatrice italienne. Douée
d'un timbre unique et d'un jeu gracieux, M me Galli-Curci
enleva les suffrages d'une salle comble qui la rappela plu-
sieurs fois. M. Tito Schipa se montra un excellent Gerald
et tout à fait digne de sa distinguée partenaire. Bien qu'ita-
liens, ces deux artistes jouèrent en français pour ainsi dire
sans le moindre accent.
— Au Manhattan Opéra House, M lle Garden parut dans
le rôle de Jean dans le Jongleur de Notre-Dame. Inutile de
dire à nouveau qu'elle fut une interprète idéale. Nous
entendîmes M. Hector Dufranne dans son rôle favori de
Boniface et M. Edouard Cotreuil dans le rôle du prieur.
— Le 1S lévrier Manon, avec M» c Yvonne Gae toutes les Nations
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4429. • 84" Année. - N° II.
Paraît tous les Vendredis.
.Vendredi 18 Mars 1921.
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FONDÉ -EN- 1833
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LE-MENESTREL
MUSIQUE • ET- THEATRES
DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTEUR.
DE183341ÔÔ3
J.L. HEUCEL"
DIRECTEUR,
DE-I8.83À1914
HENRIHEUGEL
SOMMAIRE
Gabriel Dupont. - Souvenirs. .
La Semaine Musicale :
Opéra : Antar
HENRI COLLET
La Semaine dramatique :
Théâtre des Champs-Elysées :
Concert de Danses.
'Chaud d'Habits. - Le Chauffeur. J,-H, MORENO
Apollo : Arlequin P. SAEGEL
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire . .
. . P.OE'.LAPOMMERAYE
Concerts-Colonne S P.OELAPOMMERAYE
/ RENÉ BRANCOUR
Concerts-Lamoureux RAYMOND SCHWAB
Concerts-Pasdeloup G-L. GARNIER
♦ ♦
SUPPLÉMENT
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical â l'Étranger :
Allemagne J. CHANTAVOINE
Angleterre MAURICE LENA
Danemark m unqe
Es P a g ne RAOUL LAPARRA
!t al >e G.-L. GARNIER
Norvège a.-H. K.
États-Unis MAURICE LcNA
Échos et Nouvelles.
MUSICA1
(pour les seuls abonnis à la musique)
MUSIQUE DE PlfllMO
Nos abonne's à la musique de piano recevront avec ce numéro :
DANSE DES ROSES, de Gabriel Dupont, extrait d'Antar.
Suivra immédiatement : Au temps des Pastorales, de Maurice Pesse.
MUSIQUE DE CHHflT
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de chant :
O Nuit, pareille à mol (chanté par M lle Fanny Heluy), de Gabriel Dupont, Extrait d'Antar, conte héroïque
en quatre actes et cinq tableaux, poème de Chekri Ganem.
Suivra immédiatement: Tout enfant, un soir, je l'ai cueilli (chanté par M. Franz,),
de Gabriel Dupont, extrait d'Antar.
Le Numéro :
(Itxle seul)
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(Voir tes quatre modes d'abonnement en page 2 de la couverture)
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Le Numéro :
(Uxte seul)
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LE MENESTREL
JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THÉÂTRES
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a l'année seulement
Pour Paris et les Départements :
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V TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (»6 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au I» janvier)
3« TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (26 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au i« janvier)
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Abonnement complet, 6 tr. 50.
Frais d'envoi de la Prime au 1" Janvier (Prevince et Étranger) : 2' et 3' modes : chaque, 1 fr. 50; 4' mode : 3 francs.
Les Abonnements partent du 1" de chaque mois.
En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che{ tous les Libraires et Marchands de Musique
ou par lettre adressée franco aux Bureaux du Journal.
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Conte héroïque en quatre Actes et cinq Tableaux
de CHEKRI GANEM
Musique de Gabriel DUPONT
Le Livret :
Prix net : 3 francs.
N"i. —
2. —
2 bis.-
3. -
MORCEAUX
ACTE I Muite
Antar : De vos serments, émirs, je vous délie (M. Franz). 4 »
Antar: Tout enfant, un soir, je l'ai cueilli {M. Franz) . 4 »
-Le même, en ut, pour voix graves 4 »
Chœur et voix cTAbla : Là-bas sur l'horizon Qui brûle,
le soleil doucement descend (M" e F anny Heldy). ... 350
Les parties de voix en partition 1 j>
ACTE II (i er Tableau)
Abla : O nuit, pareille à moi. sous tes voiles splcndidcs
(M lle Fanny Heldy) 3 50
■Le même, en ut dièse mineur, pour voix graves .... 3 50
Duo : Abla et Selma : Le nom de l'aimée qu'on murmure
sans se lasser (M llM Fanny Heldy et Yvonne Courso). 3 50
Abla : Non, non, ce n'est pas un linceul que je vois dans
le ciel flotter (M lle Fanny Heldy) 5 »
Zobeir : O vieillard l Pourquoi donc te courbes-tu si-bas?
(M. Rambaud) 3 »
ACTE II (2* Tableau)
Chevboub : Toute une armée ailée prit la place d 'Antar
ce jour (M. Rouard) 4 x>
Antar : Tout mon passé d'amour, plus encor que de
guerre (M. Franz} .' 3 50
Danse de la soif (piano) 7 »
■Le même pour piano à 4 mains 8 »
Pfii nets.
"11. — Danse du feu (piano) 5 »
11 bis. -Le même pour piano à 4 mains 7 »
\2. — Danse des roses (piano) 3 50
12 bis. -Le même pour piano à 4 mains 4 d
i3. — Danse générale et cortège de noces (piano) . . . • . 5 »
i3 bis. -Le même pour piano à 4 mains 7 »
14. — Le ballet complet à 4 mains 20 »
ACTE III
i5. — Nocturne (piano) 5 „
ibbis. -Le même pour piano à 4 mains _ . . 6 »
16. — Duo : Antar et Abla : Souris, afin que le chemin
s'éclaire devant nous (M. Franz et M llc Fanny Heldy). 7
17. — Antar : Mais de quoi donc suis-je attristé? Pourquoi
mon cœur (M. Franz) 3 »
ijbis.-Le même en la mineur pour voix graves 3 »
iS. — Antar : Déjà, du joug persan, le roi Moundhir se
dégagea (M. Franz) 4 t>
ACTE IV
19. — Interlude. La mort (piano) 6 »
19 bîs.-Le même pour piano à 4 mains 7 »
20. — Antar {scène finale) : Allons! je suis armé comme pour
la bataille (M. Franz) 5 >■
ŒUVRES DU MÊME AUTEUR :
2 actes, de Maurice
i tableaux de Jean Richepin et Henri
PIANO
Air à danser sur un vieux thème breton (La Glu) (a.d.) 2
Le Chant de la Destinée (a.d.) 8
La Farce du Cuvier : 1 . Ouverture (d.) 6
2. Intermède pastoral (d.) 5
Les Heures dolentes (i 4 numéros) 16
Les numéros 2, 11, 12 et 13 sont publiés pour or-IksIr-.
*La Maison dans les Dunes (10 numéros; 12
instruments
La Maison dans les Dunes (transcription pour violoncelle et piano, par
Feuillard) :
W*1. Mélodie du Bonheur . . . (a. F.) 3 5
2. Le Soir dans les pins (m.d.) 5
3. Clair d'étoiles (a.f.) 3 5
La Glu (piano, violon, violoncelle) 10
Poème (pour piano et quatuor à cordes; (d.) 20
i . Sombre et douloureux. — 2. Clair et calme. — 3. Joyeux et ensoleillé.
CHANT
Les Caresses (1 .2)
Chansons des noisettes (1.2-3).
Chansons des six petits c "
Crépuscule d'été
En ■
Pieusement
O triste l Triste
Ces deux dernières mélodies réunies .
Deux poésies d' Alfred de Musset :
1. Chanson (1.2)
2. Sérénade à Ninon (|. 2. 3). . .
Les Caresses (poèmes de J. Richepin) :
1 . La rencontre
2. Le baiser
•Poèmes d'automne (8 numéros; . .
Les numéros des ouvrages précédés de ce signe * sont publiés séparément.
Tous les prix ci-dessus sont nets, maioratlon comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol
"MENESTREL
4429.
83' Année.
N° II.
Vendredi IS Mars 1921.
Gabriel DUPONT
SOUVENIRS*')
ans celte réunion où vous honorez sa mémoire,
Di mon seul titre à vous parler de Gabriel Dupont
I — l'un des vôtres, normand de bonne race qui,
™ pour habiter ailleurs, n'en resta pas moins,
fidèlement, de son pays natal — c'est de
É5jS>3(i(J l'avoir beaucoup connu, beaucoup aimé.
SaaaaaïïF j e vouc j ra is donc évoquer devant vous quel-
ques souvenirs personnels où reparaîtrait son image, où se
préciseraient les années fécondes de sa vie trop brève (il
n'avait que 35 ans) et vous dire très simplement ses goûts,
ses idées, son caractère, l'homme en un mot qu'il fut,
et par là même l'artiste qu'il était, car son œuvre est née
de sa vie.
C'est à Paris, voilà plus de vingt-cinq ans, que je l'ai vu
pour la première fois, un soir très chaud d'été, à l'étage
suprême et quasi céleste d'une vieille maison de la rue
d'Assas, chez un jeune musicien mort également depuis,
où se réunissait chaque semaine un cénacle d'artistes el de
dilettantes, la plupart imberbes. Quand on eut dîné sur les
plombs du toit (la mansarde étant fort étroite) d'une
conserve et d'un vin bleu, chacun, alors, fit applaudir ses
vers ou sa musique. Le tour vint du plus jeune, que ses
aînés « protégeaient » visiblement, un petit gars tout rond,
l'air un peu gauche et timide, l'œil amusé pourtant et la
bouche très finement narquoise : le classique petit gars
normand et sa malice drôlement paysanne. Il ne parlait
que fort peu, d'un accent où traînait encore le souvenir du
terroir. Et donc, se mettant au piano, il nous chanta, sur
un poème de Verlaine, une mélodie douloureuse et tendre,
la toute première, je crois bien, qu'il ait composée. C'était
Dupont, o le petit Dupont ». Il n'avait guère que dix-sept
ans. Il paraissait alors si plein de santé!
C'est à Paris encore, quelques années plus tard, que je
retrouvai Dupont, salle des Mathurins, dans un concert
où lui-même accompagnait ses mélodies. Il était devenu
« quelqu'un », c'était « un nom ». Avec la Cabrera, son
premier ouvrage de théâtre, il avait conquis d'emblée, à
Milan, le prix du concours Sonzogno; l'Opéra-Comique
avait joué la pièce avec un grand succès. Le succès,
d'autre part, n'avait pas été moindre pour ses Heures
dolentes, exécutées chez Colonne : double victoire qui le
révélait symphoniste savant, à la fois subtil et vrai, et,
d'autre part, musicien dramatique supérieurement doué,
plein de chaleureuse émotion et d'instinctive habileté scé-
nique. Mais le mal sans pitié dont il devait mourir l'avait,
hélas! bien éprouvé déjà. Malgré des apparences, encore,
de vigueur, ce n'était plus le gars normand de la rue
d'Assas, d'une si belle et si fraîche santé.
(i) Conférence prononcée à Gacn,
Gabriel Dupont, le ï(j août 1916.
Cette fois, ce fut entre nous, très vite, la grande affection,
qui se nuançait, de mon côté, d'un sentiment quasi paternel,
affection que confirmèrent le temps el l'intimité d'une colla-
boration dont le souvenir m'est resté cher. Tous les
dimanches, presque, je retrouvais Dupont au Vésinet, dans
la petite maison qu'il aimait tant, où il a tant travaillé, ne
se délassant du travail qu'à surveiller dans son jardinet, en
philosophe virgilien, ses rosiers et ses salades. Je n'oublie-
rai jamais, au seuil de la maisonnette, le franc sourire de
son accueil.
Ces bons dimanches du Vésiuet, comme nous les regret-
tons ! C'était son unique repos, une halte souriante après
le grand labeur, et c'était sa joie cordiale de recevoir ces
jours-là ses parents et les vieux amis. ..Ces bons dimanches!...
le déjeuner familial, la bonhomie, la verve de notre hôte
si gentiment gamin, sa mère, son admirable maman, atten-
tive et dévouée, tendresse récompensée d'une tendresse
également profonde; les interprètes, chanteurs ou pianistes,
l'éditeur, venus voir l'« auteur»; et le détail de cette vie
tranquille, à demi-villageoise, le bon chien, le bon chat,
devenus les camarades familiers; l'audition, au piano, de
l'œuvre nouvelle, dans le cabinet plein de livres, de bro-
chures, de partitions, de manuscrits, avec, aux murs, toutes
ces photos dédicacées; les causeries sous le marronnier du
jardin, causeries éclectiques, où l'on devisait de musique,
sans doute, mais aussi de peinture, de philosophie, de
littérature.— Celui-là, certes, ne s'enfermait pas étroitement
dans les bornes de son domaine. Il estimait qu'un artiste,
s'il veut donner le plein de ce qu'il vaut, doit s'enrichir
sans cesse de faits, d'impressions, de sentiments nouveaux,
ouvrir, en un mot, toute grande, sa fenêtre sur la vie et
sur tous les arts — tous les arts, au fond, dans l'harmonie de
leur synthèse, ne formant qu'un seul art.
Et c'est pourquoi, en même temps qu'un juste observa-
teur, il était aussi grand lecteur. Je n'ai guère connu de
musicien qui lût mieux informé des lettres contemporaines,
étrangères aussi bien que françaises, et qui fût, d'autre part,
plus curieux des lettres antiques dont il sentait profondé-
ment l'éternelle magnificence. Autant qu'à lire il aimait à
causer, à discuter : gais assauts d'escrime intellectuelle qui
le passionnaient et l'amusaient.
A ces indications qui voudraient esquisser l'attrait de sa
vive et claire intelligence, ainsi que le charme de son exis-
tence toute modeste, s'ajoutera l'hommage du respect que
l'on doit à la fierté de son indépendance et de sa droiture,
incapables des souplesses d'une échine complaisante, à sa
louchante bonté qui nous prenait le cœur, venue du fond
d'une sensibilité toujours en éveil et colorée d'un si bon
sourire de malice normande, à sa volonté courageuse, à
son amour passionné du travail, que n'entamèrent jamais
les attaques de son mal ni l'approche même de la mort.
S'il me fallait, d'un mot essentiel, qualifier l'œuvre de
Gabriel Dupont, j'aimerais à dire qu'elle est, avant tout,
sincère.
Il n'est pas d'hommage plus rarement mérité.
Elle est sincère, c'est-à-dire qu'il eut cet art, ou plutôt
ce don de la faire, avec ses heures, si longues, de souffrance
LE • MÉNESTREL
et, si brèves, de joie, d'écouler et de recueillir, au fond de
lui-même, la voix même de son âme et d'en fixer par la
musique le son juste et profond.
De cette qualité première toutes les autres, chez Dupont,
ne furent que les traductions multiples. C'est par elle qu'oni
pu s'exprimer pleinement sa force, son aiguë sensibilité, le
goût qu'il avait de la riche couleur, le sens mystérieux et
quasi saignant de la vie fatale que lui donna sa propre
vie et qu'on appellerait volontiers, avec, un poète, sa
mélancolie de pourpre; mélancolie virile qui, loin d'ex-
clure de ses ouvrages le mouvement de la vie, y mettait au
contraire plus de chaude humanité. C'est elle encore, cette
sincérité loyale, qui le sauva des modes et des liturgies d'é-
cole. Certes, il n'a rien ignoré des plus techniques secrets
de la polyphonie moderne, de ses plus raffinées quintes-
sences, et savait en user doctement; d'esprit à la fois très
critique et très large, il avait le goût bienveillant des inno-
vations et ne dédaignait aucun effort curieux. Mais il restait
libre, il ne s'inféodait à personne. À cet égard sa maladie
même le servit, qui l'obligeait à se recueillir dans une demi-
solitude, assez près, assez loin de Paris pour n'entendre que
l'écho de ses controverses d'art qu'il jugeait mieux à dis-
tance, et pour n'éprouver de ses fièvres qu'une utile exci-
tation au travail personnel.
Si l'on voulait une appréciation plus détaillée de son
œuvre, je renverrais volontiers à l'intéressante notice
publiée dans le Bulletin de la Société des Beaux-Arts de
Caen par M. A. Liégard. Elle vous dira les premières
études de Gabriel Dupont, qu'il eut pour professeur son
père, d'abord, à Caen, au Conservatoire ensuite, à Paris,
Gédalge, Massenet, Widor, — Widor, qui l'aima, qui l'aime
toujours d'une affection fidèle, — qu'il obtint à vingt ans
le second prix de Rome, et que ce furent bientôt, après la
victoire de la Cabrera, les pathétiques scènes de la Glu,
à Nice, et, à la Monnaie de Bruxelles, la Farce du Cuvier,
d'une verve si pittoresque et si joyeuse.
Antar, enfin, quand il mourut, Antar, son œuvre der-
nière et la plus considérable, allait passer à l'Opéra. Il eut
du moins ce bonheur de l'achever dans la pleine maturité
d'un talent ennobli par la souffrance et jusqu'à la fin maître
de sa vigueur.
Les Poèmes d' Automne forment le recueil de ses premières
mélodies; d'autres parurent plus tard. Pour la musique de
chambre il a composé son beau Poème (piano et quatuor à
cordes). Les Concerts-Colonne ont joué son œuvre sym-
phonique : V Hymne à Aphrodite, avec chœurs, le Chant
de la Destinée, symbolique vraiment de la sienne, où le cri
désespéré de l'angoisse humaine s'achève dans la douceur
d'une infinie résignation, et ces Heures dolentes que je vous
citais tout à l'heure, fleurs de névrose et de souffrance
écloses de son mal, de ses insomnies peuplées de noirs ou
de blancs fantômes, et que Gabriel Pierné, qui les aime et
les a mises au répertoire de ses concerts, a fait également
applaudir à Londres.
Comme les Heures dolentes dont il est en quelque sorte
le complément, un autre de ses ouvrages, la Maison dans
les Dunes, fut d'abord écrit pour le piano. Dupont se pro-
posait de l'orchestrer aussi. II n'en eut pas le temps. Com-
posé devant la mer et dans le parfum des pinèdes, sur celle
plage d'Arcachon où irois hivers l'ont ramené, je me sou-
viens qu'un soir, là-bas, fenêtre ouverte sur un « clair d'é-
toiles», il m'en jouaquelques pages délicieusementrêveuses,
toutes pleines de l'émotion tendre, étonnée, reconnaissante,
du convalescent qui se réveille à la douceur de vivre...
Mais il était, hélas! marqué, irrémissiblemenl, pour la
mort.^ C'est le 3 août 1914, le soir, vers neuf heures, dans
sa chère maison du Vésinet, que notre ami s'est éteint. En
pleine mobilisation. Dans l'immense émoi de la guerre
déchaînée, quelques amis seulement, les plus intimes,
purent être avertis. Au retour du cimetière où venait de se
clore la tombe prématurée, j'étais entré dans sa chambre
de travail. Pauvre chambre vide, muette. Sur la table,
quelques feuilles manuscrites d'une transcription A' Antar,
qu'il avait, la veille, laissées là pour mourir. Et sur la
dernière de ces feuilles, je lus le dernier vers du poème et
le dernier qu'il ait écrit de sa main défaillante, ce vers
suprême exhalé par Antar mourant, et qui me serra le
cœur :
Et maintenant, mon tune, ouvre tes ailes, vole!
Son œuvre nous reste. Elle classera Gabriel Dupont au
nombre de nos compositeurs les plus richement doués et
les plus émouvants. Épris de vérité, de couleur, plein d'une
vie intense où se fondent le réalisme populaire, le rêve, et
les notations de l'impressionnisme le plus subtil, homme de
théâtre et symphoniste, il savait œuvrer une page déli-
cate, mais il avait aussi le goût, plus rare à noire époque,
des sujets de force et de noblesse (il voulait écrire une
Chanson de Roland, une Passion) et le souffle qu'il faut
pour les animer. Sa petite et sa grande patrie ont le droit
d'être fières d'un tel musicien. Maurice Lena.
LA SEMAINE MUSICALE
Opéra. — Antar, conte héroïque en quatre actes et
cinq tableaux, de Chekri Ganem, musique de Gabriel
Dupont.
Voici, depuis Carmen, la première œuvre humaine,
rien qu'humaine, bien que purement musicale, montée
par l'un de nos théâtres subventionnés. Je ne veux pas
offenser la mémoire de Massenet. ni mécontenter Gus-
tave Charpentier. Mais Manon ou Louise ne répondent
pas autant que Carmen au souhait de Nietzsche : une
musique cruelle, raffinée, pleine de fatalisme, mais
demeurant quand même populaire, — son raffinement
étant celui d'une race...; une musique riche, précise,
qui construit, qui organise, qui est achevée ; une
musique d'une douleur tragique obtenue sans grimace,
sans faux monnayage, sans la duperie du grand style;
une musique possédant la qualité des pays chauds : la
sécheresse de l'air, sa limpide^a; une musique d'une
sensibilité méridionale, cuivrée, ardente...
Cette musique-là est celle de Carmen, et c'est aussi
celle dVD//a;\ Date mémorable que celle du 1 1 mars 1921,
choisie par notre Académie Nationale de Musique pour
réaliser, une fois de plus, et après une guerre épuisante,
la prophétie du philosophe allemand.
Aussi bien je remercie le Ménestrel de m'avoir désigné
pour célébrer cette date. Mon culte pour Gabriel Dupont
est dû à la seule fréquentation de ses œuvres. Je n'ai pas
eu le bonheur de connaître personnellement ce grand
musicien, et j'envie ceux de mes confrères qui me
disent l'avoir approché. Mais peu d'artistes se sont
aussi fougueusement livrés que celui-ci. L'œuvre de
Gabriel Dupont est une autobiographie. J'y ai puisé
l'admiration, puis l'affection profonde pour l'homme,
et je gage que quiconque aura ouvert les partitions
de Gabriel Dupont ne laissera pas que d'être conquis,
tout comme moi.
Antar est la dernière œuvre de Gabriel Dupont.
C'est aussi celle où ce musicien a mis le meilleur de
soi-même. C'est, en raccourci, l'histoire poignante de sa
propre vie. Gabriel Dupont est, comme Antar, le héros
LE • MENESTREL
poète aux beaux rêves d'amour et de joies spirituelles
que la Fatalité frappe à mort en la plénitude de ses
forces physiques et intellectuelles, et qui se rend compte
(avec quelle acuité!) de sa lente mais sûre agonie... Un
de ses meilleurs amis entra dans son bureau le soir
même de sa mort. Sur la table, un papier rayé... C'était
l'une des dernières phrases musicales d'Antar : « Et
maintenant, mon âme, ouvre tes ailes, vole... » Le
musicien avait quitté sa table pour aller mourir dans
la chambre voisine. Relisez ce final, dans la partition,
et je vous défie de ne pas fondre en larmes.
Tout le monde a vu jouer, jadis, VAntar de Chekri
Ganem à l'Odéon. La foule se pressait pour frissonner
à la vue de Romuald Joubé mort sur son cheval de
bataille et, raidi par l'Intruse, donnant aux ennemis
l'impression d'être vivant.
Sur ce thème, familier aux conteurs arabes, Chekri
Ganem a écrit un poème héroïque d'une superbe
envolée et d'une rare effusion lyrique, propice a la
musique. Qu'on me permette de rappeler cette autre
légende espagnole, suivant laquelle le Cid (Sidi en
arabe) étant mort dans Valence assiégée, sa veuve
Chimène plaça son cadavre sur un cheval et tenta une
sortie qui épouvanta et mit en fuite les Maures assié-
geants. Il semble donc qu'il y ait entre la légende du
Cid et celle d'Antar un rapprochement naturel. Les
hispanistes ne manqueront point de le faire. Et je ne
doute pas que l'œuvre ne remporte un grand succès de
curiosité tras los montes, dés que les directeurs du
Théâtre Royal de Madrid et du jLyceo de Barcelone
l'auront adoptée.
Le décor d'Antar est une oasis dans le désert, puis un
défilé étroit entre de hautes montagnes que rase le vol
monotone et roux des nuages. Le berger Antar aime
Abla, fille de l'émir Malek, qui promit sa fille à l'émir
Amarat, et qui ne cède au désir d'Antar partagé par
Abla qu'à la condition que le héros accomplira pendant
cinq années d'autres travaux d'Hercule. Antar, victo-
rieux, revient à l'oasis, et le mariage est enfin célébré,
pouf la confusion d'Amarat qui se venge d'avoir été
ainsi éconduit en suscitant perfidement contre Antar la
haine de Zobeir, chef d'une tribu ennemie. En effet,
ce Zobeir, fuit naguère prisonnier par Antar, eut les
yeux crevés sur l'ordre de Malek et d'Amarat. Rien de
plus facile que de lui persuader qu'un tel châtiment fut
ordonné par Antar lui-même. Amarat n'y manque pas.
Et Zobeir n'a plus qu'une pensée : se venger de la perte
de ses yeux! Il fut toujours un admirable archer et,
bien qu'aveugle, l'audition le guidant au lieu de là
vision, sa flèche atteindra encore le but...
Par un beau clair de lune, Zobeir et Amarat guettent
Antar et Abla s'avançant, heureux, la main dans la
main. A la fin de l'amoureux duo des époux, une (lèche
vient blesser Antar à l'épaule. Le héros l'arrache de sa
blessure et, se précipitant, découvre Zobeir caché der-
rière un rocher. L'agresseur, se voyant pris, se frappe
lui-même et meurt désespéré d'apprendre des lèvres
d'Antar que jamais celui-ci n'ordonna de lui crever les
yeux et que, par suite, sa tentative d'assassinat fut cri-
minelle, d'autant plus que ses flèches ne pardonnent
pas, car elles sont empoisonnées...
Antar, en effet, ne peut arrêter la marche effrayante
du poison subtil. C'est en vain que son frère lui brûle
l'épaule au fer rouge; le venin se répand dans tout son
corps. Et c'est bientôt l'agonie. Agonie terrible du
héros, du poète, et de l'époux qui, lucide, envisage sa
lin prochaine, renonce à ses rêves dorés, rassure Abla,
tranquillise ses troupes qu'il achemine vers l'issue du
défilé, tandis que seul il revient vers le rocher de sa
mort, et, montant sur son cheval, farouche et superbe,
revêtu de sa cuirasse que font étinceler les premiers
rayons du soleil levant, se raidit, la lance au poing,
pour rendre son âme et faire face jusque dans le
trépas à la meute des ennemis qui, conduits par Amarat,
envahissent le défilé, mais reculent soudain et fuient
bientôt à la vue du cadavre se balançant sur la selle et
qui paraît vivant...
La musique de Gabriel Dupont est égale au poème
par ce mélange de fantaisie héroïque, de passion poé-
tique et de tragique tristesse qui assurèrent à l'ouvrage
de Chekri Ganem l'heureuse carrière que l'on sait. Elle
est lyrisme et action. Elle est directe, comme celle de
Carmen, c'est-à-dire sans concessions au goût public,
comme aussi sans ces recherches d'orfèvrerie auxquelles
il fut de bon ton, jusqu'à la guerre, de croire que la
musique française était seule destinée. A cet égard, je
ne puis que louer M. Rouché, bien connu pour l'orga-
nisation de ses concerts aristocratiques au Théâtre des
Arts, et pour son goût raffiné que manifestent les
représentations de Castor et Pollux à l'Opéra et celles
promises d'une œuvre d'Albert Roussel, de n'avoir pas
été effrayé de monter un pareil ouvrage qui ne relève
certainement pas de l'esthétique qu'il préfère. Il faut le
féliciter d'un tel éclectisme en souhaitant qu'il soit
récompensé par le magnifique et durable succès
d'Antar.
Au demeurant, et j'en appelle aux musiciens, il y a
infiniment plus de musique dans Antar que dans telle
œuvre ciselée par l'un de ces amateurs distingués qui
se réclament de Debussy, de Vincent d'Indy ou d'Ho-
negger... Et la raison est simple, Gabriel Dupont tenait
de son maître Widor (qui l'a tant aimé et qui a tant fait
pour lui!) la science de la musique. C'était un de ces
techniciens rompus au métier, comme l'est aujourd'hui
cet autre disciple de Widor : Honegger, qui lui res-
semble par plus d'un trait. Aussi bien il n'avait plus la
préoccupation de la technique, bête noire de l'amateur
distingué, et, la considérant comme un moyen, non
comme un but, pouvait s'abandonner au démon de la
musique qui le possédait jusqu'en la moelle des os.
C'est par la musique même plus que par la technique
que Gabriel Dupont est personnel. Et c'est l'inspiration
qui lui dicte tels accents qui ne sont qu'à lui, et, par-
tant, curieux du point de vue technique.
Gabriel Dupont a profité du debussysme. On trou-
vera dans Antar certains enchaînements harmoniques
qui rappellent Fellcas. On y trouvera aussi un emploi
de gammes et de rythmes exotiques, employés sans
excès et si parfaitement assimilés que leur lyrisme par-
ticulier devient nôtre. Nous passons sans heurt des
motifs orientaux aux effusions si nettement gabriel-
duponliques de divers duos d'Antar et d'Abla ou des
monologues si prenants du guerrier-poète. Mais il y a
plus. Nous reconnaissons dans Antar les signes précur-
seurs de la polytonie actuelle, à ces jeux de pédale infé-
rieure ou supérieure sur laquelle passent des suites
d'accords et des lignes mélodiques créant des plans dis-
tincts, un horizontalisme à plusieurs dimensions. Com-
parez telle page à' Antar avec telle variation de la Toccata
d'Honegger et voyez comme se rejoignent par delà la
guerre les deux disciples préférés de Widor.
Triomphe du contrepoint que l'on n'apprend bien
— ii.i —
LE • MÉNESTREL
qu'à l'école et où est pusse maître le Gabriel Dupont du
final fugué du Cuvier ou de la sublime oraison funèbre
d'Antar! C'est le contrepoint qui assure à l'œuvre qui
nous occupe, avec tant de nouveauté, une si puissante
ossature, qui fait marcher les basses avec une aisance
dont nous étions déshabitués depuis Wagner, et qui fait
converger en imitation les voix amoureuses d'Antar et
d'Abla, avant qu'il n'alterne, puis allie étroitement,
dans l'héroïque péroraison, le motif du guerrier et le
thème de la beauté de la bien-aimée. C'est encore le
contrepoint qui confère au drame cette forte unité de
développement de six ou sept thèmes expressifs, dont
celui d'Antar n'est pas le moins réussi, et qui sont tantôt
mâles et fiers, tantôt emplis d'une langueur toutoricntale,
mais toujours nerveux et souples, d'une souplesse vrai-
ment arabe. Plus que par tel intervalle caractéristique de
quarte augmentée, ces thèmes s'avèrent d'une sensibilité
« méridionale, cuivrée, ardente », parla grâce inégalable
de leurs contours et leur dynamisme interne. Comparez
ces thèmes héroïques ou féminins de Gabriel Dupont
avec ceux que Wagner créa pour ses Siegfried et ses
Sieglinde, et vous toucherez du doigt la différence de
deux races, de deux sensibilités. Ecoutez les développe-
ments des deux duos d'amour d'Antar après ceux du
deuxième acte de Tristan, et vous entendrez deux
expressions bien distinctes d'un amour également nostal-
gique. Celle d'Antar nous ramène à la nature, à la santé,
à la jeunesse, et, comme disait Nietzsche, à la vertu...
Signalerons-nous, après cela, les pages marquantes
de la partition? Le premier récitatif d'Antar qui peint
avec tant de bonheur l'âme du héros et l'évocation de
son amour qui me fait songer invinciblement à celle de
Don José de Carmen : « La fleur que tu m'avais jetée...»
par l'ardeur et la souple effusion; la chanson arabe de
Selma, d'une saveur si troublante, et ce final du premier
acte, avec son exquis quatuor vocal, digne de la Sulamite
de Chabrier, et supprimé à l'Opéra. Puis, au second
acte, le duo des amants et les ballets, d'une véritable
orgie rythmique, par quoi se célèbrent les noces d'Antar
et d'Abla. Au troisième acte, le suave Nocturne orches-
tral, proche parent du Clair d'Étoiles de la Maison dans
les Dunes, et repris dans le deuxième et admirable duo
des époux. Enfin, au dernier acte, l'oraison funèbre du
héros, page d'orchestre qui égale la marche funèbre du
Crépuscule des Dieux; et toute la poignante agonie
d'Antar, d'un lyrisme inentendu sur la scène française,
et où je souligne, en passant, un rappel de certains
enchaînements harmoniques caractéristiques du célèbre
Poème pour quintette.
L'orchestration de Gabriel Dupont est telle que nous
la connaissons déjà, réalisant les prescriptions de l'in-
faillible Widor, divisant les groupes, associant l'idée des
contrastes sonores à celle des changements de tonalités,
maintenant les instruments de premier plan dans le
registre de la meilleure sonorité, onctueuse, moelleuse,
puissante sans fracas, colorée et chaude, riche et pleine!
Il n'en est pas qui convienne davantage à l'atmosphère
dramatique.
Louons donc M. Rouché d'avoir tenu les engagements
de ses prédécesseurs et d'avoir monté Antar avec un
soin auquel il faut rendre hommage. Les décors, har-
monieux et évocateurs, sont, pour les deux premiers
actes, de MM. Dufresne et Paquereau, pour les derniers
de MM. Ronsin et Laverdet. M. Chevillard dirige l'or-
chestre avec son autorité coutumière, en faisant surtout
ressortir le caractère héroïque de l'œuvre. M. Franz est
un superbe Antar; M. Rouard un Cheyoub digne de
Kurwenal; M. Delmas un condescendant Malek, et
MM. Noté et Rambaud chantent avec puissance les
rôles d'Amarat et de Zobeir. M me Fanny Heldy est une
délicieuse et séduisante Abla; M"' Bardot dit avec art
un vrai lied schumannien et M mc * Courso, Laute-Brun
et Laval évoquent de leurs jolies voix toute l'Arabie.
Félicitons, outre MM. Dethomas et Merle-Forest, le
maître de ballet M. Staats et les danseuses graciles
M llcs Delsaux, Daunt et Bos. Et n'oublions pas le chet
des chœurs M. Chadeigne, le chef du chant M m Krie-
ger et le régisseur de la scène M. Reflet, ainsi que les
trois pittoresques bergers MM. Narçon, Dubois et Noël.
Henri Collet.
Théâtre des Champs-Elysées. — Les Sakharoe (concert
de danses) ; 'Chand d'Habits, pantomime de Catulle
Mendès, musique de Jules Bon val; le Chauffeur,
comédie en un acte de Max Maurey.
Pierrot n'est pas mort! Après tant de mésaventures
violentes, — par le fer, le poison, la corde, — il renaît
encore dans sa toute blancheur, l'indestructible fantoche
à « face de clair de lune » ! De rudes animateurs ont
toujours su le réveiller. Mais Mendès, disciple fervent
de Banville et de Gautier, ne lui a pas fait la vie rose!
Hélas! de la velléité qu'il eut un jour de troquer sa
blouse neigeuse contre un somptueux costume oriental,
le pauvre homme blanc est bien cruellement puni,!
M. Séverin a su magistralement imprimer sur l'albâtre
de son visage, — en des lignes très simples : deux yeux,
un nez et une bouche, — la joie, le dépit, le désir, la
colère et la peur. M 110 Jasmine a légèrement et gracieu-
sement dansé.
Des Sakharof je ne parlerai que pour louer leur goût
et leur originalité. Ils ont le charmant souci des couleurs
harmonieuses, qu'ils savent accoupler adroitement aux
musiques les plus diverses, de Couperin à Debussy, en
passant par Chopin. Les lecteurs du Ménestrel trouve-
ront dans un très prochain numéro une intéressante
étude que leur consacrera M. Léandre Vaillat.
La soirée était complétée par le Chauffeur, un acte
amusant de M. Max Maurey. J.-H. Moreno.
Trianon-Lyrique. — Le Mariage secret, opéra bouffe en
deux actes et cinq tableaux, de Bertati (traduction nou-
velle de M.-D. Muller), musique de Cimarosa.
M. Louis Masson a terminé d'une manière éclatante la
série de ses spectacles classiques en montant le Mariage
secret qui n'avait jamais été joué en français et dont la
représentation en italien remonte à un demi-siècle. Et
pourtant, combien ce chef-d'œuvre eût mérité de rester en
permanence au répertoire de l'Opéra-Comique !
Continuateur de Pergolèse, Cimarosa, qui s'apparente
aussi à Mozart, est éminemment représentatif du génie ita-
lien, pour lequel toute musique est mélodie et toute mélo-
die est chant. Une intrigue naïve et menue sert seulement
de prétexte à une succession d'airs et d'ensembles vocaux
d'une variété et d'une richesse incomparables. L'abondance
des idées, la grâce, l'enjouement, la verve et aussi la flui-
dité de cette musique sont un enchantement.
Le succès a été considérable, grâce, en grande partie, à
la rare perfection d'une exécution cependant fort ardue et
qui fait le plus grand honneur aux remarquables inter-
prètes : M lks Lucie Vauthrin, Sonia Alny, Beaumont,
MM. Marrio, José de Trévi et Nogué. M. Frigara dirige
l'orchestre avec sa maîtrise habituelle. Les décors et cos-
tumes, harmonieusement composés par M. Dethomas, sont
pour les yeux un régal. P. B.
LE* MÉNESTREL
LA SEMAINE DRAMATIQUE
Apollo. — Arlequin, comédie féerique en trois actes et
deux rêves, en vers, de M. Maurice Magre, musique
de M. André Gailhard.
Ce n'est peut-être pas tout à fait du théâtre, mais c'est
un spectacle exquis, d'une fantaisie et d'une qualité rares.
Don Juan, qui semble depuis quelques temps hanter
tant de dramaturges, est encore le pivot de cette « comé-
die féerique ». Mais l'élégant pourpoint et l'épée du
seigneur de Manara sont remplacés par le maillot safran
et la baratte d'Arlequin. Ainsi se trouvent transposées à
Venise, dans l'ambiance de la comédie italienne, les
amoureuses aventures du symbolique personnage. Et ce
milieu nouveau est évoqué avec un art brillant et puis-
samment original par le pinceau de M. Jean-Gabriel
Domergue, en une succession de cinq tableaux (troisactes
encadrés de deux « rêves » formant l'un prologue et
l'autre épilogue) qui sont pour les yeux une joie incom-
parable et pour l'esprit un régal délicieux.
C'est d'abord l'apparition voilée d'un jardin au clair
du lune, le gracieux défilé des conquêtes déjà oubliées
du séducteur; puis, une place de Venise, au bord du
canal que dominent des coupoles harmonieuses, et où
Arlequin conquiert tour à tour une servante d'auberge,
une opulente et incandescente duchesse, provocante en
sa robe de brocart, une princesse débarquant de sa gon-
dole en robe d'émeraude à larges paniers, en compagnie
de négrillons et d'un danseur d'une onduleuse souplesse.
Galanteries, séduction, succession de rendez-vous
mouvements de masques, évolutions de farandoles. Puis
c'est un coin de parc, toujours à Venise, des charmilles
mystérieuses, l'entrée d'un pavillon propice aux rendez-
vous d'amour, un escalier de marbre bleu qui monte vers
une terrasse, le glissement des groupes, dans lesquels un
archevêque jette la note éclatante de sa robe pourprée:
c'est l'arrivée de la plantureuse duchesse, toute brodée
d'or, puis de la princesse, étincelante dans sa robe d'ar-
gent (toujours précédée de son danseur vert) ; puis d'une
pauvre fille, Michaëla, habituée des bouges du port,
qui aime Arlequin, a connaissance d'un guet-apens orga-
nisé contre lui, et qui, désespérée de le voir courtiser
tour à tour deux rivales, court recevoir le coup de fusil
qui lui était destiné, tandis que le galant s'évade, dissi-
mulé sous la robe de l'archevêque. Ensuite, c'est une
cabane de pêcheurs, près du port, où Michaëla agonise,
où Arlequin, archevêque impie, vient lui donner la
bénédiction et ressent pour la première fois le trouble,
l'émotion sincère qui lui révèlent le véritable amour. Et
c'est le dernier « rêve » : le paysage funèbre au centre
duquel un escalier monte à une haute porte pourprée,
serrée entre des colonnes. Guidé par un vieillard, qui
personnifie le Désespoir, Arlequin, enfiévré de tourment,
monte les marches, écarte tour à tour le Plaisir, la
Jeunesse, et veut pénétrer dans le palais dont le tra-
gique mystère l'attire. La porte s'ouvre, la Mort appa-
raît; mais bientôt le fantôme s'effondre, et c'est Michaëla
qui l'accueille en proclamant l'éternité de l'amour.
Ce résumé peut à peine suggérer une idée de la pitto-
resque harmonie de ces tableaux, dont l'ensemble repré-
sente un effort d'art des plus saisissants. Les vers de
M. Maurice Magre témoignent d'un lyrisme pathétique
et puissant. La scène de la mort de Michaëla et du revi-
rement d'Arlequin est d'une beauté émouvante, et le
dernier tableau est d'une ampleur qui fait penser aux
belles pages de la Mort enchaînée. Certes, l'ensemble
de l'ouvrage est mal ordonné, confus, long parfois, et
cette «comédie féerique », un peu chaotique, ne saurait
passer pour un modèle de pièce habilement conduite.
Mais n'est-ce pas déjà beaucoup qu'elle nous permette
de saluer une fois de plus un poète véritable, et de
cueillir, à pleines mains, les divines fleurs du rêve?
Arlequin, c'est M. Romuald Joubé, à la voix superbe,
à la souplesse câline et au souffle épique, surtout dans le
dernier tableau, dont l'effet a été, grâce à lui, considé-
rable. Michaëla, c'est M lle Suzanne Paris, gracieuse et
touchante. Citons encore M. Barrai (l'archevêque),
M mes Marcelle Yrven (la duchesse), Solange Vlaminck
(la servante), et surtout M Ue Fernande Cabanel qui non
seulement interpréta avec une suprême élégance le per-
sonnage de la princesse, mais a eu le rare mérite d'orga-
niser ce spectacle et mérite, à ce point de vue, les
remerciements les plus chaleureux de tous les artistes.
La musique de M. André Gailhard, discrète, mais très
heureusement appropriée à l'œuvre, témoigne de beau-
coup de verve, de distinction et de sûreté d'écriture.
Ce spectacle est vraiment une joie inattendue, en ce
théâtre jusqu'ici consacré à la représentation d'opérettes
qui ne furent pas, le plus souvent, de la qualité la meil-
leure, p. Saegel.
Notre Supplément musical
(pour les seuls abonnés à la musique)
La Danse des Roses est la troisième des danses du ballet
d'Antar. Venant après la tragique danse de la Soif, après la
magnifique danse du Feu, elle exprime tout le calme de l'Amour
pur et confiant. Aux mouvements souples et tendres elle peint le
don de l'Aimée à son maître.
LES GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire
Tout d'abord la Symphonie en ut mineur; grosse faute
de mettre en tête d'un programme une pareille œuvre et
de la jouer si bien : les auteurs qui viennent ensuite souffrent
trop de la comparaison.
Une telle clarté dans la puissance, une telle science mise
au service d'une inspiration inégalable sont une préface
trop brillante à des œuvres qui ne sauraient l'approcher
que de bien loin.
M. Crickboom doit être un excellent maître de violon :
la science solide et sans éclat avec laquelle il a interprété
le Concerto en mi de Bach est là pour l'attester, mais c'est
tout; quand il s'attaqua au Poème de Chausson, ce fut
lamentable; le public, cependant si courtois, du Conser-
vatoire ne cela point son mécontentement.
Les Impressions d'Ardenne de J. Jongen sont une œuvre
quelconque, honorable sans originalité, écrite parun homme
qui sait bien manier les timbres de son orchestre.
L'ouverture du Roi d'Ys si vivante et admirablement
enlevée permit heureusement de clore ce concert par de
vigoureux applaudissements.
Pierre de Lapommeraye.
Concerts-Colonne
Samedi 12 mars. — Psyché de C.Franck valut à M. Pierné
et à son orchestre une ovaiion méritée. M. André Caplet a
jugé utile d'orchestrer Ariettes oubliées (c'est l'Extase et
Green) de Debussy ; il le fit discrètement en se servant
LE» MÉNESTREL
comme il convient de flûte et de bruissements de harpe, et
la voix de M me Bathori, très nette et très pure, mais pas très
forte, n'en fut point couverte.
M. Marcel Darrieux joua ensuite le Concerto en si mineur
de Saint-Saëns pour violon et orchestre. Son très pur,
excellent mécanisme, de la douceur et du charme, peut-
être pas assez d'ampleur. M. Marcel Darrieux a plutôt un
jeu de femme. Ce n'est d'ailleurs point désagréable, et son
succès fut grand.
Enfin Shéhérazade déroula une fois de plus l'histoire de
Sinbad le Marin et du prince Kalender. Tout comme le
sultan Schahriar, le public écoute sans se lasser.
Pierre de Lapommeraye.
Dimanche i3 mars. — Programmes composés d'oeuvres
souvent entendues et connues de tous, ne nécessitant par
conséquent aucun commentaire. Exécution très satisfaisante.
M. Huberdeau chanta intelligemment les Adieux de Wotan
et M. Dussol fut légitimement applaudi dans le charmant
Concerto en la mineur pour violoncelle de M. Saint-Saëns.
René Brancour.
Concerts - Lamoar eux
Si vains que soient le blâme ou l'approbation au regard
d'un esprit supérieur, c'est bien qu'après Tristan (Prélude
et mort d'Isolde), après la Neuvième Symphonie, des accla-
mations aient attesté à M. Chevillard que ses magnifiques
efforts ne sont point perdus. Nous cherchons tous où sont
les nouveautés artistiques de notre temps : je n'en connais
pas dont l'importance égale ce que fut l'exécution, sous ce
chef, des plus grandes œuvres. La place ici ne permet pas,
mais il serait d'un haut intérêt de démêler les raisons pro-
fondes qui font l'efficacité de sa baguette.
Du moins, puisque nous touchons au terme de la saison,
puisque jamais ne fut si violent le sentiment delà propriété
nationale, considérons avec reconnaissance (avec orgueil si
l'on est enclin à ce vice) que, pour avoir seul donné leur
sens notamment aux chefs-d'œuvre de Beethoven, Berlioz,
Wagner, Weber, il faut que M. Chevillard soit, dans la
petite dizaine des grands artistes d'une époque, un des
plus nécessaires.
Et d'abord ce signe : la justesse infaillible du sentiment.
Chaque trouvaille d'interprétation apparaît comme simple,
à la fois spontanée et logique (tel est le double contenu du
mot inspiration), avec un caractère souverain d'authenticité.
Puis une vie de l'esprit qui à aucun moment ne se ralentit :
non seulement des accents brefs, autoritaires et cependant
respectueux, soulignent toutes les péripéties, marquent
toutes les articulations, — mais jamais il n'y a de point
mort. Pas de paliers : à travers les successions de montées
et de redescentes partielles l'intime mouvement ascensionnel
propre à chaque ensemble se poursuit, la moindre indication
prend sa valeur d'unité dans un total. On ne peut mieux
prouver par l'exemple : il n'est pas une intention du génie
qui soit superflue ni indifférente. La pensée du compositeur
devient un être qui habite un autre être, et de celui-cj
émane encore sans nulle défaillance une force vive qui
ébranle infatigablement, jusqu'en ses éléments les plus
inertes (tels certains chanteurs, ce dimanche), un vaste orga-
nisme sonore. M. Chevillard est, dans le monde d'au-
jourd'hui, un des derniers à savoir ce que c'est que la
grandeur.
Nous entendîmes en première audition trois Danses à
cinq temps de M. Julien Tiersot et le Cortège d'Amphitrite
de M. Gaubert. Écrites dans un rythme original où les
Russes ont excellé, les danses sont robustes, aisées, la cou-
leur de chacune — classique, orientale, populaire — réalise
bien l'intention exprimée par les sous-titres. Dans le poème
de Samain traduit en musique par M. Gaubert les cuivres
évoquent les gambades ruisselantes des Tritons; après un
grand crescendo saluant une arrivée divine, la présence de
la reine des mers adoucit le tumulte.
Raymond Schwab.
Concerts-Pasdeloup
L'orchestre Pasdeloup a donné ce dimanche i3 mars l'un
de ses meilleurs concerts. Après l'Ouverture du Freyschiitj,
la Symphonie Espagnole de Lalo, où M mc Marie-Ange
Henry, au jeu clair, souple et juste, s'est montrée violoniste
de grand talent. Puis deux poèmes de Lili Boulanger. Le
premier : D'un Soir triste est d'une souffrance poignante.
Le chant, lié par les plaintes continues de l'orchestre, ne
parvient pas à s'élever jusqu'à l'espérance. Il lutte pourtant,
mais s'abandonne finalement à son destin. Et c'est alors
comme si la résignation, levant ses yeux au ciel, en recevait
sur sa face douloureuse le baptême de la sérénité. Le
second : D'un Matin de Printemps, a retrouvé l'essor, mais
combien fugitif... Quelques semaines après l'avoir écrit, Lili
Boulanger mourait avant sa vingt-cinquième année.
Car elle était du monde où les plus belles choses
Ont le pire destin;
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin.
Plus heureuse que la fille de Du Périer, Lili Boulanger
a laisé des traces de passage dans o l'espace » de son
matin.
M. Rhené-Baton a conduit avec fougue et grandeur le
Prélude de Tristan et la Mort d'Yseult, la Marche funèbre et
la Scène finale du Crépuscule des Dieux. M lle Demougeot
chanta sans faiblir ces deux Adieux formidables. Impérieux
dans la maîtrise d'un génie à son apogée, Wagner a régné
sans qu'il lût possible d'élever la voix. G.-L. Garnier.
Jeudi 10 mars. — Belle fête musicale en l'honneur de
M. Alfred Bruneau. Le noble et puissant musicien aux
inspirations si franches et si dénuées de toute vaine
recherche, à l'art si persuasif, fut longuement applaudi.
Reconnaissons en M. Rhené-Baton le plus intelligent et le
plus vibrant interprète de sa pensée. Aucune défaillance,
aucune ombre ne vinrent s'interposer entre l'œuvre et
l'auditoire qui en éprouva si fortement la saine influence.
Ce o sentiment personnel et sincère de la nature qui fait
la beauté du prélude de Messidor et qui est une des caracté-
ristiques de l'œuvre entière de M. Bruneau (i) », nous le
ressentions tandis que les beaux préludes de l'Ouragan se
développaient avec leurs émouvants contrastes de force et
de douceur touchante, tandis aussi que les morceaux de
la Faute de l'abbé Mouret rappelaient à notre mémoire les
péripéties de ce drame à la fois sensuel et mystique. Les
belles colorations orchestrales en furent mises en lumière
avec un soin et une sûreté de rendu que nous ne saurions
trop louer.
LessoZi vocaux ne méritèrent pas moins d'éloges. M.Dutreix
se montra digne de son rôle dans l'admirable page des
« adieux à la forêt », l'un des points culminants de l'Attaque
du Moulin; M lle Mireille Berthon chanta avec la grâce
requise la supplication d'Angélique, extraite du Rêve;
enfin M. Delmas apporta sa légitime autorité à cette vigou-
reuse o chanson de la terre », de Nais Micoulin, si grave-
ment rythmée et d'une si mâle ampleur. Il est réconfortant
et consolant d'entendre de telle musique, si éloignée des
grossiers vacarmes ou des balbutiantes niaiseries dont le
public commence heureusement à fuir l'écœurant envahis-
sement. René Brancour.
CONCERTS DIVERS
Société Nationale (Samedi 12 mars). — Sauf la Sonate
pour violoncelle et piano de M. Dulaurens, bien jouée par
M. Lopes et M 1Ie Blanquer au jeu expressif et sobre, toutes
les nouveautés inscrites au programme de cette soirée
visent à une représentation sonore d'images pittoresques
ou poétiques. On sait que telle est la tendance obstinée,
fort modeste en vérité, de la musique contemporaine.
M. Marcel Bertrand évoque, par la collaboration de la
harpe et du piano, tout un Conte oriental; peut-être ne
i) Gaston Carraud.
LE • MÉNESTREL
l'avons-nous si bien suivi et avec ce plaisir que parce
qu'il utilise divers éléments d'un vocabulaire auquel les
Russes ont donné tout son sens; demander à la harpe,
instrument d'ordinaire chargé d'indiquer de rapides fluidi-
tés, les effets de puissance éclatante que produisent dans
un orchestre les cuivres et la batterie parut, grâce aussi à
l'art de M lle Renié, d'une très séduisante et vraiment orien-
tale ingéniosité.
Sur les panneaux d'un Paravent de laque aux cinq images
(fort délicatement interprété par MM. Andolfi, Prat, Engle-
bert, Faure), M. Migot suit le rêve d'un mandarin à travers
des paysages imaginaires; le retour d'un thème bien choisi
fait sentir un souci efficace de la composition; les alliances
de timbres (deux violons, alto et piano) réalisent l'atmo-
sphère voulue de songerie.
Les Trois Fables de La Fontaine mises en musique par
M. Caplet eurent, chantées avec un charmant artifice par
M me Candé, beaucoup de succès; c'est un morcellement
amusant, presque parodique, des récits du fabuliste.
Des mélodies fort agréables de M. Versepuy furent chan-
tées d'une belle voix passionnée par M" e Marthe Feuillée,
qu'accompagna M lle Suzy Welty, des lieder de M. Guy
Ropartz (d'après Heine) avec un sentiment profond par
M. Panzéra, remarquablement accompagné par M me Pan-
zéra-Baillot. La fougue très brillante et savante de M lle Ta-
tiana de Sanzéwitch fut fort applaudie dans le Tombeau de
Couperin de M. Ravel. R. S.
Concert Robert et Marius Casadesus (8 mars). — Jouer
par cœur une Sonate de Bach (n° 2 en la) et une Sonate de
Beethoven (n° 7, ut mineur), ce n'est pas seulement réussir
un tour de force qui est rarement tenté, c'est vouloir écarter
tout ce qui s'interposerait matériellement entre le composi-
teur et l'interprète. Dans la réalisation comme dans l'inten-
tion apparurent, chez MM. Robert et Marius Casadesus, le
respect constant de la pensée des maîtres et l'effort le plus
sympathique pour concilier les nécessités de l'expression
avec celles du style.
Les deux voix alternèrent et se répondirent sans que
l'une prétendit dominer sur l'autre, il s'établit entre elles
une égalité qui donnait son sens vrai au dialogue.
R. S.
Concert Nin-Le Feuve. — Le programme seul du concert
donné le 7 mars par MM. Joachim Nin et Gaston Le Feuve
témoignait des intentions élevées au nom desquelles ces
deux artistes pratiquent leur art et sur lesquelles d'ailleurs
— du moins en ce qui concerne M. Nin — nous possédons
une matière écrite où la science ne cède en rien à une
activité multiple (cours, conférences, articles, livres). En la
personne même de ce dernier, imprégnée de douceur et
d'impassibilité doctorale en une de ces combinaisons à
quoi s'exerce la capricieuse Espagne, nous voyons un hôte
qui prête à l'activité artistique de notre pays une particu-
lière et précieuse forme de concours.
Du talent de M. Le Feuve, le meilleur éloge que nous
puissions dire est qu'il nous apparut sur un plan rigoureu-
sement parallèle à celui où se dessine l'art de M. Nin Un
ensemble rarement aussi parfait, une translucidité d'inter-
prétation, une fine qualité sonore marquèrent l'exécution
de la Première Sonate en si mineur de J.-S. Bach, de la
Sonate en ut mineur de Beethoven et de la Sonate de
C. Franck. Si le Rondo en ré majeur et la Fantaisie en ut
mineur de Mozart furent d'une interprétation un peu froide,
M. Nin y sut parfois éveiller cette grâce déjà tournoyante
qui devait plus tard entraîner l'artviennois dans les enivre-
ments de la valse. Avec la Sonate de Beethoven, le
moindre reproche de froideur s'évanouit devant la subite
gravité où toute une orfèvrerie aux pierres sombres révéla
un aspect inaccoutumé de cette œuvre. (Nous ne croyons
pas nous montrer ingrat vis-à-vis de M. Le Feuve en
insistant sur la difficulté qu'il y a aujourd'hui d'entendre
un pianiste accompagner les sonates beethovéniennes pour
violon avec un tel style.) MM. Nin et Le Feuve détaillèrent
de la Sonate de Franck la variété rythmique des arcs qui
à l'austérité des masses architecturales mêlent leur flore
arabesque. A. S.
Concert Clara Haskil. — M" e Clara Haskil a donné un
récital de piano où on a pu apprécier toutes les faces de
son très beau tempérament artistique. On ne peut donner
plus de vie et de couleur aux œuvres qu'on interprète ni
en pénétrer plus profondément le sens intime. Il est regret-
table de ne pas entendre plus souvent M lle Clara Haskil.
P. de L.
Concerts Qolschmann. — La séance du 10 mars eut
moins d'intérêt que la précédente. Consacrée en partie
à l'attribution du second Prix Verley, elle ne révéla pas
d'œuvre d'une valeur égale à la Pastorale de M. Honegger.
Le public, tout heureux de se raccrocher à des réminis-
cences de Rimsky-Korsakoff, accorda une majorité de voix
à la Hora de M. Stan Golestan ; le Navire de M. Louis
Durey avait au moins le mérite d'être habilement orchestré
et de peindre avec un balancement de sonorités métalliques
une marine assez curieuse.
Le Quintette de Mozart, bien exécuté par MM. Gaston
Hamelin, L. Bellanger, Espéjo, Chantome et Navarra, et
la Symphonie Italienne de Mendelssohn, brillamment dirigée
par M. Golschmann, terminaient le concert. A. S.
Concert Talluel. — Ne passons pas sous silence la bonne
volonté avec laquelle le quatuor féminin Talluel exécuta le
12 mars le quatuor de M. Ravel. A cette même séance,
M" e Marguerite Poulet, MM. Tournemire et Gaston Blan-
quart prêtèrent leur concours dans la Sonate de Boellmann,
le Quatuor de M. Tournemire et la Sérénade as Beethoven.
A. S.
Voir à /a dernière page le programme des Concerts
Le Mouvement musical en Province
Bordeaux. — Le Grand-Théâtre vient encore d'acquérir
des titres à la reconnaissance des musiciens en montant
superbement Tarass Boulba de M. Marcel Samuel-Rous-
seau. La répétition générale a été donnée au profit de la
caisse de secours de la Presse quotidienne de Bordeaux.
Ce fut un gala fort réussi. On a fait un accueil vraiment
chaleureux à la partition et à son auteur, qui a dû venir à
la fin du quatrième acte saluer le public qui l'avait appelé
sur la scène.
On sait que M. Louis de Gramont, sur le désir de
M. Marcel Samuel-Rousseau, avait extrait du roman de
Gogol la matière d'un livret en cinq actes en utilisant et
en délayant certaine aventure amoureuse survenue à Andry,
fils de Tarass-Boulba, aventure qui, dans le livre, tient en
quelques feuillets. M. Louis de Gramont a eflectué ce
« tirage à la ligne » avec virtuosité, certes, ce qui n'em-
pêche point, cependant, que ce développement fort habile
ne constitue pas un livret idéal. Il paraît manquer d'action
et, par ailleurs, les actes — ou plutôt les tableaux — trop
brefs ne laissent pas à l'inspiration du musicien le temps
de prendre son essor et c'est grand dommage. La partition
de M. Marcel Samuel-Rousseau est riche de promesses.
Elle est pittoresque, colorée et parfois puissante. Elle
abonde en descriptions savoureuses qui, réellement, font
penser à celles du roman. Son travail harmonique et
orchestral révèle une science solide et pleine de probité.
On a été heureux de l'applaudir en songeant à ce que
ce compositeur savant et doué pourra nous donner dans
l'avenir quand il aura traité un sujet plus propice à la
mise en lumière de son réel talent. L'interprétation de
cette œuvre était confiée à M. Jean Bourbon, créateur
du rôle de Tarass-Boulba au Vaudeville lyrique, M" 1 - - Tis-
sier, M. Lemaire, M lle Rose Montazel, M. Lasserre, qui
ont été excellents et admirablement secondés par de nom-
LE • MENESTREL
breux artistes de notre première scène. L'orchestre, dirigé
par M. Georges Razigade, s'est affirmé remarquable.
La mise en scène, objet des soins de M. Perron, était
somptueuse. Les décors de M. Artus, merveilles de coloris,
les costumes et jusqu'aux accessoires ont montré un souci
de recherche et de perfection des directeurs de notre
Grand-Théâtre qui, pour n'en être plus à leur coup d'essai,
ont réussi un coup de maître.
— L'avant-dernier concert de la Société de Sainte-Cécile
réunissait encore deux solistes. Nous avons dit notre
opinion au sujet de la multiplication par deux des vir-
tuoses; nous n'y reviendrons pas. L'équité nous commande
de mentionner leur très vif succès. M m0 Suzanne Cesbron,
cantatrice parfaite, et M. Manuel Quiroga, un des meilleurs
violonistes que nous ayons entendus, ont soulevé très jus-
tement l'enthousiasme du public, ainsi d'ailleurs que
l'orchestre de M. Crocé-Spinelli, qui a joué la Symphonie
fantastique de Berlioz, le prélude de Lohengrin et la
danse slave du Roi malgré lui de Chabrier.
— Pendant que ce concert se donnait dans la salle du
Grand-Théâtre, à l'Olympia, où l'on honore Beethoven
fréquemment, on donnait un récital des œuvres du maître
de Bonn, « à l'occasion de son i5o e anniversaire » disaient
les communiqués. Notons en passant que cet anniversaire
avait été célébré dans cette même salle en temps opportun,
c'est-à-dire le 18 décembre dernier. Mais on avait à ce
moment négligé d'informer le public du but commémoratif
de cette séance. Ce petit oubli a été réparé — trois mois
après — à la satisfaction complète d'un auditoire qui a
longuement applaudi le prestigieux maître du clavier
Edouard Risler. Henri Boularé.
Le Havre. — Salle des Fêtes. — Sous la direction de son
jeune chef, l'orchestre du Cours Revel, s'est fait applaudir
dans une Suite en si mineur de J.-S. Bach, qu'elle détailla
avec une nuance d'art délicate. De MM. H. Woollett et
A. Donnay, tous deux compositeurs havrais, nous eûmes
la joie d'entendre du premier les Mystères de Saint Nico-
las, poème symphonique d'une inspiration heureuse; du
second Invocation et Gavotte, œuvre sincère ; mais le succès
alla plutôt à la dernière, dont le public goûta le charme
délicat.
L'orchestre, avec le concours de M m8 Malnory-Marseillac,
une cantatrice au timbre pur, rendit avec chaleur un des
chefs-d'œuvre de Cl. Debussy : la Damoiselle élue.
M Uc Merville y fut une « récitante » simplement honnête.
M me Malnory-Marseillac, de sa belle voix claire et
sonore, nous donna plusieurs pages de V. d'Indy, D. de
Séverac, Rameau et Duparc.
M" e Antoinette Veinard, pianiste au talent très sûr, au
jeu impeccable, nous charma dans des compositions de
V. d'Indy, Albeniz, Chabrier, Rameau, Scarlalti et Dan-
drieu. Elle remporta un véritable triomphe par son exécu-
tion magistrale de Saint François de Paule marchant sur les
flots du génial Liszt.
— Grand-Théâtre. — Bonnes représentations du Trou-
vère et de Sigurd avec les ténors Moisson et Carrère,
et M me Comès qui fit admirer l'éclat de son beau soprano.
— Salle des Employés des Nouvelles Galeries. — Les
sœurs Clara et Juana Haskil, de passage en notre ville, se
sont fait applaudir dans diverses compositions de Haydn,
Scarlatti, Bach, Chopin, et dans les jolies Danses bohé-
miennes de Sarasate. G. Letord.
Lille. — L'événement musical le plus important de cette
quinzaine a été la réouverture des Concerts populaires. La
vieille société lilloise, qui entre dans sa quarante quatrième
année d'existence et dont les exécutions avaient été inter-
rompues par la guerre, a été accueillie par le plus vif et le
plus sympathique succès. Sous la direction de son nouveau
chef, M. Gallois, elle a exécuté avec beaucoup de sûreté
et de cohésion la Cinquième Symphonie de Beethoven, la
pittoresque pièce de Borodine, Dans les Steppes de l'Asie
centrale où diverses mélodies exotiques se succèdent et se
juxtaposent, et, pour terminer, la rutilante ouverture du
Carnaval romain de Berlioz.
L'éminente pianiste Dehelly prêtait à ce concert son
admirable talent. Son interprétation du Concerto en la
mineur de Schumann a été une merveille de poésie, de
sentimentalité discrète, de grâce et de fougue irrésistible
dans le final. Aussi le public charmé et ému lui fit-il
une véritable ovation qui se répéta lorsque, seule, elle
exécuta la Berceuse de Chopin, les Minstrels de Debussy et
Venetia e Napoli de Liszt. M" c Dehelly met son mécanisme,
vraiment prodigieux, au service de la musique, il n'est
pour elle que le moyen de traduire les œuvres qu'elle inter-
prète. C'est le plus bel éloge qu'on puisse faire d'un talent
aussi accompli.
— A côté de cette grande manifestation artistique, nous
devons mentionner les très intéressantes séances de
musique de chambre qui ont toutes eu le plus légitime
succès et que nous allons citer par ordre chronologique.
Le quatuor Surmont a donné son deuxième concert
dans la salle du Conservatoire. Le programme comportait
le Dixième Quatuor de Beethoven dont l'exécution fut
plus que satisfaisante. La Sonate pour violoncelle et piano
de Rachmaninoff fut pour M. Mousnez et M. Dupuis
l'occasion de faire valoir leur musicalité. M. Dupuis, dont
le talent de pianiste égale celui de conducteur d'orchestre,
joua ensuite avec M. Surmont une Sonate pour piano et
violon de M. Albert Dupuis, le distingué compositeur,
directeur du Conservatoire de Verviers. Les deux premières
parties de cette œuvre furent composées en 1898; les deux
dernières ont vu le jour en 1917. Ce long intervalle de
temps explique la notable différence de conception et
d'architecture qui existe entre les deux premiers et les
deux derniers fragments. Chaque parlie forme un tout;
très rarement une idée est répétée dans deux mouvements
difiérents, sauf cependant dans la dernière partie où la
phrase initiale du premier mouvement réapparaît. L'exécu-
tion de cette sonate toute classique fut particulièrement
expressive et communicative.
Il en fut de même de celle du Premier Quatuor à cordes
de Schumann.
Nous avons eu le plaisir de réentendre la charmante
violoncelliste M lle Marcelli, dans un concert qu'elle a
donné dans la Salle Industrielle avec le concours du violo-
niste Carembat et du pianiste Cloez. Elle fut longuement
applaudie dans la Sonate de Grieg. M. Carembat fut égale-
ment ovationné après sa chaude et vibrante exécution de
la Romance en fa de Beethoven et du Prélude et Allegro de
Pugnani Le Trio en ré de Beethoven et celui en ré mineur
de Schumann qui ouvraient et terminaient la séance
furent joués en toute conscience et en toute perfection.
Un autre concert du plus haut intérêt artistique vient
d'être donné, au profit des aveugles de la guerre, par
M. Robert Louvois et ses sœurs, M mes Antoinette et Thé-
rèse Louvois.
M me Antoinette Louvois, qui tint avec maîtrise le piano
dans la Sonate de Guy Ropartz, est aussi une cantatrice
remarquable. Elle fut chaleureusement applaudie après sa
belle et émouvante interprétation de Trois Méloies de
Schumann et d'autres de Rhené-Baton, de Charpentier, de
Philippe Gaubert et de Francis Casadesus.
Une composition assez importante de M me Paul Simon,
Hymne à la Victoire, trouva également en elle une inter-
prète fidèle et convaincue.
— Enfin, dimanche, a eu lieu au Conservatoire le pre-
mier exercice public des élèves. Sous la direction de
M. Ratez, l'orchestre et les chœurs firent successivement
entendre la Symphonie en sol mineur de Mozart, très fine-
ment exécutée, et la seconde partie de l'Enfance du Christ
de Berlioz. M lle Drucbat, jeune et déjà talentueuse violo-
niste, joua la première partie de la Symphonie Espagnole
de Lalo. M" e Leclercq fit preuve d'un joli mécanisme dans
V Allegro appassionato pour piano de Saint-Saëns; M lle de
Trenqualye et les chœurs donnèrent la grande scène du
LE «MENESTREL
premier acte d'Iphigénie en Tauride; M. Arnauld, jeune
ténor à la voix sympathique, qu'on avait "déjà apprécié
dans l'Enfance du Christ, fut très applaudi après l'air de
Joseph.
La séance se termina par le premier acte de la comédie
de Regnard, le Distrait, dont l'interprétation par les élèves
de la classe de déclamation fait honneur à leur distingué
professeur, M. Louis Carpentier.
Lyon. — Première représentation au Grand-Théâtre de
Gismonda. La soirée a été pour l'auteur Henry Février un
légitime triomphe. La partition, qui se recommande par
une mélodie enveloppante, par la sincérité de l'émotion, a
infiniment plu au public lyonnais.
L'œuvre, très dramatique déjà par le livret, voit son effet
encore accru par la souplesse, le mouvement et l'éclat du
musicien.
M ll,! Saiman, dans le rôle de Gismonda, a une voix puis-
sante, chaude et veloutée. Elle la conduit avec une sûreté
surprenante. Physiquement, elle réalise à merveille la
beauté altière de la duchesse d'Athènes.
M. Fraikin (Almério) a montré de la vigueur et fut très
applaudi, notamment au 4 e acte, qu'il a fort bien mis en
valeur.
A côté de ces deux interprètes citons MM. Baldous, de
Lay, Bernard et M !,es Lecouvreur et Roussel. Le divertis-
sement, fort bien réglé, a valu un véritable triomphe à
M lle Janine Klolza.
Les chœurs et l'orchestre, sous la baguette de M. Bovy,
ne méritent que des éloges.
Il faut enfin féliciter MM. Moncharmont et Guichard de
leur mise en scène et du soin avec lequel ils ont monté
cette belle œuvre. Ce fut une brillante soirée.
Marseille. — Concerts classiques. — On nous a présenté
M. Quiroga, violoniste, espagnol d'origine, mais français
d'éducation. Ses qualités de sonorité et de justesse lui ont
valu un joli succès dans la Symphonie Espagnole de Lalo
et dans la Havanaise de Saint-Saëns.
Un compositeur moderne, M. Florent Schmitt, est venu
diriger lui-même l'exécution d'une de ses œuvres : Rêves.
Le public a paru ne pas s'intéresser énormément à ces
pages un peu vagues et nuageuses peut-être, mais où, pour-
tant, se reconnaît un écrivain musical de premier ordre.
Peut-être aussi, M. Florent Schmitt a-t-il eu tort de con-
duire lui-même l'orchestre... un orchestre qu'il ne connaît
guère, et qui, sous la direction de son bon chef habituel,
aurait sans doute rendu son œuvre avec plus de précision...
La Septième Symphonie de Beethoven, l'Ouverture
d'Iphigénie de Gluck et l'introduction du 3 e acte de Lohen-
grin complétaient ce programme.
La dernière séance, celle du i3 mars, présentait M. Se-
chiari, notre chef d'orchestre, comme violoniste, avec
M. Bouillon. Au programme : Symphonie inachevée de
Schubert, Concerto en ut mineur pour deux violons de
Bach, l'Orbe d'Or, poème symphonique de Dorsan van
Reysschot, Concerto en si mineur d'Ambrosio, Rapsodie
basque de Pierné.
M. Lacour, à cette occasion, a dirigé l'orchestre avec une
parfaite maîtrise.
Société de Musique de chambre. — M. Florent Schmitt,
après son audition aux Concerts classiques, a donné deux
séances à la Société de Musique de chambre. Il a joué
Musique sur l'Eau et Star.
jVjmo Marthe Martino a chanté Revenej, Amours de Lulli cl
Dormir, mélodie de P. de Brévillc.
M. Husson et M"" Reboul avaient fait entendre une
Sonate de Kornaught, sans grand intérêt; M. Andoli et le
quatuor Derbesy avaient exécuté dans un brillant style le
Quintette de Schumann.
Majestic. — Le 5 e Récital nous a ramené M. Edouard
Risler, prestigieux artiste, dont la sûreté de jeu et l'impec-
cable mécanisme furent applaudis comme toujours.
Emile de Vireuil.
Valenciennes. — Le deuxième concert de musique de
chambre. — Magnifique audition, le 9 janvier, avec le con-
cours de M. Jan Rcder qui interpréta avec un style émou-
vant les poignantes Amours du Poète, de R. Schumann, et
obtint un enthousiaste succès.
Exécution très éloquente et d'une extraordinaire sou-
plesse par nos vaillants quarteltistes du beau Quatuor en sol
mineur de Guy Ropartz, chaudement accueilli par l'audi-
toire.
Les Jeux d'eaux de la Villa d'Esté de Franz Liszt et le
Nocturne 17 en si majeur de F. Chopin trouvèrent en
M me Lamy toute la virtuosité et toute l'émotion désirable à
leur bonne interprétation. Pour terminer, la Sonate en la
majeur de Beethoven, exécutée avec une grande probité
par les deux artistes, M 1 "" Lamy et M. Antoine, violoncel-
liste, souleva l'enthousiasme de la salle.
Le troisième concert symphonique. — Trois grands
artistes, M 1Ie Le Senne, MM. Gabriel Paulet et Jan Reder
avaient bien voulu prêter leur concours à l'exécution inté-
grale du deuxième acte de Pénélope, de Gabriel Fauré.
Les applaudissements enthousiastes prouvèrent que l'au-
ditoire avait fait un excellent accueil à cette première audi-
tion.
La Cinquième Symphonie en ut mineur clôturait super-
bement le concert.
Troisième concert de musique de chambre. — Belle séance
de musique pure. Au programme : le difficultueux Quatuor
en ut majeur de Beethoven, parfaitement mis au point par
MM. Ritte, Antoine, Dahiez et Récoppe.
Après une exécution d'une rare beauté de pièces de cla-
vecins par M" 10 Lamy dont l'auditoire connaît les remar-
quables qualités pianistiques, une satisfaction était ménagée
par l'audition de la Sonate i3 pour piano et violon de
Gabriel Fauré, exécutée avec beaucoup de brio et un jeu
de technique impeccable par M me Lamy et M. Paul Ritte,
notre admirable violoniste.
Le Septuor de Camille Saint-Saëns complétait le pro-
gramme de la plus heureuse façon. André Laurenti.
io< «s» ■»■ le» 10 ! >e»; -otio 1 f es'-wu te»«
.:.- •çj.tD^ODcmen
Le Mouvement musical à l'Étranger
ALLEMAGNE
On annonce à Wiesbaden pour le commencement de mai
prochain un festival Brahms qui durera trois jours.
— M. Hans Pfitzner termine la composition d'un ora-
torio.
— Le théâtre d'opérette de Leipzig a donné la représen-
tation d'une opérette en trois actes de MM. A. Petersen et
O. Lux « d'après une idée » de W. Wallroth, musique de
M. Arthur Delmar : le Grand Jules (il s'agit de Jules César;.
— M. Richard Strauss travaille à un petit opéra en trois
actes, dont il a écrit lui-même le livret.
— M" Lula Mysz-Gmeincr vient dêlre nommée profes-
seur de chant au Conservatoire de Charlottenburg-Berlin.
— La pantomime de M. Richard Strauss, la Légende de
Joseph, créée, on s'en souvient, à Paris en mai 1914, a été
représentée récemment, pour la première fois en Allemagne,
à l'Opéra National de Berlin.
— Le « mélologuc » de Berlioz, Lélio, vient d'être repré-
senté, sous forme scénique, à Berlin, avec grand succès.
— La station de T. S. F. de Kônigs-Wustcrhausen vient
de transmettre à Luxembourg, en Hollande, en Hongrie,
en Angleterre... un concert instrumental. Le résultat de
l'expérience aurait été si encourageant que des auditions
d'opéras ou de symphonies sont prévues, à bref délai, à
bord des transatlantiques.
— La foire de Leipzig a été l'occasion d'une « semaine
musicale » où l'on a entendu au théâtre Tannhâuser, Tris-
tan et Isolde, la Walhyrie, Obéron, Fidelio, Otello (de
Verdi), Madame Butterfly; le festival comprenait aussi des
— 121 —
LE * MÉNESTREL
concerts symphoniques sous la direction de M. Arthur
Nikisch et des concerts de musique de chambre. Quel est
le programme musical de la foire de Lyon?
D'après la Gajelte de Voss, M. le D 1 ' Diamand, archiviste
de Wallenstein, aurait découvert trois symphonies, jus-
qu'alors inconnues, de Joseph Haydn, que le maître aurait
données au prince de Wallenstein.
Ces symphonies auraient été exécutées avec succès en
octobre 1789 et Haydn aurait reçu pour ses honoraires une
tabatière d'or contenant 5o ducats. Jean Chantavoine.
ANGLETERRE
Nouveau concert de Jean Sibelius, le compositeur fin-
landais. Il y a dirigé plusieurs de ses œuvres déjà
connues du public londonien et les Ô'cë'intdes, un poème
symphonique récemment composé.
— Jean Aubry, le directeur du Chesterian, passera le
mois d'avril en Espagne où l'Institut français l'aurait engagé
pour une série de conférences.
— Marcel Dupré dont les récitals, à Londres, ont eu,
comme nous l'avons dit, un succès que .la presse et le
public saluèrent magnifiquement, vient d'être élu membre
honoraire de la London Society of Organists-.
— Sir Walter Parrat, l'organiste presque octogénaire de
la chapelle royale au château de Windsor, fait gentiment
profession d'un coquet éclectisme. Il pense que la musique
moderne est de « saine constitution » et que ses intran-
sigeances, malgré que farouches, n'enlèvent rien à l'intérêt
qu'elle présente.
— Le pianiste américain George Gopeland réserve
toujours, dans ses récitals, une large place à Debussy. Il a
joué l'autre jour à l'/Eolian Hall une transcription pour
piano, dont il est l'auteur, de l'Après-Midi d'un Faune.
— Dans la Nation et V Athenœum, article de E. J. Dent
sur les œuvres de Busoni. Son Concerto pour piano, en
cinq mouvements, dont l'exécution demande une heure, lui
paraît l'ouvrage le plus beau que notre siècle ait produit
dans ce genre, et Dent s'étonne, si grandes qu'en soient
les difficultés techniques, qu'aucun pianiste anglais n'ait
encore osé l'inscrire à ses programmes.
Maurice Lena.
DANEMARK
Copenhague. — Les manifestations musicales les plus
importantes se produisent à l'Opéra Royal et aux sociétés
de concerts : là « Philharmonique », la « Sainte-Cécile »,
les « Concerts symphoniques » et la « Société de Musique
danoise ».
Une grande quantité de concerts de musique de chambre
sont aussi donnés.
La musique sacrée n'est pour le moment guère en vogue .
Cependant, dans nos églises, on entend quelquefois de
beaux soli accompagnés d'orgue.
Nous avons à Copenhague un Conservatoire qui jouit
d'une grande réputation. Autour de lui on trouve un grand
nombre d'écoles privées de chant et de piano.
On peut dire que toutes les classes de la population
danoise s'intéressent à la musique, quelquefois même avec
une sorte de frénésie. Mais, à vrai dire, le goût du public
n'est pas très raffiné et il se porte plutôt vers la musique
légère et amusante comme l'opérette que vers la vraie
musique.
Nous avons cependant une « École danoise » et les noms
de Lange-Muller, Cari Nielsen et Louis Glass sont assez
connus. A côté de ces musiciens vraiment originaux, de
jeunes modernistes font avec fracas de véritables omelettes
musicales. Chez eux, les vieilles lois musicales sont vili-
pendées. Harmonie? Non. Mesure? Non. Tonalité? Non.
Un public très jeune applaudit violemment ces pseudo-
chefs-d'œuvre inspirés de Schônberg et Scriabine. Mats ces
apparitions bolcheviques ne sont que momentanées et leur
public est très restreint. I NA Lange.
ESPAGNE
Madrid. — L'Apolo a donné le Parque de Sevilla, musique
du prolifique maestro Vives.
— Les chefs d'orchestre de la Fédération musicale espa-
gnole l'ont une pétition pour que l'emplacement actuel des
orchestres dans les théâtres soit changé. « La situation d'un
ensemble orchestral au fond d'un endroit couvert, disent-ils,
fait tort à l'intensité et au brillant de l'effet ainsi qu'au
rythme et à l'équilibre sonore... La moitié des musiciens
n'entend pas ce qu'exécute l'autre moitié... »
Mais la place de l'orchestre est-elle, après tout, en avant
de la scène? L'avenir ne trouvera-t-il pas moyen de faire le
contraire, c'est-à-dire de mettre l'action et le chant en avant
de l'orchestre, comme les figures d'un tableau s'enlèvent
sur le fond d'un tableau?
— Il y a certainement, en Espagne, un grand mouvement
de production musicale. Dans quel sens se dirigera-t-il?
Dans celui d'une affirmation de l'âme nationale ou vers une
manière faite de cette âme et des influences étrangères
qu'elle aura absorbées? Un compositeur ibérien, interrogé
par moi, se prononçait pour l'effort vers toujours plus d'his-
panisme, sur l'aile du folklore, et table rase faite de toutes
les formules du dehors, anciennes, modernes ou futuristes.
« Et cela, ajoutait-il, en employant les moyens appartenant
à nos natures : ceux d'une exécution résumée à grands
coups, à harmonies étalées, sœurs de nos vastes espaces.
Mais voilà! tout le monde a ses snobs; et, suivant les
nôtres, il faut être Russe ou Français, et même un peu les
deux. Selon toute probabilité, je réussirais mieux en me
servant de procédés ne correspondant en rien à nos tem-
péraments, et nos esthètes penseraient : « Ce doit être
» rudement bien puisque l'on n'y comprend rien... Il évolue!
» Il évolue! »
Ay que gracia! Raoul Laparra.
ITALIE
Rome. — A 1' « Augustèo » le maître viennois Franz
Schalk a conduit trois concerts. Inlassable propagateur dé
la musique italienne en Autriche, l'éminent chef d'or-
chestre reçut un accueil des plus sympathiques à Rome.
Aux premier et second concerts programme classique et
audition du Cosi parlo Zarathustra de Strauss. Ce poème
symphonique, qualifié par d'aucuns de <t mastodonte »,
soulève mainte diatribe. Le troisième concert comportait
la Neuvième Symphonie de Briickner dont l'auteur mourut
avant d'avoir écrit le final. Le public ne semble pas avoir
goûté cette vaste composition et les opinions de la critique
sont fort divisées. Pour le reste du programmé, composé
d'œuvres de Beethoven, Haydn, Wagner, le kapellmeister
n'obtint que des suffrages.
— Le quatuor Zimmer de Bruxelles a donné à S. Cecilia
sa dernière séance du cycle beethovénien. Au programme
l'op. 18 (n°5),l'op. i3i (n u 14) en sept parties et l'op. 59 (n° 1).
Concert admirable, religieusement écouté.
— Un nouveau quatuor composé des professeurs Bellezzà,
Righelti, Matteucci et Zucaroli s'est présenté dans la salle
de la Societa A. M. I. (Arte moderna italiana). Exécution
excellente d'œuvres de Borodine, Leone Sinigaglia et du
poème musical Venere dormente d'Alberto Gasco.
— Un troisième quatuor de Budapest, dirigé par Lehner,
s'est fait entendre à l'Accademia Filarmonica. Au programme
Haydn, Schubert, Donanyi, Mozart, Beethoven et Ravel
dont le Quatuor en fa fut remarquablement exécuté par les
artistes hongrois, « Tribut volontairement payé à l'Art fran-
çais », écrit un critique de la péninsule.
— Au « Costanzi », après Salomé et Manon, Geneviève
Vix vient d'incarner Thaïs avec un égal succès. Le baryton
Segura Tallien, la basse Linza et le ténor Nârdi lui donnent
la réplique. Le maestro Teofilo De Angelis conduit l'or-
chestre avec sa science et son ardeur coutumières. et le
public, comme toujours, fête une de ses œuvres préférées.
G.-L. Garnier.
LE • MENESTREL
NORVEGE
Christiania. — L'orchestre de la Société Philharmonique
poursuit toujours très activement sa saison musicale avec
quatre concerts par semaine, et les chefs d'orchestre, le
professeur Gcorg Schnéevoigt et M. Ignaz Neumark, font
de leur mieux pour faire entendre à leur auditeurs les
œuvres les plus diverses et de toutes les écoles. C'est ainsi
que tout dernièrement figuraient au programme !e Concerto
grosso d'Hrendel, la Symphonie en sol mineur de Mozart,
la Cinquième Symphonie de Tschaïkowsky, la Pastorale et
la Symphonie en la de Beethoven, des œuvres de Dvorak
et en première audition la Symphonie en si bémol majeur
de Chausson.
Son effort spécial, très apprécié, a porté sur des œuvres
de compositeurs norvégiens : Sigurd Lie (Symphonie en la
mineur), Grieg, Sinding, Svendsen, Halvorscn, Olseil,
ainsi que sur celles, plus modernes, de Borgstrom (la grande
symphonie la Pensée), Schelderup, Hurum, Eggen, Backu-
Lundc, Monrad-Johansen.
Le quatuor à cordes de la Société Philharmonique a
donné pendant cette saison six soirées d'abonnement. Parmi
les œuvres exécutées citons le Quatuor en ut mineur de-
Brahms, celui de Mozart en ré mineur et une Étude de
concert de Sinegaglia.
Le quatuor de Londres vient de terminer ici ses séances.
A l'occasion du cent-cinquantième anniversaire de la
naissance de Beethoven, il a joué en six concerts toute la
série entière des Quatuors, y compris la fameuse Grande
Fugue.
Comme d'habitude, la saison musicale a été corsée par le
concours d'un certain nombre de solistes; citons parmi les
artistes norvégiens : le pianiste Brandt-Rantzau, le con-
tralto Sigrid Bakke, le violoniste Per Bolstad, etc., et en ce
qui concerne les artistes étrangers : Alexandre Silsli, Sigrid
Onegin, Emmi Leissner, Edwin Fischer, Fossy Spiwâ-
kowsky, Lilly von Kovacs, etc.
Pourtant c'est avec regret que je crois devoir faire
remarquer que nous avons le plaisir ici d'écouler trop
rarement les grands artistes français. Le résultat en est que
seulement une minime partie de la musique française
moderne est connue ici.
A l'Opéra-Comique on a donné ces derniers mois : la
Traviala, la Flûte enchantée, la Juive, la Tosca, Othello,
sous la direction des chefs d'orchestre MM. Leif Ilalvorsen
et Ewald Niegisch. A. -H. K.
ÉTATS-UNIS
Le grand succès de Manon se poursuit au Manhattan. On
l'a joué l'autre soir avec Yvonne Gall et Muratore. Le géné-
ral Pershing assistait au spectacle dans la loge de Mary
Garden, « General Director ».
— Après Hunecker, du World, voici que Sylvesler Raw-
ling vient de mourir. Il était depuis vingt-sept ans le cri-
tique musical de VEvening World.
— L'Ecole de Musique de Rochester que M. Eastman,
le célèbre fabricant de kodaks, a dotée de quatre millions
et demi, fonde une classe d'orgue, dont Joseph Bonnet
sera le titulaire. Celte classe aura, pour les éludes, une
vingtaine d'orgues à trois et quatre claviers, et pour les
concerts un magnifique instrument dont la construction
doit coûter, parait-il, 73.000 dollars. L'importance de cet
enseignement sera donc considérable.
— Revival, comme on dit en Amérique (ce mot nous
manque; prenons-lej de El Capitan, du lieutenant Sansa,
« Roi de la Marche ». La Philadelphia Operatic Society en
a donné deux représentations. Ovations à l'auteur qui diri-
geait l'orchestre.
— Le National Symphony Orchestra, dont les moyens
d'existence étaient devenus précaires, s'est fondu récem-
ment avec la New-York Philharmonie. En d'autes termes,
il disparait : une centaine d'instrumentistes devront être
congédiés. J. Stransky, chef d'orchestre de la Philharmonie,
reste le directeur de la société nouvelle. Certains de ses
confrères d'Europe viendront y diriger des séries de con-
certs : Mêngelberg sûrement, et Toscanini peut-être.
— Exécution, à Chicago, par le Symphony Ochestra, de
la Symphonie en ut majeur de Paul Dukas.
On a fait, dans cette même ville, un accueil enthousiaste
aux concerts donnés par Toscanini. h'Iberia de Debussy
est au répertoire de la tournée.
— A l'un des concerts du New-York Symphony Orches-
tra (Cortot, soliste) : de Debussy, Nuages, Fêtes et la Fan-
taisie pour piano et orchestre; de d'Indy, la Symphonie en
sol; de Roger Ducasse, Nocturne de Printemps; de Ravel,
Daphnis et Chloé.
— A Boston, exécution par Carmela Ippolito et la Bos-
ton Musical Association de la Légende pour violon et
orchestre de Blair Fairchild, le compositeur américain
résidant à Paris, dont l'Opéra-Comique doit représenter
un ballet.
— Au programme d'un récital, dans cette même ville, du
ténor Edward Johnson : mélodies de G. Hue et de Fauré.
— La souscription ouverte aux États-Unis sous le patro-
nage de M. Slanfard White pour venir en aide aux deux
filles de Schumann, est maintenant close.
Elle vivent en Suisse. Elles seront désormais à l'abri du
besoin. Maurice Lena.
ÉCHOS ET NOUVELLES
A l'Opéra :
Après là première représentation dWntar, qui a eu lieu
lundi dernier, avec le succès que l'on sait, M. Chekri
Ganem a adressé à M. J. Rouche, directeur de l'Opéra, la
lettre suivante :
14 mars 1921.
Mon cher Directeur,
Le rideau vient de tomber sur le dernier tableau d'Aiitar. La
foule s'écoule. Les « chandelles » s'éteignent. Mais une n'anime
vit en nous et demeure : celle de notre gratitude envers vous,
envers les magnifiques interprètes, que le public vient d'acclamer,
et envers tous ceux qui ont contribué au succès de l'œuvre de
Gabriel Dupont.
Je vous en offre l'expression cordiale au nom de la famille de
ce compositeur, si prématurément enlevé à l'art musical français
et à l'affection des siens et de ses amis, au nom de la maison
Ueugel où je l'ai connu, et en mon nom de modeste parolier qui
a vu, avec une émotion étonnée, son Antar chevaucher les riueSj
porté sur les ailes d'une musique qui n'a pas besoin de la pitié
envers un mort pour être goûtée, admirée et écoutée avec
respect.
Je ne nommerai aucun des grands artistes qui viennent d'être
acclamés. Leurs noms seront sur l'affiche et sur les lèvres du
public. Mais il y a un personnel invisible que les applaudisse-
ments n'atteignent qu'à travers les toiles et les portants sans tou-
tefois s'adresser et aller directement à lui. Ame de la Maison, il
Tanime de son effort continu. L'associer aux artistes et à vous,
même dans l'expression de notre reconnaissance, ce n'est pas
diminuer la grande part de ceux-ci et ce n'est pas, je le sais, leur
déplaire. L'Opéra est une maison où la collaboration la plus
modeste a son utilité, sa nécessité pour la vie de l'ensemble. Son
organisme compliqué s'en trouve ainsi presque simplifié, tant le
réglage en est judicieusement ordonné.
Que nos remerciements donc, après s'être arrêtés sur les inter-
prètes admirables que vous avez assurés à Antar et après s'être
posés longuement sur l'orchestre et sur le pupitre de son éminent
chef, aillent trouver cette âme invisible de la grande Maison que
vous dirigez, composée des chefs de services et de chacun de ceux
qui accomplissent, sous leurs ordres, leurs modestes et précieux
devoirs.
Je reste en toute cordialité, après quelques mois de travail
commun, votre reconnaissant et dévoue.
Chekri Ganem.
— M rae Suzanne BaJguerie, qui n'avait jusqu'ici chante
que dans les concerts, vient d'être engagée à l'Opéra-
Comique.
— La direction du Théâtre Mogador retient dès à pré-
sent la date du jeudi 24 mars pour la répétition générale
en matinée du Petit Duc, pour la rentrée de M"° Edmée
Favurt.
— M. Bérârd, ministre de l'Instruction publique, prépare
un décret sur les « palmes académiques ». Il y a paraît-il
12.000 demandes au Ministère de l'Instruction publique.
L'intention de M. Bérard est de rendre plus difficile
LE • MÉNESTREL
l'accession à celte haute distinction. Il faudra, paraît-il,
avoir maintenant un certain âge et des titres littéraires
artistiques ou scientifiques.
Alors les palmes ne seraient plus de la manne électorale r
Hum!
— Toujours le droit de réponse.
Le Comité de l'Association des Journalistes républi-
cains avait chargé une commission, présidée par M. L.-L.
Klotz, d'examiner la question du droit de réponse et de lui
soumettre une solution.
Sur le rapport, au nom de cette commission, de
M. Levisalles, le Comité, après un échange de vues, auquel
ont pris part notamment MM. Raymond Poincaré, Paul
Strauss cl L.-L. Klotz, a adopté à l'unanimité l'ordre du
jour suivant : _
L'Association syndicale professionnelle des journa-
listes républicains est d'avis qu'il n'y a pas lieu d'apporter
des modifications à la loi de 1S81, charte républicaine de
la liberté de la presse.
En ce qui concerne l'article i3, elle considère que le
législateur de niio a suffisamment amendé cet article en
limitant simultanément la longueur de la réponse et la durée
de la procédure et elle estime, au surplus, que les tribu-
naux ont le devoir d'apprécier si la lettre dont on demande
l'insertion présente le strict caractère d'une réponse.
— Au Moulin-Bleu : Après A la Rolls... Rosse, bientôt
i5o représentations, les deux prochaines revues du théâtre
du Moulin-Bleu seront : la première de J.-J. Paddy (pseu-
donyme collectil de trois auteurs connus! ; la seconde de
M. Clément Vautel (dont ce seront les débuts dans la revue)
en collaboration avec M. Max Eddy.
— Pendant la semaine sainte les chanteurs de Sainl-
Gervais se feront entendre à l'église Sainl-Gervais le jeudi
saint à 4 heures trois quarts pour l'office des Ténèbres, le
vendredi saint à 4 heures trois quarts, pour l'office des
Ténèbres, et le jour de Pâques à 10 heures à la grand'messc.
On y entendra entre autres des œuvres de Palestrina, de
Vittoria et Ingegneri.
Ils donneront également un concert le samedi iC> mars à
2 heures et demie à la Schola Cantorum avec le concours de
M racs Jeanne Raunay, Antoinette Veluard, du quatuor Le
Feuve et de M. Jacques Février.
Ce concert sera composé des œuvres de Charles Bordes
qui fut, comme on le sait, le fondateur de l'association des
Chanteurs de Saint-Gervais.
— M lle Leone Jankowsky, premier prix du Conservatoire
et, de plus, lauréate du dernier concours Musica, vient de
se faire entendre à Moulins. Limoges, Toulouse, Perpignan,
Carcassonne avec le plus grand succès.
Elle joua des œuvres de Schumann, Fauré, Albeniz,
Debussy. A chaque concert, pour donner satisfaction au
public elle dut jouer en bis plusieurs morceaux.
Le souple talent de la jeune pianiste a été unanimement
apprécié.
— Le concours pour la chaire de professeur de piano au
Conservatoire de Rennes, que nous avons annoncé et qui
devait avoir lieu le vendredi 18 mars, est reporté au mardi
5 avril, à 2 heures, au Conservatoire de Paris.
Les candidatures seront reçues à la mairie de Rennes
(secrétariat) jusqu'au i ei ' avril, dernier délai.
— D'après le Musical courrier :
A l'une des Conférences de la Paix, on présente Pade-
rewski à Clemenceau :
« Vous êtes le fameux pianiste? »
Salut affirmatif de Paderewski.
Et le Tigre, alors : « Quelle chute! »
programmes des Concerts
GRANDS CONCERTS
Société des Concerts du Conservatoire (dimanche
20 mars, à 3 heures, salle du Conservatoire, sous la direction de
M. Philippe Gaubert). — H. Rabaud : Symphonie en mi mineur. —
Dvorak : Concerto pour violoncelle (M. Gérard Hekking). —
Gluck : Air d'Armidc (M me Rose Féart). — Silvio Lazzari : Pré-
lude d'Armor. .'— M. Emmanuel : Trois Odelettes (M"" Rose Féart).
— Saint-Saëns : La Jeunesse d'Hercule.
Concerts-Colonne (samedi 10 mars, à 4 h. 3/4, au Châtelet,
sous la direction de M. Gabriel Pierné). — Beethoven : Coriolan
(Ouverture) : Symphonie pastorale. — A. Abita : Arabesques (1" au
dition). — Louis Aubert : Trois Poèmes araires (M" e Elisabeth
Nauroy). — Saint-Saens : Suite algérienne.
Dimanche 20 mars, à 2 heures précises, au Châtelet, sous la
direction de M. Gabriel Pierné. — Berlioz : La Damnation de
Faust (M"' Jacques Isnardon, MM. Rodolphe Lassalle, Laffont).
Goncerts-Lamoureux (dimanche 20 mars, à 3 heures, salle
Gaveau, sous la direction de M. Paul Paray). — Rimsky-Korsa-
koff : La Grande Pâque russe. — Vincent d'iNDY : La Forât
enchantée. — Fernand Le Borne : Amour trahi. — Debussy : Pré'
Inde à l'Après-Midi d'un Faune. — Wagner : Les Murmures de la
Forêt. — Beethoven : Symphonie pastorale.
Concerts-Pasdeloup (samedi 19 et dimanche 20 mars, à
3 heures, à l'Opéra, sous la direction de M. Rhené-Baton). —
Albert Roussel : Poème de la F'orèt (1" audition). — Georges
Hue : Emotions, poème symphonique : Angoisses, Prière,
Tumulte, Apaisement, Cloches de Paix, Trompettes de Victoire.
■ — Wagner : a) Prélude de Lohengrin ; Récit du Graal; — b) Chant
de Concours de Walther (M. Franz); c) Les Maîtres Chanteurs
(fragments symphoniques, 3 e acte).
CONCERTS DIVERS
SAMEDI 19 MARS :
Concert de Musique Russe (à 9 heures, salle Gaveau, sous
la direction de M. Félix Dclgrange). — Borodine : Ouverture du
Prince Igor. — Wischnegradsky : Troisième Symphonie (r e audi-
tion). — Rachmaninoff : Deuxième Concerto (M. Yovanovitch). —
Moussorgsky : La Nuit sur le Mont chauve. — Stravinsky : Feux
d'artifice.
Concert Edouard Risler-Fernand Pollain (à g heures,
salle du Conservatoire). — Beethoven : Cinquième Sonate. — Guy
Ropartz : Deuxième Sonate en la mineur. — J.-S. Bach : Deuxième
Sonate en ré majeur. — Beethoven : Deuxième Sonate.
Quatuor Loiseau (à 4 heures, salle Gaveau).
Concert Blanche Selva (à 9 heures, Schola Cantorum).
Concert Antonio Lucas Moreno (à 9 heures, salle Eràrd).
Caro Cambell, la danseuse endormie (à 3 heures, salle
Gaveau 1.
DIMANCHE 20 MARS :
Orchestre de Paris (à 3 heures, salle des Agriculteurs). —
Wagner : a} Ouverture du Tannhàuser ; b) Enchantement du Ven-
dredi-Saint. — Saint-Saëns : a) Prélude du Déluge; b) Deuxième
Concerto pour piano et orchestre (M" c Ania Dorfmann). — Paul
Vidal : La Vision de Jeanne d'Arc. — Bourgault-Ducoudray :
Myrdhin (M 11 * Marthe Feuillée).
Concert Blanche Selva-Achille Philip (à 3 heures, Schola
Cantorum).
LUNDI 21 MARS :
U. F. P. C. (à 4 heures, salle Gaveau).
Concert Henriette Faure (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
Concert organisé par Musica (à 9 heures, salle Gaveau, avec
le concours de M"" Hélène Pignari, Madeleine Marcelli, lauréates
du concours Musica.
MARDI 22 MARS :
Concert Victor Gille (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
Schola Cantorum ià 3 heures, salle Gaveau). — Répétition
publique de la Passion selon saint Jean de J.-S. Bach.
Concert Croiza-Hambourg-Meilmeister (à 9 heures, salle
Gaveau).
Concert de M"' Tharaud (à 3 heures, salle Gaveau, salle des
Quatuors).
Concert Olénine d'Alheim (à 9 heures, salle du Conserva-
toire, avec le concours de M 116 Nadia Boulanger).
Matinée du Vieux-Colombier (à 4 heures et demie, au
Vieux-Colombien. — Matinée du i5 reportée au 22. Même pro-
gramme.
MERCREDI 23 MARS :
Schola Cantorum (à 3 heures, salle Gaveau). — J.-S. Bach :
La Passion selon saint Jean.
Concert Georges de Lausnay (à 4 heures et demie, salle
Gaveau, salle des Quatuors).
Concert M. Gaillard (à 9 heures, salle Gaveau).
Concert Clara Rabinovitch (à 9 heures, salle Erard).
Concert Robert Legrand (à 9 heures, salle des Agriculteurs,
avec le concours de M"' Jeanne Montjovet, de MM. Jean Reder et
Louis Wins.)
JEUDI 24 MARS :
Concerts-Pasdeloup (à 3 heures, à l'Opéra). — Concert hors
série.
Concert Golschmann là 9 heures, salle Gaveau).
Quatuor Andolfi (à 4 heures, au Parthénon).
S. M. I. (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
Ecole Niedermeyer (à 3 heures, salle Gaveau, salle des
Quatuors).
VENDREDI 25 MARS :
Concert Ra unay-Risler (à 9 heures, salle des Agriculteurs).
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MUSIQUE -ET- THEATRES
DIRECTEUR JACQUES HEUGEL
DIRECTEUR-,
DE1833À1883
J.LHEUCEL
DIRECTEUR,
DEI883À1914-
HENRIHEUGEL
SOMMAIRE
Camille Saint-Saëns.
La Semaine dramatique :
Théâtre des Arts :
La Comédie du Génie . .
Comédie-Montaigne :
Les Amants puérils . .
Cluny : Oscar, tu le seras.
JACQUES HEUGEL
PIERRE D'OUVRAY
Les Grands Concerts :
Concerts du Conservatoire rené BRANCOUR
Concerts-Colonne I J;""™"™*
/ PAUL BERTRAND
Concerts divers.
Le Mouvement musical en Province.
Le Mouvement musical à l'Étranger :
Angleterre
Grèce
Hollande
Italie
Roumanie
États-Unis
Canada
Uruguay
MAURICE LENA
OLIVIER GOBEE
J.CHANTAVOINE
G.-L. GARNIER
A. ALESSANDRESCO
MAURICE LENA
LOUIS MICHIELS
J.SOLERVILARDEBO
Concerts-Lamoureux P.deLAPOMMERAïE
Concerts-Pasdeloup PAUL BERTRAND
♦ ♦
SUPPLÉMENT MUSICAL
(pour les seuls abonnis à la musique)
Échos et Nouvelles.
♦
MUSIQUE DE CHflHT
Nos abonnés à la musique de chant recevront avec ce numéro :
O NUIT, PAREILLE A MOI (chanté par M lle Fanny Heldy), de Gabriel Dupont, Extrait A'Antar,
conte héroïque en quatre actes et cinq tableaux, poème de Chekri Ganem.
Suivra immédiatement: Tout enfant, un soir, je l'ai cueilli (chanté par M. Franz),
de Gabriel Dupont, extrait d'Antar.
MUSIQUE DE PIRNO
Nous publierons vendredi prochain, pour nos abonnés à la musique de piano :
Au temps des Pastorales, de Maurice Pesse.
Suivra immédiatement : Tendresse, de Georges Brun, extrait des Impressions Provençales.
Le NuméR'
(texte
O
(Voir les quatre modes d'abonnement en page 2 de la couoerture)
ele seuil ^J
" 75 I
. 4
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L
Le Numéro
(texte seul)
O *• 75
LE MENESTREL
- JOURNAL HEBDOMADAIRE - MUSIQUE ET THEATRES
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a l'année seulement
Pour Paris et les Départements :
!■ TEXTE SEUL
j» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO (16 morceaux de piano, un tous les quinze jours, et prime au 1" janvier)
3» TEXTE ET MUSIQUE DE CHANT (16 morceaux de chant, un tous les quinze jours, et prime au 1" janvier)
4» TEXTE ET MUSIQUE DE PIANO ET DE CHANT (5i morceaux, un chaque semaine, et grande prime au 1" janvier)
Pour l'Étranger, frais de port et d'envoi en plus : Texte seul, 3 tr. ; Texte et musique de piano ou de chant, 5 fr. ;
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Frais d'envoi de la Prime au 1" Janvier {Province et Étranger) : J" et 3* modes : chaque, 1 fr. 50; 4- mode : 3 francs.
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En Province, on s'abonne dans tous les bureaux de Poste, che\ tous les Libraires et Marchands de Musique
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aux Bureaux du Journal.
HEUGEL, Éditeur de Musique, "Au Ménestrel", 2 bl », rue Vivienne, Paris (2*)
La dernière création du Théâtre National de l'Opéra :
ANTAR
Conte héroïque en quatre Actes et cinq Tableaux
de CHEKRI GANEM
Musique de Gabriel DUPONT
La Partition :
Chant et Piano
Prix net : 40 francs.
Le Livret :
Prix net : 3 francs.
9
io
io bis.
MORCEAUX
ACTE I PrirneU.
Antar; De vos serments, émir s, je vous délie (M.Franz). 4 »
Antar : Tout enfant, un soir, je l'ai cueilli (M. Franz) . 4 »
-Le môme, en ut, pour voix graves 4 »
Chœur et voix (J'Abla : Là-bas sur l'horizon qui brûle,
le soleil doucement descend (M lli F anny Heldy). ... 350
Les parties de voix en partition 1 »
ACTE II (i" Tableau)
Abla : O nuit, pareille à moi, sous tes voiles splendides
(M 1 " Fanny Heldy) 3 50
-Le même, en ut dièse mineur, pour voix graves .... 3 50
Duo : Abla et Sklma : Le nom de l'aimé qu'on murmure
sans se tasser (M"" Fanny Heldy et Yvonne Courso). 3 50
Abla : Non, non, ce n'est pas un linceul que je vois dans
le ciel flotter (M u - Fanny Heldy) 5 »
Zobeir { O vieillard l Pourquoi donc te courbes-tu si bas?
(M. Rambaud) 3 »
ACTE II (a* Tableau)
Cheyboub : Toute une armée ailée prit la place a" Antar
ce jour (M. Rouard) 4 »
Antar : Tout mon passé d'amour, plus encor que de
guerre (M. Franz) 3 50
■ Danse de la soif (piano) 7 »
-Le même pour piano à 4 mains 8 >.>
■ii. — Danse du feu (piano) 5 *
11 bis.-Lz môme pour piano à 4 mains 7 »
12. — Danse des roses (piano) 3 50
i2bis.-Le môme pour piano. à 4 mains 4 »
i3. — Danse générale et cortège de noces {piano) . . . • . 5 a
i3 bis. -Le môme. pour piano à 4 mains 7 »
14, — Le ballet complet à 4 mains 20 »
ACTE III
i5. — Nocturne (piano) 5 »
i5bis.-Le môme pour piano à 4 mains 6 »
16. — Duo : Antar et Abla : Souris, afin que le chemin
s'éclaire devant nous (M. Franz et M' 1 * Fanny Heldy). 7 »
17. — Antar : Mais de quoi donc suis-je attristé? Pourquoi
mon cœur (M. Franz) 3 *
17 bis.-he môme en la mineur pour voix graves 3 »
18. — Antar : Déjà, du joug persan le roi Moundhir se
dégagea (M. Franz) • 4 »
ACTE IV
19. — Interlude. La mort (piano) 6 »
ig£i'$.-Le môme pour piano à a mains 7 »
20. — Antar (scène finale) : Allons! je suis armé comme pour
la bataille (M. Franz) 5 »
ŒUVRES DU MÊME AUTEUR
PIANO
Air à danser sur un vieux thème breton (La Glu) (a.d.)
Le Chant de la Destinée (a.d.)
La Farce du Cuvier : 1. Ouverture (d.)
2. Intermède pastoral (d.)
"Les Heures dolentes (u numéros)
Lee numéros 2, ii, 12 et 13 sont publiés pour orchestre.
•La Maison dans les Dunes (io numéros)
instruments
La Maison dans les Dunes (transcription pour violoncelle et piano, par
Feuillard) :
N° 1. Mélodie du Bonheur 4 U.f.)
a. Le Soir dans les pins (m.d.)
3. Clair d'étoiles (a. F.)
La Glu (piano, violon, violoncelle) '......,
Poème (pour piano et quatuor à cordes) ■ (d.) ,
i . Sombre et douloureux. — 2. Clair et calme. — 3. Joyeux et ensoleillé.
1 4 actes et 5 tableaux de Jean Richepin et Henri
CHANT
Les Caresses (1 .2)
Chansons des noisettes (t . 2 . 3> . . • .
Chansons des six petits oiseaux . .
Crépuscule d'été ,
En aimant ,
Pieusement ,
O triste ! triste
Ces deux dernières mélodies réunies .
Deux poésies d' Alfred de Musset :
1. Chanson H -2>
2. Sérénade à Ninon (1.2.3). . . ,
Les Caresses (poèmes de J. Richepin) ;
i. La rencontre . « ,
3. Le baiser
"Poèmes d'automne (s numéros) . . .
Certains fragments ou les
des ouvrages précèdes de ce signe * sont publiés séparément.
Tous les prix ci-dessus sont nets, majoration comprise. - Pour recevoir franco, ajouter en sus 5 0/0 pour frais de port et d'envol.
Camille SAINT=SAÉNS
Conférence
prononcées aux Concerts historiques Pasdeloup
(Opéra, 3 et 24 février 1921).
eux séances de la présente série devant être
D\ consacrées à l'œuvre dramatique de M. Ca-
I mille Saint-Saëns et chacune d'elles, selon
l'usage, précédée d'une lecture, nous retra-
cerons dans le premier entretien une his-
toire, forcément très sommaire, des opéras,
opéras-comiques, ballets et ouvrages divers écrits pour
le théâtre par M. Camille Saint-Saëns : dans le
second entretien, nous chercherons à dégager de ces
œuvres fort diverses les caractères généraux qu'elles
peuvent présenter. En d'autres termes, nous nous bor-
nerons aujourd'hui à les situer dans le temps; nous
essayerons là prochaine fois de leur donner leur place
(comme eût dit Ferdinand Brunetière) dans l'évolution
des genres; nous nous efforcerons de mettre en lumière
les solutions qu'elles offrent aux problèmes posés par
le drame lyrique, durant le dernier tiers du xix e siècle
et au commencement du xx°. Bref, le premier entretien
sera de nature plutôt historique et le second orienté
plutôt, si vous voulez, vers l'esthétique.
Quand on parle de M. Camille Saint-Saëns en géné-
ral et de son œuvre dramatique en particulier, on ne
doit pas perdre de vue un seul instant que l'illustre
auteur de Samson et Dalila, le doyen de la musique
française, est né quelques mois avant la première repré-
sentation des Huguenots/ Ce rappel nécessaire n'est pas
de ma part une précaution oratoire qui, sous le masque
de la déférence, cacherait des intentions moins honnêtes.
Je n'invoque pas du tout, en faveur de M. Camille
Saint-Saëns, le respect que mérite son âge pour forcer
l'expression de l'éloge ou atténuer celle de quelques
réserves. Loin de là, et la juvénile vieillesse de M. Saint-
Saëns prendrait, je crois, pour une injure qu'elle sau-
rait relever des égards hypocrites dont elle n'a que
faire. Pas davantage, en rappelant sa date de naissance,
ne voudrais-je insinuer avec quelques-uns de ses détrac-
teurs, que M. Camille Saint-Saëns est venu au monde
à l'âge qu'il a aujourd'hui. Si je rappelle qu'il a vu le
jour en 1 835, ce n'est pas pour lui en faire un titre de
gloire, superflu après tant d'autres, ni une sorte d'excuse
qui serait la pire des impertinences, mais moins encore
un grief. C'est au contraire pour affirmer dès l'abord en
face de lui une sorte d'impartialité, difficile à observer
devant les vivants, mais qu'on peut se permettre avec
un homme qui a déjà sa statue! C'est ensuite parce que,
si M. Saint-Saëns est bien vivant parmi nous, il reste,
avec son collègue de l'Académie des Beaux-Arts,
M. Bonnat, un des rares t